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L'histoire de Rome
L'Empire Romain
II - Histoire du Bas-Empire

Dioclétien. La Tétrarchie

Quarante-cinq empereurs avaient déjà revêtu la pourpre; sur ce nombre vingt-neuf, sans parler des trente tyrans, avaient été assassinés, quatre ou cinq autres avaient péri de mort violente. Le reste, onze ou douze seulement, avaient atteint naturellement le terme de leur carrière. Quelle preuve de la mauvaise organisation du pouvoir suprême dans l'empire romain!  De fait, la société romaine d'Auguste et de Tibère était en dissolution; les moeurs, les croyances avaient changé; les institutions vieillies ne répondaient plus aux besoins de l'époque. Le réveil de l'esprit national dans les provinces menaçait de ruiner l'immense édifice romain; les Barbares étaient partout menaçants. Et partout c'était Ie désordre, dans l'administration, dans les finances, dans l'armée. 

Dioclétien, qui prit la pourpre impériale en  284, arriva ainsi à un moment critique. Il s'imposa la double tâche de rétablir l'ordre à l'intérieur, et la sécurité sur les frontières. Tandis que la tyrannie des gouverneurs de la Gaule faisait révolter les paysans de cette province (Bagaudes), les Alamans franchissaient le Danube, et ravageaient la Rhétie; des Saxons pillaient les côtes de la Bretagne et de la Gaule; des Francs enfin allaient jusqu'en Sicile ravager Syracuse, et Carausius, chargé d'arrêter les courses de ces pirates, se faisait proclamer empereur en Bretagne (286). Effrayé de cette situation critique, il eut aussi le mérité de reconnaître qu'il était impossible de maintenir une domination unique dans un empire dont le manque d'unité était la principale faiblesse, et dès son avènement, il partagea le pouvoir avec un collègue, M. Aurelius Valerius Maximianus, surnommé Hercule. Les deux empereurs, dès le début, eurent à réprimer des révoltes : Maximien en Gaule, étouffa celle des Bagaudes, qui avait groupé tous les mécontents, paysans, colons, petits propriétaires ruinés, chrétiens odieux à l'Empire, et qui avait même élu deux empereurs; Dioclétien, à l'est, soumit les Parthes et les força à céder la Mésopotamie. Puis il s'occupa de réorganiser le pouvoir. Chacun des deux empereurs ou Augustes s'adjoignit un César. Dioclétien nomma Galère, et Maximien, Constance Chlore; les Césars devaient remplacer les Augustes à leur mort, de manière à assurer la continuité dans l'Empire et à soustraire l'élection de l'Empereur aux prétoriens et au Sénat. Ces quatre empereurs se partagèrent le commandement : Dioclétien se réserva l'Orient avec pour capitale Nicomédie; Maximien eut l'Afrique et l'Italie avec Milan pour capitale; les Césars eurent les provinces les plus exposées : Galère, l'Illyrie et la Grèce, avec Sirmium; Constance Chlore, la Gaule, l'Espagne et la Bretagne, avec pour villes principales York et Trèves.

Il y eut ainsi quatre cours, quatre préfets du prétoire dont la réunion constituait l'Empire; les édits étaient rendus au nom de quatre princes. Les provinces subirent une nouvelle subdivision; le nombre en fut porté à cent une qui étaient réunies en douze diocèses. L'Italie perdit ses privilèges et fut divisée elle aussi en provinces impériales; Rome fut déchue du rang de capitale: le Sénat se vit enlever le peu de pouvoir qui lui restait; les magistratures civiles, consulat, proconsulat, disparurent. Il est vrai qu'elles n'étaient qu'un nom, et partout dans l'administration s'établirent des délégués de l'Empereur, des « officiers » . C'est l'avènement de l'absolutisme oriental  : l'Empereur prit le nom de Seigneur (Dominus) ou d'Éternité, de Majesté : véritable dieu sur terre, tout ce qui le touchait devint sacré; dans les édits de Dioclétien, il est sans cesse question de sa Divinité, de sa sacrée Majesté, de ses divins oracles, de son sacré palais. Lui-même, vêtu de soie, couvert de pierreries, orné du diadème, était paré comme une idole orientale; et il fallait suivre tous les rites d'un cérémonial compliqué avant d'être introduit près de lui (Le culte impérial).

