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Anténor

Anténor est un personnage de la mythologie grecque, que l'on rencontre notamment dans de l’Iliade. C'est un prince troyen qui fut envoyé, très jeune encore, à Delphes, par Laomédon, sans doute. pour demander à I'oracle les moyens de se débarrasser du monstre qui, en punition de I'infidélité du roi, dévastait le pays. Plus tard, il aIla redemander Hélène aux Grecs; et dans ce voyage il se lia intimement avec plusieurs d'entre eux, et sentit pour le peuple grec une affection qu'il ne cessa d'avoir, même pendant les évènements qui mirent aux prises la Grèce et l'Asie. Lorsque Ulysse vint à Troie réclamer Helène et ses trésors, c'est dans la demeure d'Anténor qu'il trouva l'hospitalité; et c'est en partie grâce à lui qu'il échappa sain et sauf, ainsi que Diomède son compagnon, à la fureur de la populace troyenne. Depuis ce temps, il semble qu'Anténor couva le projet de trahir sa cité, et d'en faciliter la conquête aux Grecs, soit en entraînant ses concitoyens dans de fausses mesures, soit en apprenant à leurs ennemis tout ce qu'ils méditaient, et en leur donnant d'utiles conseils. Peut-être l'ambassade d'Ulysse et de Diomède n'avait-elle guère eu d'autre but que celui de se ménager des intelligences avec le Troyen philhellène, et de convenir des moyens de correspondre.

Anténor avait épousé Théano, fille de Cissée, un des rois de la Thrace, et soeur d'Hécube. Il en eut dix-neuf fils, parni lesquels on distingue Acamas, Agénor, Anthée, Archélaüs ou Archiloque, Côos, Démoléon, Hélicaon, Iphidamas, Laodoque, Pédée. Tandis que ceux-ci se battaient avec courage pour l'indépendance de leur pays, Anténor faisait passer entre les mains des Grecs le palladium, conseillait à Ulysse ou à Epée la fabrication du cheval de bois, faisait signer aux deux rois Agamemnon et Priam, un traité par lequel le premier s'engageait à retourner en Grèce, moyennant une somme et des présents, déterminait ses imprudents concitoyens à ouvrir un pan de leurs murailles, pour introduire dans la ville le cheval destiné à la remplir d'ennemis, et la nuit suivante donnait, à l'aide d'un feu allumé sur les murs, le signal à la flotte grecque à l'ancre, près de Ténedos. On suppose qu'Enée était complice de cette trahison. Les Grecs, par reconnaissance, ne pillèrent pas le palais d'Anténor. On plaça une garde à sa maison, ou, selon d'autres, ou attacha une peau de panthère à l'entrée, pour indiquer aux soldats que cet asile devait être respecté. Quintus de Smyrne, XLII, 29-3, et Tite-Live, I, 1, en convenant de ces dernières circonstances, n'y voient qu'une preuve de reconnaissance de la part d'Ulysse et de Diomède. 

Après la prise de Troie, les récits anciens font voyager diversement Anténor, traité en ami par les Grecs. Les uns veulent qu'il soit resté en Troade, et que, rassemblant autour de lui les faibles restes des Troyens échappés à la mort ou à l'esclavage, il ait fondé un nouvel empire dans cette contrée; mais dans quelle ville nouvelle les aurait-il alors réunis? Les autres prétendent qu'il suivit Ménélas et Hélène, et qu'ayant fait naufrage avec eux sur la côte d'Égypte, il y forma un établissement à peu de distance, auprès d'Amnace, roi de Libye. C'est là qu'il mourut, et dans les siècles qui avoisinent l'ère chrétienne, on faisait voir le tombeau prétendu d'Anténor, ou, pour mieux dire, la colline des Anténorides. Peut-être cette colline et le tombeau ne forment-ils qu'un seul et même objet : tumulus en latin, a les deux sens. Et d'ailleurs, que de fois, dans ces temps reculés, un tombeau, un sarcophage est-il devenu le centre d'une ville. 

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au moins on nomme les Anténorides ou fils d'Anténor, qui refusèrent de remettre à la voile avec Ménelas, et de chercher derechef des établissements parti les destructeurs de leur cité : ce sont Glaucus, Acamas et Hippoloque, selon Symmaque, dans le scholiaste de Lycophron, sur v. 873; Erymanthe et Glaucus, suivant une autre tradition. Un troisième système, qui a fait fortune dans l'Italie et dans le monde romain, c'est qu'Anténor, à la tête des Hénètes de la Paphlagonie, alla fonder, par delà le fond du golfe Adriatique, la ville de Patavium (Padoue), et donna à tous le pays environnant le nom de Hénétie ou Vénétie. Malheureusement, de nombreuses objections militent contre cette solution ethnographique : 

1° l'extrême distance, soit par mer, soit par terre, à  cause des détours qu'on ne peut éviter; 

2° l'origine septentrionale des Vénètes ou Hénètes, que primitivement on voit autour de la mer Baltique; 

3° l'incertitude des détails. Cette étonnante migration eut-elle lieu par terre ou par mer? Quelques les ethnographes ont voulu concilier le naufrage en Egypte avec l'établissement à Patavium.

Homère traite Anténor moins défavorablement que les autres poètes. Chez lui, ce beau-frère de Priam le seconde dans les soins du gouvernement, tâche de réduire la querelle des Troyens et des Grecs a un combat singulier entre Ménélas et Pâris, et prêche la paix et les armistices. Pour qui voudrait idéaliser, toujours sous le point de vue historique, le caractère d'Anténor, ce puissant et riche Troyen serait un grand citoyen, un profond politique, qui, longtemps avant que la crise éclatât , aurait apprécié la supériorité de la barbarie militante grecque sur la civilisation monotone de l'Asie, et qui, après avoir autant que possible retardé la collision entre des antagonistes inégaux, s'occupa du moins des moyens de sauver et de réunir en corps de nation les faibles restes d'Ilion, et de leur donner une cité.

Le récit qui fait d'Anténor un transfuge et un traître, quoique inconnu à l'école homérique, n'en est pas moins d'une date très ancienne. C'est aux poètes cycliques et notamment à Lysimaque, dans ses Nostes ou Retours, qu'on l'attribue. Les lyriques, les tragiques le brodèrent encore. Sophocle avait composé une tragédie (les Anténorides. L'Anthologie latine, I, III , contient une épitaphe d'Anténor. Polygnote, dans son célèbre tableau de la ruine de Troie, n'avait pas oublié la maison d'Anténor défendue par la peau de la panthère. Anténor figure parmi les personnages de la table iliaque. (M.).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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