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Jusqu'en
1661
Le siècle
s'inaugure par de la petite politique et la poursuite des confrontations
religieuses entre protestants
et catholiques ,
entre protestants et protestants et entre catholiques et catholiques, etc..
Les jésuites
sont chassés d'Italie. Les Provinces-Unies arrachent à l'Espagne
une trêve de douze ans, qui est comme une reconnaissance implicite
de leur indépendance,
Henri IV
aspire à un rôle encore plus grand en Europe : il veut fonder
la paix perpétuelle en abaissant la maison d'Autriche. Le coup de
poignard que lui porte Ravaillac
est la vengeance des ligueurs; la France retombe sous une régente
italienne, à côté d'un roi enfant, presque dans la
même condition qu'après la mort de Henri
II.
En Espagne Philippe
III porte le titre de roi, le duc de Lerme gouverne; le faste de la
cour contraste avec la misère du peuple et la dépopulation
des provinces, surtout depuis l'expulsion définitive des Maures.
La branche allemande d'Autriche est sur le point d'être séparée
en deux par l'ambition de Mathias, qui s'irrite du long règne de
son frère, l'impuissant Rodolphe II; les états héréditaires
sont ouverts, par les révoltes de la Hongrie
et de la Transylvanie ,
à l'invasion ottomane. La Suède protestante
rejette son roi légitime qui prétend rester catholique, et
qui, a ce titre, avait été appelé à la couronne
de Pologne. Le Danemark est plus heureux et plus sage sous Christian
IV, qui n'a passé encore que douze années d'un règne
de soixante ans; des établissements littéraires et des essais
de colonisation aux Indes orientales donnent a ce peuple la prospérité
et la civilisation. Les Polonais; les Suédois et les Danois ravagent
à plaisir les provinces russes qui, depuis 1598,
subissent tout imposteur qui veut se donner pour héritier du trône,
Michel Romanov commence enfin une nouvelle dynastie nationale : c'est celle
qui régnera jusqu'à la révolution soviétique.
Aux frontières
de l'Europe, L'empire ottoman, qui profite
de la faiblesse militaire et des divisions intestines de l'Autriche, a
un plus redoutable voisin à l'est dans le shah de Perse ,
Abbas
le Grand, qui avait refoulé les Mongols
: Abbas est cruel, comme tant de princes illustres de l'Orient ( Le
déclin de l'empire ottoman).
L'attention du monde,
après la mort d'Élisabeth
et de Henri IV, se détourne de la France
et de l'Angleterre pour se porter sur l'Allemagne. Jacques IerStuart,
zélé anglican quoique fils de Marie
Stuart, compromet la paix religieuse en Écosse
comme en Angleterre, par son goût pour les controverses; catholiques
et puritains s'enhardissent contre un prince qui aime à formuler
le droit divin des rois et qui laisse cependant le parlement attaquer la
prérogative royale qui avait été sacrée sous
les Tudors : les griefs de la nation sont légitimés
par les intrigues et les folies du favori Buckingham, qui est cause d'une
rupture avec l'Espagne. La défense du parti protestant
sur le continent, une des gloires d'Élisabeth, est abandonnée
par son successeur.
La France s'éloigne
aussi des voies que lui a tracées Henri
IV; au milieu des nouveaux orages civils que
soulève l'administration faible et détestée du Florentin
Concini,
une infante d'Espagne est demandée pour le jeune roi. Les États
généraux de 1614,
les derniers jusqu'en 1789,
discutent toutes les questions qui touchent au pouvoir des rois, aux prétentions
du saint-siège sur les couronnes, aux privilèges et aux intérêts
de l'église nationale, aux besoins du tiers état; la justice,
les finances, le commerce, sont l'objet de beaux plans de réforme,
qu'on était impuissant alors à accomplir : le bon sens pratique;
une éloquence solide et nerveuse distinguent le prévôt
des marchands, Miron, qui tient tête aux orateurs de la noblesse
et du clergé. De Luynes, le favori personnel de Louis
XIII, ne vaut pas mieux que le favori de Marie
de Médicis, qui tombe elle-même
du pouvoir et ne saura pas le reconquérir par des révoltes
: le nouveau ministre ne peut assouvir les ambitions féodales; connétable,
il portera mal l'épée de la royauté catholique contre
les huguenots. Après une sorte d'interrègne, le gouvernement
de la France passe enfin aux mains de l'évêque de Luçon,
qui ne sera pas longtemps reconnaissant envers Marie de Médicis;
à dater de 1624,
Richelieu
devient le maître du roi et du royaume. En Espagne aussi un nouveau
ministre entre au pouvoir : le comte d'Olivarès
est contemporain de Richelieu. On remarque à peine que l'indolent
Philippe
III vient de mourir pour faire place à son fils; Philippe
IV a le mérite d'avoir choisi Olivarès.
L'intérêt,
qui s'attachait à la Hollande quand on doutait encore du succès
de sa résistance au gouvernement de l'Espagne, n'est pas entretenu
par les querelles sanglantes des arminiens et des gomaristes : sous prétexte
d'hérésie, Maurice, qui de stathouder veut se faire prince
souverain, livre à la mort le grand pensionnaire Barnevelt; ce vertueux
citoyen, à qui l'on devait la trêve et la liberté,
n'aurait pas supporté un usurpateur. Même après cette
inique vengeance, Maurice n'ose pas dévoiler son ambition, et, quand
il meurt, son frère n'est comme lui que stathouder : la guerre a
cependant recommencé avec l'Espagne.
Ce n'est plus la
branche espagnole de la maison de Habsbourg
mais la branche autrichienne qui va avoir à défendre le principe
catholique contre les protestants
: du reste la guerre de Trente ans ne sera pas exclusivement une lutte
religieuse. Le désir de l'affranchissement politique arme les Bohémiens
et les Hongrois, sur lesquels veulent régner l'électeur palatin
et le prince de Transylvanie ,
le désir de conquête les rois de Danemark et de Suède;
et ce n'est pas pour ruiner la religion catholique, mais pour affaiblir
une maison rivale de la France, que le cardinal de Richelieu fait la guerre
aux Autrichiens dans l'empire, en Italie, en Alsace; aux Espagnols dans
Les Pays-Bas, dans le Roussillon
et sur les mers. Frédéric V, comte palatin, Christian de
Danemark, Gustave-Adolphe de Suède, la France avec
Richelieu
et Mazarin, sont
tour à tour les héros de ce grand drame : il se compose comme
de quatre drames distincts, qui ne se ressemblent ni par les motifs de
la guerre, ni par le théâtre des hostilités, ni par
les résultats des luttes partielles. Le Bavarois Tilly, le Bohémien
Waldstein, sont les généraux de Ferdinand II ; le second
mérita d'être assassiné par l'ordre d'un prince faible
qui craignait son ambition, comme le chef des ligueurs par Henri
III.