La nouvelle organisation sembla rendre à l'Empire sa vigueur perdue : Maximien pacifia l'Afrique; Constance Chlore, la Bretagne; Dioclétien soumit l'Égypte révoltée; Galère, après avoir été battu par les Parthes, réussit à les vaincre à son tour. Ils signèrent une paix avantageuse pour quarante ans, et Maximien et Dioclétien purent dans leur triomphe se parer des titres de Persique, Francique, Alémanique : c'est le dernier triomphe qu'ait jamais vu Rome (305).

La fin du règne de Dioclétien fut marquée par la persécution contre les chrétiens; c'est l'ère des martyrs de l'Église. Le développement des cultes orientaux, qui tous tendaient au monothéisme, la culture stoïcienne, avaient favorisé prodigieusement l'extension du Christianisme qui proclamait l'existence d'un seul dieu, et dont la doctrine morale semblait se rapprocher de celle d'un Épictète. Il y avait des chrétiens partout, dans l'armée, dans l'administration, dans la maison de l'Empereur même; ils avaient bâti des églises, ouvraient des écoles, réunissaient des synodes. Mais l'incompatibilité de leur culte avec le paganisme et l'adoration de l'Empereur apparaissait chaque jour davantage: un officier, Marcellus, récemment baptisé, jetait ses armes en disant : 

«Je ne veux pas servir vos empereurs, je méprise leurs dieux de bois et de pierre. »
Ils avaient contre eux les partisans des anciennes moeurs, les amis des lettres et des arts, qu'ils faisaient profession de mépriser. Galère obtint de Dioclétien un édit qui leur interdisait les fonctions de l'État et la publicité du culte. L'édit fut lacéré, le feu mis au palais : ce fut le signal des persécutions, auxquelles toutefois Constance refusa de s'associer. En Orient, les mesures contre les chrétiens furent appliquées de 304 à 311; on les força, sous peine de mort, à reconnaître le paganisme : beaucoup cédèrent, d'autres préférèrent le martyre. Mais ils étaient trop nombreux pour que la répression fût efficace et, en 311, Galère publia un édit lui leur permettait de « persister dans leur erreur »  et de célébrer leur culte publiquement.

Depuis six ans, Dioclétien avait abdiqué, remettant le pouvoir à Galère, qui eut pour César Maximin Daia; de même Maximien avait investi du titre d'Auguste, Constance Chlore, qui s'adjoignit Sévère. Dioclétien se retira à Salona, où il vécut simplement, se reposant des soucis de l'Empire par la culture de ses laitues. II y mourut en 313.

Constantin

Constance Chlore avait un fils, Constantin, qui s'était illustré dans la guerre contre les Perses, et avait su gagner l'affection des soldats. Après l'abdication de Dioclétien Constantin, déjouant les ruses de Galère, qui voulait le retenir, alla rejoindre son père et, à la mort de celui-ci, fut proclamé Auguste par les légions de Bretagne. Galère dut le confirmer  dans son gouvernement, en lui laissant le titre de César. Peu de temps après, les prétoriens de Rome voulant avoir un empereur à leur tour, choisirent le fils de Maximien, Maxence, qui rappela son père auprès de lui. Six empereurs étaient donc en compétition : Constantin, Galère, Maxence, Maximien, Maximin et Sévère. La lutte entre les prétendants devait durer seize ans, avant d'aboutir au triomphe de Constantin.

Sévère tomba le premier sous les coups de Maxence (307) et fut remplacé par Licinianus Licinius; Maximien, qui s'était d'abord allié à Constantin, voulut le trahir ensuite et fut mis mort par lui (310); Galère mourut peu après (311). Constantin et Licinius s'unirent alors contre les deux autres empereurs. Constantin marcha contre Rome où Maxence s'était rendu odieux par ses exactions, le rencontra près du pont Milvius (le ponte Molle actuel), battit ses troupes; Maxence se noya dans sa fuite. C'est là que Constantin aurait eu, prétend la légende, la vision qui devait le mener au christianisme : Il aurait vu apparaître dans le ciel une croix avec l'inscription : In hoc signo vinces : «Tu vaincras par ce signe »; ce qui aurait expliqué qu'il adopta dans la suite un étendard crucifère (le labarum) (312). De son côté, Licinius vainquit l'année suivante Maximin Daia à Andrinople. Il ne restait plus que deux empereurs en présence : Constantin et Licinius. Mais Constantin ne pouvait supporter l'existence d'un associé qui pouvait être un rival. Il força d'abord Licinius à lui abandonner ses provinces d'Europe, le battit à diverses reprises et, après avoir feint une réconciliation, le fit mourir à Thessalonique (323). Il était désormais le maître absolu et sans rival de l'Empire.

