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L'Europe au XVIIe siècle
Le XVIIe siècle représente un tournant dans l'histoire des lettres européennes et davantage encore des sciences de la nature. Il est celui qui doit transporter aux Indes orientales et en Amérique des populations et des institutions nouvelles, dans des conditions qui seront le plus souvent tragiques pour ceux qui subiront cette expansion. On peut le diviser en deux parties : le moment où Louis XIV commence à gouverner en personne, attirant à lui toute la lumière, mais faisant aussi retomber sur son nom toutes les fautes et les drames de cette époque, est le point qui sépare la première partie de la seconde.

Le siècle s'amorce de façon contrastée pour les principale puissances européennes. L'Angleterre est alors dirigée par Élisabeth I, reine à la fois despotique et fine politique, qui sort victorieuse de sa guerre avec l'Espagne (destruction de l'Invincible Armada en 1588), et peut savourer la chute de son ennemi Philippe II, qui emportait avec lui la puissance de l'Espagne. Puissance que le royaume ibérique perd à jamais. En France, le règne prospère de Henri IV se poursuit encore dix ans, avant de s'achever par la dague d'un fanatique contaminé par la propagande de la Ligue. La Réforme qui, au siècle précédent (la Renaissance) avait si violemment secoué le continent, en changeant l'état des esprits, avait changé aussi les rapports politiques des peuples. Le cardinal de Richelieu, véritable maître du pays à partir de 1624, après une période de complots et de désordres, se fit l'allié des protestants en Allemagne, et la guerre de Trente ans aboutit aux traités de Westphalie (1648) qui annulèrent la puissance des empereurs en Allemagne. La décadence s'accélérait pour l'Espagne qui dut céder deux de ses provinces à la France par le traité des Pyrénées (1659). 

Dans la seconde partie du siècle,  Louis XIV, dont le règne, démarré en 1661, avait été préparé par Richelieu, assura à la France la prééminence politique en Europe. Prééminence dont il usa d'abord et abusa ensuite (traité d'Aix-la-Chapelle, 1668; de Nimègue, 1678; de Ryswick, 1698), jusqu'à ruiner le pays et à le laisser dans le désarroi qui sera le sien au cours du siècle suivant. A la fin de la guerre de la succession d'Espagne, déjà, Louis XIV, qui avait espéré d'abord tenir dans sa main la meilleure partie de l'héritage de Charles-Quint, dut se résigner, après de pénibles revers, à signer le traité d'Utrecht (1713) qui assurait à son petit-fils la couronne d'Espagne, mais qui donnait à la maison d'Autriche les domaines possédés naguère par l'Espagne en Italie et aux Pays-Bas.

Dates clés :
1610 - Messager Céleste de Galilée; Assassinat de Henri IV.

1618- Guerre de Trente ans.

1624 - Richelieu dirige le Conseil du roi.

1637 - Discours de la méthode de Descartes.

1648 - Le traité de Westphalie met un terme à la guerre de Trente ans.

1656 - Les Provinciales de Pascal.

1661 - Début du règne absolu de Louis XIV.

1683 - Deuxième siège de Vienne par les Ottomans.

1685 - Révocation de l'édit de Nantes.

1687 - Principia de Newton.

Jusqu'en 1661

Le siècle s'inaugure par de la petite politique et la poursuite des confrontations religieuses entre protestants et catholiques, entre protestants et protestants et entre catholiques et catholiques, etc.. Les jésuites sont chassés d'Italie. Les Provinces-Unies arrachent à l'Espagne une trêve de douze ans, qui est comme une reconnaissance implicite de leur indépendance, Henri IV aspire à un rôle encore plus grand en Europe : il veut fonder la paix perpétuelle en abaissant la maison d'Autriche. Le coup de poignard que lui porte Ravaillac est la vengeance des ligueurs; la France retombe sous une régente italienne, à côté d'un roi enfant, presque dans la même condition qu'après la mort de Henri II.

En Espagne Philippe III porte le titre de roi, le duc de Lerme gouverne; le faste de la cour contraste avec la misère du peuple et la dépopulation des provinces, surtout depuis l'expulsion définitive des Maures. La branche allemande d'Autriche est sur le point d'être séparée en deux par l'ambition de Mathias, qui s'irrite du long règne de son frère, l'impuissant Rodolphe II; les états héréditaires sont ouverts, par les révoltes de la Hongrie et de la Transylvanie, à l'invasion ottomane. La Suède protestante rejette son roi légitime qui prétend rester catholique, et qui, a ce titre, avait été appelé à la couronne de Pologne. Le Danemark est plus heureux et plus sage sous Christian IV, qui n'a passé encore que douze années d'un règne de soixante ans; des établissements littéraires et des essais de colonisation aux Indes orientales donnent a ce peuple la prospérité et la civilisation. Les Polonais; les Suédois et les Danois ravagent à plaisir les provinces russes qui, depuis 1598, subissent tout imposteur qui veut se donner pour héritier du trône, Michel Romanov commence enfin une nouvelle dynastie nationale : c'est celle qui régnera jusqu'à la révolution soviétique.

Aux frontières de l'Europe, L'empire ottoman, qui profite de la faiblesse militaire et des divisions intestines de l'Autriche, a un plus redoutable voisin à l'est dans le shah de Perse, Abbas le Grand, qui avait refoulé les Mongols : Abbas est cruel, comme tant de princes illustres de l'Orient (Le déclin de l'empire ottoman).

L'attention du monde, après la mort d'Élisabeth et de Henri IV, se détourne de la France et de l'Angleterre pour se porter sur l'Allemagne. Jacques IerStuart, zélé anglican quoique fils de Marie Stuart, compromet la paix religieuse en Écosse comme en Angleterre, par son goût pour les controverses; catholiques et puritains s'enhardissent contre un prince qui aime à formuler le droit divin des rois et qui laisse cependant le parlement attaquer la prérogative royale qui avait été sacrée sous les Tudors : les griefs de la nation sont légitimés par les intrigues et les folies du favori Buckingham, qui est cause d'une rupture avec l'Espagne. La défense du parti protestant sur le continent, une des gloires d'Élisabeth, est abandonnée par son successeur.

