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Les Cévennes
sont une chaîne de montagnes, dont le
point culminant (mont Mézenc) a 1754 m d'altitude et qui peut être
considérée comme l'épine dorsale de la France
centrale et méridionale. Son nom vient du mot celtique
'Kefin, qui veut dire crête, et qui subsiste encore
dans le dialecte bas-breton, avec ce sens et sous la forme
Kefn
ou Kevn.
Les Cévennes sont le talus oriental
et curviligne du Massif central de la France,
qui comprend en outre, trois autres parties séparées par
la Loire, l'Allier et le Lot, à savoir :
les monts du Velay et du Forez, les monts d'Auvergne ou plateau central
proprement dit (Aubrac, Cantal, mont Dore, monts Dômes) et les causses.
Du côté du Rhône, les Cévennes
ont l'aspect d'un talus à très forte pente; vers la Loire
et la Garonne, leur versant océanique
est beaucoup moins prononcé et moins abrupt.
Les Cévennes sont depuis longtemps
célèbres par les remarquables découvertes paléo-ethnologiques
faites dans leurs grottes et leurs dolmens
et dues aux Marcel de Serres, Christol, Cazalis de Fondouce, Ollier de
Marichard, Jeanjean, Poujol, Prunières, Malafosse, abbés
Solanet, Cérés et Boissonnade, etc., et à tant d'autres
persévérants fouilleurs. On sait ainsi qu'au point de vue
pittoresque ces montagnes et les plateaux subordonnés des causses
possèdent des merveilles non moins admirables, quoique dans d'autres
genres, que les scènes grandioses des glaciers alpestres ou pyrénéens
les belvédères des Cévennes centrales, le Mézenc
surtout, avec leurs vues droites sur toutes les Alpes
occidentales du lac de Genève à la Méditerranée;
le riant bassin du Puy-en-Velay
tout hérissé de dykes volcaniques, restes des cheminées
d'éruptions; les colonnades de basalte,
les chaussées de géants, les coupes ou cratères d'Aizac,
Jaujac, Montpezat, etc., tout autour de Vals; les défilés
étranges de Ruoms et de la basse Ardèche, le Pont-d'Arc,
dans les calcaires jurassiques ou crétacés;
les gorges du haut Allier et le chemin de fer de Clermont à Nîmes,
entre les basaltes prismatiques du Velay et les granits de la Margeride;
les cluses indescriptibles du Tarn surtout, de
la Jonte, de la Dourbie, de la Vis et de l'Hérault peu connues avant
la révélation qu'en fit Lequeutre en 1879, et dont la fantasmagorie
n'est surpassée que par les canyons américains du Colorado;
les puissantes sources de la Sorgues, de la Vis, de Bramabiau, etc„ aussi
abondantes que Vaucluse, et plus curieuses par leurs grottes et galeries
souterraines; enfin les trois cités dolomitiques, villes de rochers
construites par la nature, ruinées par les érosions et toutes
pleines de rues, basiliques, places, arènes et colonnes en apparence
artificielles, du Bois-de-Païolive, près de Vals (Ardèche),
de Mourèze, près de Lodève
(Hérault), et de Montpeller-le-Vieux, près de Millau
(Aveyron). Le tout digne d'un voyage spécial plus intéressant
que beaucoup d'autres très lointains!
Les Cévennes commencent, au Nord,
près du Creusot ,
au bief de partage du canal du Centre,
à l'étang de Long-Pendu (altitude 304 m), entre Charolles
et Chalon-sur-Saône .
Vers le Sud, les Cévennes se terminent plus nettement au seuil de
Naurouse (189 m), que traversent, entre Villefranche
et Castelnaudary ,
le canal du Languedoc et le chemin de fer de Bordeaux
à Sète .
De l'une à l'autre de ces extrémités, l'axe hydrographique
ou ligne de faite qui détermine le sens de l'écoulement des
eaux ne descend nulle part plus bas que 430 m; le développement
des sinuosités principales atteint environ 650 km, tandis qu'à
vol d'oiseau l'étang de Long-Pendu n'est qu'à 430 km en ligne
droite du seuil de Naurouse. Les deux dépressions du Pas-de-l'Ane
(625 m, entre Furens-Loire et Gier-Rhône), et de la Bastide (1077
m, entre Allier et Chassezac-Ardèche), partagent naturellement les
Cévennes en trois sections :
1° Celle du Nord, du canal
du Centre au Pas-de-l'Ane, sous lequel passe le chemin de fer de Saint-Etienne
à Lyon
par Givors ,
dans un tunnel de 1298 m de longueur.