L'édit de Milan et le concile de Nicée. 
Si Constantin ne fit que suivre dans ses grandes lignes la politique de Dioclétien, il s'en écarta pourtant sur un point : le christianisme. Cette religion était devenue d'une telle puissance qu'il crut bon de s'en assurer l'appui, contre Maxence et Maximin qui favorisaient le paganisme. L'édit de Milan, qu'il signa avec Licinius, proclama la liberté de religion et rendit aux églises chrétiennes leurs biens confisqués. Plus tard, quand Licinius eut de nouveau embrassé le parti des païens, Constantin n'en montra que plus de zèle pour les chrétiens; il voulait utiliser en sa faveur l'influence considérable que les chefs des églises exerçaient sur leurs fidèles; aussi donna-t-il au clergé une série de privilèges.

Cependant des dissidences s'étaient élevées dans le christianisme, qui portaient surtout sur les rapports de Jésus avec Dieu. Un prêtre d'Alexandrie, Arius, subordonnait Jésus à Dieu et sa doctrine, l'arianisme, faisait de grands progrès et menaçait de diviser le christianisme. Pour éviter cette cause d'affaiblissement, Constantin prit l'initiative d'un concile qui se réunit à Nicée en 325 et condamna Arius en déclarant 

« Jésus fils de Dieu, né de la substance du Père, consubstantiel avec lui, engendré et non né, éternel comme le Père et par conséquent immuable par nature ». 
L'Empereur souscrivit à ce jargon exotique. Arius fut exilé; ses livres, brûlés sur l'ordre de Constantin qui voulait maintenir l'unité nécessaire à sa puissance. Quant à la question de dogme, peu lui importait. Quelque temps après le concile, il exila l'évêque Athanase d'Alexandrie, le principal ennemi d'Arius, et finalement se fit initier à l'arianisme par l'évêque Eusèbe. Et ce même Constantin porta toute sa vie le titre de grand pontife et, dans Constantinople, il fit élever des temples et des statues aux dieux du paganisme. Le christianisme fut pour lui un instrument de règne et l'Église qui en a fait un saint s'est volontairement méprise sur ses véritables sentiments.

Administration intérieure. Fondation de Constantinople.
Par ailleurs, Constantin continua, dans le même esprit, la réforme inaugurée par Dioclétien, sans pourtant laisser subsister les deux Augustes et les deux Césars. Toutes les réformes tendirent à assurer l'absolutisme de l'Empereur, maître unique et souverain. Sept chefs furent à la tête des services administratifs. Le gouvernement des provinces fut assuré par les préfets du prétoire, chargés de la justice, de la police et des finances, et ayant sous leurs ordres une armée de fonctionnaires. Deux ministres, le maître des cavaliers et le maître des fantassins eurent la direction de l'armée; les légions dont l'effectif fut réduit, eurent à leur tête des ducs et des comtes. Une hiérarchie stricte et minutieuse régla les titres et les dignités de chaque classe de fonctionnaires; ainsi se créa une noblesse de nobilissimes, illustres, spectabiles, clarissimes, perfectissimes, etc., qui est comme l'image anticipée du byzantinisme et du Bas-Empire. Des impôts plus lourds, dans l'Empire appauvri, assurèrent l'entretien de ces employés.

La fondation de Constantinople fut une conséquence de cette politique. L'avènement de l'absolutisme, la reconnaissance du christianisme ne permettaient plus de maintenir le centre de l'Empire à Rome où, malgré tout, les traditions libérales et païennes avaient laissé trop de souvenirs et comptaient encore trop de partisans. Constantin résolut de transporter la capitale à l'est et choisit, à cause de sa situation admirable, Byzance, qui, parée de monuments nouveaux, parmi lesquels l'église de Sainte-Sophie, agrandie, fortifiée, devint la ville de Constantin ou Constantinople. L'inauguration eut lieu en 330; des jeux splendides y furent célébrés et l'on y vit une statue de l'Empereur « chrétien » avec une petite statue de la déesse Fortune dans la main.

