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Napoléon
(Bonaparte ou Napoleone Buonaparte). - Général,
puis chef du gouvernement français
sous les dénominations successives de premier consul et d'empereur,
roi d'Italie ,
etc., né à Ajaccio ,
dans l'île de Corse ,
le 15 août 1769, mort à Sainte-Hélène
(Atlantique Sud), le 5 mai 1821, fils de Charles Bonaparte,
issu d'une famille noble mais peu fortunée
de Toscane, et de Letizia (ou Laetitia) Ramolino.
Origines,
enfance et jeunesse.
Par la protection
du comte de Marbeuf gouverneur militaire de la Corse ,
il entra en 1779 à l'école de Brienne ,
d'où en 1784 il passa à l'École militaire
de Paris ;
il fut nommé dès 1785 sous-lieutenant du 4e
régiment d'artillerie et employé en
Corse. Proscrit en 1792 par Paoli, alors maître du pays et allié
des Anglais ,
il vécut assez longtemps à Nice, puis à Marseille,
avec sa mère et ses soeurs, dans une gêne extrême. Il
fut fait capitaine le 6 février 1792. C'est dans ce grade
qu'il servit au siège de Lyon
en 1793 sous les ordres du général Kellermann.
Il fut ensuite chargé par le général
Carteaux de réduire les Marseillais fédéralistes,
mission dans laquelle il réussit. Nommé la même année
adjudant général au siège de Toulon ,
ville qui était alors au pouvoir des Anglais, il décida la
reddition de la place en emportant le fort de l'Eguillette (Aiguillette),
et fut aussitôt récompensé par le grade de général
de brigade.
En mai 1794, une expédition fut
dirigée sur la Corse ,
qui avait secoué le joug français .
Napoléon Bonaparte en eut le commandement;
mais il échoua dans ses tentatives pour reprendre Ajaccio
sur les insurgés soutenus par les Anglais ,
et fut obligé de revenir à l'armée sur le Var. Chargé
la même année de commander l'artillerie de l'armée
d'Italie ,
il avait déjà obtenu de brillants succès lorsqu'il
fut suspendu comme suspect, après le 9 thermidor, à cause
de ses rapports avec les terroristes Robespierre le jeune et Ricord.
Détenu un instant, puis mandé à Paris ,
il finit par être rayé des listes d'activité. Sans
ressources en cet instant, il songeait à passer en Turquie pour
organiser l'artillerie du sultan, lorsque Pontécoulant
l'attacha aux bureaux de la guerre. L'insurrection parisienne du 13 vendémiaire
(5 octobre 1795) contre la Convention changea sa situation : choisi pour
second par Barras, il réduisit les insurgés en les mitraillant
devant St-Roch. Il obtint en récompense le grade de général
de division, avec le commandement ou chef de l'armée de l'intérieur.
Campagne
d'Italie.
L'année suivante,
Napoléon Bonaparte épousa Joséphine, veuve du vicomte
de Beauharnais. Au même moment il recevait,
sur la désignation de Carnot,
le commandement en chef de l'armée d'Italie ,
alors battue désorganisée et sans argent (2 mars 1796). En
un an il mit en pleine déroute ou détruisit 5 armées,
chacune plus forte que la sienne, à savoir l'armée piémontaise
à Mondovi (les 12, 15 et 22 avril 1796), et 4 armées autrichiennes
: celle de Beaulieu à Cairo Montenotte, Millesimo, Dego et au pont
de Lodi (10 mai); celle de Wurmser à Castiglione (5 août),
Roveredo, Bassano; celle d'Alvinzi à Arcole
(17 novembre), à Rivoli et sous Mantoue
(les 14 et 15 janvier 1797), que rendit Wurmser; enfin celle du prince
Charles, qu'il poursuivit en Allemagne
et sur la route de Vienne jusqu'à Léoben, où fut signé
un armistice (29 avril 1797). Le roi de Sardaigne, le pape, les ducs de
Parme ,
de Modène, de Toscane, avaient déjà signé ou
imploraient la paix; l'empereur d'Autriche la demanda aussi, et, par le
traité de Campo-Formio
(17 octobre 1797), il céda à la France ,
en échange des États de Venise ,
qu'il avait occupés chemin faisant, les Pays-Bas
autrichiens, avec toute la rive gauche du Rhin, et le Milanais ,
qui devint alors la république Cisalpine .
