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Histoire de l'Europe > L'Espagne
L'histoire de l'Espagne
L'Espagne au XVIIIe siècle
Le XVIIIe siècle Les premiers Bourbons Le règne de Charles III La montée des périls

Aperçu
Au XVIIe siècle déjà, l'Espagne avait amorcé son déclin (L'Espagne au XVIIe siècle). Les rigueurs de l'Inquisition, l'émigration massive d'une population qui allait chercher fortune en Amérique et dans les autres colonies, les guerres continuelles, avaient amené sa ruine; elle s'était vue enlever successivement : en 1609, sept des 18 provinces des Pays-Bas; en 1640, le Portugal; en 1659, le Roussillon; la Franche-Comté de 1674 à 1679. Ajoutez à cela une cour fastueuse et sans ressources, une noblesse isolée dans son orgueil, une société ecclésiastique trop nombreuse, une administration routinière et indolente, des routes en mauvais état, l'agriculture abandonnée, l'industrie réduite à la production des choses les plus nécessaires et obligée d'acheter à l'étranger ce qu'elle envoyait aux colonies, celles-ci mal régies et mécontentes. Voilà  le triste spectacle que présentait désormais ce pays naguère si riche et si influent en Europe; les lettres même et les arts étaient tombés en décadence. 

Le règne de Charles II, entre 1665 et 1700, avait été peut-être le plus désastreux. De plus, de ses deux mariages, il n'avait pas eu d'enfant; sa santé faible faisait dès 1696 prévoir sa mort prochaine, et les familles d'Autriche et de France se préparaient à recueillir son héritage, et à façonner ce qui allait être l'essentiel de l'histoire de l'Espagne au XVIIIe siècle. La guerre de la succession d'Espagne, 1701-1714, qui plaça sur le trône un petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou, donna aux puissances jalouses l'occasion d'enlever au pays  toutes ses possessions européennes hors de la Péninsule. Au moment où  le premier roi de la famille des Bourbons allait monter sur le trône d'Espagne, c'était un cadavre qu'il fallait galvaniser.

On assistera bien à un relèvement  du pays au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle sous le règne de Charles III, assisté de ministres énergiques tels qu'Aranda ou Florida Blanca, que l'on retrouve d'ailleurs encore, avec un autre personnage, Godoy, sous le règne de Charles IV. L'Espagne restait cependant très fragile, et ses alliances extérieures ne firent qu'empirer sa situation. En 1808, Napoléon, profitant des dissensions de la famille royale, plaça sur le trône d'Espagne son frère Joseph.

Dates clés :
1700 - Philippe V, premier Bourbon à régner en Espagne.

1701-1714 - Guerre de succession.

1704 - L'Angleterre annexe Gibraltar.

1713 - Traité d'Utrecht.

1716 - Ministère d'Alberoni.

1724 - Riperda remplace Alberoni.

1746 - début du règne de Ferdinand VI.

1748 - Traité d'Aix-la-Chapelle.

1759 - début du règne de Charles III.

1762 - Guerre de Sept ans (contre l'Angleterre).

1765 - Aranda aux affaires.

1788 - Début du règne de Charles IV. Godoy ministre.

1796 - Guerre avec l'Angleterre.

1807 - Occupation de l'Espagne par les troupes napoléoniennes.


Jalons
Les premiers Bourbons

Il y avait eut, du vivant même de Charles II, des manoeuvres ouvertes afin de prendre le contrôle de l'Espagne : la France, l'Autriche, la Bavière, qui par des alliances de famille se reconnaissaient des droits, avaient chacune leurs partisans. Charles II voulut disposer lui-même de son trône; mais un testament qu'il avait fait en faveur du prince de Bavière devint caduc par la mort du bénéficiaire (1699), il défit lui-même un second, et enfin dans ses derniers jours il en fit un troisième en faveur de Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV

Philippe d'Anjou ne devint maître du pays qu'après une longue lutte appelée guerre de la succession d'Espagne (1700-1743); mais, dès les premiers jours, il sut s'attacher les Espagnols et faire de sa cause une cause populaire et nationale. Plutôt honnête, il manqua toujours de volonté et se laissa gouverner par des femmes, d'abord par sa femme, Marie-Louise de Savoie, puis par l'intrigante princesse des Ursins, enfin par sa seconde femme, Élisabeth Farnèse. Cette reine ambitieuse sacrifia toute la politique pour établir sur des trônes ses nombreux enfants, que la présence de plusieurs fils de Philippe, nés du premier lit, écartait des trônes de Naples et d'Espagne; Alberoni, son ministre et son confident, voulut bouleverser l'Europe pour arriver à ce résultat. Une audacieuse expédition des Espagnols contre la Sardaigne (1717) et la Sicile (1718) fit éclater la guerre entre Philippe V d'une part, l'Angleterre et la France de l'autre (1749) ; l'Espagne n'éprouva que des revers et dut demander la paix, en renvoyant Alberoni à Parme, et des alliances furent conclues entre les deux familles de Bourbons.