La France s'éloigne aussi des voies que lui a tracées Henri IV; au milieu des nouveaux orages civils que soulève l'administration faible et détestée du Florentin Concini, une infante d'Espagne est demandée pour le jeune roi. Les États généraux de 1614, les derniers jusqu'en 1789, discutent toutes les questions qui touchent au pouvoir des rois, aux prétentions du saint-siège sur les couronnes, aux privilèges et aux intérêts de l'église nationale, aux besoins du tiers état; la justice, les finances, le commerce, sont l'objet de beaux plans de réforme, qu'on était impuissant alors à accomplir : le bon sens pratique; une éloquence solide et nerveuse distinguent le prévôt des marchands, Miron, qui tient tête aux orateurs de la noblesse et du clergé. De Luynes, le favori personnel de Louis XIII, ne vaut pas mieux que le favori de Marie de Médicis, qui tombe elle-même du pouvoir et ne saura pas le reconquérir par des révoltes : le nouveau ministre ne peut assouvir les ambitions féodales; connétable, il portera mal l'épée de la royauté catholique contre les Huguenots. Après une sorte d'interrègne, le gouvernement de la France passe enfin aux mains de l'évêque de Luçon, qui ne sera pas longtemps reconnaissant envers Marie de Médicis; à dater de 1624, Richelieu devient le maître du roi et du royaume. En Espagne aussi un nouveau ministre entre  au pouvoir : le comte d'Olivarès est contemporain de Richelieu. On remarque à peine que l'indolent Philippe  III vient de mourir pour faire place à son fils; Philippe IV a le mérite d'avoir choisi Olivarès.

L'intérêt, qui s'attachait à la Hollande quand on doutait encore du succès de sa résistance au gouvernement de l'Espagne, n'est pas entretenu par les querelles sanglantes des arminiens et des gomaristes : sous prétexte d'hérésie, Maurice, qui de stathouder veut se faire prince souverain, livre à la mort le grand pensionnaire Barnevelt; ce vertueux citoyen, à qui l'on devait la trêve et la liberté, n'aurait pas supporté un usurpateur. Même après cette inique vengeance, Maurice n'ose pas dévoiler son ambition, et, quand il meurt, son frère n'est comme lui que stathouder : la guerre a cependant recommencé avec l'Espagne.

Ce n'est plus la branche espagnole de la maison de Habsbourg mais la branche autrichienne qui va avoir à défendre le principe catholique contre les protestants : du reste la guerre de Trente ans ne sera pas exclusivement une lutte religieuse. Le désir de l'affranchissement politique arme les Bohémiens et les Hongrois, sur lesquels veulent régner l'électeur palatin et le prince de Transylvanie, le désir de conquête les rois de Danemark et de Suède; et ce n'est pas pour ruiner la religion catholique, mais pour affaiblir une maison rivale de la France, que le cardinal de Richelieu fait la guerre aux Autrichiens dans l'empire, en Italie, en Alsace; aux Espagnols dans Les Pays-Bas, dans le Roussillon et sur les mers. Frédéric V, comte palatin, Christian de Danemark, Gustave-Adolphe de Suède, la France avec Richelieu et Mazarin, sont tour à tour les héros de ce grand drame : il se compose comme de quatre drames distincts, qui ne se ressemblent ni par les motifs de la guerre, ni par le théâtre des hostilités, ni par les résultats des luttes partielles. Le Bavarois Tilly, le Bohémien Waldstein, sont les généraux de Ferdinand II ; le second mérita d'être assassiné par l'ordre d'un prince faible qui craignait son ambition, comme le chef des ligueurs par Henri III.

Ces quatre guerres séparées n'ont un dénouement commun que six ans après la mort de Richelieu : les succès militaires de Condé et de Turenne, ceux des généraux suédois Banner, Torstenson, Wrangel, font conclure la paix de Westphalie, qui règle les droits des puissances européennes, détermine ceux des membres du corps germanique, et garantit aux protestants d'Allemagne, calvinistes et luthériens, la liberté de leur culte. Malgré les protestations d'Innocent X, qui voit les riches domaines épiscopaux de l'Allemagne abandonnés comme indemnité de guerre à des princes ennemis de l'Église, ce traité de 1648 devient l'une des bases du droit public de l'Europe. La science de la diplomatie date de cette époque.

Traité de Westphalie.
Gravure symbolique composée à l'occasion du de la signature du Traité de Westphalie pour célébrer la réconciliation des peuples, réunis - partie supérieure - dans un festin et - partie inférieure - dans une contredanse. Chaque couple, dont le nom est gravé au-dessus ou au dessous de lui, représente un des belligérants. (Gravure anonyme).
Le traité de Westphalie reconnaît solennellement  l'existence indépendante de la confédération helvétique, fait accompli au moins depuis un siècle et demi; et celle des Provinces-Unies, dont le territoire a été non seulement affranchi pendant une nouvelle guerre de vingt-sept ans, mais s'est étendu par des conquêtes : Maëstricht, le Brabant septentrional et les bouches de l'Escaut sont aux Hollandais; avec leurs flottes, ils dépouillent aux Indes orientales, au Brésil, et sur les côtes d'Afrique, les Portugais qui sont encore, jusqu'en 1640, les sujets de l'Espagne.
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Les outre-mers

Dès les premières années de ce siècle, les Hollandais, les Anglais et les Français paraissent dans les mers nouvelles. De 1607 à 1616, les Anglais Hudson et Baffin découvrent au nord-ouest de l'Amérique les deux grandes baies qui portent leurs noms des Hollandais Lemaire et Schouten traversent, près du détroit de Magellan, le long de la Terre de Feu, le détroit qui a reçu le nom du premier, et doublent le cap qui prit le nom de Horn, emprunté à la patrie du second. Une vaste région apparaît au sud de l'Asie, elle est appelée Nouvelle-Hollande (Australie) c'est la portion la plus considérable du monde océanique.

Les Hollandais vont surtout chercher les épices dans les Indes orientales; leurs colonies ne sont que des comptoirs de commerce. Les terres de l'Amérique du nord, entre la Floride espagnole et le Canada, où s'étaient montrés les Français pour le commerce des pelleteries et l'exploitation de, la pêche, servent de refuge à toutes les sectes religieuses successivement persécutées en Angleterre : la foi et la liberté animent ces populations nouvelles que le travail des grandes plantations ou le commerce maritime élèveront à la richesse. 

Elles restent unies à la métropole, mais subissent peu les effets des révolutions du continent. Les plus importantes des treize colonies, berceau primitif de la grande nation américaine, sont fondées et constituent autant de petites républiques indépendantes; la Caroline et la Pennsylvanie appartiennent à la seconde partie du siècle.