2° Celle du Centre, du Pas-de-l'Ane
au col de la Bastide, que la voie ferrée de Clermont-Ferrand
à Nîmes ,
si belle à parcourir, franchit en tunnel à 1046 m d'altitude.
3° Celle du Sud, de la Bastide à
Naurouse.
Les deux premières peuvent être
réunies sous le nom de Cévennes septentrionales; la troisième
forme les Cévennes méridionales.
La division tripartite est basée
sur des considérations géologiques et orographiques. Le corps,
le noyau des Cévennes, est fondamentalement constitué par
les formations dites primitives (ou paléozoïques)
des terrains cristallins (granits, granulites,
gneiss,
etc.) et cristallophylliens (micaschistes, stéachistes, chloritoschistes,
etc.); sur cette charpente partout reconnaissable se sont déposées
ou épanchées les nappes sédimentaires ou éruptives
des divers âges géologiques; or, dans les Cévennes
septentrionales se rencontrent des terrains de toutes les époques,
grès
et calcaires primaires de Néronde, Tarare
et Thizy (monts du Lyonnais); carbonifères
du Creusot ,
Saint-Etienne ,
etc.; jurassique du Charolais et du Mâconnais;
cénozoïques
des vallées;
porphyre éruptif
dans le Beaujolais; etc. Les Cévennes centrales au contraire ont
le monopole des roches volcaniques : trachytes
et phonolithe du Mézenc; basaltes du Puy
et du Velay; basaltes et laves de Vals et des Coirons;
les porphyres du Forez qui en dépendent sont éruptifs aussi.
Enfin le granit et les formations jurassiques
contiguës aux causses, sont la caractéristique des Cévennes
méridionales.
Chacune des trois divisions est nettement
distinguée par le relief orographique, en même temps que la
géologie
lui donne un aspect pittoresque
sui generis. La direction générale
de la première section est celle du Nord au Sud; les deux autres
s'infléchissent vers le Sud-Ouest, en décrivant, du Gier
au col de Naurouse, un vaste arc de cercle de 340 km de rayon environ;
le mont Aigoual coupe en deux moitiés cet arc de cercle dont le
centre serait près de Civray (Vienne) à peu près à
égale distance de Poitiers ,
Angoulême
et Limoges .
Cévennes
septentrionales.
Les Cévennes septentrionales, peu
élevées et comprises entre le canal
du Centre, la Loire, le Gier, le Rhône
et la Saône, entre Charolles ,
Roanne ,
Saint-Etienne ,
Lyon ,
Mâcon
et Chalon-sur-Saône ,
se composent des monts du Charolais, plateaux et vallons couverts de bois,
vignes et prairies (mont Saint-Vincent, 603 m; Grandes-Roches, 774 m);
du Beaujolais (mont Saint-Rigaud, dans le bois d'Ajoux ou de Jupiter, 1012
m); du Mâconnais, appendice des précédents (moins de
800 m) où se trouvent Cluny et le lac Saint-Point de Lamartine,
et du Lyonnais (signal de Boussièvre, 1004 m, près de Tarare;
mont Verdun, 625 et mont d'Or, 612 m, près de Lyon; Bois-de-Saint-André,
937 m).
Cévennes
centrales.
Les Cévennes centrales s'étendent
du Gier au col de la Bastide, c.-à-d. aux sources de l'Allier, entre
cette rivière, la Loire,
l'Ardèche et le Rhône, entre Issoire ,
Saint-Etienne, Valence
et Alès .
