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L'Europe au XIXe siècle
Les guerres de la Révolution, qui ont ensanglanté le continent européen dans la dernière décennie du XVIIIe siècle, puis celles plus terribles encore de l'Empire ont bouleversé la carte de l'Europe centrale. La France avait ainsi étendu ses conquêtes jusqu'aux Alpes et jusqu'au Rhin sous la République (traités de Campo-Formio, 1797, et de Lunéville, 1801). Et malgré le mécontentement de l'Angleterre, le temps aurait peut-être pu consacrer les frontières de 1801 si Napoléon avait été capable d'être un souverain pacifique; mais il les porta bientôt par delà jusqu'à Terracine au Sud de Rome et jusqu'à Lübeck sur la Baltique. La Confédération du Rhin, composée de ce qui restait d'États allemands, créés pour la plupart par la volonté de Napoléon, royaumes de Saxe, de Bavière, de Württemberg, avait été placée sous son protectorat; Napoléon fut roi d'Italie (Nord-Est de l'Italie) et fit de  son frère Joseph un roi d'Espagne et de son beau-frère Murat un roi de Naples.

Le royaume de Prusse, cruellement mutilé, fut réduit, après le traité de Tilsit (1807); à 6 millions d'habitants. En Autriche, l'empereur avait changé le titre, devenu vain, d'empereur d'Allemagne contre celui d'empereur d'Autriche (1804); ses États, rognés par Napoléon, n'avaient plus que 21 millions d'habitants en 1810. D'une partie des dépouilles de la Pologne enlevées à la Prusse et à l'Autriche, Napoléon avait fait (1807-1809) le grand-duché de Varsovie. L'édifice gigantesque que Napoléon avait ainsi élevé à coup de victoires était un paradoxe politique sans cohésion et sans raison d'être géographique, ethnographique ou traditionnelle (Carte de l'Empire de Napoléon 1811). Il s'écroula en 1814 par la coalition de l'Angleterre, de la Prusse, de la Russie et de l'Autriche. Les traités de Paris (1814 et 1815) et les traités de Vienne refirent la carte de l'Europe en reproduisant quelques-uns des traits de la carte de 1789 et en donnant satisfaction aux ambitions des vainqueurs. La France fut ramenée dans les limites et même un peu en deçà des limites de 1790. La Prusse reçut d'amples agrandissements sur le Rhin; l'Autriche recouvra les territoires qu'elle avait perdus et reçut en Italie le royaume lombardo-vénitien. 

La Confédération germanique, dans les conseils de laquelle l'influence était partagée entre l'Autriche et la Prusse, remplaça l'ancien empire d'Allemagne ; la Russie, qui avait profité de l'alliance française pour prendre le reste de la Finlande à la Suède (1809) et la Bessarabie aux Turcs (1812), reçut le duché de Varsovie qui prit le nom de royaume de Pologne et qui garda jusqu'en 1830 un gouvernement distinct.

L'équilibre européen, que le traité de 1815 constituait, n'a pas duré un demi-siècle. En 1828 (traité d'Andrinople), la Grèce s'affranchit de la Turquie (L'Agonie de l'empire ottoman); en 1830, la Belgique se sépara des Pays-Bas et s'érigea en royaume. En 1856, la Russie, après la prise de Sébastopol (La Guerre de Crimée), dut reculer sa frontière à quelque distance des bouches du Danube. En 1859, l'Italie fut affranchie de la domination autrichienne par la campagne de Napoléon III, allié du roi de Sardaigne; l'Autriche céda alors la Lombardie, et les peuples de la péninsule s'unirent aux Piémontais pour fonder leur unité et constituer le royaume d'Italie (1864), qui s'agrandit en 1866 par la cession de la Vénétie et se compléta en 1870 par l'occupation de Rome. La fondation de ce royaume, qui constituait une sixième grande puissance, aiguillonna l'ambition de la Prusse qui attaqua le Danemark de concert avec l'Autriche, puis déclara la guerre à l'Autriche, la vainquit à Sadowa (1866), supprima la Confédération germanique, s'empara du Slesvig-Holstein et d'une partie des États allemands et organisa sous son autorité la Confédération de l'Allemagne au Nord; une Confédération de l'Allemagne du Sud s'organisa parallèlement à celle du Nord.

