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Les
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| Cooper Antony Ashley,
3e comte de Shaftesbury est un philosophe
et moraliste anglais, né à Londres Ce grand seigneur homme de lettres n'a pu, dans sa courte vie, composer une oeuvre bien considérable. Cette oeuvre, synthétisée par lui en 1711 sous le titre de Caractéristiques des hommes, des manières, des opinions et du temps, est l'une des plus élégantes dans la forme, des plus séduisantes par l'inspiration, dont se fasse honneur la littérature philosophique anglaise. Le premier des écrits que les Caractéristiques comprennent est une Enquête concernant la vertu, que Toland fit subrepticement imprimer en 1699. C'est dans l'Enquête que l'on trouvera les idées maîtresses de sa morale. En 1708 parut sa Lettre sur l'enthousiasme, qui fut suscitée par le fanatisme de prétendus prophètes dont la propagande faisait en Angleterre grand bruit. Il y développait les thèses d'un théisme tolérant qui tient la raison assez forte pour démontrer les grandes vérités sans qu'il soit besoin de recourir à la violence et aux persécutions. Cette lettre eut beaucoup de retentissement. Parmi les remarques qu'elle suggéra, nous relèverons celles que lui consacra Leibniz. En 1708 également, Shaftesbury donna
un Essai sur la raillerie, livre ingénieux, et qui, en dépit
de son titre discret, renfermait une application curieuse de sa doctrine
éthique. Il y soutenait que le ridicule est la pierre de touche
du vrai ce qui ne résiste pas à ce très simple critère
doit être tenu pour une pure fausseté. Critère sans
appel, le ridicule déjoue le charlatanisme de l'imposteur. Peut-être
bien l'exemple donné par son ami Bayle avait-il
été pour encourager, chez l'auteur de l'Essai, des
vues qui nous paraissent à nous quelque peu superficielles et simplistes.
En 1710, il donna le Soliloque, ou se retrouvent ses théories
morales préférées. À Naples L'importance de l'oeuvre philosophique
laissée par Shaftesbury est due bien plutôt au renom qu'elle
a obtenu au XVIIIe siècle et à
l'influence incontestable qu'elle a exercée sur une longue lignée
de penseurs qu'à sa valeur spéculative propre et à
son originalité. Dans l'ordre métaphysique,
tout au moins, cette originalité fait défaut, et l'auteur
des Caractéristiques, loin d'en avoir regret, eût été
très prompt, si on lui en avait fait la remarque, à s'en
féliciter. Les recherches de philosophie première sont tenues
par lui pour chimériques et ne méritent pas que les humains
y consument leurs efforts. Des questions comme celles de l'origine - par
innéité on acquisition et composition? - des idées
sur lesquelles. repose la connaissance,
lui semblent dénuées de tout intérêt véritable
et sur cela il ne montre aucun goût de suivre Locke
dans ses analyses. En matière religieuse, Leslie Stephen croit relever
chez lui des traces de scepticisme, jugement
auquel nous ne saurions souscrire, à moins que l'on ne comprenne
par scepticisme philosophique une certaine répugnance à dépasser
le sons commun pour demander à la discussion métaphysique
la mise à l'épreuve des principes et par scepticisme religieux
une aversion invincible pour l'intolérance et l'orgueil dogmatiques
des orthodoxies. Mais le scepticisme ainsi entendu devrait être imputé
également à ces platoniciens
de Cambridge Ce qui est vrai, c'est que le système de Shaftesbury fait à la philosophie première une place aussi restreinte que possible et qu'il est, avant tout, occupé par la réflexion morale. Quand nous aurons dit que ce système est un finalisme théologique, tout débordant d'optimisme, où l'univers et ses parties sont données comme mis en une si parfaite harmonie que le mal n'y saurait être qu'une apparence et non une réalité, nous aurons résumé à peu près tous les principes qui président à sa conception des choses. Ce qu'il faut du moins en retenir, c'est que, contrairement aux attaques dont il fut l'objet de la part d'hommes, tels que Leland, Warburton, Berkeley, le théisme est à la base de sa doctrine. Un Dieu, garant de la justice, est nécessaire à sa morale qui, sans ce législateur suprême, manquerait de répondant (Enquêtes, I. 1, part. III, .2). La partie de la philosophie Qu'est-ce à dire, sinon que l'école écossaise a, dans Shaftesbury, un précurseur, et que Fowler a eu raison d'associer son nom à celui de Hutcheson? (G. Lyon). |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.