Elles se divisent en groupes du Mont-Pilat près de Saint-Etienne
(Crêt de la Perdrix, 1434 m), où l'industrie a élevé
plusieurs grands barrages formant, par la retenue des eaux, de grands lacs
artificiels; chaîne des Boutières (Grand-Felletin, 1390 m);
monts du Vivarais (Meygal, 1438 m; Mézenc, 1754 m, point culminant
de toutes les Cévennes, suc de Montfol, 1601 m, Gerbier de Joncs,
1551 m, à la source de la Loire), dont dépendent le curieux
chaos volcanique des sites, gravennes et coupes de Vals et de la haute
Ardèche, et le plateau basaltique des Coirons près de Privas
(roc de Gourdon, 1061 m); entre les sources de la Loire et celles de l'Ardèche,
le cratère bien conservé du Suc de Bauzon a 1474 m. A 10
km au Sud-Ouest la forêt de Mazan, 1464 m, est un plateau
d'où se détache, courant obliquement vers le Nord-Nord-Ouest,
une longue suite de croupes, plateaux et hautes montagnes
forme les monts du Vivarais et du Forez, l'une des quatre principales subdivisions
du Massif central. Au Sud-Ouest de la forêt
de Mazan, les montagnes de Bauzon, du Tanargue et de Valgorge dépassent
plusieurs fois 1500 m: Rocher-d'Astet, 1551 m; Montgros, 1509 m; Croix
de Bauzon, 1540 m; Bois de Tanargue, 1519 m; puis la crête s'abaisse
lentement, domine de 200 m la célèbre trappe de Notre-Dame-des-Neiges,
établie à la Felgère, 1100 m, de 1852 à 1861,
dans un ravin tourné vers l'Allier, et atteint enfin le col de la
Bastide.
Cévennes
méridionales.
Aux Cévennes méridionales
seules appartiennent en propre le nom local de Cévennes, que l'on
a étendu aux deux divisions précédentes sans autre
motif que la commodité de la nomenclature géographique. Le
seuil de la Bastide est une coupe longue de 4 km. Au point le plus bas,
1077 m, il n'y a pas tout à fait 1 km d'épaisseur de roches
entre le lit de l'Allier et celui d'un torrent tributaire du Chassezac,
qui court lui-même à l'Ardèche. Sur la crête
de cette croupe passe la route de Langogne et de la Bastide à Saint-Laurent-les-Bains
et aux Vans; dans ses prés plats et étroits l'eau de pluie
stationne avant d'opter pour l'Océan
Atlantique ou la Mer Méditerranée.
Bien indécise est donc ici la ligne de partage, et elle garde ce
caractère pendant une dizaine de kilomètres encore vers l'Ouest,
ne dépassant pas sur toute cette longueur l'altitude de 1298 m,
et maintenant l'Allier et le Chassezac écartés de 2,5 à
5 km. - même, à la ferme de Prat-Claux, une prairie marécageuse
suinte à la fois vers les deux rivières.
Enfin, à la source même de l'Allier, se retrouve un sommet
respectable, le Maure-de-la-Gardille, 1501 m; il domine cette forêt
de Mercoire (Mercure), jadis le plus ample bois du Gévaudan ,
très réduit maintenant, et d'où sortit, en 1764, le
géant et féroce animal qui, resté légendaire
sous le nom de Bête du Gévaudan, terrorisa tout le
pays pendant plus d'un an. Puis, toute ligne de faite s'efface dans le
plateau sans pics que l'on appelle causse de Montbel et Palais-du-Roi,
long d'une vintaine de kilomètres, large de 10, haut de 1198 à
1440 m.
-
La
Bête du Gévaudan (gravure de 1764).
Il convient de signaler l'importance orographique
de ce véritable « toit de France ». C'est en effet l'agrafe
qui attache ensemble :
1° les Cévennes centrales,
par la forêt de Mercoire;
2° les Cévennes méridionales
par la montagne du Goulet (V. ci-après);
3° les monts d'Auvergne ,
par la chaîne boisée de la Margeride où culmine le
signal de Randon, 1554 m; entre ce mont sans grandeur et le Maure-de-la-Gardille,
Châteauneuf-de-Randon, ville triste et froide, à 1290 m, a
vu la mort de Du Guesclin .
Au Sud du Palais du Roi, les Cévennes
ne sont plus une chaîne d'axe perpendiculaire à celui des
cours
d'eau qui en descendent. Elles présentent d'abord trois crêtes
parallèles aux thalwegs : la montagne
du Goulet, 1499 m, celle de la Lozère, 1702 m au signal de Finiels
et celle du Bougés, 1421 m, toutes trois séparées
plutôt que liées par des cols bas où de grandes routes
ne s'aperçoivent guère qu'elles franchissent un faite.