La révolution de 1640 place sur le trône de Portugal Jean de Bragance, que le comte-duc d'Olivarès combat vainement, rnême avec le concours des armes spirituelles de Rome. Richelieu soutient les Portugais et les Catalans révoltés. Il conduit Louis XIII à la conquête du Roussillon. Dans les Deux-Siciles, la sédition de Masaniello à Naples; la tentative du duc de Guise, issu des princes d'Anjou, que le pape a invité à soutenir ses droits sur ce royaume; des conspirations à Palerme attestent la décadence de la puissance espagnole. Olivarès a livré le fardeau des affaires, dans des circonstances bien critiques, à son neveu don Luis de Haro, qui cependant a une administration plus facile et plus paisible que l'Italien Mazarin, successeur du triomphant Richelieu.

Un complot tramé contre Richelieu au début de son ministère lui a fourni l'occasion de réprimer les manoeuvres des grands, d'intimider Gaston d'Orléans, frère du roi, de supprimer les dignités de connétable et de grand amiral, qui étaient sans profit pour la nation. Vainqueur des protestants de la Rochelle après un siège mémorable, il a eu la sagesse de conserver aux réformés le libre exercice de leur religion. La noblesse fut épouvantée par les supplices de Marillac et de Montmorency; Louis XIII ne put sauver de la disgrâce ni sa mère, ni sa femme. Les seigneurs qui entreprennent encore la guerre civile avec le pusillanime Gaston d'Orléans laissent condamner à mort Cinq-Mars, le favori de Louis XIII , qui allait vendre la France à l'Espagne. Ce ministre, inflexible, qui jusqu'au jour de la mort dans son Palais-Cardinal disait n'avoir eu d'autres ennemis que ceux de l'État, imposa le même niveau à tous; il courba devant lui les parlements, il se rendit plus odieux encore en ne remettant qu'à des commissions extraordinaires le soin de ses vengeances politiques. Sa mort permet à la France de respirer plus à l'aise. 

L'italien Mazarin, ministre de .la reine mère Anne d'Autriche, pendant que
Louis XIV n'est qu'un enfant, paraît faible parce qu'il n'opprime pas violemment. Les grands et le parlement ligués forment la faction mutine de la Fronde qui, dans ses mouvements capricieux, semble n'avoir qu'un but bien constant, c'est d'éloigner Mazarin des affaires. Gaston d'Orléans ne sait trop a quel parti s'arrêter; Turenne et Condé sont quelquefois réunis, plus souvent opposés, pour ou contre la cour; la galanterie ajoute à la frivolité d'une guerre déjà ridicule dans son principe : le coadjuteur de l'archevêque de Paris, qui devient le cardinal de Retz, dénie fait pour les temps de troubles, heureusement n'engage pas avec lui l'honneur de l'Église. Mazarin s'enfuit, revient, se retire encore; il lasse enfin la Fronde, et, lorsqu'il rentre pour rester le maître jusqu'à sa mort, il s'interdit toute vengeance et gouverne nonchalamment un peuple frivole.  La dernière tentative de la féodalité a avorté, et le parlement ne s'occupera plus que des affaires de la justice; il est réduit au silence jusqu'à la fin du long règne de Louis XIV.

La guerre, continuée avec l'Espagne depuis 1648, était prolongée par les troubles civils qui vont opposer Turenne, chef de l'armée française, à Condé, général des troupes espagnoles dans les Pays-Bas. Le traité des Pyrénées, dernière oeuvre de Mazarin , assure la conservation des conquêtes faites sous Richelieu rend Condé à la France et marie Louis XIV à l'infante Marie-Thérèse. Louis XIV, à vingt-deux ans, se fait le successeur de son ministre, à partir de 1661 il entend régner par lui-même.

L'agitation parlementaire, ridicule en France, enfante en Angleterre une révolution. Le parti de la liberté publique, qui se forme dans la chambre des communes à la fin du règne de Jacques Ier, résiste à Charles Ier et veut dominer. Occupé par des guerres avec la France, avec l'Espagne, avec les Écossais révoltés, Charles Ier est encore plus menacé par la lutte qui se déclare entre lui et les communes. Il offense les parlements, il les casse, il les ménage. Irritée de ses hauteurs, encouragée par sa faiblesse, la chambre des communes obtient de lui la condamnation de Strafford, serviteur fidèle qu'il ne devait pas abandonner; elle s'empare du pouvoir exécutif et lève une armée : des manifestes proclament la guerre civile, elle éclate quand le roi a quitté Londres. De nouvelles sectes religieuses et politiques se sont formées, celles des Épiscopaux et des Presbytériens, celle des Puritains, celle des Indépendants celle des Niveleurs; Oliver Cromwell est à la tête des indépendants qui ne veulent pas seulement, comme une partie des presbytériens, des libertés constitutionnelles, mais affichent déjà une ardeur hypocrite pour la démocratie : et ce sont ces révolutionnaires qui laisseront prendre ou qui offriront la dictature à Cromwell.

Les généraux du parlement, Fairfax et Cromwell, remportent des avantages décisifs sur le roi, qui se livre aux Écossais, comptant sur leur attachement traditionnel à la maison des Stuarts, et est vendu par eux à ses, ennemis. Cromwell, qui règne en maître dans l'armée, intimide la partie encore saine du parlement; il fait juger et condamner à, mort le roi son prisonnier : quelques commissaires, qui ne représentent pas tout, le peuple, se chargent des fonctions de régicides. Cet épouvantable arrêt, l'étrange apologie qu'en publia Milton, les discours de Cromwell et tous les détails de ces horribles scènes portent l'empreinte du plus cruel fanatisme. On se battait avec fureur pour des intérêts de sectes religieuses : enveloppé dans les ténèbres des opinions théologiques et mystiques, le sentiment de la liberté se montrait à peine et ne s'éclairait encore d'aucune idée d'équité publique, et d'aucune notion de sûreté personnelle. L'ambitieux Cromwell, après avoir fait proclamer la république, s'empresse de dissoudre le long parlement, qui ne consistait plus que dans la chambre des communes. La répression sanguinaire de la résistance catholique en Irlande, et du parti de l'indépendance et de la royauté en Écosse, lui donne un titre à l'autorité souveraine.

Le protecteur sait du moins rendre puissante la prétendue république anglaise; il obtient  pour elle et pour lui-même les hommages de la Hollande, de la Suède et de la France; Mazarin le courtise et brigue son alliance. Mais à la mort de Cromwell, son fils Richard trouve trop pesant le fardeau des affaires. Le parti républicain ne peut se soutenir avec les débris du long parlement, qui est flétri du nom de rump ou croupion : la défection du général Monk rétablit presque sans coup férir la royauté. Au nom du roi Charles II Stuart, on condamne à mort les juges de Charles Ier, on dissout l'armée, on relève l'épiscopat; les pouvoirs publics sont replacés dans la condition où ils étaient avant la révolution. 