Ces quatre guerres
séparées n'ont un dénouement commun que six ans après
la mort de Richelieu : les succès militaires de Condé
et de Turenne, ceux
des généraux suédois Banner, Torstenson, Wrangel,
font conclure la paix de Westphalie, qui règle les droits des puissances
européennes, détermine ceux des membres du corps germanique,
et garantit aux protestants
d'Allemagne, calvinistes et luthériens, la liberté de leur
culte. Malgré les protestations d'Innocent
X, qui voit les riches domaines épiscopaux de l'Allemagne abandonnés
comme indemnité de guerre à des princes ennemis de l'Église,
ce traité de 1648
devient l'une des bases du droit public de l'Europe. La science de la diplomatie
date de cette époque.
Gravure
symbolique composée à l'occasion du de la signature du Traité
de Westphalie pour célébrer la réconciliation des
peuples, réunis - partie supérieure - dans un festin
et - partie inférieure - dans une contredanse. Chaque couple, dont
le nom est gravé au-dessus ou au dessous de lui, représente
un des belligérants. (Gravure anonyme). |
Le traité de
Westphalie reconnaît solennellement l'existence indépendante
de la confédération helvétique, fait accompli au moins
depuis un siècle et demi; et celle des Provinces-Unies, dont le
territoire a été non seulement affranchi pendant une nouvelle
guerre de vingt-sept ans, mais s'est étendu par des conquêtes
: Maëstricht, le Brabant septentrional et les bouches de l'Escaut
sont aux Hollandais; avec leurs flottes, ils dépouillent aux Indes
orientales, au Brésil, et sur les côtes d'Afrique, les Portugais
qui sont encore, jusqu'en 1640,
les sujets de l'Espagne.
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Les outre-mers
Dès
les premières années de ce siècle, les Hollandais,
les Anglais et les Français paraissent dans les mers nouvelles.
De 1607 à 1616, les Anglais Hudson
et Baffin découvrent au nord-ouest de l'Amérique
les deux grandes baies qui portent leurs noms des Hollandais Lemaire
et Schouten traversent, près du détroit
de Magellan, le long de la Terre de Feu, le
détroit qui a reçu le nom du premier, et doublent le cap
qui prit le nom de Horn, emprunté à la patrie du second.
Une vaste région apparaît au sud de l'Asie, elle est appelée
Nouvelle-Hollande (Australie) c'est la portion la plus considérable
du monde océanique.
Les
Hollandais vont surtout chercher les épices dans les Indes orientales;
leurs colonies ne sont que des comptoirs de commerce. Les terres de l'Amérique
du nord, entre la Floride espagnole et le Canada ,
où s'étaient montrés les Français pour le commerce
des pelleteries et l'exploitation de, la pêche, servent de refuge
à toutes les sectes religieuses successivement persécutées
en Angleterre : la foi et la liberté animent ces populations nouvelles
que le travail des grandes plantations ou le commerce maritime élèveront
à la richesse.
Elles
restent unies à la métropole, mais subissent peu les effets
des révolutions du continent. Les plus importantes des treize colonies,
berceau primitif de la grande nation américaine, sont fondées
et constituent autant de petites républiques indépendantes;
la Caroline et la Pennsylvanie appartiennent à la seconde partie
du siècle. |
La révolution
de 1640
place sur le trône de Portugal
Jean de Bragance, que le comte-duc d'Olivarès
combat vainement, rnême avec le concours des armes spirituelles de
Rome .
Richelieu soutient les Portugais et les Catalans révoltés.
Il conduit Louis XIII à la conquête
du Roussillon .
Dans les Deux-Siciles ,
la sédition de Masaniello à Naples ;
la tentative du duc de Guise, issu des princes d'Anjou ,
que le pape a invité à soutenir ses droits sur ce royaume;
des conspirations à Palerme attestent la décadence de la
puissance espagnole. Olivarès a livré le fardeau des affaires,
dans des circonstances bien critiques, à son neveu don Luis de Haro,
qui cependant a une administration plus facile et plus paisible que l'Italien
Mazarin,
successeur du triomphant Richelieu.
Un complot tramé
contre Richelieu au début de son ministère lui a fourni l'occasion
de réprimer les manoeuvres des grands, d'intimider Gaston d'Orléans ,
frère du roi, de supprimer les dignités de connétable
et de grand amiral, qui étaient sans profit pour la nation. Vainqueur
des protestants
de la Rochelle après un siège mémorable, il a eu la
sagesse de conserver aux réformés le libre exercice de leur
religion. La noblesse fut épouvantée par les supplices de
Marillac et de Montmorency; Louis XIII ne put sauver de la disgrâce
ni sa mère, ni sa femme. Les seigneurs qui entreprennent encore
la guerre civile avec le pusillanime Gaston d'Orléans laissent condamner
à mort Cinq-Mars, le favori de Louis XIII , qui allait vendre la
France à l'Espagne. Ce ministre, inflexible, qui jusqu'au jour de
la mort dans son Palais-Cardinal disait n'avoir eu d'autres ennemis que
ceux de l'État, imposa le même niveau à tous; il courba
devant lui les parlements, il se rendit plus odieux encore en ne remettant
qu'à des commissions extraordinaires le soin de ses vengeances politiques.
Sa mort permet à la France de respirer plus à l'aise.
L'italien Mazarin,
ministre de .la reine mère Anne d'Autriche,
pendant que
Louis
XIV n'est qu'un enfant, paraît faible parce qu'il n'opprime pas
violemment. Les grands et le parlement ligués forment la faction
mutine de la Fronde qui, dans ses mouvements capricieux, semble n'avoir
qu'un but bien constant, c'est d'éloigner Mazarin des affaires.
