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| Machiavel |
| Niccolo Machiavel
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Machiavelli est un historien et écrivain politique italien,
né à Florence
le 3 mai 1469, mort à Florence le 22 juin 1527. Il appartenait à
une ancienne et noble famille qui avait fourni de nombreux magistrats à
la république et il dut recevoir, si
l'on en juge par ses oeuvres, une forte éducation; il est certain
pourtant qu'il ne savait pas le grec. A
l'âge de vingt-neuf ans (19 juin 1498), il obtint un poste dans la
chancellerie d'Etat; le 14 juin de la même année, il recevait
à titre définitif la charge de secrétaire des «
dix magistrats commis à la liberté et à la paix »
(i dieci di libertà e di pace), qu'il devait conserver quatorze
ans.
En cette qualité, Machiavel ne remplit
pas moins de vingt-trois légations, dont quelques-unes fort importantes
: il fut envoyé notamment en juillet 1500 en France Dans l'intervalle, il avait été
nommé secrétaire des Nove delle milizie, magistrats
chargés de réaliser une idée défendue par lui
avec passion, consistant à substituer aux troupes mercenaires une
armée nationale; en cette qualité, il devait pourvoir au
recrutement et à l'instruction de celle-ci, et c'est alors qu'il
rédigea les Due Provvisioni per istruire milizie nazionali
(la première pour l'infanterie, la seconde pour la cavalerie). Mais,
en 1542, les Médicis
rentrèrent à Florence avec l'appui de la Sainte-Ligue, et
la Signoria élue sous leur pression éloigna des charges tous
ceux qui ne leur étaient pas favorables. Machiavel fut privé
de tous ses offices (8 décembre), puis emprisonné et mis
à la torture; innocent et rendu à la liberté (11 mars),
il se retira à la campagne et employa ses loisirs forcés
à méditer et à écrire.
Niccolo Machiavel (1469-1527), par Santi di Tito. Peu à peu cependant, il se rapprochait des Médicis, auxquels il fut présenté en 1519 par Lorenzo Strozzi; grâce au cardinal Jules de Médicis, il fut chargé d'écrire une histoire de Florence (8 novembre 1520), avec un salaire de 100 florins par an. La vie active semblait se rouvrir pour lui; après des ambassades de peu d'importance, il fut chargé d'aller en Romagne pour essayer de former une milice nationale à la tête de laquelle il voulait mettre le célèbre condottiere Jean des Bandes-Noires; en 1526, quand on établit à Florence la nouvelle magistrature des Cinque Procuratori delle Mura, il leur fut donné comme secrétaire, et il déploya une activité fébrile pour mettre la ville en état de défense. Mais les Impériaux approchaient et des soulèvements éclataient contre les Médicis; quelques jours après le sac de Rome, ils furent chassés de Florence (5 mai 1527), où la république fut proclamée. Machiavel y rentra en hâte, mais, suspect à cause de ses relations avec eux, il fut écarté du pouvoir, et le secrétariat du conseil des Dix, son ancienne charge, lui fut refusée. Ses forces le trahirent enfin et, le chagrin et la fatigue aggravant le mal, il succomba, laissant sa femme et ses cinq enfants dans la misère. L'oeuvre de Machiavel.
« Je me repais de cette nourriture, dit-il, qui seule est mienne et pour laquelle je suis né; j'ose leur parler, leur demander compte de leurs actions, et eux, dans leur bienveillance, me répondent; et alors il m'arrive, durant quatre heures de suite, d'oublier tout ennui et tout souci; alors je ne sens plus la pauvreté, je ne crains plus la mort, tellement je me transporte tout entier en eux. » (Lettre à F. Vettori du 10 décembre 1543).Le Prince. C'est dans le Prince « C'était déjà une maxime antique, dit Gaspary dans un des meilleurs chapitres de son excellente Histoire de la littérature italienne (t. Il, 2e part., pp. 1 et suiv.), que l'histoire est un enseignement; mais on y voyait auparavant la manifestation d'une puissance supérieure, et la leçon qu'on en tirait était, par conséquent, religieuse et morale. Les hommes de la RenaissanceC'est son admiration pour la politique romaine qui lui inspire sa maxime fondamentale, que l'Etat doit être mis au-dessus de tout et qu'il peut disposer de tout selon l'intérêt général; la religion même est un instrument entre ses mains; ce qui importe en elle, ce n'est pas sa vérité, mais son utilité. Aussi Machiavel ne rejette-t-il pas la superstition. Il est même amené à préférer au christianisme, qui enseigne le mépris du monde par l'espérance d'une vie future, le paganisme, qui exaltait dans l'humain l'instinct de la liberté et toutes les énergies viriles. L'idéal politique de Machiavel est
la république : rien n'est beau, d'après
lui, comme un peuple qui vit selon les lois;
le peuple est, du reste, meilleur et moins ingrat que le prince. Mais tous
les terrains ne sont pas propres à la république; elle ne
