 |
La
dictature était, dans les temps les plus anciens, le nom
d'une magistrature suprême de la confédération des
villes du Latium, et ce titre se perpétua
dans ces villes sous la domination de Rome.
Dans la république romaine, le Dictateur était aussi un magistrat
auquel on confiait l'autorité suprême, mais pour six mois
seulement, et quand l'État était menacé
intérieurement ou extérieurement d'un danger extraordinaire.
Le Dictateur était
nommé par l'un des deux consuls que le
sénat investissait de ce droit; il était
précédé de vingt-quatre licteurs lorsqu'il paraissait
en public, et toutes les magistratures, à l'exception du tribunat,
étaient suspendues pendant la durée de ses fonctions; il
se choisissait un lieutenant sous le titre de maître de la cavalerie,
magister equitum. Mais l'emploi qu'il faisait des deniers publics était
soumis à la surveillance du sénat, et il ne lui était
pas permis de sortir de l'Italie.
Après sa dictature,
il pouvait même être tenu de rendre compte de son administration.
Cette magistrature date, nous apprend Tite-Live,
de l'an 257 de Rome, 497 ans av. J. C., et Titus Lartius Flavus en fut
revêtu le premier. Réservée d'abord aux patriciens,
elle devint accessible aux plébéiens en 356 av. J. C. Sylla
et César la dénaturèrent en
se faisant nommer Dictateurs perpétuels; et elle fut abolie par
Antoine, après la mort de César,
en 44.
Le mot Dictature,
outre le sens spécial qu'il avait chez les Romains, signifie tout
empire, tout pouvoir illimité, pris par certains hommes ou à
eux déféré dans les circonstances critiques. La dictature
temporaire a été chaque fois présentée par
ses partisans comme une nécessité dans les démocraties,
soit pour mettre une digue à l'anarchie, soit pour échapper
à des lois que leur inflexibilité empêche de se plier
aux événements et qui pourraient causer en certains cas la
perte de l'État.
L'usage
des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre,
dit Montesquieu, me fait croire qu'il y a
des cas où il faut mettre pour un moment un voile sur la liberté,
comme on cache les statues des dieux.
Une dialectique à
l'origine de bien des abus et de crimes. (B.). |
|