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| Pierre Ier
Alexeïevitch, surnommé
Pierre le Grand, premier empereur de toutes les Russies L'une des filles de la tsarine Maria Miloslavsky,
l'ambitieuse et énergique Sophie, secondée des streltsi,
soldats et marchands en même temps, milice permanente et héréditaire,
mal disciplinée, fit massacrer les Narychkine le frères de
la tsarine, son père adoptif et leurs partisans, et s'imposa comme
régente pendant la minorité d'Ivan et de Pierre qui furent
tous deux couronnés tsars (23 juillet 1682). C'est l'unique exemple
dans l'histoire, russe de deux tsars occupant le trône en même
temps. On peut voir au musée de Moscou Curieux de toutes les nouveautés,
Pierre retrouva dans la maison de son aïeul, Nikita Romanov, un canot
anglais d'une structure particulière, qui fut l'origine de sa passion
pour la navigation. Abandonné à lui-même, courant les
rues de Moscou En même temps, le jeune tsar se livrait avec fougue aux plaisirs; sa mère, pour l'en préserver, le maria en février 1689 à Eudoxie Féodorovna Lapoukhine. Sophie, qui avait, dès 1687, voulu prendre pour elle-même le titre d'autocrate, se brouilla avec son frère désireux de mettre un terme à la régence. Il accusa sa soeur de l'avoir voulu faire assassiner; elle tenta de soulever les streltsi, et Pierre se réfugia avec sa mère au couvent de Troïtza; mais ses conseillers étrangers prirent l'avantage; Sophie ne put lui arracher une transaction et dut se soumettre, prendre le voile et se retirer dans un couvent. Le 11 octobre 1689, Pierre rentrait à Moscou; son allié vint le complimenter et lui laissa l'exercice réel de la souveraineté. Ivan ne vécut d'ailleurs que jusqu'en 1696. Pierre, devenu maître absolu des
destinées de la Russie
Pierre le Grand. La vieille inimitié entre le peuple
orthodoxe et le « mécréant », l'état de
guerre contre la Turquie qui ne cessait d'exister depuis la régence
de Sophie et où les Russes Pierre ordonna la construction d'une flotte
de guerre sur la mer Noire et le creusement d'un canal joignant le Volga
au Don (entreprise qui ne put aboutir). Désireux de trouver chez
ses sujets les connaissances qu'il était obligé de demander
à des étrangers, le tsar réformateur envoya une cinquantaine
de jeunes nobles russes en Hollande, en Angleterre et à Venise Ayant confié la direction des affaires à Boris Golitsyne et à Romodanovsky, Pierre sortit de ses États, sous le nom roturier de Pierre Mikhaïlov, dissimulé parmi les 270 « volontaires » de diverses origines et de toutes classes qui formaient la suite de la grande ambassade de Lefort, Golovine et Vosnytzine, envoyée auprès de la plupart des cours de l'Europe (avril 1697). Ce voyage avait autant pour but l'étude des institutions occidentales et l'enseignement que la négociation d'alliances contre les Turcs. Abandonnant à son ambassade le soin
des négociations politiques, Pierre Mikhaïlov visita rapidement
les cours de Courlande Il profita de l'occasion pour licencier
définitivement cette milice indisciplinée, cause permanente
de troubles, et dont l'organisation archaïque ne répondait
plus aux besoins militaires de la Russie Pierre poursuit alors avec une audace croissante l'organisation de son empire sur le modèle européen. Il fonde le 20 mars 1699 l'ordre de Saint-André. La mort de Lefort et de Gordon n'arrête pas la constitution de la nouvelle armée : 27 régiments d'infanterie et 2 de dragons fournis par un recrutement national. Les impôts sont modifiés, le costume allemand imposé aux fonctionnaires, la longue barbe proscrite à l'armée et dans les villes; il touche même à l'organisation ecclésiastique, laissant vacante la place du patriarche (1700). Il fonde des écoles, des imprimeries, attire des savants étrangers. La chronologie russe faisait commencer l'année en automne, il la fait dater du 1er janvier (1700). A l'extérieur, il continue de poursuivre
la conquête de débouchés vers la mer. Une trêve
de trente ans, consécutive à la paix de Carlowitz, est conclue