De si prodigieux succès excitèrent l'enthousiasme public
pour le jeune général.
Expédition
d'Égypte.
Mais cet enthousiasme
même et quelques efforts qu'il fit dès cette époque
pour s'emparer du pouvoir effrayèrent le Directoire. Après
avoir proposé à Napoléon Bonaparte le commandement
d'une flotte destinée à l'invasion de l'Angleterre ,
on accepta, pour l'éloigner, l'offre qu'il avait faite de diriger
en Égypte
une expédition qui, après avoir conquis ce pays, le coloniserait
et en ferait un point d'appui pour attaquer les Anglais en Inde .
Parti
de Paris
le 3 mai 1798, Bonaparte arriva le 9 à Toulon ,
où il trouva réunies les troupes destinées à
l'embarquement, les transports nécessaires, et la force maritime
qui devait protéger le convoi. Ils mirent à la voile le 19
mai. L'amiral Brueys déjoua la surveillance de Nelson,
et l'expédition commença bien (prise de Malte ,
9-10 juin; d'Alexandrie ,
2 juillet; victoires des Pyramides
et prise du Caire ,
entre le 21 et le 23 juillet). Mais Nelson détruisit la flotte française
dans la rade d'Aboukir
(2 août).
Pendant que Napoléon Bonaparte,
prisonnier dans sa conquête, affecte de l'étendre vers le
sud et de l'organiser, les Turcs
interviennent en Syrie et dans le Delta du Nil .
Malgré le victoire du mont Thabor (16 avril 1799), il est repoussé
de Saint-Jean-d'Acre ,
mais il bat les Turcs à Aboukir
(25 juillet). Informé à ce moment
des désastres français en Italie ,
peut-être aussi appelé par des ouvertures qui lui auraient
été faites avant l'expédition pour le placer à
la tête d'un complot contre le Directoire, Bonaparte
prit la résolution de rentrer en France
et laissa son armée à Kléber. Après avoir échappé
aux croisières anglaises, il parut inopinément à Paris
à la fin de 1799, sans avoir subi de quarantaine.
Le
Consulat.
Le Directoire était
tombé dans le discrédit, les factions n'avaient aucun chef
capable : Napoléon Bonaparte devint bientôt le centre d'un
parti puissant. Aidé des directeurs Sieyès et Roger-Ducos,
de son frère Lucien Bonaparte,
président du conseil des Cinq-Cents, du général Leclerc,
et encouragé par les hommes les plus considérables de l'époque,
il renversa le Directoire à la fameuse journée du 18 brumaire
an VIII (9 novembre 1799), se fit nommer 1er
consul pour 10 ans et se donna pour collègues deux hommes prêts
à le seconder, Cambacérès
et Lebrun. Il se remit aussitôt à la tête de l'armée
d'Italie
: le passage des Alpes (1800), la victoire de Marengo
(14 juin), et les succès que, grâce à ces débuts
décisifs, remportèrent ensuite ses lieutenants, rendirent
aux armes françaises la supériorité en Italie, tandis
que Moreau, du côté du Rhin, gagnait la bataille de Hohenlinden.
Le traité de Lunéville
avec l'Autriche
(1801), et bientôt celui d'Amiens
avec l'Angleterre
(1802), terminèrent cette seconde guerre.
Napoléon Bonaparte
profita de la paix pour fermer les plaies de l'intérieur : il mit
un terme aux réactions des partis, pacifia la Vendée, rappela
les émigrés, rouvrit les églises, conclut avec le
pape un nouveau concordat, réorganisa tous les services, créa
l'ordre de la Légion d'honneur, institua la banque de France, rouvrit
le grand-livre de la dette publique, enfin fit rédiger le Code
civil ( = Code Napoléon), rétablit l'esclavage
dans les Antilles. Dans le même temps il déjouait les complots
de tous genres formés contre lui, échappait à l'explosion
de la Machine infernale et profitait même de ces attentats
pour augmenter son pouvoir. Le Sénat, qui déjà l'avait
nommé consul à vie en 1802, le proclama empereur en 1804;
il fut sacré en cette qualité, sous le nom de Napoléon,
par le pape Pie Vll. venu à Paris
tout exprès pour cette cérémonie
(2 décembre); un an plus tard, il érigea la république
Cisalpine en royaume et se fit couronner roi d'Italie à
Milan .