Le nom de république qui n'a jamais convenu au gouvernement de l'Angleterre, même avant le protectorat d'Oliver Cromwell, est porté glorieusement par les Hollandais. La rivalité commerciale a armé contre eux la Grande-Bretagne. Ils abolissent le stathoudérat et se confient au patriotisme des deux frères de Wit chargés des fonctions de grand pensionnaire et d'amiral.

La Suède et le Danemark, que la guerre de Trente ans a associés aux grands mouvements de la politique européenne, enfantent encore l'une un héros, l'autre un prince réformateur. La fille de Gustave-Adolphe, Christine, pendant que ses armées continuaient glorieusement la guerre de Trente ans, au sein de ses États paisibles, encourageait et cultivait les sciences : Grotius et Descartes ornaient sa cour. Le goût de la philosophie et des lettres, peut-être aussi celui des aventures, lui inspire le dessein d'abdiquer. Son cousin, Charles-Gustave, à qui elle laisse le trône, ne règne que six ans, mais il remue tout le nord par sa passion désordonnée des conquêtes : les Russes, les Polonais, les Danois subissent ses menaces ou ses atteintes, mais de pareils exploits épuisent l'État, et son fils Charles XI, monarque plus habile, doit souscrire trois traités qui rendent au moins le repos à la Suède. Le roi de Danemark, délivré de l'invasion suédoise, met à profit l'antipathie de la bourgeoisie contre la noblesse et le clergé, et, du même coup, rend le pouvoir royal absolu et héréditaire. La Pologne s'affaiblit de plus en plus, à cause du pouvoir exorbitant de la noblesse qui multiplie les entraves autour du trône électif, quoique depuis 1587 elle soit fidèle à une même famille de rois, d'origine suédoise. Jean-Casimir, le dernier roi de cette famille, ci-devant jésuite et cardinal, est pressé par les Cosaques et par les Russes; la mort de Charles-Gustave lui épargne une nouvelle invasion. Ces Cosaques sont redoutables aussi à l'empire ottoman; les guerres des Turcs sont fréquentes contre eux, contre les Persans et contre les Vénitiens, qui ne doivent pas conserver longtemps leurs possessions de l'île de Crète. Les sultans ont moins de pouvoir que leurs vizirs : depuis le commencement du siècle, les intrigues du sérail, les révoltes des janissaires exposent les maîtres d'Istanbul à la réclusion perpétuelle dans le château des Sept-Tours, et même au fatal cordon.

La paix règne à peu près partout dans le monde; les idées du droit divin et du pouvoir absolu des rois sont comme une doctrine admise par plusieurs peuples de L'Europe, lorsque paraît Louis XIV, qui qui saura si bien masquer, par les armes et par les beaux-arts, la rudesse de son le despotisme.
 

De 1661 à la fin du siècle

Louis XIV gouverne. Pendant cinquante-quatre ans, l'Europe subira l'influence de sa volonté, de son ambition, de ses succès, ou de ses fautes, punies par de cruels revers. Ministres, généraux, hommes distingués en tout genre, forment comme un cortège au roi qui sait choisir les instruments de sa gloire. L'établissement monarchique de Louis XIV peut être défini une royauté absolue et dispendieuse, sévère pour le peuple, hostile envers l'étranger, appuyée sur l'armée, sur la police et sur l'orgueil et la vanité d'un roi, seulement tempérés cependant par le besoin de ménager pour la guerre et pour l'impôt le nombre et la fortune des sujets.

Il commence par disgracier et livrer aux juges le surintendant Fouquet qui doit à ses malversations une magnificence plus que royale. Colbert devient contrôleur général des finances, et bientôt administrateur de la marine, du commerce, des bâtiments, et, à ce titre, des beaux-arts et des lettres : son ministère est la plus belle partie du règne de Louis XIV. Grâce à lui, la France accroît ses  colonies aux Indes orientales et occidentales, et sur les côtes d'Afrique. Louvois, ministre de la guerre, est moins important parce qu'il est dominé par le roi. La jeunesse du prince ne suffit pas à expliquer la conduite arrogante qu'il tient à l'égard de la cour de Rome, pour l'insulte faite au duc de Créqui, son ambassadeur; entiché de sa qualité de roi, il fit plus d'une fois plier devant lui même le Pape. Le gouvernement acquiert Dunkerque du roi Charles II qui vend la conquête de Cromwell; entreprend le canal du Languedoc; crée une marine qu'on oppose aux pirates d'Afrique, qu'on utilise pour le commerce des colonies; publie de nouveaux codes, et améliore toutes les administrations, sans oublier celle de la justice.

Vauban fortifie les frontières. Des manufactures naissent dans les provinces. La capitale s'embellit; la police sait en rendre le séjour plus sûr et plus salubre; l'hôtel des Invalides s'élève; la colonnade dessinée par Perrault complète le Louvre. Versailles devient digne du roi qui l'habitera : Mansart construit la façade du palais qui regarde le parc et les jardins dessinés par Le Nôtre; des eaux amenées de Marly, un nombre infini de statues de marbre et de bronze, réunissent les merveilles de la nature et de l'art. Ch. Lebrun préside à la décoration des maisons royales; il inspire même les statuaires, les Anguier, Pierre Puget, Francis Girardon, Antoine Coysevox, Nicolas Coustou, et les célèbres fondeurs, les frères Keller. Le Napolitain L. Bernini, dit le cavalier Bernin, exerça une moins heureuse influence.

La guerre n'amène longtemps que des succès. Les Français contribuent à la victoire de Saint-Gothard, gagnée par les Allemands sur les Ottomans; il ne tient pas à eux que la Crète, la précieuse colonie de Venise ne soit sauvée des coups de la Porte. A la mort de Philippe IV, qui ne laisse qu'un roi enfant, Charles II, l'Espagne continue une guerre malheureuse avec les Portugais; Louis XIV prend la Flandre : Condé, Turenne, Louvois ont préparé la gloire du roi. Il ne craint pas d'envahir la Hollande, qui a prouvé sa force sur les mers dans une guerre récente avec les Anglais, mais que les frères de Witt, préoccupés surtout de la marine et du commerce, n'ont pas mise en état de se défendre sur terre. La république menacée de périr se sauve en inondant ses foyers; les deux frères de Witt, massacrés malgré leur attachement sincère à la liberté publique, font place au jeune Guillaume d'Orange, de la maison des stathouders, dont il reprend le titre : la délivrance du pays justifie son ambition; il réunit l'Europe contre Louis XIV. Les terres d'empire, surtout le Palatinat, la Franche-Comté espagnole et les Pays-Bas, payent pour la Hollande. Une partie de la Sicile, agitée par des factions, se donne au roi de France; l'Espagne a recours aux Hollandais, dont la flotte commandée par Ruyter se mesure avec celle de Duquesne dans les parages mêmes de la Sicile. La guerre s'étend à l'électeur de Brandebourg, duc de Prusse, qui a des domaines près du Rhin; et, par contre-coup, à la Suède, notre alliée qui peut menacer les possessions de l'électeur sur la Baltique. C'est Louis XIV, malgré la mort de Turenne, et la retraite de Condé, qui dicte à l'Europe les conditions de la paix de Nimègue, désastreuse surtout pour l'Espagne, honorable pour la Hollande qui reste intacte.