On ne peut que remarquer l'ambition énergique et persévérante de cet empereur, son intelligence des conditions du moment, sa puissance d'organisation qui lui permit d'achever l'oeuvre de Dioclétien. Il fut le fondateur de l'absolutisme, l'Empereur-Dieu, comme le qualifient ses monnaies. Mais ce pouvoir, qui avait son fondement dans le sang de son beau-père, Maximien, de ses beaux-frères, Maxence et Licinius, ne se maintint que par le meurtre et le parricide. Constantin, cruel et méfiant comme tous les autocrates, fit périr son fils Crispus, qu'il accusait de conspirer, son neveu Licinianus, âgé de douze ans, sa femme Fausta. Ce « saint » chrétien ne pratiqua guère la morale évangélique. Il mourut en 337, à Nicomédie, tandis qu'il préparait une expédition contre les Parthes; son corps, porté à Constantinople dans un cercueil d'or, fut enterré dans l'église des Apôtres.

Les fils de Constantin et Julien l'Apostat 

Le règne du premier empereur chrétien avait fini dans le sang; celui de ses trois fils, Constance, Constantin II et Constant, eut des débuts aussi horribles. Ils firent massacrer leurs oncles, leurs neveux, sauf un, Julien, que sauva son jeune âge. Puis Constantin tomba victime de Constant. Celui-ci à son tour fut détrôné et tué par son général Magnence. Constance, demeuré seul contre Magnence, le battit, l'obligea à se tuer (353) et demeura seul Empereur. Son règne est tout entier occupé par l'histoire de ses cruautés, ses persécutions contre le paganisme, et ses interventions en faveur des ariens dans la lutte entre ceux-ci et les orthodoxes. Le débat avait pris un tel caractère qu'un historien contemporain, Ammien Marcellin, a pu écrire :
 « Il n'y a pas de bêtes féroces plus ennemies des hommes que la plupart des chrétiens ne sont ennemis les uns des autres. »
Après s'être illustré par ses meurtres et ses disputes religieuses, Constance mourut en 361.

Il n'avait plus d'autre parent que son neveu Julien, alors césar des Gaules. C'était un homme doux, instruit, ami des lettres autant que bon général, apprécié de ses hommes et de ses officiers. Avant son avènement en Gaule, en 355, il s'était surtout occupé de religion et de philosophie, s'intéressant aux doctrines mystiques du Néoplatonisme qui, croyait-il, étaient capables d'infuser une nouvelle vie au paganisme, et de l'opposer victorieusement au Christianisme. Il accepta sans enthousiasme le commandement militaire des Gaules qui lui allait, disait-il, comme une selle à un boeuf. 

Néanmoins « ce prince, par sa sagesse, sa constance, son économie, sa conduite, sa valeur et une suite continuelle d'actions héroïques, rechassa les Barbares, et la terreur de son nom les contint tant qu'il vécut » (Montesquieu)..
Il avait fait de Lutèce (Paris) sa capitale, où il habitait le palais et les thermes, dont les ruines se voient encore dans le musée de Cluny, et il a laissé de la ville une description charmante : 
« J'hivernais, dit-il, dans ma chère Lutèce : c'est le nom que les Gaulois donnent à la petite cité des Parisii. Elle occupe une île au milieu d'une rivière : des ponts de bois la joignent aux deux bords. Rarement la rivière croît ou diminue : telle elle est en été, telle elle demeure en hiver; on en boit volontiers l'eau très pure et très riante à la vue [...]. L'hiver est fort doux aux habitants de cette terre; le sol porte de bonnes vignes; et les Parisii ont même l'art d'élever des figuiers en les enveloppant de paille de blé. » 
Les succès militaires de Julien lui valurent la jalousie de Constance qui voulut le faire revenir en Orient. Les soldats de Julien répondirent à cette disgrâce en proclamant leur général Auguste; Julien se préparait à marcher contre Constance quand il apprit la mort de ce dernier. Il fut alors reconnu unanimement Empereur.