-
Napoléon
Bonaparte, en empereur des Français.
L'empire,
la Grande Armée; Campagnes de 1805,
1806, 1807
Cependant, dès
la fin de 1803 l'Angleterre
avait recommencé les hostilités; l'Autriche ,
la Russie ,
les Deux-Siciles ,
en firent autant en 1805. Pendant que Napoléon méditait une
descente en Angleterre, il eut la douleur de voir les flottes combinées
de la France
et de l'Espagne
anéanties par Nelson à Trafalgar ;
mais sur terre il compensa cet échec par une suite de victoires
éclatantes : maître d'Ulm et de Vienne même, il acheva
d'écraser les Austro-Russes, à la bataille d'Austerlitz
(2 décembre 1805): Cette campagne fut terminée par la paix
de Presbourg
(25-26 décembre 1805), qui ajoutait au royaume d'Italie
les États de Venise ,
créait les royaumes de Wurtemberg et de Bavière
en faveur de princes alliés de Napoléon, et donnait le grand-duché
de Berg
à Joachim Murat, son beau-frère. Le 27 décembre, le
roi des Deux-Siciles, Ferdinand IV, dépouillé du royaume
de Naples
(1806), fut remplacé par Joseph Bonaparte
et alla régner en Sicile. Le 17 janvier de 1806, Napoléon
marie le fils de sa femme Joséphine, Eugène
de Beauharnais, avec la princesse Amélie, fille du nouveau roi
de Bavière, l'adopte pour son fils, et le nomme vice-roi d'Italie.
Le 5 juin, il crée un trône en Hollande
pour y placer son frère Louis Bonaparte.
Le 1er juillet, il signe à Paris ,
avec les souverains allemands du second ordre, un traité qui les
sépare de l'empire germanique, et les réunit sous la dénomination
de Confédération du Rhin : 14
princes y accédèrent; l'empire d'Allemagne
cessa. Napoléon, sous le titre de Protecteur, fut officiellement
reconnu président perpétuel de cette agglomération
de princes, qui tous devaient prendre part à ses guerres, et l'appeler
à leur secours en cas d'attaque.
Cette création
si importante, l'occupation du Hanovre, enlevé dès 1803 aux
Anglais
par la France ,
les subsides fournis par l'Angleterre, les promesses des Russes
déterminèrent la Prusse
à tenter une contre-confédération, puis à prendre
ouvertement les armes contre la France. Napoléon détruisit
cette quatrième coalition par ses deux campagnes de 1806 et 1807,
l'une en Allemagne ,
l'autre en Pologne
: les victoires d'Auerstaedt
et d'Iéna ,
suivies de l'occupation de Berlin ,
signalèrent la première; les sanglantes batailles d'Eylau ,
de Friedland
(auj. Prawdinsk) la deuxième. Elles
furent suivies de la paix de Tilsit
(8 juillet 1807). C'est là, sur un bateau, au milieu du Niémen,
que l'empereur de Russie et le roi de Prusse se présentent devant
le soldat couronné qui les a vaincus, et qui, deux ans auparavant,
avait reçu l'empereur d'Allemagne dans la même attitude à
son bivouac d'Austerlitz .
Le Traité qui fut signé termina la guerre, et en ôtant
à la monarchie prussienne la moitié de ses provinces, créa
pour Jérôme Bonaparte le
royaume de Westphalie, érigea la Saxe en royaume et fit de la Prusse
polonaise le grand-duché de Varsovie ,
qui fut conféré au roi de Saxe. Des articles secrets autorisaient
la Russie à s'emparer de la Finlande ,
la France à s'adjuger l'Espagne ,
et équivalaient au fond au partage de l'Europe ,
moins l'Angleterre
et la Turquie .
Le tsar Alexandre promit aussi de favoriser
le Blocus continental, système imaginé par Napoléon
pour porter le coup mortel à l'Angleterre en lui fermant tous les
ports de l'Europe (décret de Berlin du 21 novembre 1806). Bientôt
la Toscane est occupée (1806), le Portugal
envahi (1807), Flessingue
réuni à l'Empire.