Lorsque le titre de Grand lui est solennellement décerné à l'hôtel de ville (1680), il cesse déjà de le mériter : la France est au point culminant de la gloire, le despotisme de Louis XIV ne pourra que la faire décliner. La contagion de l'absolutisme se fait sentir de bien loin, chez les Suédois, alliés des Français : il semble que Charles XI ait cherché à égaler Louis XIV, lorsqu'en 1680, il a étendu l'autorité royale bien au delà des limites qui l'avaient jusqu'alors resserrée.

Conquêtes injustes en pleine paix, qui nous donnent près du Rhin l'importante place de Strasbourg, jusqu'alors ville impériale; ardent débat au sujet de la régale avec le pape Innocent XI, qui provoque en 1682 la fameuse déclaration de l'Église gallicane rédigée en quatre articles par le clergé assemblé et défendue par Bossuet; c'est par de tels faits que s'annonce la seconde partie du gouvernement de Louis XIV. La mort de Colbert le laisse entre les mains du chancelier Le Tellier, de Louvois, fils de ce chancelier et ministre de la guerre, du jésuite Lachaise, de Mme de Maintenon, toute-puissante surtout après la mort de la reine Marie-Thérèse : Louis XIV, qui n'a encore que quarante-cinq ans, cherche dans cette nouvelle affection, profonde et sérieuse, le bonheur de la vie privée. 

Le bombardement d'Alger, le bombardement de Gênes, la condition humiliante faite au doge de venir implorer la clémence du roi de France dans soit palais de Versailles, dépassent les droits ordinaires de la guerre. Le roi de France était moins généreux que le héros de la Pologne, le roi Jean Sobieski : quoiqu'il eût à se plaindre de la maison d'Autriche, Sobieski délivrait Vienne que les Turcs assiégeaient en 1683 (le déclin de l'Empire Ottoman); malgré l'ingratitude de ses concitoyens, il a été chez eux le fidèle et le dernier garant de la liberté, de l'ordre, et de la prospérité publique. La révocation de l'édit de Nantes, contraire à la justice et à l'humanité, en obligeant les protestants par cent mille à sortir du royaume, est contraire aussi à la saine politique. Les puissances protestantes, surtout la Hollande et la Prusse, profitent de ces fautes. Le saint-siège ne lui sait pas gré de tant de rigueur parce qu'il soutient trop insolemment le droit de franchise, dont jouissait son ambassadeur à Rome. Pour arrêter Louis XIV dans ses prétentions de despotisme européen, le stathouder Guillaume d'Orange commence à former la nouvelle ligue d'Augsbourg; de part et d'autre, on s'apprête. Le stathouder double ses forces en devenant roi d'Angleterre.

La révolution qui a coûté la vie à Charles ler avait été un enseignement perdu pour les Stuarts; ils n'avaient pas compris que le pays lui leur rendait la royauté voulait des institutions libérales, la tolérance religieuse pour tous les cultes, excepté pour le papisme ainsi qu'on appelait le catholicisme en Angleterre, et au dehors une politique vraiment nationale qui assurât la prospérité de la Grande-Bretagne. Les fils de Charles Ier ne négligèrent pas la marine qui d'ailleurs se développait d'elle-même et qui donna à l'Angleterre de nouvelles colonies importantes aux Indes orientales, aux Indes occidentales et en Afrique. Mais Londreséprouve en deux ans les horreurs des deux plus terribles fléaux, la peste et l'incendie. La disgrâce du chancelier Clarendon inaugure de nouveaux malheurs, dont le roi est responsable. Le parlement s'en prend aux catholiques, aux jésuites, même au duc d'York, frère du roi. Du sein de la lutte parlementaire, sort une loi, célèbre sous le nom d'Habeas Corpus, qui garantit la liberté individuelle. 

Les deux partis de la cour et de la patrie se distinguent par les noms de torys et de whigs : les tories dominent; une conspiration est étouffée dans le sang de Russel, et du philosophe Sidney. Le duc d'York, que plusieurs parlements ont déclaré inhabile à régner, succède alors sans opposition à Charles II : Jacques Il n'épargne pas le supplice des traîtres au fils naturel de Charles Il qui essaye de le détrôner; se croyant fort des actes de cruauté ordonnés par l'horrible chef de la justice, Jeffreys, il s'avoue franchement catholique, s'entoure de moines, et méprise la colère du peuple. Son gendre Guillaume d'Orange n'a qu'à se montrer avec une armée : Jacques II n'essaye pas de combattre; il fuit de Londres. Le trône, d'abord déclaré vacant, est donné à la famille du stathouder, après qu'on a déterminé les droits des citoyens et les pouvoirs de leurs représentants, raffermi les garanties publiques et assuré la prérogative royale en la circonscrivant par la déclaration des droits de 1688.

L'Angleterre, et la Hollande qui continue de laisser des. pouvoirs presque absolus à son stathouder, maintenant roi de la Grande-Bretagne, l'empire, l'Espagne, bientôt même le duc de Savoie, et la Suède, ordinairement alliée à la France, sont conjurés contre Louis XIV. Jacques Il ne sait pas reconquérir sa couronne, quoique l'Écosse et l'Irlande arment pour lui, et que les flottes de la France combattent au service des Stuarts : L'incendie du Palatinat, ordonné une seconde fois par Louvois, est une tache à la mémoire de ce grand ministre, dont la perte qui arriva alors fut sensible : son, fils Barbezieux ne valait pas le brillant fils de Colbert, Seignelay, dont s'honore la marine française. Le maréchal de Luxembourg gagne en Flandre des victoires sur Guillaume d'Orange en personne; Guillaume ne se lasse pas de courir de la Flandre en Irlande, de revenir de l'Irlande sur le continent, pour défendre sa couronne, protéger les Hollandais ou les Espagnols.