Le Goulet est le bastion du causse de Montbel,
dont le Maure-de-la-Gardille est le bastion Nord-Est : 6560 m seulement
d'espace aérien séparent les signaux géodésiques
de ces montagnes; entre elles deux naît
le Chassezac; de plus le Goulet produit le Lot, de même que le Maure
a enfanté I'Allier: ainsi le causse de Montbel est bien le toit
à trois faces, dont les gouttières se déversent en
trois des grands bassins de France, Rhône,
Garonne,
Loire.
La rectiligne crête du Goulet n'a que 12 km de longueur, de l'Ouest
à l'Est. Au Sud, les vallons supérieurs, et opposés
l'un à l'autre, du Lot et de l'Altier (affluent du Chassezac), qui
communiquent ensemble par le col de Tribes, 1130 m (route de Mende
à Villefort et Pont-Saint-Esprit), la séparent de celle de
la Lozère, allongée dans le même sens, mais sur 35
km. Par le col de Montmirat, 1046 m (route de Mende à Florac ),
la Lozère qui est la plus haute montagne granitique de la France
centrale, se soude au grand causse de Sauveterre. Un second fossé
transversal à l'axe des Cévennes, se creuse entre elle et
la montagne du Bougés : là coulent vers l'Est le ruisseau
du Luech ou de Vialas (célèbres mines de plomb), tributaire
du Rhône par la Cèze, et vers l'Ouest le Tarn, sorti des herbages
du roc de Malpertus, 1683 m, en altitude la troisième bosse de la
chaîne du mont Lozère; à 1082 m seulement s'élèvent
le col de Saint-Maurice-de-Ventalon, et la route de Florac à Alès .
La montagne du Bougés, troisième
crête, ne chevauche pas sur l'axe hydrographique: elle s'y greffe
seulement au signal de Saint-Maurice-de-Ventalon 1354 m, et s'allonge de
19 km vers l'Ouest, en culminant au signal 1424 m, et en se terminant au-dessus
de Florac et du confluent du Tarn et du Tarnon, par la montagne de Ramponèche,
1100 et 1030 m. Le Bougés se dresse entre la haute gorge granitique
du Tarn (à Pont-de-Montvert) et le val d'Arpaon, qu'arrose la Mimente,
affluent du Tarnon. Un de ses hameaux, Grizar, a vu naître le pape
Urbain VIII ,
et décider par les protestants
la sanglante guerre des Camisards.
Du Bougés à l'Aigoual se
ramifient tortueusement les vraies Cévennes, les seules auxquelles
les paysans appliquent cette dénomination; elles n'atteignent nulle
part 1200 m d'altitude, et s'abaissent souvent à moins de 1000 m,
bien au-dessous par conséquent du causse Méjan, dont le rempart,
1025 à 1278 m, les commande de l'autre côté du Tarpon.
C'est leur nom tout local qui a été étendu abusivement
à la longue suite des hauteurs qui se juxtaposent de Long-Pendu
à Naurouse. Dans ces Cévennes, on peut vraiment parler de
ligne de partage, car une crête unique flanquée de contreforts,
et contournée en une dizaine de directions, s'interpose franchement
entre les Gardons d'une part, et le Tarnon et la Mimente d'autre part :
plusieurs routes la couronnent, suspendues réellement sur deux versants
opposés; elle a 50 km de développement total, alors que du
signal de Saint-Maurice au sommet de l'Aigoual, 1567 m, la ligne d'air
a 28 km seulement. Parfois il n'y a que 200 à 300 m de distance
entre un tributaire du Rhône et un sous-affuent
de la Garonne. C'est le Gard qui s'adjuge tous
les Gardons des Cévennes, tantôt taris, tantôt furieux
torrents venus de Saint-Germain-de-Calberte, Barre des Cévennes,
Saint-André-de-Valborgne, Saint-Jean-du-Gard et la Salle. Entre
Alès
et Florac ,
le territoire de ces cinq chefs-lieux de canton, au milieu de gorges sauvages
et broussailleuses, fut le théâtre principal des guérillas
des Camisards : du 29 septembre au 14 décembre 1703, on y brûla
trente et une paroisses, on y détruisit cent -quatre-vingt-dix-neuf
villages.