Gaston d'Orléans ne sait trop a quel parti s'arrêter; Turenne
et Condé sont quelquefois réunis, plus souvent opposés,
pour ou contre la cour; la galanterie ajoute à la frivolité
d'une guerre déjà ridicule dans son principe : le coadjuteur
de l'archevêque de Paris ,
qui devient le cardinal de Retz, dénie fait pour les temps de troubles,
heureusement n'engage pas avec lui l'honneur de l'Église. Mazarin
s'enfuit, revient, se retire encore; il lasse enfin la Fronde, et, lorsqu'il
rentre pour rester le maître jusqu'à sa mort, il s'interdit
toute vengeance et gouverne nonchalamment un peuple frivole. La dernière
tentative de la féodalité a avorté, et le parlement
ne s'occupera plus que des affaires de la justice; il est réduit
au silence jusqu'à la fin du long règne de Louis XIV.
La guerre, continuée
avec l'Espagne depuis 1648,
était prolongée par les troubles civils qui vont opposer
Turenne, chef de l'armée française, à Condé,
général des troupes espagnoles dans les Pays-Bas. Le traité
des Pyrénées, dernière oeuvre de Mazarin , assure
la conservation des conquêtes faites sous Richelieu rend Condé
à la France et marie Louis XIV à l'infante Marie-Thérèse.
Louis XIV, à vingt-deux ans, se fait le successeur de son ministre,
à partir de 1661
il entend régner par lui-même.
L'agitation parlementaire,
ridicule en France, enfante en Angleterre une révolution. Le parti
de la liberté publique, qui se forme dans la chambre des communes
à la fin du règne de Jacques Ier,
résiste à Charles Ier
et veut dominer. Occupé par des guerres avec la France, avec l'Espagne,
avec les Écossais révoltés, Charles Ier
est encore plus menacé par la lutte qui se déclare entre
lui et les communes. Il offense les parlements, il les casse, il les ménage.
Irritée de ses hauteurs, encouragée par sa faiblesse, la
chambre des communes obtient de lui la condamnation de Strafford, serviteur
fidèle qu'il ne devait pas abandonner; elle s'empare du pouvoir
exécutif et lève une armée : des manifestes proclament
la guerre civile, elle éclate quand le roi a quitté Londres .
De nouvelles sectes religieuses et politiques se sont formées, celles
des Épiscopaux et des Presbytériens, celle des Puritains,
celle des Indépendants celle des Niveleurs;
Oliver
Cromwell est à la tête des indépendants qui ne
veulent pas seulement, comme une partie des presbytériens, des libertés
constitutionnelles, mais affichent déjà une ardeur hypocrite
pour la démocratie : et ce sont ces révolutionnaires qui
laisseront prendre ou qui offriront la dictature à Cromwell.
Les généraux
du parlement, Fairfax et Cromwell, remportent des avantages décisifs
sur le roi, qui se livre aux Écossais, comptant sur leur attachement
traditionnel à la maison des Stuarts, et
est vendu par eux à ses, ennemis. Cromwell, qui règne en
maître dans l'armée, intimide la partie encore saine du parlement;
il fait juger et condamner à, mort le roi son prisonnier : quelques
commissaires, qui ne représentent pas tout, le peuple, se chargent
des fonctions de régicides. Cet épouvantable arrêt,
l'étrange apologie qu'en publia
Milton,
les discours de Cromwell et tous les détails de ces horribles scènes
portent l'empreinte du plus cruel fanatisme. On se battait avec fureur
pour des intérêts de sectes religieuses : enveloppé
dans les ténèbres des opinions théologiques et mystiques,
le sentiment de la liberté se montrait à peine et ne s'éclairait
encore d'aucune idée d'équité publique, et d'aucune
notion de sûreté personnelle. L'ambitieux Cromwell,
après avoir fait proclamer la république, s'empresse de dissoudre
le long parlement, qui ne consistait plus que dans la chambre des communes.
La répression sanguinaire de la résistance catholique en
Irlande, et du parti de l'indépendance et de la royauté en
Écosse, lui donne un titre à l'autorité souveraine.
Le protecteur sait
du moins rendre puissante la prétendue république anglaise;
il obtient pour elle et pour lui-même les hommages de la Hollande,
de la Suède et de la France; Mazarin le courtise et brigue son alliance.
Mais à la mort de Cromwell,
son fils Richard trouve trop pesant le fardeau des affaires. Le parti républicain
ne peut se soutenir avec les débris du long parlement, qui est flétri
du nom de rump ou croupion : la défection du général
Monk rétablit presque sans coup férir la royauté.
Au nom du roi Charles II Stuart,
on condamne à mort les juges de Charles
Ier,
on dissout l'armée, on relève l'épiscopat; les pouvoirs
publics sont replacés dans la condition où ils étaient
avant la révolution.
Le nom de république
qui n'a jamais convenu au gouvernement de l'Angleterre, même avant
le protectorat d'Oliver Cromwell, est porté
glorieusement par les Hollandais. La rivalité commerciale a armé
contre eux la Grande-Bretagne. Ils abolissent le stathoudérat et
se confient au patriotisme des deux frères de Wit chargés
des fonctions de grand pensionnaire et d'amiral.
La Suède et
le Danemark, que la guerre de Trente ans a associés aux grands mouvements
de la politique européenne, enfantent encore l'une un héros,
l'autre un prince réformateur. La fille de Gustave-Adolphe, Christine,
pendant que ses armées continuaient glorieusement la guerre de Trente
ans, au sein de ses États paisibles, encourageait et cultivait les
sciences : Grotius et Descartes
ornaient sa cour. Le goût de la philosophie
et des lettres, peut-être aussi celui des aventures, lui inspire
le dessein d'abdiquer. Son cousin, Charles-Gustave, à qui elle laisse
le trône, ne règne que six ans, mais il remue tout le nord
par sa passion désordonnée des conquêtes : les Russes,
les Polonais, les Danois subissent ses menaces ou ses atteintes, mais de
pareils exploits épuisent l'État, et son fils Charles
XI, monarque plus habile, doit souscrire trois traités qui rendent
au moins le repos à la Suède. Le roi de Danemark, délivré
de l'invasion suédoise, met à profit l'antipathie de la bourgeoisie
contre la noblesse et le clergé, et, du même coup, rend le
pouvoir royal absolu et héréditaire. La Pologne s'affaiblit
de plus en plus, à cause du pouvoir exorbitant de la noblesse qui
multiplie les entraves autour du trône électif, quoique depuis
1587
elle soit fidèle à une même famille de rois, d'origine
suédoise. Jean-Casimir, le dernier roi
de cette famille, ci-devant jésuite et cardinal, est pressé
par les Cosaques et par les Russes; la mort de Charles-Gustave lui épargne
une nouvelle invasion. Ces Cosaques sont redoutables aussi à l'empire
ottoman; les guerres des Turcs sont
fréquentes contre eux, contre les Persans et contre les Vénitiens,
qui ne doivent pas conserver longtemps leurs possessions de l'île
de Crète. Les sultans ont moins de pouvoir que leurs vizirs : depuis
le commencement du siècle, les intrigues du sérail, les révoltes
des janissaires exposent les maîtres
d'Istanbul
à la réclusion perpétuelle dans le château
des Sept-Tours, et même au fatal cordon.