avec le sultan (3 juillet 1700); les Russes conservent Azov Tandis que Charles XII, après ses succès, dirigeait ses troupes contre le troisième ennemi, la Pologne, le tsar, nullement abattu, s'appliqua à la reconstitution de son armée avec ses lieutenants et favoris, Michel Golitzine, Chérémétiev, Mentchikov, Apraksine, Bruce. Il fit travailler tout le monde : soldats, bourgeois, paysans, même les moines et les femmes, aux fortifications. Pour augmenter ses ressources, il créa de nouveaux impôts, exigea de l'argent des couvents, et le bronze de la plupart des cloches des églises fut transformé en canons. Il forma ainsi dix nouveaux régiments et put bientôt mettre en ligne des troupes homogènes et disciplinées. Les résultats furent : les échecs successifs des Suédois dans le bassin de la Baltique, la victoire de l'Embach (1er janvier 1702). Il atteignit, aux bords de la Néva, l'objectif rêvé, prit la forteresse de Notehourg, surnommée par lui SchIüsselbourg, puis Nienchantz, située à l'embouchure du fleuve, la rasa, et procéda aussitôt, le 27 mai 1703, à la création de la citadelle des Saints Pierre-et-Paul et d'un nouveau port, lequel, dix ans plus tard, fut transformé en capitale et reçut le nom de Saint-Pétersbourg. Après avoir fortifié, sur
l'île de Cronstadt Cependant Charles
XII ayant obligé Auguste de Saxe à renoncer au trône
de Pologne et conclu la paix d'Altranstraedt « L'heure est venue, dit Pierre à ses soldats, où va se décider le sort de la Russie. Rappelez-vous que vous ne combattez pas pour Pierre, mais pour le bien-être de la patrie confiée à Pierre. »L'armée suédoise n'ignorait pas davantage que de la victoire seule dépendait son salut. Ce fut un combat acharné, épique. Des deux côtés on se battit en héros. Ni le roi ni le tsar ne s'épargnèrent. Charles, blessé, se fit porter sur une litière pour encourager de sa présence officiers et soldats. Trois balles atteignirent Pierre : l'une s'aplatit sur l'image sainte qu'il portait sur la poitrine, la seconde traversa sa coiffure, la troisième s'enfonça dans sa selle. Le nombre l'emporta, les Suédois furent mis en déroute (8 juillet 1709), et Charles XII, suivi de Mazeppa, dut fuir et se réfugier en Turquie. La Livonie La compensation de ces pertes fut cherchée
et obtenue du côté de la Baltique. Après une cure à
Karlsbad Charles XII,
revenu à Stralsund C'est à ce moment, au printemps
de 1717, qu'il fit un second voyage dans l'Europe occidentale, visitant
La Haye (février 1717), puis Paris et la cour de Versailles Son attention était principalement
pour la manufacture des Gobelins A son retour à Saint-Pétersbourg
(21 octobre 1717), Pierre réprima sévèrement les abus
commis pendant son absence. En même temps, il n'hésitait pas
à assurer la durée de ses réformes par la suppression
de son fils, héritier indocile. Le jeune Alexis, de moeurs grossières
et d'intelligence arriérée, affichait le mépris des
importations étrangères et l'affection pour les vieilles
coutumes russes. Il s'entourait des adversaires des réformes, il
avait par sa brutalité fait mourir sa femme après ses couches
et conspirait avec sa mère et une partie du clergé. Son père
vint à Moscou Les pourparlers avec la Suède, menés
par Gœrz, furent interrompus par la mort de Charles
XII (30 novembre1718). Sur les conseils de l'Angleterre, l'aristocratie
suédoise décida la Diète de reprendre la guerre contre
les Russes. Ceux-ci envahirent à deux reprises le territoire suédois,
malgré une démonstration navale de l'Angleterre. Délaissé
par ses alliés, Pierre combattit seul; il fit arrêter tous
les négociants anglais (1719). En même temps, il obligeait
l'Autriche à lui donner satisfaction, expulsait les Jésuites La mort de son second fils (né de
Catherine
le 8 septembre 1717), Pierre Petrovitch, l'arrêta quelques jours
(6 mai 1718); son désespoir fut tel qu'il faillit se suicider. Il
reprit la guerre, dévasta la Finlande, et par une nouvelle attaque
contraignit la Suède à traiter. La paix de Nystad (10 septembre
1791) acquit à la Russie l'Estonie Pierre atteignait son but. Il avait sur
la Baltique un vaste littoral, non la fenêtre qu'il méditait,
mais bien une large porte ouverte sur l'Europe occidentale. Ces heureux
événements furent solennellement fêtés; le Sénat
dirigeant et le Saint-Synode décernèrent au tsar les titres
de «Grand, de Père de la patrie et d'Empereur de toutes
les Russies» (2 novembre 1721). Une amnistie générale
(sauf aux brigands et assassins) et la remise des impôts arriérés
complétèrent les fêtes célébrées
dans tout l'empire. Le titre impérial ne fut toutefois reconnu de
suite à Pierre le Grand que par la Prusse il entreprit alors une dernière
guerre. Des marchands russes ayant été mis à mort