Mûriers et oliviers, châtaigneraies,
maquis, pâturages sont la végétation étagée
en quatre gradins sures pentes des Cévennes, presque toutes de schistes
et de granit. La ligne de faîte s'y peut
suivre sur le terrain comme sur la carte : signal de Saint-Maurice, col
de Jalcreste, 957 m, entre la Mimente et le gardon de Dèze, le Cabanis
(signal), 1166 m (le plus haut sommet des Cévennes propres); Barre
des Cévennes bâti sur la crête même, à
930m (le plus bas point), route de Florac à Anduze; col de Faisses,
1020 m, autre route de Florac à Anduze; signal de l'Hospitalet,
1112 m dominant un petit plateau calcaire, la
Can de l'Hospitalet curieusement détaché du causse Méjean
par le Tarnon, et remarquable par ses roches bizarres
en forme de champignons; entre les cols du Marqueirès et Salides;
signal du Tarpon, 1097 m aux sources de la rivière de ce nom; enfin,
la croupe orientale de l'Aigoual s'élève progressivement
de 1228 à 1567 m.
L'Aigoual est une grosse masse rayonnante
autour de laquelle s'étoilent les hauts ravins d'où sortent
l'Hérault au Sud, des sous-Gardons à I'Est, des tributaires
plus ou moins directs du Tarn au Nord et à l'Ouest (Tarnon, Jonte,
Butézon, Brèze et Bonheur). Deux de ses rayons sont les isthmes
étroits du Perjuret, 1031 m, et de la Croix de Fer, 1406 et 1189
m, vraies passerelles qui, de part et d'autre de la haute Jonte, relient
à l'Aigoual les deux citadelles de pierre du causse Méjan
et du causse Noir. La montagne a deux sommets, l'un de 1564 , l'autre de
1567 m, la Hort-Dieu (jardin de Dieu) paradis des botanistes, que son admirable
situation météorologique a fait pourvoir d'un observatoire
à l'instar du Puy-de-Dôme, du Ventoux et du Pic du Midi :
la Méditerranée n'en est
distante que d'une centaine de kilomètres, les Alpes
et les Pyrénées s'y laissent voir
quand le ciel est pur. Au pied Sud occidental de l'Aigoual, le col de la
Sereyrède (environ 1290 m), s'ouvre comme un créneau où
rarement le vent cesse de hurler entre la vallée
de Valleraugue (Hérault supérieur), et la source de ce singulier
ruisseau de Bonheur qui va s'engloutir à 5 km plus à l'Ouest
dans les cavernes, jusqu'en 1888 inconnues de Bramabiau : au col même,
la maison des gardes-forestiers, pour résister au perpétuel
choc des tourmentes, a dû être ancrée dans le sol avec
des chaînes, et son toit déverse les pluies par une gouttière
à l'Atlantique, par l'autre à
la Méditerranée : la ligne de partage continue donc à
être bien nette comme dans les vraies Cévennes. Elle subsiste
encore plus loin comme rebord oriental d'un pays de sources doucement incliné
au Sud-Ouest, coupé à pic au Nord-Est sur l'Hérault,
et qui n'envoie ses eaux qu'au Tarn, par le Trévesel et la Dourbie
: ce rebord est la montagne de Lespérou, 1380 m, que plusieurs routes
escaladent.
Le chaînon du Suquet, 1341 m, terminé
entre Trèves et Nant par le petit causse Bégon, sépare
la Dourbie du Trévesel. Puis la chaîne maîtresse se
relève de nouveau vers le Sud-Ouest, entre la Dourbie d'une part,
et les bassins des deux plus gros affluents de l'Hérault, l'Arre
(qui passe au Vigan )
et la Vis : belles par leurs eaux, leur verdure et leurs panoramas sont
Ià les montagnes d'Aulas, 1422 m (source de la Dourbie), du Lingas,
1440 m, et du Saint-Guiral, 1365 m, dénommées ensemble monts
du Vigan. Leurs crêtes sont régulièrement perpendiculaires
aux ravins, et leurs rameaux présentent la classique disposition
en feuille de fougère. Mais au seuil de Sauclières, 793 m
(route du Vigan à Millau), tout faite s'évanouit au contact
du Larzac : sous la masse de ce plateau les Cévennes semblent pénétrer
déprimées; elles n'en ressortent que plus bas encore, et
25 km plus loin au Sud-Ouest, à 675 m d'altitude, au col de Montpaon,
sous lequel le chemin de fer de Millau
à Béziers
change de mer en un tunnel de 1711 m de longueur.