La paix règne
à peu près partout dans le monde; les idées du droit
divin et du pouvoir absolu des rois sont comme une doctrine admise par
plusieurs peuples de L'Europe, lorsque paraît Louis
XIV, qui qui saura si bien masquer, par les armes et par les beaux-arts,
la rudesse de son le despotisme.
De
1661 à la fin du siècle
Louis
XIV gouverne. Pendant cinquante-quatre ans, l'Europe subira l'influence
de sa volonté, de son ambition, de ses succès, ou de ses
fautes, punies par de cruels revers. Ministres, généraux,
hommes distingués en tout genre, forment comme un cortège
au roi qui sait choisir les instruments de sa gloire. L'établissement
monarchique de Louis XIV peut être défini une royauté
absolue et dispendieuse, sévère pour le peuple, hostile envers
l'étranger, appuyée sur l'armée, sur la police et
sur l'orgueil et la vanité d'un roi, seulement tempérés
cependant par le besoin de ménager pour la guerre et pour l'impôt
le nombre et la fortune des sujets.
Il commence par disgracier
et livrer aux juges le surintendant Fouquet qui doit à ses malversations
une magnificence plus que royale. Colbert devient
contrôleur général des finances, et bientôt administrateur
de la marine, du commerce, des bâtiments, et, à ce titre,
des beaux-arts et des lettres : son ministère est la plus belle
partie du règne de Louis XIV. Grâce à lui, la France
accroît ses colonies aux Indes orientales et occidentales,
et sur les côtes d'Afrique. Louvois, ministre de la guerre, est moins
important parce qu'il est dominé par le roi. La jeunesse du prince
ne suffit pas à expliquer la conduite arrogante qu'il tient à
l'égard de la cour de Rome, pour l'insulte faite au duc de Créqui,
son ambassadeur; entiché de sa qualité de roi, il fit plus
d'une fois plier devant lui même le Pape. Le gouvernement acquiert
Dunkerque du roi Charles II qui vend
la conquête de Cromwell;
entreprend le canal du Languedoc ;
crée une marine qu'on oppose aux pirates d'Afrique, qu'on utilise
pour le commerce des colonies; publie de nouveaux codes, et améliore
toutes les administrations, sans oublier celle de la justice.
Vauban
fortifie les frontières. Des manufactures naissent dans les provinces.
La capitale s'embellit; la police sait en rendre le séjour plus
sûr et plus salubre; l'hôtel des Invalides
s'élève; la colonnade dessinée par Perrault
complète le Louvre .
Versailles
devient digne du roi qui l'habitera : Mansart
construit la façade du palais qui regarde le parc et les jardins
dessinés par Le Nôtre; des eaux
amenées de Marly ,
un nombre infini de statues de marbre et de bronze, réunissent les
merveilles de la nature et de l'art. Ch. Lebrun préside à
la décoration des maisons royales; il inspire même les statuaires,
les Anguier, Pierre Puget, Francis
Girardon, Antoine Coysevox, Nicolas
Coustou, et les célèbres fondeurs, les frères
Keller. Le Napolitain L. Bernini, dit le cavalier
Bernin, exerça une moins heureuse influence.
La guerre n'amène
longtemps que des succès. Les Français contribuent à
la victoire de Saint-Gothard, gagnée par les Allemands sur les Ottomans;
il ne tient pas à eux que la Crète, la précieuse colonie
de Venise
ne soit sauvée des coups de la Porte. A la mort de Philippe
IV, qui ne laisse qu'un roi enfant, Charles
II, l'Espagne continue une guerre malheureuse avec les Portugais ;
Louis
XIV prend la Flandre : Condé, Turenne, Louvois ont préparé
la gloire du roi. Il ne craint pas d'envahir la Hollande, qui a prouvé
sa force sur les mers dans une guerre récente avec les Anglais,
mais que les frères de Witt, préoccupés surtout de
la marine et du commerce, n'ont pas mise en état de se défendre
sur terre. La république menacée de périr se sauve
en inondant ses foyers; les deux frères de Witt, massacrés
malgré leur attachement sincère à la liberté
publique, font place au jeune Guillaume d'Orange, de la maison des stathouders,
dont il reprend le titre : la délivrance du pays justifie son ambition;
il réunit l'Europe contre Louis XIV. Les terres d'empire, surtout
le Palatinat, la Franche-Comté
espagnole et les Pays-Bas, payent pour la Hollande. Une partie de la Sicile,
agitée par des factions, se donne au roi de France; l'Espagne a
recours aux Hollandais, dont la flotte commandée par Ruyter se mesure
avec celle de Duquesne dans les parages mêmes de la Sicile. La guerre
s'étend à l'électeur de Brandebourg ,
duc de Prusse ,
qui a des domaines près du Rhin; et, par contre-coup, à la
Suède, notre alliée qui peut menacer les possessions de l'électeur
sur la Baltique. C'est Louis XIV, malgré la mort de Turenne, et
la retraite de Condé, qui dicte à l'Europe les conditions
de la paix de Nimègue, désastreuse surtout pour l'Espagne,
honorable pour la Hollande qui reste intacte.
Lorsque le titre
de Grand lui est solennellement décerné à l'hôtel
de ville
(1680),
il cesse déjà de le mériter : la France est au point
culminant de la gloire, le despotisme de Louis XIV
ne pourra que la faire décliner. La contagion de l'absolutisme se
fait sentir de bien loin, chez les Suédois, alliés des Français
: il semble que Charles XI ait cherché
à égaler Louis XIV, lorsqu'en 1680,
il a étendu l'autorité royale bien au delà des limites
qui l'avaient jusqu'alors resserrée.