Les
institutions de l'Empire; Le
Régime totalitaire; «
Les grands travaux ».
Napoléon signalait presque toujours
la fin d'une campagne par l'abolition de quelques-unes des institutions
libérales qu'il n'avait pas osé détruire à
son avènement à l'empire. C'est ainsi qu'il avait supprimé
le Tribunat le 19 août 1807. Le 2 février 1808, il créa
un gouvernement général des départements formés
de l'ancien Piémont, etc., pour en investir son beau-frère
Camille
Borghèse. Le 1er mars, un sénatus-consulte
donna une noblesse à la monarchie impériale, et rétablit
les majorats supprimés par l'assemblée constituante en 1790
avec tous les titres, armoiries et insignes de la
féodalité. En même temps, il renouvelait la face de
la capitale et ouvrait la première exposition de l'industrie.
Les
affaires d'Espagne.
A la faveur du traité
de Fontainebleau ,
qui permettait aux troupes françaises de traverser la Péninsule
ibérique pour aller combattre le Portugal ,
allié de l'Angleterre ,
Murat et 80 000 hommes s'étaient introduits en Espagne ,
et avaient été témoins des haines et des discordes
de la famille royale : Charles IV et
ses fils, attirés à Bayonne ,
prennent pour arbitre Napoléon, qui leur arrache une double abdication;
les retient prisonniers et donne le trône à son frère
Joseph
Bonaparte, qu'il appelle de Naples. Mais l'Espagne résiste énergiquement
: la défaite et la capitulation de Dupont à Baylen ,
celle de Junot à Sintra ,
commencent les revers français. Bien que Napoléon, par sa
présence (décembre 1808), rétablisse un moment les
affaires, et malgré les efforts de Soult, de Masséna, de
Suchet, l'Espagne, aidée de l'Angleterre, couverte de guérillas,
animée par ses juntes et ses moines, lutte opiniâtrement,
et, bien que cent fois vaincue, dévore en cinq ans (1808-1813) plus
de 400 000 hommes, Français, Allemands, Italiens et Polonais.
La
Campagne de 1809.
Profitant de l'affaiblissement
produit par tant de pertes et de l'impopularité causée en
Europe par la guerre d'Espagne ,
l'Angleterre
suscite en 1809 contre Napoléon une cinquième coalition,
dans laquelle l'Autriche
prend la principale part. L'Empereur n'a plus d'allié que la Russie ;
néanmoins il gagne les batailles d'Abensberg, d'Eckmühl, de
Ratisbonne, bombarde Vienne, la prend de nouveau et occupe l'île
de Lobau; il obtient à Essling un avantage chèrement payé
et remporte la victoire décisive de Wagram ,
le 5 juillet. Cette victoire,
qui amène
l'armistice de Znaym, en Moravie
(11 juillet 1809), met la monarchie autrichienne à la disposition
du vainqueur. Soit modération, soit prévoyance, celui-ci
n'abuse pas de sa fortune, et la paix est signée le 14 octobre à
Vienne. Pendant la suspension d'armes qui précède
ce dernier traité avec l'Autriche, la France
est gouvernée du château
de Schoenbrunn ,
où Napoléon avait établi son quartier-général.
Ce n'est pas la première fois qu'il affectait de dater ses décrets
sur l'administration intérieure de son empire des résidences
royales des monarques auxquels il faisait la guerre.
Le
mariage autrichien.
Napoléon,
au lieu d'annuler la monarchie autrichienne
(en la divisant en plusieurs petits États), il se contente de lui
prendre les provinces illyriennes ,
et, croyant se l'attacher par un mariage, il se sépare par le divorce
de Joséphine de Beauharnais pour épouser
une archiduchesse d'Autriche, Marie-Louise. Cette alliance fut célébrée
à St-Cloud le 1er avril 1810. Dès
ce moment, Fouché, Bernadotte et plusieurs
autres tendent à s'isoler de lui; à la même époque,
le pape Pie VII, qu'il a dépouillé de ses États ,
l'excommunie, et les violences dont ce pontife devient l'objet ne font
que susciter de nouvelles difficultés; enfin le système continental
ruine le commerce et produit un malaise universel.
