 |
La Bohème
tire son nom des Boiens, Boii, peuple celtique. Établis dans cette
contrée environ six siècles av. J. C., les Boïens en
furent expulsés, dans les premières années de l'ère
chrétienne, par les Marcomans, qui en furent chassés à
leur tour par les Tchèques, population parlant une langue slave,
dont les descendants occupent aujourd'hui le pays. Samon délivra
les Tchèques du joug que leur avaient imposé les Avares,
et forma de leurs diverses petites principautés une monarchie qui
ne dura que de 627
à 662.
La célèbre Libussa, fille de Krok, descendant de Samon, morte
en 738,
épousa Przémysl, fondateur de la dynastie ducale et ensuite
royale qui régna sur la Bohème jusqu'en 1306.
Charlemagne
rendit les Tchèques tributaires; mais ils s'affranchirent de cette
sujétion par une victoire remportée sur son fils Louis
en 849.
La Bohème
passa ensuite sous la dépendance du puissant roi de Moravie ,
Svatopluk. Le christianisme
s'y introduisit vers le milieu du IXe
siècle. Cette conversion fut l'oeuvre
de saint Méthode. La Bohème, affaiblie par les incursions
des Magyares ,
entra volontairement, en 895,
dans la Confédération de l'empire germanique. Saint Venceslas
signala son, règne par la réforme des abus, et fut assassiné,
en 938,
par son frère Boleslas Ier,
qui essaya en vain de secouer le joug de l'empire d'Allemagne .
Vratislas Il reçut, en 1086,
de l'empereur Henri IV, qu'il soutint
contre les princes de l'empire, le titre de roi. Mais cette dignité
personnelle ne passa pas à ses successeurs.
Après la mort
de Brzétislas II, qui avait succédé à son frère
Conrad, leurs enfants se disputèrent la souveraineté de la
Bohème. Ces guerres intestines durèrent un quart de siècle;
et ne furent terminées que par Sobieslas Ier,
en 1126.
A la mort de ce prince, les seigneurs de la Bohème lui donnèrent
pour successeur son neveu Vladislas II, que l'empereur Conrad III aida
à triompher des prétentions des fils de Sobieslas, et que
l'empereur Frédéric Barberousse revêtit, en 1158,
du titre héréditaire de roi, sous la suzeraineté de
l'empire Przémysl Ottokar Ier, formé
à l'école du malheur, protégea les lettres, appuya
son pouvoir sur la religion chrétienne, fut confirmé dans
la dignité royale par le pape Innocent
III en 1203,
et ouvrit pour la Bohème une ère de grandeur qui dura jusqu'à
la mort de son petit-fils Ottokar II, en 1278.
Venceslas III marcha
sur les traces de son père. Ottokar Ier,
et Ottokar II, fils et successeur de Venceslas III, réunit l'Autriche ,
la Styrie ,
la Carinthie
et la Carniole
à ses États; mais il perdit toutes ses conquêtes pour
avoir refusé l'hommage à Rodolphe de Habsbourg,
et périt dans une bataille contre cet empereur. De nombreuses colonies
allemandes
s'établirent en Bohème sous son règne. Son fils, Venceslas
IV, réunit la couronne de Pologne ,
et son petit-fils, Venceslas V, la couronne de Hongrie
à celle de Bohème. Avec ce dernier finit, en 1306,
la dynastie des descendants de Przémysl.
Henri, duc de Carinthie ,
époux d'Anne, soeur aînée de Venceslas V, élu
roi de Bohème en 1306,
eut un premier concurrent dans Rodolphe, fils de l'empereur Albert, et
fut détrôné, en 1310,
par Jean de Luxembourg, fils de l'empereur
Henri
VII et époux d'Élisabeth, seconde soeur de Venceslas
V. Charles, fils de Jean, mit l'ordre dans le royaume, favorisa les lettres,
et acquit le Brandebourg en 1373.
Il avait été élu roi des Romains en 1346,
et couronné empereur en 1355.
Il confirma par la Bulle d'or, en 1356,
les droits des sept électeurs de l'empire, parmi lesquels les rois
de Bohème comptèrent toujours.
Sous le règne
de son fils Venceslas VI, prince débauché et cruel, qui avait
succédé à son père dans l'empire, mais qui
fut déposé en 1100,
et sous celui de son petit-fils Sigismond,
parvenu à l'empire en 1411,
la Bohème fut troublée et ensanglantée par l'hérésie
de Jean Hus. Elle passa, en 1438,
à l'empereur Albert II d'Autriche ,
époux de la fille unique de Sigismond. Un seigneur de la Bohème,
George de Podiebrad, profita du jeune âge de Ladislas le Posthume,
fils d'Albert II, mort, peut-être empoisonné, en 1457,
pour se frayer la voie au trône. Il réveilla l'hérésie
des hussites, persécuta les catholiques ,
et mourut en 1471,
excommunié par le Saint-siège .
Après lui,
deux princes de la maison des Jagellons, Vladislas, fils du roi de Pologne ,
Casimir IV, et son fils Louis, roi de Hongrie ,
régnèrent successivement sur la Bohème. A la mort
de ce dernier, le mari de sa soeur Anne, l'archiduc Ferdinand d'Autriche ,
plus tard l'empereur Ferdinand Ier,
fut élu roi de Bohème, en 1520.
A partir de cette époque , la Bohème fut héréditaire
dans la maison de Habsbourg, plus tard continuée
par la maison de Lorraine.
Les protestants
de la Bohème levèrent l'étendard de la guerre de Trente-Ans,
qui décima la population de leur pays, et élurent roi, en
1619,
l'électeur palatin Frédéric V, chef de leur parti
en Allemagne .
Mais l'empereur Ferdinand II triompha de leur résistance par les
armes, et extirpa le protestantisme de la Bohème. La possession
de la Bohème fut contestée à Marie-Thérèse
par l'électeur de Bavière ,
Charles-Albert,
qui se fit proclamer roi à Prague
en 1741.
Mais il fut bientôt obligé d'évacuer le pays, et Marie-Thérèse
en fut couronnée reine en 1743.
Un congrès slave s'assembla à Prague en juin 1848,
et une révolte sanglante y éclata. Mais elle fut aussitôt
réprimée par le prince Windischgraetz. |
|