par des Persans, il conduisit lui-même 400 000 hommes vers la mer
Caspienne (1722), et s'empara de Derbent et de Bakou A l'intérieur, malgré les guerres et les émeutes; la transformation sociale, politique et économique s'accomplissait, profonde et rapide. Les relations avec l'Occident devenaient de plus en plus suivies; des milliers de « volontaires » de l'instruction, de gré ou de force, franchissaient la frontière; le nombre des étrangers attirés en Russie n'était pas moindre, et la plupart y faisaient souche. Les moeurs s'humanisaient. Les usages asiatiques de la réclusion de la femme et du mariage sans son consentement furent abolis; des fêtes et des « assemblées » furent instituées où les hommes, le menton rasé - le port de la barbe était le signe d'opposition et d'attachement aux anciennes moeurs - et les femmes, à visage découvert (sans la fata), purent se livrer à des danses allemandes et polonaises. Ce fut le commencement de la vie mondaine.
Des mesures furent prises contre la mendicité, des maisons de travail
établies pour les vagabonds, des asiles pour les enfants abandonnés
et des hôpitaux pour les malades; on prohiba le port des armes; on
traqua plus efficacement les brigands et les voleurs par une police régulière.
- Les écoles se multipliaient : les élémentaires,
dans les villes de la province; les supérieures « de mathématiques
», de médecine, de navigation, d'artillerie, de beaux-arts,
un « gymnase avec études générales et cours
universitaires », des « académies de latin, de grec
et d'allemand », à Moscou Sa soeur Nathalie composa des pièces russes, et des comédiens allemands jouèrent pour la première fois devant le public. Un simple marchand, Passochkov, écrit le livre : Pauvreté et Richesse, flétrissant les vices du temps, faisant l'apologie de Pierre le Grand et osant demander l'égalité de tous devant la loi. Polikarpov, subventionné par le tsar, rédige une histoire de la Russie depuis le XVIe siècle. Les bibliothèques s'enrichissent d'ouvrages et les musées de collections précieuses. L'imprimerie russe d'Amsterdam crée l'alphabet civil (1708), les caractères slaves ne servant plus que pour l'impression des livres d'église. D'autres imprimeries sont fondées en Russie, dans les deux capitales et en province. Le premier journal public apparaît : le Messager russe (1703). - Nous avons vu que, pour soutenir ses guerres et réorganiser son armée, Pierre dut en même temps remanier la perception des impôts, et le nouveau système fiscal amena à son tour des modifications importantes dans les groupements et la définition des catégories d'imposables. C'est principalement la population rurale qui subvenait aux frais de la transformation militaire, et, conséquence directe, payait de sa liberté la réforme cadastrale. Elle était composée de paysans libres (odnodvortsi); de métayers (polovniki), cultivant la terre des nobles, mais libres personnellement, et de paysans attachés à la glèbe. Pierre les confondit dans une même classe assujettie à la captation et à la résidence fixe : c'était le servage définitivement établi et réglementé. L'impôt sur les âmes remplaçait l'impôt sur les feux, et les seigneurs en furent rendus responsables. La mesure fut atténuée par un ukase défendant de vendre séparément les membres d'une même famille. Les commerçants et les industriels payèrent la patente de première et deuxième guildes (classes) et jouirent, en revanche, de certains privilèges de trafic. Les artisans durent former des corporations avec leurs anciens (alderman) à la tête. On établit des monopoles; la régie elle-même vendait le tabac, le sel, d'autres produits de première nécessité, même des cercueils. On procéda, dans un but fiscal, au recensement régulier de la population. Seule, la noblesse demeurait exempte d'impôts; en revanche, tout gentilhomme devait servir l'Etat jusqu'à la mort. Les fiers boïars et les autres dignitaires ne formaient plus une oligarchie fermée; quiconque, Russe ou étranger, entrait au service et se distinguait, devenait noble; la noblesse héréditaire et la noblesse de service furent confondues en une seule classe : dvoriané. Cependant, comme tous ces nouveaux impôts pesèrent lourdement sur les paysans et ne donnèrent pas toujours le résultat voulu, le tsar chercha à développer l'industrie et le commerce, multiplia les fabriques et les usines, encouragea