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Hypothèse
(du grec hypothesis, supposition). - Une hypothèse est, à
proprement parler, une affirmation sans preuves suffisantes, et d'où
l'on déduit un certain nombre de conséquences
vraies ou fausses. Les hypothèses sont perpétuellement nécessaires
dans une théorie-scientifique,
car ce n'est point assez pour notre esprit d'observer
et de connaître les phénomènes,
il veut encore découvrir leurs lois, remonter
à leurs causes, et les voir en quelque façon
dans le principe même d'où ils
sortent.
Plusieurs auteurs
distinguent les hypothèses en hypothèses de loi et hypothèses
de cause.
"
La première espèce d'hypothèse, dit Pellissier, consiste
à admettre comme réels des faits non observés, afin
d'expliquer la production de quelques phénomènes observés.
Par exemple, Newton supposait, pour expliquer
certains faits de réfraction de la lumière, que l'eau devait
renfermer un corps combustible; et Laplace, pour
expliquer la formation des planètes, supposait qu'elles résultent
de la condensation de l'atmosphère. La deuxième espèce
d'hypothèse consiste à admettre des forces
ou agents à l'action desquels ont rapport les phénomènes
observés. Tels sont, en astronomie, la gravitation, qui sert à
expliquer les mouvements des corps célestes; en physique
et en chimie, les fluides ou éthers, auxquels sont attribués
les faits de chaleur, de lumière, d'électricité, de
magnétisme, etc."
D'autres auteurs se
bornent à distinguer les hypothèses en hypothèses
vérifiables et en hypothèses invérifiables. Les hypothèses
vérifiables sont celles que l'on prend dans un domaine où
l'expérience, l'observation,
l'induction pourront parvenir et s'assurer
si l'hypothèse proposée est réelle ou fausse, et si
elle doit être éliminée, ou bien passer de l'état
de conjecture à l'état de fait. Ainsi c'est en se posant,
au sujet du mouvement des planètes, une série d'hypothèses
vérifiables, que Kepler arriva à
la découverte des lois qui portent son nom. Ayant lui-même
vérifié successivement par l'observation et par le calcul
chacune de ces hypothèses, il les élimina l'une après
l'autre, et trouva enfin que l'hypothèse de l'ellipticité
des orbes planétaires était la seule qui fût conforme
aux faits observés et aux lois de la mécanique. Les hypothèses
invérifiables sont celles qui appartiennent à un domaine
où ne peuvent pénétrer ni l'observation ni l'expérience.
Cette distinction des hypothèses vérifiables et invérifiables
est de la plus haute importance en logique et
dans toute recherche scientifique; celle des hypothèses de loi et
de cause, au contraire, nous semble de peu d'utilité pratique. On
peut dire cependant que la plupart des hypothèses de cause sont
invérifiables, tandis que le contraire a lieu pour les hypothèses
de loi.
Lorsque l'hypothèse
est susceptible de vérification, elle offre par elle-même
peu de dangers; en effet, l'observation et l'expérience ne tardent
pas à la réduire à sa juste valeur. Une hypothèse
de ce genre n'est le plus souvent que le résultat d'une induction
prématurée, car ordinairement elle est fondée sur
un certain nombre de faits ou sur des analogies
plus ou moins probables. S'il faut, en général,
un grand nombre d'observations et d'expériences pour vérifier
définitivement une lui naturelle, un fort petit nombre de faits,
un seul même suffit parfois pour la fonder. Or, c'est précisément
cette sorte de divination qui caractérise les grandes découvertes.
"
II n'est pas inutile, disait Bacon, de tenter l'interprétation
de la nature par une ébauche ou conclusion
provisoire."
Les hypothèses
invérifiables n'ont pas la même fécondité que
les hypothèses vérifiables. Néanmoins la science ne
peut s'en passer, car elles servent à établir dans certaines
séries de faits une unité provisoire, elles facilitent l'intelligence
et la démonstration même des
phénomènes
en les coordonnant et en permettant de saisir d'un coup d'oeil leur ensemble.
Le caractère
invérifiable de ces hypothèses provient de ce qu'elles sont
relatives à la nature intime des choses, nature qu'il ne sera jamais
donné à l'humain de connaître. Parmi ces hypothèses,
les unes tombent d'elles-mêmes, parce qu'elles ne cadrent plus avec
les connaissances acquises, avec le résultat
des recherches nouvelles; la théorie de l'émission de la
lumière de Newton nous offre un exemple
d'hypothèse abandonnée, parce qu'elle ne suffisait plus à
l'explication des faits. D'autres durent et se fortifient, parce qu'elles
sont de plus en plus d'accord avec les faits et la manière de les
envisager, sans pour cela, et il importe de ne pas l'oublier, prendre davantage
de réalité-objective.
"Aux
hypothèses invérifiables de ce dernier genre, dit Littré,
il vaudrait mieux conserver le nom d'artifice logique, afin de n'être
pas exposé à se méprendre et à croire que des
conceptions qui ne cessent jamais d'être du simples vues de l'esprit,
répondent à quelque chose de connu objectivement."
II n'y a pas d'exagération
à dire que l'astronomie, la physique et la chimie modernes, doivent
tout autant à l'hypothèse qu'à l'observation et à
l'expérience, tandis que, chez les Anciens, si fertiles cependant
en hypothèses, ces sciences n'avaient pu sortir de d'enfance. Les
brillantes hypothèses des philosophes grecs sont restées
infécondes non seulement parce que la plupart d'entre elles étaient
invérifiables; mais surtout parce que les faits eux-mêmes
n'étaient ni observés, ni connus. Au lieu d'étudier
ceux-ci en eux-mêmes, on faisait des hypothèses sur leur nature,
de telle sorte que les systèmes prétendus scientifiques des
Anciens n'étaient que des hypothèses édifiées
sur d'autres hypothèses. Celles des modernes n'ont été
fécondes que parce que déjà elles partaient de faits
connus, et faisaient immédiatement appel à l'observation,
à l'expérience et au calcul.
En résumé,
une hypothèse pour être admissible, doit remplir certaines
conditions.
1° Elle
doit rendre compte d'un certain nombre de faits bien observés, celle
qui en explique le plus grand nombre étant naturellement la plus
probable.
2° Il faut qu'en
tirant logiquement toutes les conséquences qu'elle contient, on
n'arrive point à quelque déduction en contradiction avec
un seul fait constaté; car alors l'hypothèse est fausse.
Mais il n'est pas nécessaire qu'elle explique tous les phénomènes
qu'on veut interpréter; il suffit qu'elle en rende mieux compte
que toute autre hypothèse. Enfin, il est essentiel de toujours se
rappeler qu'une hypothèse est une construction provisoire, et être
prêt à l'abandonner dès qu'elle cesse de répondre
aux besoins d'une science.
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