La
Campagne de Russie.
Malgré cet
état de choses, Napoléon ne craint pas de mécontenter
ses plus sûrs alliés par de continuels envahissements, force
son propre frère Louis Bonaparte,
roi de Hollande ,
à abdiquer pour n'être pas le spoliateur de son peuple. Le
Valais est également envahi la même année; les villes
anséatiques perdent leur indépendance en 1811, et le titre
de roi de Rome, donné par Napoléon à son fils, annonce
combien son union avec la fille de François
II (François Ier d'Autriche )
a exalté son ambition. Cependant un concile
français trompe, par sa résistance, les vues du dominateur
qui l'a convoqué pour réunir dans ses mains les deux puissances
spirituelles et temporelles. En 1812, la Russie ,
cédant aux conseils du gouvernement anglais ,
se dispose à reprendre les armes; Napoléon veut la prévenir
: il resserre son alliance avec la Prusse
et l'Autriche, et s'engage dans une offensive formidable
contre la Russie, sans même s'être assuré l'appui de
la Turquie
et de la Suède .
C'est donc lui qui déclare le premier la guerre à
l'empereur Alexandre, en prétextant
le rétablissement du royaume de Pologne .
A
la tête de 450000 hommes, il passe le Niémen, s'empare de
Vilna (Vilnius ),
Vitebsk
et Smolensk ,
poursuivant l'ennemi sans l'atteindre; il rencontre enfin Koutousov
à Borodino .
La bataille de la Moskova
lui livre Moscou ,
l'ancienne capitale de l'empire moscovite; il y entre le 11 septembre pour
la voir bientôt consumé par un incendie allumé par
ses propres habitants. Au bout d'un mois et plus
passé à attendre de St-Pétersbourg des ouvertures
de paix, le froid oblige Napoléon de battre en retraite, à
partir du 17 octobre. Harcelée
par des troupes innombrables, privée de tout, l'armée française
reste presque tout entière ensevelie dans les neiges, ou périt
dans les eaux de la Bérézina .
La
Campagne d'Allemagne.
Pendant ce temps,
la conspiration de Malet à Paris
révélait de graves dangers à l'intérieur. Le
3 décembre Napoléon remit le commandement des déplorables
débris de son armée, naguère menaçante, au
roi de Naples Murat, et le 18 il arrive à Paris, où il se
fait féliciter par toutes les autorités. En un clin d'oeil
et comme par enchantement, il s'y créa de nouvelles ressources;
il ouvrit la campagne d'Allemagne
par de beaux succès, fut vainqueur à Lutzen (2 mai 1813),
à Bautzen
(les 20 et 21 mai), à Wurschen; mais
la Prusse ,
alliée douteuse en 1812, était avec les Russes
en 1813 : la Suède ,
qui avait porté au trône Bernadotte,
imita cet exemple; l'Autriche
elle-même, après l'inutile congrès de Prague ,
prit parti contre Napoléon, et, malgré la victoire de Dresde,
cet exemple fut, après les échecs de Vandamme à Kulm,
de Ney à Dennevitz, suivi par la Bavière ,
le Wurtemberg et les Saxons, que leur vieux roi essaya en vain de retenir
dans l'alliance française. La désastreuse bataille de Leipzig
(18 et 19 octobre), dite Bataille des Nations, refoula Napoléon
sur le territoire de la France ,
qui fut partout envahi.
La
Campagne de France.
Dans une dernière
campagne, Napoléon tint encore pour quelque temps la fortune en
suspens : de brillants succès à St-Dizier, à Brienne,
amenèrent le congrès de Châtillon ;
mais il rejeta les propositions des alliés qui voulaient réduire
la France
aux limites de 1792. Forcé de continuer la lutte, il gagna encore
les victoires de Champaubert, de Montmirail de Château-Thierry ,
de Vauchamp, de Montereau, de Méry; il voulait tourner et envelopper
les ennemis pris entre la capitale et lui; mais, Paris
ayant ouvert ses portes après deux jours de combat, et Marmont ayant
donné le signal de la défection, le Sénat proclama
la déchéance de Napoléon et les vainqueurs déclarèrent
qu'ils rétablissaient les Bourbons (31
mars 1814). Napoléon abdiqua à Fontainebleau
(11 avril); après avoir essayé en vain, semble-t-il, de mettre
fin à sa vie par le poison, il fit à sa garde les adieux
les plus touchants (20 avril), et se rendit, avec une troupe dévouée,
à l'île d'Elbe, qui lui avait été donnée
en souveraineté. En s'y rendant, il eut à courir quelques
dangers pour sa vie au milieu des populations fanatisées du midi;
il n'y resta que quelques mois : les erreurs de la Restauration rendaient
son retour envisageable.
