 |
Abstraction,
opération par laquelle l'esprit sépare
et considère isolément les idées
de choses qui ne sont pas ou même ne peuvent pas être séparées
dans la réalité; par exemple, un
attribut
indépendamment de la substance qu'il
modifie et des autres attributs avec lesquels il coexiste dans cette substance;
l'étendue indépendamment de la
figure ou de la matière,
et réciproquement. Le même nom désigne encore le produit
de cette opération et la faculté d'abstraire. L'abstraction
joue un grand rôle dans l'ensemble des phénomènes
intellectuels :
1° comme
moyen d'analyse, là où une division réelle est impraticable.
La plupart des faits tels qu'on les étudie dans les sciences
ne sont que des abstractions;
2° comme condition
de la généralisation des idées. En effet, toutes nos
idées générales ne sont et ne peuvent être que
des idées abstraites, l'esprit ayant dû faire abstraction
de toutes les différences substantielles ou accidentelles
que présentent les objets qu'elles embrassent en nombre infini,
pour ne tenir compte que de leurs caractères communs. A ce titre,
l'abstraction est aussi le préliminaire indispensable de la définition,
de la classification, du raisonnement,
et l'une des conditions du langage, qui n'emploie
que des termes généraux;
3° comme préliminaire
des créations de l'imagination, celle-ci
ne faisant que combiner, dans un ordre nouveau,
les éléments détachés des perceptions
concrètes au moyen de l'abstraction.
A côté
d'avantages importants, l'usage de l'abstraction ne laisse pas de présenter
quelques difficultés, dont la plus discutée est d'attribuer
une existence réelle à de pures
conceptions
de l'esprit. C'est ce qu'on appelle réaliser des abstractions. C'est
ainsi que procèdent les
systèmes
panthéistes, qui font de l'Être
pur ou de la substance absolue, objet d'une conception abstraite (n'y ayant
pas plus d'être sans attributs que d'attributs sans être),
le principe de toutes choses, et les systèmes
idéalistes, dont le caractère commun est de supposer
une existence distincte et substantielle aux idées qui, par le fait,
ne sont que des actes de l'esprit. C'est aussi ce qu'a fait le polythéisme ,
en divinisant des causes abstraites ou des modes
de l'Être physique ou moral, la beauté, la richesse, la mort,
le sommeil, etc.
Abstrait,
conçu par abstraction. Il y a des idées ou notions abstraites;
telles sont: l'idée d'un mode considéré indépendamment
de la substance à laquelle il appartient, la blancheur, la dureté,
la forme, etc.; celle d'un rapport, sans réflexion distincte sur
les termes qu'il unit, la supériorité, l'infériorité,
la possession. On nomme jugements abstraits
ceux dont les éléments sont des termes abstraits : "Deux
quantités égales à une troisième sont égales
entre elles." L'arithmétique offre
l'exemple le plus complet et le plus clair d'une science formée
d'une suite de vérités et de jugements abstraits, le nombre,
considéré sans égard aux objets qui se comptent, étant
lui-même une des idées les plus abstraites que l'esprit puisse
concevoir. (B-E.).
 |
En
bibliothèque- N. Balthasar,
L'abstraction métaphysique et l'analogies des êtres dans l'être,
1935; J. Laporte, le problème de l'abstraction, 1940; J.
Vuillemin, la logique et le monde sensible, étude sur les
théories contemporaines de l'abstraction, 1971. |
|
|