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Histoire de l'Europe
L'Europe au XIXe siècle

L'Europe au temps des guerres de la Révolution et de l'Empire

Les guerres de la Révolution.
En 1792 commence, entre la France et l'Europe, un conflit dont l'acharnement et la longueur s'expliquent par la perpétuité des intérêts aux prises, comme par l'ensemble des traditions et des moeurs politiques. 

La première coalition.
Au moment où Louis XVl convoqua les Etats généraux, chacun des Etats de l'Europe avait son projet national, dont il poursuivait, la réalisation à la faveur des troubles qui pouvaient affaiblir ses voisins. La première coalition ne vit, dans la dissolution de la monarchie française qu'une occasion de bénéfices, tels que ceux qui étaient résultés autrefois, pour la France, de l'écroulement de la maison d'Autriche. 

Cette coalition se forma en 1792 et 1793 par les traités de Berlin, entre l'Autriche et la Prusse (7 février 1792); de Saint-Pétersbourg, entre la Prusse et la Russie (12 juillet 1792); de Londres, entre l'Angleterre et la Russie (25 mars 1793); de Kassel entre l'Angleterre et le landgrave de Hesse (19 avril 1793); de Naples, entre l'Angleterre et les Deux-Siciles (12 juillet 1793); de Mayence, entre l'Angleterre et la Prusse (14 juillet 1793); de Londres, entre l'Angleterre et l'Autriche (30 août 1793); de Londres, entre l'Angleterre et le Portugal (26 septembre 1793); de La Haye, entre l'Angleterre, la Prusse et la Hollande (19 avril 1794).

Les fautes des Alliés et les victoires des armes françaises détachèrent successivement de cette coalition la Hollande (16 mai 1795), la Prusse (traité de Bâle, 5 avril 1795), l'Espagne (22 juillet 1795), la Sardaigne (15 mai 1796), les Deux-Siciles (11 octobre 1796), le pape (19 février 1797), l'Autriche (traité de Campo-Formio, 17 octobre 1797). L'Angleterre reste seule en face de la France. 

La deuxième coalition.
Une seconde coalition va se former en 1798, lorsque la politique envahissante du Directoire cherche à entourer la France d'une ceinture d'Etats vassaux (républiques Batave, Helvétique, Cisalpine, Ligurienne, Romaine, Parthénopéenne). Elle réunit l'Autriche, la Russie, la Turquie, l'Angleterre, les Deux-Siciles, triomphe d'abord militairement en Italie et en Allemagne, mais est brisée ensuite par l'épée de Bonaparte, qui impose à l'Autriche la paix de Lunéville (9 février 1801), à l'Angleterre celle d'Amiens (27 mars 1802). 

La France, dont les frontières s'étendent jusqu'au Rhin et englobent la Belgique, sera, pendant une année, en paix avec l'Europe tout entière. 

Les guerres de l'Empire.
Les troisième et quatrième coalitions.
L'ambition de Napoléon Bonaparte qui veut toujours l'étendre, et la jalousie de l'Angleterre qui ne peut se résoudre à lui voir posséder les Pays-Bas, amènent une nouvelle déclaration de guerre et déterminent la formation d'une troisième et d'une quatrième coalition, qui réunissent successivement autour de l'Angleterre l'Autriche, la Russie, la Suède et Naples

Les traités de Presbourg (26 décembre 1805) et de Tilsit (7 juillet 1807) mettent fin à la lutte.

Le royaume de Prusse sortit de là cruellement mutilé, et était réduit à 6 millions d'habitants. En Autriche, l'empereur avait changé le titre, devenu vain, d'empereur d'Allemagne contre celui d'empereur d'Autriche (1804); ses États, rognés par Napoléon, n'avaient plus que 21 millions d'habitants en 1810. D'une partie des dépouilles de la Pologne enlevées à la Prusse et à l'Autriche, Napoléon avait fait (1807-1809) le grand-duché de Varsovie.

Le couronnement de Napoléon comme roi d'Italie (mai 1805), l'invasion de Naples au profit de son frère Joseph (février 1806), l'érection de la Hollande en royaume où règne son autre frère Louis, l'acte constitutif de la Confédération du Rhin (juillet 1806), groupent toute l'Europe occidentale en un système fédératif, placé sous l'hégémonie française. 

La cinquième coalition.
Quand Napoléon veut y adjoindre l'Espagne (traité de Bayonne, juillet 1808) et interrompre ses relations commerciales avec l'Angleterre (blocus continental, décrets de Milan et de Berlin), cette puissance forme avec l'Autriche une cinquième coalition, que Napoléon brise à Wagram et que termine le traité de Vienne (11 octobre 1809). Napoléon en profite pour annexer à l'Empire la Hollande, les villes hanséatiques, l'Oldenbourg le Valais, les Etats pontificaux. Il est maître, directement et indirectement, de la moitié de l'Europe. 

