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La Laconie

La Laconie est un ancien pays de la Grèce, au Sud-Est du Péloponnèse; son ancien nom était Lacédémone qu'Homère applique indifféremment à la contrée et à sa capitale; ensuite prévalut celui de Laconica que les Romains abrégèrent plus tard en Laconia. Le nom de Laconiens désignait l'ensemble de la population; son étymologie est inconnue.

La physionomie du pays est très accentuée et caractéristique. La Laconie est une vallée très creuse entre deux hauts massifs de montagnes à I'Est le Parnon, à l'Ouest le Taygète; la plaine correspond au bassin de l'Eurotas (auj. Iri) et va du plateau arcadien au fond du golfe qu'enveloppent deux presqu'îles, prolongeant les deux montagnes jusqu'aux caps Malée et Matapan. La Laconie est essentiellement formée par le bassin de l'Eurotas, dont dépendaient les forêts giboyeuses du Taygète et les vallées du Parnon. On y distingue le bassin supérieur du fleuve communiquant d'une part avec le val de l'Alphée et la Messénie, de l'autre, par l'étroite vallée de l'Oenus avec les plaines de Tégée et d'Argos dont les routes bifurquent à Sellasie; le bassin supérieur est séparé du bassin moyen par un défilé; le bassin moyen est la plaine de Sparte, d'une fertilité remarquable; le bassin inférieur, isolé du précédent par un second étranglement montagneux, constituant une gorge de près de 20 km de long, coïncide avec la plaine maritime très riche dans l'Antiquité.

L'histoire de la Laconie s'explique par sa géographie; entourée de défenses naturelles presque infranchissables, accessible seulement au Nord par une route qu'il est aisé de barrer, adossée à de rudes montagnes qui étaient de vastes terrains de chasse, elle facilitait la formation d'un Etat militaire. D'autre part, l'existence de deux plaines fertiles, nettement séparées, présageait un dualisme et un antagonisme persistant entre les gens de la plaine centrale et ceux de la plaine maritime; les uns agriculteurs, chasseurs, de tendances conservatrices; les autres accessibles aux influences orientales, propagées par mer. Aux origines de l'histoire, le pays appartient aux Lélèges, peuple mixte, auquel on rattachait les héros éponymes de Lacédémone, Sparte et Amyclées. Plus tard, selon la mythologie, règnent des Achéens, dont le plus fameux est Ménélas, l'époux d'Hélène. A ceux-ci succèdent les Doriens sous leurs rois Héraclides. Ils ne possèdent d'abord que Sparte, laissant Amyclées à un prince achéen, tandis que Las, Pharis, Aeggys et une autre cité demeurent autonomes. 

On verra dans l'article Sparte comment s'organisa l'Etat dorien et comment il s'étendit sur la Laconie, puis au delà; subjuguant les Achéens d'Amyclées, les habitants de la plaine maritime et d'Hélos, arrachant aux Arcadiens (vers 600) le bassin supérieur de l'Eurotas (districts de Sciritis, Caryatis, Beleminatis et Maleatis); aux Argiens, la Cynurie, versant oriental du Parnon (547), asservissant les Messéniens. De 547 à 371, ces limites ne varièrent guère. Mais, après le désastre de Leuctres, les Spartiates reperdirent la Messénie et quelques cantons du Nord et de l'Est. Enfin les Romains divisèrent la Laconie. En 195, Flamininus enleva à Sparte les cités maritimes et quelques autres, les unissant à la ligue achéenne. 

Cette scission fut renouvelée par Auguste et les vingt-quatre cités des Eleuthéro-Lacones virent confirmer leurs libertés; elles étaient réduites à dix-huit au temps de Pausanias : Gythium, Teuthrone, Las, Pyrrhicus, Caenepolis, Oetylus, Leuctra, Thalamae, Alagonia, Gerenia, Asopus, Acriae, Boeae, Zarax, Epidaurus-Limera, Brasiae, Geronthrae, Marios. La Laconie fut dévastée par les Goths d'Alaric; plus tard, il s'y établit quelques bandes slaves qui furent domptées où refoulées dans Taygète au temps de l'impératrice Irène. En 1248, Guillaume de Villehardouin se bâtit un château sur une colline, au pied de Taygète, à 5 km de Sparte (Lacedaimonia); cette résidence de Misithra ou Mistra fit abandonner l'ancienne ville et demeura la capitale de la Laconie jusqu'au XIXe siècle.

Les principales villes de la Laconie antique étaient Pellana, dans la vallée de l'Eurotas, gardant la route de Megalopolis; Belemina et l'Aegys, enlevée aux Arcadiens, formant une tripolis, groupe de trois cités; dans la vallée de l'Oenus était Sellasie, gardant les routes de Tégée et d'Argos; la première traversait le canton de Sciritis, renfermant Scirus etOeum. Dans la plaine centrale étaient les cités voisines de Sparte, Amyclées (à 4 km au Sud) et Pharis (au Sud de celle-ci) sur la rive droite de l'Eurotas. Les principales cités de la plaine méridionale étaient Croceae, Aegiae, le port de Gythium, le principal à l'époque dorienne; à l'Est de celui-ci, les ports de Trinasus, HéIos, Acriae, Asopus ou Cyparissia, Onugnathus et Boee dans la presqu'île, puis Etis, Aphrodisias, Side, au Nord du cap Malée, Epidaure-Limera, Zarax, Ciphanta, Prasiae, sur le rivage oriental; dans l'intérieur, entre l'Eurotas et le Parnon, étaient Geronthrae, Marius Glyppia, Selinus. A l'Ouest de Gythium, on trouvait, en allant vers la presqu'île de Ténare : Las ou Asine sur la côte; Hypsi dans l'intérieur; Teuthrone sur la côte; Ténare ou Canepolis, Oetylus, Thalamae, dans une île; Pamisius, à l'ancienne frontière de Messénie, Leuctra et enfin Cardamyle et Gerenia. (A.-M. B.).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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