l'exploitation des mines, de sorte que bientôt ses soldats furent habillés d'étoffes russes, et l'armement, canons et fusils, fait avec les métaux de l'Oural. Il établit des routes avec communication postale, creuse des canaux, fait diriger de force le trafic du port d'Arkhangelsk vers celui de Pétersbourg, conclut des traités de commerce, envoie des agents consulaires en Europe et des caravanes en Orient. II est à la fois libre-échangiste à l'extérieur et protectionniste à l'intérieur. L'ensemble de ces mesures financières et économiques fait monter les revenus de l'Etat de 1 et demi à 10 millions de roubles par an, chiffre considérable pour l'époque. - Résultat corollaire : l'effectif de l'armée peut être porté à 200 000 hommes de troupes régulières et à plus de 400 000 soldats irréguliers (Cosaques, Kalmouk, Tatars, etc.). La flotte compte 200 vaisseaux, 800 barques, 30 000 hommes d'équipage et 2 000 canons. Dans le domaine administratif, la douma des boïars est remplacée par un Sénat dirigeant, et les prikazes par des collèges ou ministères collectifs, sur le patron allemand, avec l'autorité étendue de surveiller la bonne direction des affaires d'Etat, de poursuivre les abus de pouvoir, de rechercher et de rendre la justice. Le changement ne fut pas seulement de nom, et « le premier serviteur d'Etat » se soumettait lui-même aux décisions de « Messieurs le Sénat ». L'usage de payer les employés par des prélèvements arbitraires en nature fut remplacé par un traitement fixe. Les devoirs et les droits des fonctionnaires furent strictement limités selon le principe de la division du travail et de la responsabilité. Les fonctions civiles et militaires furent établies par rangs et par grades qu'on devait successivement franchir. Le tsar en donna l'exemple en ne passant, un à un, du grade de bombardier aux grades supérieurs, qu'en récompense de services rendus; ainsi, il n'accepta le titre de général qu'après la bataille de Poltava. Il mit de l'ordre dans l'administration provinciale : l'empire fut divisé en douze gouvernements, subdivisés en quarante-trois provinces, avec, à leur tête, des gouverneurs généraux et des vice-gouverneurs assistés de municipalités électives. La justice était rendue en province, soit par les tribunaux, soit par la magistrature élue des villes. Une délégation du Sénat formait la cour suprême à Saint-Pétersbourg. L'administration ecclésiastique fut réformée dans le sens de la subordination du pouvoir spirituel au pouvoir temporel. La mort du patriarche Adrien (1700) fournit à Pierre, l'occasion d'abolir cette haute fonction, aux prérogatives presque égales à celles du tsar, et il la remplaça par l'assemblée des archevêques et évêques, le Saint-Synode (1721). Un grand procureur représentait auprès de lui l'empereur, de même qu'un procureur général auprès du Sénat. Chaque évêque dut entretenir dans son palais des écoles religieuses, et les fils de popes qui négligeaient de les fréquenter étaient astreints au service militaire. Les raskolniki (vieux croyants) furent poursuivis comme les plus rebelles aux réformes; ceux qui se tenaient tranquilles, sauf le paiement d'un impôt double, ne furent guère inquiétés. Pierre se montra également tolérant
à l'égard des confessions chrétiennes
de l'Occident; seuls les Jésuites Après la mort de ses deux fils, Pierre le Grand s'occupa enfin d'assurer la succession régulière du trône, et, par l'ukase du 16 février 1722, le droit de désigner son successeur fut reconnu au souverain en dépit du principe de primogéniture. Cet ukase que Pierre fit solennellement jurer à ses sujets était la conséquence de l'élimination de son fils Alexis. Mais il n'en fit pas usage et mourut sans avoir pris de disposition pour régler sa succession qui échut à sa femme Catherine. Atteint de maladie, le tsar continua de travailler, se mit à l'eau pour aider des matelots à mettre à flot une chaloupe échouée et succomba peu après. C'était un homme violent, de passions vives, aimant les femmes et le vin, s'amusant de forces grossières, mais animé d'un profond sentiment du devoir et dominé par l'idée de la grandeur de la Russie. Le document connu
sous le nom de Testament de Pierre le Grand, assignant pour but
à la Russie une sorte de domination universelle, et visant en particulier
à Constantinople |
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