Les Anglais, vainqueurs sur mer dans la journée de la Hogue, bombardent Dieppe et plusieurs de nos ports de mer. Malgré les succès de Luxembourg, « le tapissier de Notre-Dame, » que la France perd vers la fin de la guerre, malgré les campagnes glorieuses de Catinat en Italie, Louis XIV sacrifie ce qui a été conquis où confisqué, et signe les articles de Ryswick qui sont loin de valoir ceux de Nimègue : le prince d'Orange était reconnu pour roi légitime d'Angleterre. Louis XIV, qui a eu la sagesse de vouloir la paix, accepte le testament de Charles II, roi d'Espagne, qui lègue tout son héritage au duc d'Anjou, petit-fils du roi de France : cette acceptation, contraire aux intérêts de l'Autriche, et aux engagements que Louis XIV venait de contracter avec l'Angleterre et la Hollande, entraînera une nouvelle guerre européenne.

La maison d'Autriche n'a pas pu prendre une part bien active à la lutte contre Louis XIV, la guerre étant incessante avec les Turcs, et avec la Hongrie révoltée, contre laquelle l'empereur Léopold exerça de cruelles vengeances. Le prince Eugène s'illustre sur le Danube; la paix de Carlowitz humilie et affaiblit la Porte (le déclin de l'Empire Ottoman).

La paix, ainsi rétablie aux deux extrémités du monde en Occident et en Orient, n'était pas encore gravement troublée au nord. Sur le sol longtemps inculte de la Russie, apparaît pour la haute figure  tsar Pierre Ier, énergique initiateur des transformations que connaîtra la Russie  au cours du siècle suivant (la Russie au XVIIIe siècle). Il n'a pas supporté longtemps un collègue impuissant, son frère Ivan; une conseillère ambitieuse, sa soeur Sophie : Le Génevois Lefort lui apprend à avoir une armée et une flotte; ses voyages en Hollande et en Angleterre doivent dorer la Russie à la fois des arts de la guerre et de ceux de la paix; la milice des strélitz; brisée violemment à, son retour, enseigné à tous qu'il fout obéir, et trouver bonnes les réformes par lesquelles il veut régénérer la nation (l'Empire de Pierre). Il conspire déjà avec le Danemark et la Pologne, qui vient de passer à un prince saxon, contre le jeune roi de Suède, le fils de Charles Xl, dont le génie entreprenant n'était pas encore dévoilé. Entre les noms de deux grands princes absolus, Pierre Ier et Louis XIV, l'un dans toute la plénitude de sa force, l'autre touchant à son déclin, se place le roi constitutionnel de la Grande-Bretagne qui ne survit pas longtemps à l'élévation d'un prince Bourbon sur le trône espagnol.

La vie intellectuelle

En Grande-Bretagne, du temps de Jacques Ier, à  la charnière de la Renaissance et du XVIIe siècle, Shakespeare et Bacon composent une grande partie de leurs immortels ouvrages; mais ce roi n'inspire ni ne seconde leur génie. Bacon, dont la conduite politique fut tachée par des abus, ose tracer un plan pour la réédification des connaissances humaines; l'observation, l'expérience et la réflexion sont les instruments que nous offre la nature pour l'étudier elle-même. Bacon esquisse un tableau provisoire de toutes les sciences, même de celles qui n'existaient pas encore (Le Novum Organumet La Grande Restauration des sciences). Le calcul acquiert alors un instrument qui allait le rendre plus rapide et plus puissant : Neper invente les logarithmes, dont  il publie le premier essai en 1614. La médecine doit à William Harvey la grande découverte de la circulation du sang qui subit un  mouvement continuel par le coeur, les artères et les veines.

En France, la poésie, moins riche et moins téméraire qu'en Angleterre, continue à fixer sa langue : Malherbe est à ce titre un grand poète. Mais l'Espagne et l'Italie gardaient trop d'influence sur la littérature française pour qu'elle affirme encore une véritable originalité; et le cavalier Marin, devait à son Adone les faveurs de Marie de Médicis. L'hôtel Pisani, Bien plus connu sous le nom d'hôtel de Rambouillet, donne le ton à la conversation du grand monde; c'est une école d'esprit et de beau langage, tendre et un peu maniéré : la fille d'Artenice, Mlle de Rambouillet, deviendra la femme de l'austère Montausier. L'Astrée, d'Honoré d'Urfé, annonce un nouveau genre de romans, qui depuis a été trop fécond. Le conseiller de Henri IV, Olivier de Serres, a déjà publié son Théâtre d'agriculture; Pierre de L'Étoile rédige ses journaux; du Perron, d'Ossat, Jeannin,  Mornay, Sully, écrivent des, mémoires historiques; le véridique et judicieux de Thou achève la rédaction latine de son corps d'Annales, qui s'étend de 1543à 1607.  La Hollande produit le grand publiciste Grotius, ami de Barnevelt. 

Ou connaît moins Cluvier (Cluver), né à Dantzig, qui a étudié la géographie ancienne de la Germanie, de l'Italie et de la Sicile. Le nom de Kepler, Saxon de Wittemberg, fait époque dans l'histoire de l'astronomie; il a trouvé les lois-mathématiques qui régissent les mouvements des corps célestes (lois de Kepler) : il meurt dans la misère à Ratisbonne, où il était venu solliciter auprès de la diète les arrérages d'une pension mal payée. L'Espagne a encore son historien national, le jésuite Mariana, qui a traduit lui-même son texte latin en castillan; les romans de chevalerie de la littérature espagnole sont tous dépassés par l'admirable Don Quichotte, de Cervantes, qui a laissé en outre des contes ou nouvelles et des pièces de théâtre. La fécondité dramatique de Lope de Vega trouvera un émule dans Calderon de la Barca, qui perpétuera le genre des mystères, quoique des sujets profanes soient déjà souvent mis en scène. 

La langue italienne s'honore du poète J.-B. Guarini et du prosateur Davila, historien partial des guerres civiles de France. Le Vénitien frà Paolo Sarpi applique sa critique à l'Église dans son Histoire du concile de Trente; le jésuite Pallavicini, cardinal, a repris le même sujet vers le milieu du XVIIe siècle. Le Pisan Galilée, né avant Kepler, et qui doit vivre plus vieux que lui et aussi malheureux, ose développer et confirmer par de nouvelles expériences la doctrine de Copernic, qui parut une hérésie aux inquisiteurs de Rome : on lui doit d'autres découvertes, desobservations sur la pesanteur de l'air et sur la chute des corps graves; c'est à lui que remonte la physique moderne. Torricelli, son disciple et Toscan comme lui, invente le baromètre. L'académie del Cimento, fondée à Florence en 1657, se voue au développement des études naturelles.