Conquêtes injustes
en pleine paix, qui nous donnent près du Rhin l'importante place
de Strasbourg, jusqu'alors ville impériale; ardent débat
au sujet de la régale avec le pape Innocent
XI, qui provoque en
1682
la fameuse déclaration de l'Église gallicane rédigée
en quatre articles par le clergé assemblé et défendue
par Bossuet; c'est par de tels faits que s'annonce
la seconde partie du gouvernement de Louis XIV. La mort de Colbert
le laisse entre les mains du chancelier Le Tellier, de Louvois, fils de
ce chancelier et ministre de la guerre, du jésuite
Lachaise, de Mme de Maintenon, toute-puissante
surtout après la mort de la reine Marie-Thérèse :
Louis XIV, qui n'a encore que quarante-cinq ans, cherche dans cette nouvelle
affection, profonde et sérieuse, le bonheur de la vie privée.
Le bombardement d'Alger ,
le bombardement de Gênes, la condition humiliante faite au doge de
venir implorer la clémence du roi de France dans soit palais de
Versailles ,
dépassent les droits ordinaires de la guerre. Le roi de France était
moins généreux que le héros de la Pologne, le roi
Jean Sobieski : quoiqu'il eût à se plaindre de la maison d'Autriche,
Sobieski délivrait Vienne que les Turcs assiégeaient en 1683
( le
déclin de l'Empire Ottoman); malgré l'ingratitude de
ses concitoyens, il a été chez eux le fidèle et le
dernier garant de la liberté, de l'ordre, et de la prospérité
publique. La révocation de l'édit de Nantes, contraire à
la justice et à l'humanité, en obligeant les protestants
par cent mille à sortir du royaume, est contraire aussi à
la saine politique. Les puissances protestantes, surtout la Hollande et
la Prusse ,
profitent de ces fautes. Le saint-siège ne lui sait pas gré
de tant de rigueur parce qu'il soutient trop insolemment le droit de franchise,
dont jouissait son ambassadeur à Rome. Pour arrêter Louis
XIV dans ses prétentions de despotisme européen, le stathouder
Guillaume d'Orange commence à former la nouvelle ligue d'Augsbourg ;
de part et d'autre, on s'apprête. Le stathouder double ses forces
en devenant roi d'Angleterre.
La révolution
qui a coûté la vie à Charles
ler
avait été un enseignement perdu pour les Stuarts;
ils n'avaient pas compris que le pays lui leur rendait la royauté
voulait des institutions libérales, la tolérance religieuse
pour tous les cultes, excepté pour le papisme ainsi qu'on appelait
le catholicisme en Angleterre, et au dehors une politique vraiment nationale
qui assurât la prospérité de la Grande-Bretagne. Les
fils de Charles Ier ne négligèrent
pas la marine qui d'ailleurs se développait d'elle-même et
qui donna à l'Angleterre de nouvelles colonies importantes aux Indes
orientales, aux Indes occidentales et en Afrique. Mais Londres
éprouve en deux ans les horreurs des deux plus terribles fléaux,
la peste et l'incendie. La disgrâce du chancelier Clarendon inaugure
de nouveaux malheurs, dont le roi est responsable. Le parlement s'en prend
aux catholiques, aux jésuites, même au duc d'York, frère
du roi. Du sein de la lutte parlementaire, sort une loi, célèbre
sous le nom d'habeas corpus, qui garantit la liberté individuelle.
Les deux partis de
la cour et de la patrie se distinguent par les noms de torys et de whigs
: les torys dominent; une conspiration est étouffée dans
le sang de Russel, et du philosophe Sidney. Le duc d'York, que plusieurs
parlements ont déclaré inhabile à régner, succède
alors sans opposition à Charles
II : Jacques Il n'épargne pas le supplice des traîtres
au fils naturel de Charles Il qui essaye de le détrôner; se
croyant fort des actes de cruauté ordonnés par l'horrible
chef de la justice, Jeffreys, il s'avoue franchement catholique, s'entoure
de moines, et méprise la colère du peuple. Son gendre Guillaume
d'Orange n'a qu'à se montrer avec une armée : Jacques II
n'essaye pas de combattre; il fuit de Londres. Le trône, d'abord
déclaré vacant, est donné à la famille du stathouder,
après qu'on a déterminé les droits des citoyens et
les pouvoirs de leurs représentants, raffermi les garanties publiques
et assuré la prérogative royale en la circonscrivant par
la déclaration des droits
de 1688.
L'Angleterre, et
la Hollande qui continue de laisser des. pouvoirs presque absolus à
son stathouder, maintenant roi de la Grande-Bretagne, l'empire, l'Espagne,
bientôt même le duc de Savoie, et la Suède, ordinairement
alliée à la France, sont conjurés contre Louis
XIV. Jacques Il ne sait pas reconquérir sa couronne, quoique
l'Écosse et l'Irlande arment pour lui, et que les flottes de la
France combattent au service des Stuarts : L'incendie
du Palatinat, ordonné une seconde fois par Louvois, est une tache
à la mémoire de ce grand ministre, dont la perte qui arriva
alors fut sensible : son, fils Barbezieux ne valait pas le brillant fils
de Colbert, Seignelay, dont s'honore la marine
française. Le maréchal de Luxembourg gagne en Flandre des
victoires sur Guillaume d'Orange en personne; Guillaume ne se lasse pas
de courir de la Flandre en Irlande, de revenir de l'Irlande sur le continent,
pour défendre sa couronne, protéger les Hollandais ou les
Espagnols.
Les Anglais, vainqueurs
sur mer dans la journée de la Hogue, bombardent Dieppe
et plusieurs de nos ports de mer. Malgré les succès de Luxembourg,
« le tapissier de Notre-Dame, » que la France perd vers la
fin de la guerre, malgré les campagnes glorieuses de Catinat en
Italie, Louis XIV sacrifie ce qui a été
conquis où confisqué, et signe les articles de Ryswick qui
sont loin de valoir ceux de Nimègue : le prince d'Orange était
reconnu pour roi légitime d'Angleterre. Louis XIV, qui a eu la sagesse
de vouloir la paix, accepte le testament de Charles
II, roi d'Espagne, qui lègue tout son héritage au duc
d'Anjou, petit-fils du roi de France : cette acceptation, contraire aux
intérêts de l'Autriche, et aux engagements que Louis XIV venait
de contracter avec l'Angleterre et la Hollande, entraînera une nouvelle
guerre européenne.