Le Larzac étant un causse n'a pas
d'eaux courantes : seules les sources de son pourtour optent selon leur
situation pour la Méditerranée
ou l'Atlantique, et c'est sous terre
qu'il faudrait tracer la ligne de partage. Ces sources ou foux,
clairs et puissants bouillons presque fleuves
dès qu'ils sortent de leur prison calcaire, sont pour le Sud la
foux de la Vis, le Buèges, la Lergue, tous trois voués à
l'Hérault, et enfin l'Orb bien petit quoique fleuve à Béziers ;
pour le Tarn, la Sorgues (non moins poétique et plus verdoyante
que son homonyme de Vaucluse, et rencontrée en formation sous terre,
à 2,5 km en amont de son point d'émergence, par Martel et
Gaupillat en juillet 1889, au fond de l'abîme du Mas-Raynal, creux
de 106 m à pic), le Cernon et la Durzon, d'où la Dourbie
tire la majeure partie de son eau. Ainsi, le Larzac chevauche sur les deux
versants; il empâte l'axe hydrographique des Cévennes; il
appartient à celles-ci aussi bien qu'aux causses. Brûlant
en été, Sibérie en hiver,
il nourrit de son gazon aromatique les brebis du Larzac, dont le lait produit
le fromage de Roquefort; il possède encore des restes de voies
romaines et des remparts de vieilles commanderies de Templiers .
Deux de ses angles s'effilent en vraies chaînes au Sud I'Escandorgue
(calcaire et volcanique), 735 et 697 m, entre Lodève et Bédarieux,
la Lergue et l'Orb; au Sud-Est la Séranne, 943 m, allongée
jusqu'à Gouges au confluent de la Vis et de l'Hérault. Le
Larzac a de 559 à 912 m d'altitude extrêmes, et en moyenne
de 700 à 900 m. A l'Est, la Vis en a détaché, au Sud
des monts du Vigan, deux petits causses secondaires, ceux de Campestre
et de Blandas.
Du col de Montpaon on a grand-peine à
spécifier quelle est la croupe qui forme la résurgescence
des Cévennes : un seuil voisin tombe même à 667 m.
Seulement à 18 km au Sud-Ouest, la montagne de Marcou au Nord-Ouest
de Bédarieux ,
remonte à 1094 m : de son sommet à celui du Saint-Guiral,
l'oiseau vole pendant plus de 50 km, et ne voit sous soi, au lieu d'une
crête continue, qu'un creux profond et une plaine haute : le creux
est la vallée de l'Orb; la plaine est le Larzac.
Ensuite, les sommités, de plus en
plus confuses quant à la disposition et à la nomenclature,
qui vont mourir à Naurouse, ne dépassent nulle part 1266
m.
«
Plus que jamais la Cévenne se déchire. »
On appelle parfois monts Garrigues cette partie
des Cévennes mais sans que ce nom soit justifié : en fait,
dans le Languedoc ,
on nomme Garrigues les pentes rocailleuses des Cévennes où
ne pousse que le chêne-vert (Garrus). Les Garrigues sont donc
le Revermont des Cévennes; et la crête dont il s'agit est
réellement une dépendance des Cévennes propres.