Descartes commence une nouvelle ère pour la philosophie : il recommande à l'humain de douter, c'est-à-dire de ne croire qu'après examen, de ne pas se laisser imposer par l'autorité, de ne céder qu'à la lumière de la vérité; son Discours sur la méthode est le premier grand monument de la langue philosophique en France. Ses travaux mathématiques suffiraient à sa gloire; il a perfectionné le calculalgébrique, appliqué l'algèbre à la géométrie, l'une et l'autre à la mécanique et à l'optique, toutes à l'astronomie. Gassendi, contemporain de Descartes, rajeunit, en l'étayant de preuves nouvelles, la doctrine bien ancienne qui fait venir des sens toutes les idées (Sensualisme).

L'érudition s'enrichit dans tous les pays : la chronologie doit beaucoup aux travaux du jésuite français Petau (Petavius), de l'irlandais Usserius (Usher); la critique historique et littéraire au Hollandais Meursius, à l'Allemand Gérard-Jean Vossius, aux Français André Duchesne et Saumaise. La Hollande, la Suède, l'Angleterre, terres protestantes, se disputent l'honneur de servir d'asile aux philosophes et aux savants persécutés : cette munificence est la principale gloire de la fille de Gustave-Adolphe.

Le cardinal Richelieu avait protégé les lettres, mais quand sa conscience de prêtre et sa vanité d'auteur n'étaient pas blessées. L'Académie française lui doit ses statuts : Voiture, Balzac, Vaugelas, qui en furent membres, ont leur part de gloire dans les progrès de la langue française. L'art dramatique moderne est créé par Pierre Corneille : dès 1636, il avait fait le Cid, un an avant la publication du Discours sur la méthode, et, dans les années suivantes, s'avançant dans la carrière où il s'est annoncé par un chef-d'oeuvre, il donne les Horaces, Cinna, Polyeucte, la Mort de Pompée, le Menteur, Rodogune, Héraclius. Après 1661il ne produit plus rien d'aussi grand. Sertorius sera suivi d'Othon, d'Agésilas et d'Attila (les Huns). 

La comédie peut espérer déjà dans Molière, qui s'est fixé à Paris en 1658; les Précieuses ridicules sont de 1659. Racine et Boileau sont à peu près de l'âge du roi, et leur illustration commencera en même temps ils vont, avec des titres différents, marcher ensemble à l'immortalité. Bossuet et Bourdaloue sont bien jeunes encore dans la carrière de l'Église. L'affaire du jansénisme inspire à Pascal, en 1656, les Provinciales, qui ont d'un coup élevé la langue française presque au niveau des anciennes. Arnaud et Nicole ont fondé à Port-Royal une école de cartésianisme et de littérature.

Pour sa vie austère, le grand peintre Lesueur peut être placé à côté de pareils noms. Nicolas Poussin, son émule, assistera à la naissance de l'école française de Rome dont il est le plus illustre, chef. Ils sont devancés de quelques années par les plus célèbres artistes de la Flandre, Rubens, les deux Teniers, et Van Dyck, auxquels la Hollande va opposer Rembrandt; ils ont pour contemporains les chefs de l'école de Séville, Zurbaran et Velazquez, un des maîtres de Murillo.

La seconde moitié du siècle.
La seconde partie, du XVIIe siècle, remplie de tant d'agitations extérieures, est en même temps féconde en travaux pacifiques, en productions littéraires : œuvres d'imagination et de raisonnement, éloquence de la chaire, histoire, critique, genre épistolaire, revêtent en France la forme de langage la plus pure et la plus brillante. Les auteurs de langue française brillent désoramis de tout leur éclat. Si Pierre Corneille est presque épuisé quoiqu'il doive vivre encore vingt-trois ans, la littérature française a encore le théâtre entier de Racine; après quelques années de pieuse retraite, il ajoute à ses chefs-d'oeuvre, inspirés surtout par l'antiquité grecque ou latine, Esther et Athalie, émules de Polyeucte. Les comédies de Molière suffiraient à la gloire d'un siècle; elles sont classiques, comme toutes les grandes compositions du genre humain qui, sans être imitées des anciens, empruntent à leur beauté naturelle un vernis d'antiquité.

La critique des moeurs du temps et la critique de l'art recommandent Boileau. Le théâtre lyrique de Quinault, qui partagea ses succès avec Lulli, le musicien du roi, et les ouvrages de La Fontaine qui n'eut de naïveté dans ses fables qu'à force d'étude, montraient ce que l'on pouvait encore tirer des vieux apologueshérités de l'Antiquité. Un nouvel auteur dramatique, Regnard, s'annonce par le Joueur, que suivra le Distrait. Les Caractères de La Bruyère, postérieurs aux Maximes de La Rochefoucauld, sont placés par Boileau à côté des Provinciales. Les romans de Mme de La Favette et les lettres de Mme de Sévigné, parente de Bussy-Rabutin, peignent une grande époque, dans laquelle tant de femmes furent célèbres, Mme de Motteville, Mlle de Montpensier, Mme de Maintenon; sa grâce et son esprit permettent de citer Ninon de Lenclos

Les Mémoires du cardinal de Retz vivent encore à côté des oeuvres historiques de Bossuet qu'inspira surtout la religion. Le Discours sur l'histoire universelle, l'Histoire des variations du protestantisme, la Politique tirée de l'Ecriture sainte, composés pendant l'éducation du dauphin, furent peut-être écrits à la gloire du peuple juif précurseur des chrétiens, mais sutout pour la défense des dogmes, et au profil du pouvoir absolu des rois, ministres de Dieu sur la terre. Si Bossuet défend la déclaration gallicane, il continue, en même temps que le savant Arnaud, contre Claude et Jurieu, la guerre du catholicisme contre la religion réformée. Il égale Bourdaloue dans le sermon; il surpasse Fléchier dans l'oraison funèbre : la mort du grand Condé lui fournit l'occasion de son dernier triomphe dans la chaire. Les débuts de Massillon annonçaient moins de vigueur; mais il a répandu toutes les grâces de la diction sur une morale douce, sensible et pénétrante. L'esprit de polémique emporta trop loin l'évêque de Meaux dans sa lutte contre les Maximes des saints : Fénelon se soumit humblement à la condamnation pontificale. Télémaque vaudra des persécutions d'un autre genre au précepteur du duc de Bourgogne.