La maison d'Autriche
n'a pas pu prendre une part bien active à la lutte contre Louis
XIV, la guerre étant incessante avec les Turcs, et avec la Hongrie
révoltée, contre laquelle l'empereur Léopold exerça
de cruelles vengeances. Le prince Eugène s'illustre sur le Danube;
la paix de Carlowitz
humilie et affaiblit la Porte ( le
déclin de l'Empire Ottoman).
La paix, ainsi rétablie
aux deux extrémités du monde en Occident et en Orient, n'était
pas encore gravement troublée au nord. Sur le sol longtemps inculte
de la Russie, apparaît pour la haute figure tsar Pierre
Ier,
énergique initiateur des transformations que connaîtra la
Russie au cours du siècle suivant ( la
Russie au XVIIIe siècle). Il n'a pas supporté longtemps
un collègue impuissant, son frère Ivan;
une conseillère ambitieuse, sa soeur Sophie : Le Génevois
Lefort lui apprend à avoir une armée et une flotte; ses voyages
en Hollande et en Angleterre doivent dorer la Russie à la fois des
arts de la guerre et de ceux de la paix; la milice des strélitz;
brisée violemment à, son retour, enseigné à
tous qu'il fout obéir, et trouver bonnes les réformes par
lesquelles il veut régénérer la nation ( l'Empire
de Pierre). Il conspire déjà avec le Danemark et la Pologne,
qui vient de passer à un prince saxon, contre le jeune roi de Suède,
le fils de Charles Xl, dont le génie
entreprenant n'était pas encore dévoilé. Entre les
noms de deux grands princes absolus, Pierre Ier
et Louis XIV, l'un dans toute la plénitude
de sa force, l'autre touchant à son déclin, se place le roi
constitutionnel de la Grande-Bretagne qui ne survit pas longtemps à
l'élévation d'un prince Bourbon
sur le trône espagnol.
La
vie intellectuelle
En Grande-Bretagne,
du temps de Jacques Ier, à
la charnière de la Renaissance
et du XVIIe
siècle, Shakespeare
et Bacon composent une grande partie de leurs immortels
ouvrages; mais ce roi n'inspire ni ne seconde leur génie. Bacon,
dont la conduite politique fut tachée par des abus, ose tracer un
plan pour la réédification des connaissances
humaines; l'observation, l'expérience
et la réflexion sont les instruments
que nous offre la nature pour l'étudier
elle-même. Bacon esquisse un tableau provisoire de toutes les sciences,
même de celles qui n'existaient pas encore ( Le
Novum Organum et
La Grande Restauration des sciences ).
Le calcul acquiert alors un instrument qui allait
le rendre plus rapide et plus puissant : Neper
invente les logarithmes, dont il publie
le premier essai en 1614.
La médecine doit à William Harvey
la grande découverte de la circulation du sang qui subit un
mouvement continuel par le coeur, les artères et les veines.
En France, la poésie,
moins riche et moins téméraire qu'en Angleterre, continue
à fixer sa langue : Malherbe est à
ce titre un grand poète. Mais l'Espagne et l'Italie gardaient trop
d'influence sur la littérature française pour qu'elle affirme
encore une véritable originalité; et le cavalier Marin, devait
à son Adone les faveurs de Marie
de Médicis. L'hôtel Pisani, Bien
plus connu sous le nom d'hôtel de Rambouillet ,
donne le ton à la conversation du grand monde; c'est une école
d'esprit et de beau langage, tendre et un peu maniéré : la
fille d'Artenice,
Mlle de Rambouillet, deviendra
la femme de l'austère Montausier. L'Astrée ,
d'Honoré d'Urfé, annonce un nouveau genre de romans, qui
depuis a été trop fécond. Le conseiller de Henri
IV, Olivier de Serres,
a déjà publié son Théâtre d'agriculture;
Pierre de L'Étoile rédige ses journaux; du Perron, d'Ossat,
Jeannin, Mornay,
Sully, écrivent des,
mémoires historiques; le véridique et judicieux de Thou achève
la rédaction latine de son corps d'Annales, qui s'étend
de 1543
à 1607.
La Hollande produit le grand publiciste Grotius,
ami de Barnevelt.
Ou connaît
moins Cluvier (Cluver), né à Dantzig,
qui a étudié la géographie ancienne de la Germanie,
de l'Italie et de la Sicile. Le nom de Kepler,
Saxon de Wittemberg, fait époque dans l'histoire
de l'astronomie; il a trouvé les lois-mathématiques
qui régissent les mouvements des corps célestes ( lois
de Kepler )
: il meurt dans la misère à Ratisbonne, où il était
venu solliciter auprès de la diète les arrérages d'une
pension mal payée. L'Espagne a encore son historien national, le
jésuite Mariana, qui a traduit lui-même
son texte latin en castillan; les romans
de chevalerie de la littérature espagnole sont tous dépassés
par l'admirable Don Quichotte ,
de Cervantes, qui a laissé en outre
des contes
ou nouvelles
et des pièces de théâtre. La fécondité
dramatique de Lope de Vega trouvera un émule
dans Calderon de la Barca, qui perpétuera
le genre des mystères ,
quoique des sujets profanes soient déjà souvent mis en scène.
La langue italienne
s'honore du poète J.-B. Guarini et du
prosateur Davila, historien partial des guerres
civiles de France. Le Vénitien frà Paolo Sarpi applique sa
critique à l'Église dans son Histoire du concile
de Trente; le jésuite Pallavicini, cardinal, a repris le même
sujet vers le milieu du XVIIe
siècle. Le Pisan Galilée,
né avant Kepler, et qui doit vivre plus
vieux que lui et aussi malheureux, ose développer et confirmer par
de nouvelles expériences la doctrine
de Copernic, qui parut une hérésie
aux inquisiteurs de Rome : on lui doit d'autres découvertes, desobservations
sur la pesanteur
de l'air
et sur la chute
des corps graves; c'est à lui que remonte la physique
moderne. Torricelli, son disciple et Toscan
comme lui, invente le baromètre. L'académie del Cimento,
fondée à Florence
en 1657,
se voue au développement des études naturelles.
Descartes
commence une nouvelle ère pour la philosophie
: il recommande à l'humain de douter, c'est-à-dire
de ne croire qu'après examen, de ne pas se laisser imposer par l'autorité,
de ne céder qu'à la lumière de la vérité;
son Discours sur la méthode est le premier grand monument
de la langue philosophique en France. Ses travaux mathématiques
suffiraient à sa gloire; il a perfectionné le calculalgébrique,
appliqué l'algèbre à la
géométrie,
l'une et l'autre à la mécanique et à l'optique, toutes
à l'astronomie.