La sixième coalition.
L'édifice gigantesque que Napoléon avait ainsi élevé à coup de victoires était un paradoxe politique sans cohésion et sans raison d'être géographique, ethnographique ou traditionnelle (Carte de l'Empire de Napoléon 1811). Il s'écroula en 1814 avec la sixième coaltion. La Russie y entre d'abord avec la Suède (1812), puis la Prusse, l'Autriche et les Etats allemands. 

Les armées alliées, arrivées à Paris, imposent d'abord à la France le traité de Paris (30 mai 1814), qui la ramène à ses limites de 1814, puis se réunissent à Vienne (septembre 1814 - juin 1815) pour réorganiser l'Europe. 

De 1815 à 1870

Les Traités de Vienne.
Le congrès qui se tint à Vienne de septembre 1814 à juin 1815, après la chute de Napoléon déboucha sur un  « Acte final », recueil général de divers traités particuliers, connus sous le nom de Traités de Vienne. L'Autriche, la France, la Russie, l'Angleterre, la Prusse y avaient envoyé Metternich, Talleyrand, Nesselrode, Castlereagh et Wellington, le prince de Hardenberg et Guillaume de Humboldt. Le Saint-siège, la Bavière, le Danemark et quelques petits Etats européens y étaient aussi représentés. Il s'agissait de régler la situation territoriale de l'Europe, et de réprimer, dans l'intérêt de toutes les monarchies, les tentatives révolutionnaires de la France. 

L'Angleterre, la France et l'Autriche s'unirent secrètement (janvier 1815), pour s'opposer aux convoitises de la Russie et de la Prusse, qui eussent volontiers détruit à leur profit l'équilibre européen. Talleyrand sut habilement profiter de la défiance qu'inspiraient le tsar et le roi de Prusse, pour sauvegarder les intérêts français.

Après le congrès de Vienne, l'Angleterre ajouta à son empire colonial : la Guyane (Guyana), le Cap (Afrique du Sud), Ceylan (Sri Lanka), les comptoirs de l'Inde, l'île de France (Île Maurice), les Seychelles, Sainte-Lucie et Tobago, et la Trinité (aux Espagnols). La Russie garda ses conquêtes orientales et reçut une partie de la Pologne (Varsovie capitale).

L'Italie fut rendue à ses princes légitimes, sous la protection de l'empereur. Le pape reprit les biens de l'Eglise et toute son indépendance L'Espagne fut rendue aux Bourbons. L'Allemagne devint une "confédération de trente-neuf Etats". L'Autriche recouvra tous les territoires perdus par elle en 1800. Elle y ajouta les provinces vénitiennes. La Prusse reprit une partie de la Pologne, la Poméranie suédoise, une partie de la Saxe, quelques Etats allemands de, l'Ouest qui formèrent la Prusse-Rhénane. La Bavière, le Wurtemberg, la Saxe furent conservés, mais diminués. La Suisse resta neutre. 
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Carte de l'Europe en 1815.
Carte de l'Europe en 1815.

Ainsi réorganisée, l'Europe en 1815, restait, malgré les efforts des membres du congrès, bien différente de l'Europe de l'Ancien régime, au double point de vue politique et social.

L'histoire de l'Europe devient aussi plus complexe après 1815 et peut se diviser en quatre périodes :

Hégémonie autrichienne, 1815-1830. 
De 1815 à 1830, le chancelier autrichien Metternich, qui a conduit la lutte contre Napoléon, exerce une influence souveraine sur la politique internationale et la consacre à maintenir contre les révolutionnaires de toute espèce les stipulations des traités de Vienne. A cet effet, il convoque des congrès où les cinq grandes puissances empêchent tout changement en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie [congrès d'Aix-la-Chapelle (1818), de Karlsbad (1819), de Vienne (1820), de Troppau (1820), de Laybach (1821), de Vérone (1821)]

L'indépendance de la Grèce.
Metternich, cependant, ne peut empêcher le ministre anglais Canning de soutenir les Grecs révoltés contre la Turquie, de concert avec la France et avec la Russie (1827). En 1828 (traité d'Andrinople), la Grèce s'affranchit de la Turquie (L'Agonie de l'empire ottoman).

Rivalité de la Russie et de l'Angleterre. 
La révolution de 1830 en France et l'avènement des whigs en Angleterre transforment la situation politique de l'Europe. Les deux grands Etats de l'Ouest, devenus parlementaires, rompent l'alliance avec les trois Etats de l'Est, restés absolutistes et dominés par l'influence de l'empereur Nicolas de Russie. 