La fin du siècle a produit des ouvrages moins distingués, mais qui ont joui d'une série de popularité, les travaux demi-historiques et demi-romanesques de Saint-Réal, les Révolutions de Portugal et de Suède de Vertot, l'Histoire des Oracles et les Entretiens sur la Pluralité des Mondes de Fontenelle. L'Académie française venait d'achever, en 1694, son Dictionnaire commencé en 1635, et avait pu profiter, pour fixer la langue, des grandes productions du siècle. Bayle publia en 1697, à Rotterdam, son Dictionnaire historique et critique, savant recueil où une érudition, riche et profonde, est souvent au service d'une critique acérée. L'école de Port-Royal s'était bornée à recueillir les leçons les plus immédiates de Descartes; elle les appliquait à la grammaire, à la logique, à la morale, à la direction des études. Malebranche, en creusant le cartésianisme, y avait retrouvé la philosophie de Platon (Platonisme), et il y rallia la théologie des premiers siècles chrétiens : il est le meilleur écrivain de tous les métaphysiciens modernes, surtout dans son ouvrage de la Recherche de la vérité; son art, son talent, son savoir sont dans son enthousiasme.

Plus active que l'académie des inscriptions, qui n'a presque rien produit jusqu'en 1700, l'académie des sciences, instituée aussi par Colbert en 1666, s'est livrée aussitôt à des travaux utiles. On remarque dans son sein l'astronome Cassini et le physicien Huygens qui, par ses calculs, détruisait les tourbillons et le monde de Descartes, perfectionnait les horloges et pressentait l'attraction universelle. L'Académie de Londres, née sous Cromwell, appelée Société royale par Charles II, s'occupe surtout de physique et de mathématiques. Toutes tes connaissances humaines sont cultivées alors en Angleterre : c'est le temps de l'audacieuse philosophie d'Hobbes, des méditations politiques et de la proscription de Sidney; des travaux historiques de Clarendon, des satires de Rochester, courtisan sans honneur, que les débauches ont enlevé à trente-trois ans; des poésies de Denham qui se distingua surtout dans le génie descriptif; de Roscommon, habile traducteur et d'un goût pur; de Waller qui a loué en aussi beaux vers Charles Il et Cromwell; des productions dramatiques d'Otway, d'abord acteur, auquel les Anglais donneront le premier rang après Shakespeare

Milton n'a guère été célèbre de son vivant que comme pamphlétaire et publiciste; ses premiers essais poétiques avaient plus d'agrément que de force. La postérité a presque oublié en lui le courageux et persévérant défenseur des idées de liberté, qui l'ont exalté jusqu'au fanatisme; sa prose toute brillante d'imaginationet souvent de saine raison est à peine connue. Le Paradis perdu, dicté par la poète aveugle à sa femme et à ses deux filles qui partageaient sa pauvreté et sa solitude, vendu seulement quelques livres sterling, est une des plus grandes gloires de la littérature anglaise. La poésie s'est soutenue après lui : Dryden, qui approche de Milton pour le talent, mérite les reproches de versatilité politique et de vénalité qu'ont attirés sur eux la plupart des poètes contemporains de Charles Ier, de Cromwell, de Charles Il et de Guillaume d'Orange. Cependant il ne sut pas plaire jusqu'au bout au maître du jour et mourut dans l'indigence. Guillaume ne pardonna pas au poète, qui avait débuté par des stances à la louange de Cromwell, de s'être fait catholique sous Jacques Il. Addison commence sa réputation par un poème que paya le roi Guillaume. L'immoralité plaît dans les livres comme au théâtre.

Locke, de 1686 à 1690, analyse l'Entendement humain, recherche les éléments des idées générales, explique le système entier des facultés de l'intelligence et des divers genres de connaissances par la sensation; il expose les principes constitutionnels de 1688. Newton publie, en 1687, ses Principes mathématiques; il formule la grande loi de l'univers, la loi de l'attraction universelle. L'invention du calcul différentiel est attribuée à la fois à Newton et à Leibniz; les frères Bernoulli, Jean et Jacques, nés à Bâle et associés à la fin du siècle à l'académie des sciences de Paris, ont perfectionné cette nouvelle analyse. Les études de Leibniz ont une immense étendue; il est en métaphysique le fondateur de l'école allemande; son nom se retrouve dans les listes des théologiens, des publicistes, des jurisconsultes, des érudits, même des compilateurs de chroniques et d'antiquités: c'est l'écrivain qui honore le plus la littérature de langue germanique, quoiqu'il ait aussi écrit en français.

L'Italie a moins de noms célèbres, excepté pour les sciences exactes et les sciences naturelles : les résultats des études de plusieurs savants ont été publiés, en 1667, par le secrétaire de l'académie florentine del Cimento. Les annales de Venise sont continuées, depuis 1613 jusqu'en 1671, par Nani, qui ne manque pas de lumières politiques. En Espagne, Solis abandonne sans dommage la poésie et le théâtre pour l'histoire; sa Conquête du Mexique, partiale pour les conquérants, est écrite avec talent. La Hollande, patrie littéraire de tous les écrivains persécutés dans leur pays, sorte de tour de Babel où s'impriment les ouvrages de toute langue, a alors son penseur original, l'auteur de la doctrine du panthéisme, Spinoza, disciple de Descartes, comme l'étaient Malebranche et Leibniz, qui ne tiraient pas des mêmes principes les mêmes conséquences...

Au XVIIe siècle, m'imprimerie cesse d'être une technique nouvelle, pour se convertir en industrie. L'art typographique illustre ainsi plusieurs familles de Leyde, de la Haye, d'Utrecht, de Rotterdam, d'Amsterdam; les Elzévirs sont les plus célèbres, ils ont publié diverses collections classiques. L'Angleterre a la belle imprimerie dont l'archevêque Sheldon a enrichi l'université d'Oxford; les presses du Louvre ont donné avant 1700la collection des historiens byzantins; la typographie du Vatican, en revanche, rend peu de services; les Aldes n'ont pas de successeurs en Italie. (A19).



Pierre Goubert, Splendeurs et misères du XVIIe siècle, Fayard, 2005.- C'est Pierre Goubert qui, en 1963, a mis fin à l'expression voltairienne de « siècle de Louis XIV » : ne sous-entendait-elle pas, en effet, que ce monarque seul - au demeurant roi de plein exercice à partir de 1662 seulement - a édifié un monument équivalent à ce qu'ont fait Périclès à Athènes et Auguste à Rome ? Il s'en faut, pourtant... Louis XIV et vingt millions de Français a montré une fois pour toutes qu'au XIIe siècle les misères l'ont plus d'une fois emporté sur les splendeurs et aussi qu'il est de la plus élémentaire équité d'associer vingt millions de sujets aux heurs et malheurs du royaume. En 1990, le même historien a mis en évidence le legs décisif fait à son pays d'accueil par un étranger, le complexe et fastueux... (couv.).
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