Gassendi, contemporain
de Descartes, rajeunit, en l'étayant de preuves nouvelles, la doctrine
bien ancienne qui fait venir des sens toutes les
idées
( Sensualisme).
L'érudition
s'enrichit dans tous les pays : la chronologie doit beaucoup aux travaux
du jésuite français Petau (Petavius),
de l'irlandais Usserius (Usher); la critique historique
et littéraire au Hollandais Meursius, à l'Allemand Gérard-Jean
Vossius, aux Français André Duchesne
et Saumaise. La Hollande, la Suède, l'Angleterre, terres protestantes ,
se disputent l'honneur de servir d'asile aux philosophes et aux savants
persécutés : cette munificence est la principale gloire de
la fille de Gustave-Adolphe.
Le cardinal Richelieu
avait protégé les lettres, mais quand sa conscience de prêtre
et sa vanité d'auteur n'étaient pas blessées. L'Académie
française lui doit ses statuts : Voiture,
Balzac,
Vaugelas,
qui en furent membres, ont leur part de gloire dans les progrès
de la langue française. L'art dramatique moderne est créé
par Pierre Corneille : dès 1636,
il avait fait le Cid ,
un an avant la publication du Discours sur la méthode, et,
dans les années suivantes, s'avançant dans la carrière
où il s'est annoncé par un chef-d'oeuvre, il donne les Horaces,
Cinna,
Polyeucte,
la Mort de Pompée, le Menteur ,
Rodogune,
Héraclius.
Après 1661
il ne produit plus rien d'aussi grand. Sertorius
sera suivi d'Othon, d'Agésilas et d'Attila
( les Huns).
La comédie
peut espérer déjà dans Molière,
qui s'est fixé à Paris
en 1658;
les Précieuses ridicules sont de 1659.
Racine
et Boileau sont à peu près de l'âge
du roi, et leur illustration commencera en même temps ils vont, avec
des titres différents, marcher ensemble à l'immortalité.
Bossuet
et Bourdaloue sont bien jeunes encore dans la carrière de l'Église.
L'affaire du jansénisme
inspire à Pascal, en 1656, les Provinciales ,
qui ont d'un coup élevé la langue française presque
au niveau des anciennes. Arnaud et Nicole ont fondé à Port-Royal
une école de cartésianisme
et de littérature.
Pour sa vie austère,
le grand peintre Lesueur peut être placé à côté
de pareils noms. Nicolas Poussin,
son émule, assistera à la naissance de l'école française
de Rome dont il est le plus illustre, chef. Ils sont devancés de
quelques années par les plus célèbres artistes de
la Flandre ,
Rubens,
les deux Teniers, et Van Dyck, auxquels la Hollande
va opposer Rembrandt; ils ont pour contemporains
les chefs de l'école de Séville,
Zurbaran
et Velazquez, un des maîtres de Murillo.
La seconde moitié
du siècle.
La seconde partie,
du XVIIe
siècle, remplie de tant d'agitations
extérieures, est en même temps féconde en travaux pacifiques,
en productions littéraires : œuvres d'imagination
et de raisonnement, éloquence de
la chaire, histoire, critique, genre épistolaire,
revêtent en France la forme de langage la plus pure et la plus brillante.
Les auteurs de langue française brillent désoramis de tout
leur éclat. Si Pierre Corneille est
presque épuisé quoiqu'il doive vivre encore vingt-trois ans,
la littérature française a encore le théâtre
entier de Racine; après quelques années
de pieuse retraite, il ajoute à ses chefs-d'oeuvre, inspirés
surtout par l'antiquité grecque ou latine, Esther et Athalie,
émules de Polyeucte. Les comédies de Molière
suffiraient à la gloire d'un siècle; elles sont classiques,
comme toutes les grandes compositions du genre humain qui, sans être
imitées des anciens, empruntent à leur beauté naturelle
un vernis d'antiquité.
La critique des moeurs
du temps et la critique de l'art recommandent Boileau.
Le théâtre lyrique de Quinault,
qui partagea ses succès avec Lulli,
le musicien du roi, et les ouvrages de La Fontaine
qui n'eut de naïveté dans ses fables
qu'à force d'étude, montraient ce que l'on pouvait encore
tirer des vieux apologues
hérités de l'Antiquité. Un nouvel auteur dramatique,
Regnard, s'annonce par le Joueur, que suivra le Distrait.
Les Caractères
de La Bruyère, postérieurs aux
Maximes
de La Rochefoucauld, sont placés
par Boileau à côté des Provinciales .
Les romans de Mme de La Favette et les lettres
de Mme de Sévigné, parente de Bussy-Rabutin,
peignent une grande époque, dans laquelle tant de femmes furent
célèbres, Mme de Motteville, Mlle
de Montpensier, Mme de Maintenon; sa grâce
et son esprit permettent de citer Ninon de
Lenclos.
Les Mémoires
du cardinal de Retz vivent encore à côté des oeuvres
historiques de Bossuet qu'inspira surtout la
religion .
Le Discours sur l'histoire universelle, l'Histoire des variations
du protestantisme ,
la Politique tirée de l'Ecriture sainte, composés
pendant l'éducation du dauphin, furent peut-être écrits
à la gloire du peuple juif
précurseur des chrétiens ,
mais sutout pour la défense des dogmes ,
et au profil du pouvoir absolu des rois, ministres de Dieu
sur la terre. Si Bossuet défend la déclaration gallicane,
il continue, en même temps que le savant Arnaud, contre Claude et
Jurieu, la guerre du catholicisme
contre la religion réformée. Il égale Bourdaloue dans
le sermon; il surpasse Fléchier dans l'oraison funèbre
: la mort du grand Condé lui fournit l'occasion de son dernier triomphe
dans la chaire. Les débuts de Massillon annonçaient moins
de vigueur; mais il a répandu toutes les grâces de la diction
sur une morale douce, sensible et pénétrante.
L'esprit de polémique emporta trop loin l'évêque de
Meaux dans sa lutte contre les Maximes des saints : Fénelon
se soumit humblement à la condamnation pontificale. Télémaque
vaudra des persécutions d'un autre genre au précepteur du
duc de Bourgogne .