Cette période est caractérisée par une série de mouvements populaires européens, destinés à transformer l'ordre des choses établi, et écrasés par l'intervention des grandes puissances. Il s'ensuivra qu'à la fin de cette période, l'Europe sera, au point de vue international et diplomatique, à peu près dans la même situation qu'en 1815.

Répliques de la révolution de juillet.
Un premier mouvement éclate après la révolution de Juillet. Il triomphe en Belgique, où est constitué un royaume indépendant [traités des 18 articles (janvier 1831), des 24 articles (novembre 1831), des 34 articles (1839)]; il est écrasé en Pologne en 1831; en Allemagne (diète de Francfort 1832, conférence de Münchengraetz 1833) et en Italie (intervention autrichienne (mars-avril 1831). 

La question d'Orient.
On a appellé question d'Orient l'ensemble des problématiques nées de l'affaissement de la puissance ottomane. L'indépendance de la Grèce, mentionnée plus haut y participe, comme plus tard la guerre de Crimée. En 1840, le pacha d'Egypte, Méhemet-Ali, qui a déjà conquis sur la Turquie une partie de la Syrie (traité de Verrtaïch, mai 1833) et qui l'a forcée de se mettre sous la protection russe (traité d'Unkiar Skelessi, juillet 1835), reprend les armes et marche sur Constantinople (Istanbul). Toutes les grandes puissances s'entendent contre lui, à l'exclusion de la France (traité de Londres, juillet 1840); la France, exclue par là du concert européen, y rentre par la converntion des Détroits (13 juillet 1841), qui ferme le Bosphore; à tous les navires de guerre et termine provisoirement la question d'Orient. 

Répliques de la révolution de 1848.
En 1848, éclatent des révoltes dans l'Europe entière, à la suite de la révolution de Février. Elles sont partout écrasées (en Italie, en Allemagne, en Autriche; dans les principautés Danubiennes). 

La prépondérance française et les guerres nationales (1851-1870).

La guerre de Crimée inaugure une période de guerres et de transformations territoriales. Quatre guerres européennes ont lieu en seize ans et amènent un remaniement complet de l'Europe centrale. Cette transformation s'opère par les soins ou avec l'appui de la France, dont l'hégémonie s'étend à toute l'Europe; elle s'explique par le caractère du souverain, Napoléon IIl, qui arrive au pouvoir avec le projet de réorganiser l'Europe en reconstituant les nationalités

La guerre de Crimée.
L'ambition de la Russie, qui voulait chasser la Turquie des Balkans, provoqua la La Guerre de Crimée. L'Angleterre et la France s'unirent à la Turquie et forcèrent la Russie à renoncer à ses projets après la prise de Sébastopol (1855). Cette guerre se termine par le congrès, puis par le traité de Paris (30 mars 1856). A cette occasion, la Roumanie fut constituée en État indépendant. Mais le principal résultat du conflit fut de détruire définitivement le concert européen et l'alliance des puissances du Nord (Russie contre Prusse et Autriche); au traité sont jointes (16 avril 1656) d'importantes déclarations sur la guerre maritime. 

L'Unité italienne.
Napoléon III profite du prestige qu'il doit au traité de Paris de 1856 pour entreprendre l'affranchissement de l'Italie. Dans un accord secret avec Cavour, à Plombières (juillet 1858), il arrête son programme, qui consiste à expulser l'Autriche de la Péninsule, et à grouper tous les Etats italiens en une confédération; il ne peut que le réaliser incomplètement dans les préliminaires de Villafranca (11 juillet), confirmés par le traité de Zurich (novembre 1859), L'unité italienne s'étant néanmoins effectuée par une série de mouvements populaires, Napoléon III obtient comme compensation Nice et la Savoie (traité de Turin, 24 mars 1860). 
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Carte de l'Italie en 1815.
Carte de l'Italie en 1815.

La question des duchés danois.
La question des duchés danois, ouverte en 1848, fermée en 1852 par une décision des puissances (traité de Londres, 8 mai), se rouvre en 1861 et amène une guerre de l'Autriche, de la Prusse et de la Confédération germanique contre le Danemark (janvier 1864). Le traité de Vienne (30 octobre) partage les duchés de Slesvig, de Holstein et de Lauenbourg entre la Prusse et l'Autriche.

La Confédération de l'Allemagne du Nord.
La rivalité croissante de la Prusse et de l'Autriche finit, en 1866, par les mettre aux prises sur les champs de bataille. La guerre est terminée par les préliminaires de Nikolsbourg (26 juillet) et par la paix de Prague 23 août) qui remplacent la Confédération germanique par une Confédération de l'Allemagne du Nord, dont la Prusse aura la présidence; d'autre part, l'Italie, qui a pris part à la guerre comme alliée de la Prusse, obtient la Vénétie par un accord particulier (5 juillet). 