Philippe V, en 1724, dégoûté des tracas du pouvoir, abdiqua en faveur de son fils Louis Ier, mais la mort de celui-ci, huit mois après (1724), vint l'obliger à reprendre la couronne, au grand contentement de la reine. L'aventurier Riperda avait remplacé Alberoni et repris un peu les plans de celui-ci; à la suite d'une courte guerre avec l'Angleterre et de longues négociations, la reine obtint enfin pour son fils don Carlos la succession du duché de Parme (traité de Vienne, 1732); puis dans la guerre de la succession de Pologne (1733-1739), l'intervention de l'Espagne lui permit d'obtenir pour don Carlos Naples et la Sicile, tandis qu'il repasserait à son frère Ferdinand le duché de Parme. Le traité de Fontainebleau, conclu avec la France en 1744,  eut pour principal objectif de garantir leurs couronnes aux divers princes régnants de la famille des Bourbons, et fut comme un essai du Pacte de famille. Le roi mourut en 1746, au fort de la guerre de la succession d'Autriche, où l'Espagne était encore mêlée par le fait de l'ambition des Farnèse, et eut pour successeur l'aîné de ses fils survivants du premier lit, Ferdinand VI.

Le règne de Ferdinand VI, de 1746 à 1759, commencé au milieu d'une guerre qui agitait toute l'Europe, fut surtout remarquable par les tendances pacifiques et les efforts pour relever le pays à l'intérieur. La paix d'Aix-la-Chapelle, en 1748, confirma les acquisitions des fils d'Élisabeth Farnèse en Italie, et l'année suivante un traité particulier fut signé entre l'Angleterre et l'Espagne. Cette puissance, pour son malheur, ne pouvait rester neutre dans la lutte ardente entre l'Angleterre et la France, et à la cour pendant dix années, les partis anglais et français luttèrent pour entraîner le roi chacun dans leur sens. Les ministres José de Carvajal y Lancaster, La Enseñada, Ricardo Wall, se succédèrent tour à tour, favorisant l'un ou l'autre parti, tandis que le chanteur napolitain Farinelli, sûr de l'amitié du roi, combattait tour à tour le parti prépondérant. La guerre de Sept Ans était commencée, et l'Espagne demeurait neutre, quand Ferdinand VI mourut (1759).

Le règne de Charles III

A la nouvelle de la mort ce Ferdinand VI, Charles III quitta Naples, où il régnait depuis douze ans déjà, laissa cette couronne à son second fils Ferdinand, et partit avec son fils aîné pour prendre possession du trône d'Espagne. L'ambitieuse Élisabeth Farnèse put avant de mourir voir l'élévation inespérée de ses enfants. Charles III était déjà d'âge mûr, rompu aux affaires, et, en Toscane comme à Naples, il avait montré un esprit modéré et sagement réformateur. Il se rapprocha de la cour de France, signa en 1761 le pacte de famille, et prit ainsi part à la fin de la guerre de Sept ans, ce qui valut à l'Espagne de sérieux échecs sur mer. 

Sous son règne l'Espagne intervint également dans la guerre de l'Indépendance des États-Unis d'Amérique (1779-1783), espérant reprendre aux Anglais Gibraltar. Quelques expéditions contre le Maroc (1774) et Alger (1775 et 1785) ne furent pas plus heureuses. Charles III s'occupa avec plus de succès de réformer l'administration aidé par des ministres tels que Ricardo Wall, le marquis d'Esquilache, Grimaldi, Campomanès, le comte d'Aranda, Florida Blanca, il ramena un peu d'ordre dans les finances et créa d'utiles institutions. Quand il mourut en 1788, il laissait à son fils un État qui commençait, semblait-il, à sortir d'une longue décadence et à se relever.