En 1870, la guerre qui était imminente depuis quatre ans éclata entre la Prusse et la France. La France vaincue perdit l'Alsace-Lorraine et le rempart naturel du Rhin et des Vosges qui couvrait la vallée de la Seine. L'empire allemand fut créé (1871) avec le roi de Prusse pour empereur. Cet empire, qui a réuni toute l'Allemagne sous la même autorité suprême, dont la population était déjà plus nombreuse que celle des autres États européens, la Russie exceptée, et augmenta rapidement par l'excédent des naissances sur les décès, qui avait une organisation militaire très forte, où l'activité intellectuelle et économique était largement développée, est devenu à partir de cette époque une puissance de premier ordre.

Le gouvernement allemand, après s'être appuyé pendant plusieurs années sur l'amitié des empereurs de Russie et d'Autriche,  depuis le refroidissement de la Russie, s'est attaché à former et maintenir une triple alliance, en faisant entrer dans sa politique, c.-à-d. dans la garantie de l'Alsace-Lorraine, l'Autriche, malgré le souvenir récent de Sadowa et la diversité réelle des intérêts des deux souverains en plusieurs matières, et l'Italie, mécontente de l'occupation de la Tunisie par les Français. Cette triple alliance, dont le principal motif fut le maintien de la frontière entre l'Allemagne et la France, déclarait qu'elle se proposait le maintien de la paix européenne; en réalité, par les ambitions qu'elle fit naître et par l'énormité des armements qu'elle entraînait, elle fut perçue très vite comme un danger de guerre, et fit peser une très lourde charge sur les finances et sur la vie économique des États européens.

En 1878, la Russie, pensant que le temps était venu de recueillir le bénéfice de l'amitié qu'elle avait témoignée à la Prusse pendant la guerre franco-allemande de 1870, déclara la guerre à la Turquie et se fit donner, par le traité de San Stefano, des avantages considérables; mais l'Europe, réunie en congrès sous la présidence du prince de Bismarck, chancelier de l'empire allemand, rogna, par le traité de Berlin (1878), la part que s'était faite la Russie; la Bosnie et l'Herzégovine données à l'Autriche jetèrent cette puissance sur les brisées de la Russie et firent naître dans la péninsule balkanique un antagonisme qui ne déplaisait pas à la politique allemande; la Serbie, le Montenegro, la Grèce s'agrandirent et la principauté de Bulgarie, qui elle-même s'adjoignit bientôt la Roumélie orientale, fut créée aux dépens de la Turquie (La Question d'Orient). 

A la fin du XIXe siècle, la triple alliance constituait au centre de l'Europe un faisceau puissant et menaçant, dont l'empire allemand avait formé et tenait les liens dans ses mains. Quels qu'aient été les profits que s'en promettaient ses deux alliés, le bénéfice le plus apparent était pour lui. Il n'est pas étonnant que la France menacée ait porté ses regards par delà ce faisceau jusque vers la Russie irritée et qu'une certaine similitude d'intérêts ait amené un rapprochement entre ces deux États; il ne fallait pas moins, jugeait-on alors, qu'un étau dont une mâchoire serait la Russie et l'autre la France, pour contenir la masse compacte et formidable de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie. On sait comment la montée des tensions ainsi amorcée se dénouera quelques décennies plus tard. La Première Guerre mondiale (1914-1918) conférera à l'Europe le nouveau visage, qui restera pour l'essentiel le sien pendant presque tout le XXe siècle. (A19).

Dates clés :
1804 - Règne de Napoléon Bonaparte (Premier empire).
1812 - Campagne de Russie.

1815 - Fin de la dictature napoléonienne.

1852 - Règne de napoléon III (Second Empire).

1854 -1856Guerre de Crimée.

1863 - Percement du canal de Suez.

1870  - Guerre entre la France et l'Allemagne.

1878 - Traité de Berlin (Question d'Orient).

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