peut exister sans l'honnêteté et une certaine égalité
entre les citoyens, conditions qui se trouvent rarement réunies
et qui le sont moins qu'ailleurs en Italie Selon Machiavel, la république
est plus propre à maintenir les Etats, mais
la tyrannie plus apte à les fonder. Il
fait tomber morceau par morceau l'idéal du prince que l'on s'était
forgé avant lui : si l'humain était bon, le prince, dit-il,
pourrait être vertueux; mais l'humain est naturellement mauvais,
et, quand le droit ne réussit pas, il est permis de recourir, à
la force. Il faut être à la fois lion et renard, agir sans
scrupules, mais sauver les apparences: la vertu ne doit être que
le masque des vices ( Tels sont les principes auxquels Machiavel
a laissé son nom; ils sont sans doute détestables, et la
tranchante froideur avec laquelle Machiavel les expose les rend plus choquants
encore. Mais il faut songer que Machiavel n'a fait que peindre ce qu'il
avait sous les yeux, et qu'il vivait à une époque de libre
réflexion et de franc parler. Il faut lui tenir compte aussi de
son sincère amour pour Florence
et l'Italie « L'idée de l'unité et de la liberté nationales l'enflamme; son langage change; les idées morales et religieuses réapparaissent; le nom de Dieu, si rare dans le reste du livre, est prononcé à plusieurs reprises, et il trouve des images bibliques pour dépeindre l'ItalieAprès le Prince. A une époque un peu postérieure appartient le traité Dell' Arte della guerra (1re éd. en 1521), en forme de dialogues que l'auteur suppose avoir été échangés dans les Orti Orcellarii, où se réunissaient depuis quelques années, autour de Cosimo Ruccellai, une société de jeunes gens distingués dont Machiavel était l'âme; il y expose en détail sur l'organisation de l'armée, les idées qu'il avait effleurées dans les Discours et le Prince On a vu plus haut que les Médicis
s'étaient vite adoucis à l'égard de Machiavel. C'est
à Julien qu'il avait projeté de dédier son Prince Les Istorie florentine (en 8 livres)
étaient achevées en 1525, mais ne furent publiées
qu'en 1531. L'auteur y retrace l'histoire complète de sa cité,
très sommairement jusqu'en 1434, époque où commença
à s'élever la puissance des Médicis,
avec de plus longs développements de cette date à celle où
il écrit. Souvent inexact dans le récit des faits - car il
suit aveuglément ses devanciers pour l'époque ancienne -
il est admirable quand il s'agit de retrouver leur enchaînement,
de montrer l'influence des grands hommes sur leur cours. Dans tous les
autres ouvrages historiques ou politiques, de Machiavel, le style est simple,
net, sans ornement; c'est celui d'un homme d'action, non d'un écrivain
de métier; dans les Istorie, au contraire, l'auteur a fait quelques
sacrifices au goût du jour; la phrase y est plus ample et cadencée,
le style plus chargé de latinismes; çà et là
apparaissent les procédés de la rhétorique.
Machiavel (en noir, au centre), avec (de gauche à droite) : César Borgia, Pedro Luis de Borja Lanzol de Romaní et Don Micheletto Corella. Ces travaux si divers et si absorbants ne suffisaient pas à l'activité de Machiavel : ce profond politique, ce génie sévère est aussi l'auteur d'oeuvres badines qu'il semait sur sa route comme en se jouant et qui suffiraient à la réputation d'un autre. Il y avait place en effet dans cette riche et exubérante nature pour tous les contrastes : au moment même où on eut pu le croire absorbé par ses méditations ou la lutte contre la misère, sa correspondance avec Vettori nous le montre dévoré de passions et d'appétits qu'il exprime dans un style d'une liberté digne de l'Arétin. Il se félicitait lui-même de ce mélange de sérieux et de bouffonnerie en disant qu'il reproduisait en lui la diversité de la nature. C'est à cette veine sarcastique que nous devons ses comédies, la Mandragore (1513 environ), peut-être la meilleure du siècle, et la Clizia (nous ne parlons pas de deux autres, dont l'authenticité est douteuse), le petit poème satirique (en terzines) de l'Asino d'Oro, où il développe ce thème que les animaux valent mieux que les humains, des Chants de carnaval d'une gaieté souvent amère, et, si elle est bien de lui, la nouvelle de Belfegor arcidiavolo (contre les femmes) qui a été tant de fois imitée. Il faut mentionner enfin, parmi ses oeuvres sérieuses, le Dialogo sulla lingue, où il se rencontre avec Dante pour défendre la prééminence du toscan sur les autres dialectes italiens. Machiavel et la
postérité.
L'Italie Il est seulement permis de regretter que ce vaste et puissant esprit se soit résigné à n'être que l'image et l'interprète d'un siècle qu'il eût été digne de dominer et capable peut-être d'entraîner dans une autre voie. (A. Jeanroy). |
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