Après 1870. la paix armée

L'évolution qui s'est accomplie dans la politique européenne arrive à son terme en 1870. Tandis que l'Italie entre à Rome (septembre 1870), l'Allemagne, à la suite de ses victoires, va constituer en un empire dont le roi de Prusse sera Ie souverain et dans lequel entreront les Etats du Sud.  Cette période a donc pour résultat l'existence d'une nouvelle grande puissance (l'Italie) et la création d'un grand empire militaire au centre de l'Europe.

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Carte de l'unité allemande.
Carte de l'unité allemande

En 1870, la guerre qui était imminente depuis quatre ans éclata entre la Prusse et la France. La France vaincue perdit l'Alsace-Lorraine et le rempart naturel du Rhin et des Vosges qui couvrait la vallée de la Seine. L'Empire allemand fut créé (1871) avec le roi de Prusse pour empereur. Cet empire, qui a réuni toute l'Allemagne sous la même autorité suprême, dont la population était déjà plus nombreuse que celle des autres États européens, la Russie exceptée, et augmenta rapidement par l'excédent des naissances sur les décès, qui avait une organisation militaire très forte, où l'activité intellectuelle et économique était largement développée, est devenu à partir de cette époque une puissance de premier ordre.

Le gouvernement allemand, après s'être appuyé pendant plusieurs années sur l'amitié des empereurs de Russie et d'Autriche,  depuis le refroidissement de la Russie, s'est attaché à former et maintenir une triple alliance, en faisant entrer dans sa politique, c.-à-d. dans la garantie de l'Alsace-Lorraine, l'Autriche, malgré le souvenir récent de Sadowa et la diversité réelle des intérêts des deux souverains en plusieurs matières, et l'Italie, mécontente de l'occupation de la Tunisie par les Français. Cette triple alliance, dont le principal motif fut le maintien de la frontière entre l'Allemagne et la France, déclarait qu'elle se proposait le maintien de la paix européenne; en réalité, par les ambitions qu'elle fit naître et par l'énormité des armements qu'elle entraînait, elle fut perçue très vite comme un danger de guerre, et fit peser une très lourde charge sur les finances et sur la vie économique des États européens.

En 1878, la Russie, pensant que le temps était venu de recueillir le bénéfice de l'amitié qu'elle avait témoignée à la Prusse pendant la guerre franco-allemande de 1870, déclara la guerre à la Turquie et se fit donner, par le traité de San Stefano, des avantages considérables; mais l'Europe, réunie en congrès sous la présidence du prince de Bismarck, chancelier de l'empire allemand, rogna, par le traité de Berlin (1878), la part que s'était faite la Russie; la Bosnie et l'Herzégovine données à l'Autriche jetèrent cette puissance sur les brisées de la Russie et firent naître dans la péninsule balkanique un antagonisme qui ne déplaisait pas à la politique allemande; la Serbie, le Montenegro, la Grèce s'agrandirent et la principauté de Bulgarie, qui elle-même s'adjoignit bientôt la Roumélie orientale, fut créée aux dépens de la Turquie (La Question d'Orient). 

A la fin du XIXe siècle, la triple alliance constituait au centre de l'Europe un faisceau puissant et menaçant, dont l'empire allemand avait formé et tenait les liens dans ses mains. Quels qu'aient été les profits que s'en promettaient ses deux alliés, le bénéfice le plus apparent était pour lui. Il n'est pas étonnant que la France menacée ait porté ses regards par delà ce faisceau jusque vers la Russie irritée et qu'une certaine similitude d'intérêts ait amené un rapprochement entre ces deux États; il ne fallait pas moins, jugeait-on alors, qu'un étau dont une mâchoire serait la Russie et l'autre la France, pour contenir la masse compacte et formidable de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie. On sait comment la montée des tensions ainsi amorcée se dénouera quelques décennies plus tard. La Première Guerre mondiale (1914-1918) conférera à l'Europe le nouveau visage, qui restera pour l'essentiel le sien pendant presque tout le XXe siècle. (A19 / NLI).

Dates clés :
1804 - Règne de Napoléon Bonaparte (Premier empire).
1812 - Campagne de Russie.

1815 - Fin de la dictature napoléonienne. Traités de Vienne.

1852 - Règne de Napoléon III (Second Empire).

1854 -1856 -  Guerre de Crimée.

1863 - Percement du canal de Suez.

1870  - Guerre entre la France et l'Allemagne.

1878 - Traité de Berlin.

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