Comme roi, Charles III se sera fait remarquer, sinon par des qualités éminentes, du moins par du bon sens, de l'application, un certain sens de l'équité et du bien public, et une certaine force de volonté. Une fois qu'il avait pris un parti, il ne s'en détachait pas facilement; de là une certaine suite dans la politique intérieure de l'Espagne pendant son règne; au dedans cette façon d'agir aboutissait peut-être à un certain despotisme des ministres longtemps maintenus au pouvoir, mais il y avait par contre ce bénéfice qu'ils pouvaient poursuivre l'exécution des réformes entreprises et les faire aboutir. Tout compte fait, Charles III fut ainsi le plus remarquable et le meilleur souverain qu'avait eu jusque là l'Espagne moderne.

La montée des périls

Charles IV (1788-1808), qui succède à Charles III n'avait aucune des qualités de son père; esprit étroit, caractère faible, il laissa tout le pouvoir à la reine et aux ministres, Florida Blanca, puis d'Aranda, faisant déclarer aux Cortès, par une loi qui ne fut pas publiée, le droit pour les infantes d'hériter de la couronne, principe qui avait toujours prévalu en Espagne, mais avait été ensuite répudié par les Cortès sous Philippe V. L'intrigue et la faveur firent tout à la cour que dominait Godoy, le favori de la reine. A l'extérieur, le gouvernement, fidèle au pacte de famille, fut en bons termes avec la France tant que Louis XVI régna; mais son procès et son arrestation, au commencement de 1793, amenèrent de la part de la cour de Madrid des représentations qui furent mal accueillies de la Convention et auxquelles celle-ci répondit par une déclaration de guerre.

Les Espagnols, sous Caro et Ricardos, l'emportèrent d'abord sur la frontière des Pyrénées qu'ils envahirent, sur les Français commandés par Dagobert et Turreau (1793); mais, dans la campagne suivante, les armées de la République, sous Dugommier et Moncey, prirent le dessus et pénétrèrent en Espagne. Godoy, qui était devenu ministre et avait conseillé la guerre, signa le traité de Bâle (22 juillet 1795) et fut décoré pour cela du titre de prince de la Paix; même en 1797, au traité de Saint-Ildefonse, la France et l'Espagne conclurent une alliance offensive et défensive. Cependant il ne put rester longtemps ministre en titre et, sans perdre la faveur du roi, en 1798, fut remplacé par Urquijo. 

L'Angleterre faisait alors à l'Espagne une guerre acharnée et ruineuse; Bonaparte voulut resserrer l'alliance avec elle pour lutter contre la marine britannique, et en faisant luire aux yeux de Charles IV l'espoir d'un agrandissement notable de territoire pour son gendre, prince de Parme, il l'entraîna à lui donner quelques-uns de ses navires et à lui promettre l'entier concours de sa flotte. C'était un terrible allié que s'était donnée l'Espagne; le roi devint le jouet de Bonaparte et, quand il perdit sa flotte à Trafalgar, il n'eut pas pour cela de compensation (1804); l'année suivante, il vit avec douleur son parent, le roi de Naples, dépossédé, et, comme il ne pouvait se résoudre à reconnaître pour son remplaçant le frère de Napoléon, Joseph, il s'attira, outre le mépris, la haine de l'empereur. Celui-ci, dès lors, dut songer à mettre la main sur l'Espagne. Il flatta les espérances de Charles IV et de Godoy lui-même au sujet du Portugal, exploita habilement l'inimitié du prince des Asturies, Ferdinand, à l'égard du favori de son père, et, attendant les événements, envoya Junot conquérir le Portugal en même temps qu'il massait une armée sur la frontière des Pyrénées, prête à agir. 

C'est alors qu'éclata une tragédie domestique qui eut pour effet de faire arrêter le prince Ferdinand; mais le 17 mars, à Aranjuez, le peuple se souleva en sa faveur et en haine de Godoy, et Charles IV dut abdiquer tandis que son fils était proclamé roi. On sait comment Napoléon se joua de cette famille royale si peu unie, comment il les attira à Bayonne, les amena à abdiquer en sa faveur et donna cette couronne d'Espagne à son frère Joseph, que Murat alla remplacer sur le trône de Naples. A cette nouvelle, la nation poussa un long cri de colère et de haine. De Madrid, où le signal fut donné le 2 mai, l'insurrection gagna en quelques jours toute la péninsule et arma contre nous tout un peuple, pour cette longue et impitoyable lutte que l'histoire a appelée la guerre de l'Indépendance (1808-1813), et qui marque pour l'Espagne l'entrée dans le XIXe siècle (L'Espagne au XIXe siècle).

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