Les
Cent-Jours.
Le 1er
mars 1815 il reparut en France et en vingt jours Napoléon parvint
de Cannes à Paris
sans trouver de résistance. En peu de temps le gouvernement
impérial est reconnu presque sans opposition sur tous les points
du royaume; mais à peine relevé, ce gouvernement, à
quelques mesures et mouvement militaire près, reste comme frappé
de paralysie, et Napoléon, considérant les dispositions que
manifestent les nombreux partisans de la doctrine politique dite libéralisme,
ne voit qu'un danger pressant là où la nouvelle révolution
pouvait seule puiser des forces. Il se refuse aux concessions que ce parti
demande, et le 21 avril il publie l'acte additionnel aux constitutions
de l'empire, espèce de charte nouvelle qui consacre le régime
impérial de 1812, et tous les abus que l'on avait reprochés
à la monarchie de 1788. Cet acte excite l'indignation, et dès
lors l'opinion n'est plus divisée qu'en deux partis; celui de la
royauté sous les Bourbons et celui de
la révolution sans dictateur. Dans le même temps, la
coalition qui l'avait détrôné se renoua. Et, quoique
mal secondé par le parti républicain, Napoléon, se
voyant entouré de troupes braves et enthousiasmées, prit
l'offensive : il battit les Prussiens à Ligny le 16 juin; mais,
trahi par Bourmont, privé par un fatal malentendu des renforts que
devait lui amener Grouchy, il fut vaincu le 18 par Wellington
et Blücher à Waterloo
en Belgique .
Après ce désastre Napoléon rentra en France ,
et s'enferma à l'Elysée-Bourbon, où il abdiqua en
faveur de son fils, qui devait prendre le nom de Napoléon
II (22 juin 1816); ce nouveau règne avait duré Cent-jours.
Sainte-Hélène.
Napoléon
se rendit alors de lui-même au port de Rochefort sur le navire anglais
le Bellerophon, comptant que l'Angleterre
lui accorderait une généreuse hospitalité. Mais le
cabinet anglais, abusant de sa confiance, le déclara prisonnier,
et se fit charger par les Alliés de le transporter à Sainte-Hélène .
Napoléon arriva dans cette île, accompagné d'un petit
nombre de fidèles, Bertrand, Montholon, Gourgaud, Las-Cases. Retiré
dans la modeste résidence, de Longwood, il s'occupa de rédiger
ses Mémoires et ses Campagnes; mais pendant les cinq
années qu'il y vécut encore. Il fut sans cesse abreuvé
de dégoûts et d'humiliations par le gouverneur anglais, sir
Hudson Lowe. Il mourut le 5 mai 1821, dans sa 52e
année, et fut enterré à Sainte-Hélène.
Ses restes, ramenés en France en
1840, reposent maintenant sous le dôme des Invalides ,
à Paris .
(Bouillet).
 |
En
bibliothèque -
Ouvrages
de Napoléon Bonaparte : I. Lettre de M. Buonaparte à
M. Matteo Buttufuoco, député de Corse à l'assemblée
nationale, 1790, in-8, réimpr. dans le n° 5 ci-après.
- Il. Le souper de Beaucaire, Mignon, 1793, in-8 (anonyme), réimpr.
dans le n° 5 ci-après. - III. Collection générale
et complète des lettres, proclamations, discours, mesages, etc.,
classés suivant l'ordre des temps, avec des notes, par Ch.-Auguste
Fischer, Leipzig, 1808 et 1813, 9 vol. in-B. - IV. Correspond. inédite,
officielle et confident. (publiée d'après les copies
authentiques recueillies et rassemblées par Napoléon lui-même),
1818, 1810, 7 vol. in-8. Ce recueil mérite toute confiance. - V.
Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Paris, Panckoucke, 1821 et
1822, 5 vol. in-8. Quelques vol. de la précéd. collect. font
partie de celle-ci. - VI. Mém. pour servir à l'hist. de
France en 1815, avec le plan de la bataille de Mont-St-Jean,
Paris 1820, in-8. -VII. Manuscrit de l'île d'Elbe; des Bourbons
en 1813, publié par le comte *** (écrit par le comte
de Montholon, et publ. par M. O'Meara), Londres, 1818, in-8. L'édit.
de Bruxelles porte à tort sur le frontispice le nom de M. le comte
Bertrand. On sait aujourd'hui que M. Bertrand, officier et parent de M.
le comte Siméon, est auteur du Manuscrit venu de Ste-Hélène
d'une manière inconnue, 1817, in-8. -VIII. Mémoires
pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, écrits
à Ste-Hélène par les générations qui
ont partagé sa captivité, et publ. sur les manuscrits, entièrement
corrigés de la main de Napoléon, par le général
Gourgaud et le comte de Montholon, Paris, 1822-25, 8 vol. in-8.
Les ouvrages anciens sur
Napoléon Bonaparte sont
: I. Quelques notices sur les premières années
de Bonaparte, recueillies en anglais par un de ses condisciples, mises
en français par le citoyen B. (Bourgoing), Paris, 1797, in-8. -
Il. Mémoire pour servir à l'histoire de France sous le
gouvernement de Napoléon Bonaparte, etc., par Salgues, 1814-25,
4 vol. in-8. - III. Mémoire pour servir à l'hist. de la
vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815,
par M. Fleury de Chaboulon, 1820, 2 vol. in-8. - IV. Recueil de pièces
authentiques sur le captif de Ste-Hélène, avec des notes
de Regnault-Warin, 1822, 10 vol. in-S. - V. Napoléon en exil,
ou l'Écho de Ste-Hélène, ouvrage contenant les opinions
et les réflexions de Napoléon sur les événements
les plus importants de sa vie, recueillie par Barry E. O'Meara, trad.
de l'anglais, Paris, 1825, 2 vol. in-8. Les édit. anglaises sont
complètes. - VI. Mémorial de Ste-Hélène,
par M. le comte de Las Cases, Paris, 1823, 8 vol. in-8 et in-12, réimpr.
en 1825. -VII. Mémoires du docteur Antomarchi,
ou les derniers moments de Napoléon, 1825, 2 vol. in-8. -VIlI.
Vie
polit. et militaire de Napoléon, par Arnault, Paris, 1822-26,
2 vol. in-fol. - IX. Histoire de Napoléon Bonaparte, offrant
le tableau complet des premières opérations militaires, politiques,
etc.,
par S.-F. H. (Henry). - X. Galerie militaire de Napoléon Bonaparte,
gravée au trait par Normand père et fils, in-fol., 40 livraisons.
- XI. Histoire de Napoléon, par M. de Norvins, Paris, 1827,
4 vol. in-8. Cet ouvrage a été édité en un
beau vol. in-8, orné de 100 vignettes sur acier, par Raffet, et
s'est vendu à 20 000 ex. - XII. Victoires et conquêtes,
désastres, revers et guerres civiles des Français de 1792
à 1815, par le génér. Bauvais et autres, 1817-24,
28 vol. in-8. - Mémoire sur la guerre en Allemagne, par le
général Pelet, 1824-26, 4 vol. in-8. - XIV. Histoire de
Napoléon et de la grande armée pendant l'année 1812,
par
M. le général comte de Ségur, 1825, 2 vol. in-8. -
XV. Napoléon et la grande armée en Russie, ou Examen
critique de l'ouvrage de M. le comte Ph. de Ségur par le général
Gourgaud, 1825, in-8. - XVI. Histoire métallique de Napoléon,
Londres et Paris, 1819, in-4. -XVII. Les quatre concordats, suivis de
considérat. sur le gouverneur. de l'Église en général,
et sur l'Église de France en particulier,
partie Pradt, 1818-20,
4 vol. in-8. - XVIII. Précis des conteslations qui ont eu lieu
entre le St-Siège et Napoléon Bonaparte,
par Schoell,
Paris, 1819, 9 vol. in-8. |
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