Le Marcou, le Plo de Brus, 1100 m, le Caroux,
1093 m, sont les trois principales têtes de cette partie des Cévennes
qui possèdent les mines de Graissesac et les bains de Lamalou sur
la rive droite de l'Orb. Près du Plo de Brus et de la source de
l'Agout (qui se rend au Tarn en laissant au Nord les monts de la Caune
hauts de 1266 m. au mont Grand), les monts de l'Espinouse font suite; ils
terminent à l'Ouest, au-dessus de Castres par le plateau de Sidobre,
et sont parallèles, ainsi que la Lozère, et non perpendiculaires
aux rivières voisines, Agout, Arn et Thoré
pour le Tarn, Jaur pour l'Orb; ils n'atteignent que 1126 m à la
naissance de l'Agout, et 1019 m au Saumail. Le col de la Feuille, 430 m,
la plus basse dépression de toutes les Cévennes, fait communiquer
le Jaur et le Thoré, Saint-Pons et l'industrieux Mazamet
: bien que situé sur la ligne de partage, il sépare la chaîne
de l'Espinouse d'une dernière série de hauteurs orientées
aussi de l'Est à l'Ouest, mesurant plus de 100 km depuis l'Orb jusqu'à
Naurouze, et subdivisée en trois parties : les monts du Minervois
(dépassant 800 m) en plein bassin méditerranéen entre
le Jaur et l'Aude, pleins de grottes curieuses et de roches pittoresques;
la montagne Noire, 1210 m au pic de Nore, qui redevient, comme les monts
du Vigan, faite d'entre deux mers et branche de fougère; enfin les
coteaux de Saint Félix, 339 m, au bout desquels les Cévennes
meurent aux Pierres de Naurouze, 215 m.
Climat.
Les Cévennes méridionales
séparent deux climats distincts : au Nord-Ouest, les Causses et
le plateau central sévères et froids, avec leurs vents
âpres, leurs neiges, leur sol de granit,
de lave ou de chaux rebelle à la culture,
et leurs rudes et laborieux Caussenards, cévenols et Auvergnats.
Au Sud-Est le Languedoc gai et chaud, illuminé par le ciel et le
soleil de Grèce, enrichi par l'olivier,
la vigne et le mûrier que les brises méditerranéennes
vivifient dans les grasses alluvions des plaines. Bien saisissant contraste
pour le voyageur qui passe d'un versant à l'autre.(E.
A. Martel).
 |
Mario
Colonel, Cévennes,
Alcide, 2006.
-
Au
gré des saisons, en hélicoptère ou à pied,
Mario Colonel explore l'univers cévenol dont il restitue les sensations
avec une lumineuse justesse.
Photographe
internationalement reconnu, Mario Colonel est membre des éditions
Pêcheurs d'Images, aux côtés de Yann Arthus-Bertrand
et Philip Plisson, et associé de l'agence américaine Aurora.
Passionné de montagne et alpiniste chevronné, il concentre
son œuvre sur les massifs du Mont-Blanc et de l'Himalaya.
Séduit
par les Cévennes, Mario Colonel prolonge aujourd'hui son travail
dans cet univers qui correspond si bien à la philosophie de sa photographie
: pour la nature, pour un certain rapport de l'homme à la nature,
pour susciter curiosité et émerveillement. "Je reste convaincu
qu'il y a un message à faire passer : la nature, l'humilité
qu'elle impose, ce rapport presque mystique qui nous ramène à
ce que nous sommes. Il faut que les gens se remémorent ce rapport
de l'homme à la montagne, cette grande histoire. C'est elle qu'il
faut transmettre." On ne pouvait mieux montrer les Cévennes qu'à
travers cette conviction.
Cet
ouvrage a bénéficié d'une réalisation particulièrement
soignée et généralement réservée aux
livres d'art : le traitement spécifique des photographies met plus
encore en valeur le travail extraordinaire de ce photographe d'exception.
(couv.).
Robert
Louis Stevenson, Voyages
avec un âne dans les Cévennes, Editions De Borée,
rééd. 2010
2844940625
Du
Monestier, près du Puy, jusqu à Saint-Jean-du-Gard, aux alentours
d'Alès, Robert Louis Stevenson emprunte les chemins de traverse
pour tenter de trouver un dérivatif à la tristesse qui l
a envahi après le départ de Fanny, la femme aimée.
Entre le 22 septembre et le 4 octobre 1878, en compagnie de Modestine,
l'ânesse achetée au départ, il fuit les routes fréquentées,
trop directes et trop rapides. La lenteur du trajet lui convient, elle
lui permet de s'incorporer aux lieux et de restituer les tonalités
changeantes de l'automne dans les Cévennes. Que le lecteur soit
assis dans un confortable fauteuil ou engagé sur le G.R. dans les
pas de Stevenson, ce récit précis et admiratif devant les
beautés de la nature offre un point de vue original et poétique
sur les paysages traversés. (couv.).
Anne
Le Maître, Sur
les pas de Robert-Louis Stevenson, Le Rouergue, 2004.
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