La fin du siècle
a produit des ouvrages moins distingués, mais qui ont joui d'une
série de popularité, les travaux demi-historiques et demi-romanesques
de Saint-Réal, les Révolutions de Portugal
et de Suède de Vertot, l'Histoire des Oracles
et les Entretiens sur la Pluralité des Mondes de Fontenelle.
L'Académie française venait d'achever, en 1694,
son Dictionnaire
commencé en 1635,
et avait pu profiter, pour fixer la langue, des grandes productions du
siècle. Bayle publia en 1697,
à Rotterdam ,
son Dictionnaire historique et critique, savant recueil où
une érudition, riche et profonde, est souvent au service d'une critique
acérée. L'école de Port-Royal
s'était bornée à recueillir les leçons les
plus immédiates de Descartes; elle les
appliquait à la grammaire,
à la logique, à la morale,
à la direction des études.
Malebranche,
en creusant le
cartésianisme, y
avait retrouvé la philosophie de
Platon
( Platonisme),
et il y rallia la théologie
des premiers siècles chrétiens : il est le meilleur écrivain
de tous les métaphysiciens modernes,
surtout dans son ouvrage de la Recherche de la vérité;
son art, son talent, son savoir sont dans son enthousiasme.
Plus active que l'académie
des inscriptions, qui n'a presque rien produit jusqu'en 1700,
l'académie des sciences, instituée
aussi par Colbert en 1666,
s'est livrée aussitôt à des travaux utiles. On remarque
dans son sein l'astronome Cassini et le physicien
Huygens
qui, par ses calculs, détruisait les tourbillons
et le monde de Descartes, perfectionnait les
horloges et pressentait l'attraction universelle .
L'Académie de Londres, née sous Cromwell,
appelée Société royale par Charles
II, s'occupe surtout de physique et de mathématiques.
Toutes tes connaissances humaines sont cultivées alors en Angleterre
: c'est le temps de l'audacieuse philosophie d'Hobbes,
des méditations politiques et de la proscription de Sidney; des
travaux historiques de Clarendon, des satires de Rochester, courtisan sans
honneur, que les débauches ont enlevé à trente-trois
ans; des poésies de Denham qui se distingua surtout dans le génie
descriptif; de Roscommon, habile traducteur et d'un goût pur; de
Waller qui a loué en aussi beaux vers Charles
Il et Cromwell; des productions dramatiques
d'Otway, d'abord acteur, auquel les Anglais donneront
le premier rang après Shakespeare.
Milton
n'a guère été célèbre de son vivant
que comme pamphlétaire et publiciste; ses premiers essais poétiques
avaient plus d'agrément que de force. La postérité
a presque oublié en lui le courageux et persévérant
défenseur des idées de liberté,
qui l'ont exalté jusqu'au fanatisme; sa prose toute brillante d'imaginationet
souvent de saine raison est à peine connue.
Le Paradis perdu ,
dicté par la poète aveugle à sa femme et à
ses deux filles qui partageaient sa pauvreté et sa solitude, vendu
seulement quelques livres sterling, est une des plus grandes gloires de
la littérature anglaise. La poésie s'est soutenue après
lui : Dryden, qui approche de Milton pour le talent, mérite les
reproches de versatilité politique et de vénalité
qu'ont attirés sur eux la plupart des poètes contemporains
de Charles Ier,
de Cromwell, de Charles
Il et de Guillaume d'Orange. Cependant il ne sut pas plaire jusqu'au
bout au maître du jour et mourut dans l'indigence. Guillaume ne pardonna
pas au poète, qui avait débuté par des stances à
la louange de Cromwell, de s'être fait catholique sous Jacques Il.
Addison
commence sa réputation par un poème que paya le roi Guillaume.
L'immoralité plaît dans les livres comme au théâtre.
Locke,
de 1686
à 1690,
analyse l'Entendement humain, recherche les éléments
des idées générales, explique le système
entier des facultés de l'intelligence
et des divers genres de connaissances par
la sensation; il expose les principes
constitutionnels de 1688.
Newton
publie, en 1687,
ses Principes mathématiques; il formule la grande loi
de l'univers, la loi de l'attraction universelle .
L'invention du calcul différentiel
est attribuée à la fois à Newton
et à Leibniz; les frères Bernoulli,
Jean et Jacques, nés à Bâle et associés à
la fin du siècle à l'académie des sciences de Paris ,
ont perfectionné cette nouvelle analyse.
Les études de Leibniz ont une immense
étendue; il est en métaphysique
le fondateur de l'école allemande; son nom se retrouve dans les
listes des théologiens, des publicistes, des jurisconsultes, des
érudits, même des compilateurs de chroniques et d'antiquités:
c'est l'écrivain qui honore le plus la littérature de langue
germanique, quoiqu'il ait aussi écrit en français.
L'Italie
a moins de noms célèbres, excepté pour les sciences
exactes et les sciences naturelles : les résultats des études
de plusieurs savants ont été publiés, en 1667,
par le secrétaire de l'académie florentine del Cimento. Les
annales de Venise
sont continuées, depuis 1613
jusqu'en 1671,
par Nani, qui ne manque pas de lumières politiques. En Espagne,
Solis abandonne sans dommage la poésie et le théâtre
pour l'histoire; sa Conquête du Mexique, partiale pour les
conquérants, est écrite avec talent. La Hollande, patrie
littéraire de tous les écrivains persécutés
dans leur pays, sorte de tour de Babel
où s'impriment les ouvrages de toute langue, a alors son penseur
original, l'auteur de la doctrine du panthéisme,
Spinoza,
disciple de Descartes, comme l'étaient
Malebranche
et Leibniz, qui ne tiraient pas des mêmes
principes
les mêmes conséquences...
Au XVIIe
siècle, m'imprimerie cesse d'être
une technique nouvelle, pour se convertir en industrie. L'art typographique
illustre ainsi plusieurs familles de Leyde, de la Haye, d'Utrecht ,
de Rotterdam ,
d'Amsterdam ;
les Elzévirs sont les plus célèbres, ils ont publié
diverses collections classiques. L'Angleterre a la belle imprimerie dont
l'archevêque Sheldon a enrichi l'université d'Oxford; les
presses du Louvre
ont donné avant 1700
la collection des historiens byzantins ;
la typographie du Vatican ,
en revanche, rend peu de services; les Aldes n'ont pas de successeurs en
Italie. (A19). |
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