Ayant abjuré alors le christianisme, ce qui lui valut des chrétiens le surnom d'apostat, Julien voulut atteindre un double but : la restauration du vieil Empire romain, et le rétablissement de la paix par l'écrasement des Parthes. Il restaura le paganisme, lui rendit ses anciens privilèges, prit quelques mesures contre les chrétiens, leur interdisant d'ouvrir des écoles et d'enseigner les auteurs classiques. 

« Ou n'expliquez point, disait-il, les auteurs profanes si vous condamnez leurs doctrines; ou si vous les expliquez, approuvez leurs sentiments. »
Son paganisme était fortement empreint de « galiléisme »; il prêchait et pratiquait la charité et l'hospitalité, mais avait sur l'autre doctrine l'avantage d'enseigner la tolérance. Toutefois le temps lui manqua pour pousser bien avant sa réforme. Il partit bientôt pour faire la guerre aux Parthes, et dans un engagement fut blessé à mort par une flèche (363). Il s'entretint avec ses amis des rapports de l'âme et du corps, leur reprocha leurs pleurs, disant qu'il ne convenait pas de pleurer une âme prête à se réunir au ciel et aux astres; puis il expira paisiblement. Il était âgé de trente-trois ans.

Valentinien et Valens 

Après un court règne de Jovien qui, choisi par l'armée d'Orient, signa avec les Parthes une paix humiliante, Valentinien fut choisi comme Empereur; et bientôt, sur le désir de l'armée, il conserva seulement l'Occident, et donna l'Orient à son frère Valens. Ainsi se confirmait le principe de la dualité de l'Empire : l'Orient grec et arien et l'Occident latin et orthodoxe avaient perdu le sentiment de leur unité; Milan et Constantinople devinrent les capitales des deux empires, tandis que Rome n'était plus que la métropole religieuse.

Valentinien fut surtout un guerrier; il en avait les qualités, le courage, l'énergie, et aussi les défauts, la brutalité, la violence, la cruauté. Son règne fut marqué par plusieurs succès contre les Barbares (Alamans, Quades, etc.). Il mourut en 375, laissant pour ses successeurs ses deux fils, Gratien, âgé de seize ans, et Valentinien II, qui avait quatre ans. Cependant, de nouvelles hordes de Barbares envahissaient l'Empire. Les Huns, venus d'Asie, se répandirent dans le domaine des Goths. Les Wisigoths ou Goths de l'ouest, ne purent leur résister et demandèrent un asile à l'Empire d'Orient. Valens leur accorda d'abord des terres dans la plaine du Danube, mais bientôt, par ses exactions, il les irrita, les poussa à la révolte, fut vaincu par eux à Andrinople en 378, et mourut, peut-être brûlé vif, dans une cabane où il s'était réfugié.

Théodose. Partage de l'Empire 

Gratien se sentait trop faible pour assurer seul la défense de l'Empire menacé de tous côtés. Il s'adjoignit un général qui s'était déjà signalé contre les Barbares, Théodose, qui, disgracié par Valens, vivait alors retiré en Espagne. Théodose eut l'Orient, la Dacie et la Macédoine; Gratien conserva l'Occident, et le jeune Valentinien II, l'Italie et l'Afrique. Théodose se réconcilia avec les Goths, s'en fit des alliés, et leur donna des terres à coloniser; 40.000 de ces Barbares devinrent soldats de l'Empire. Ce danger écarté, son armée accrue, il eut l'occasion d'intervenir dans les affaires d'Occident. Un usurpateur, Maxime, avait pris la place de Gratien. Théodose consentit à le reconnaître; mais comme Maxime voulait en outre s'emparer des États de Valentinien II, il marcha contre lui à la tête d'une armée composée en majorité de Barbares, le battit dans plusieurs rencontres, et le fit mettre à mort à Aquilée en 388. Ayant rétabli Valentinien dans ses États, il en prit la régence trois ans; puis il confia au général germain, Arbogast, le soin de les défendre contre les invasions des Francs et des Alamans. Valentinien jaloux, essaya de destituer Arbogast qui le fit périr, et proclama Empereur à sa place, un ancien rhéteur, Eugène, qui était maître des offices; mais Théodose refusa de le reconnaître, et envoya contre lui ses légions barbares. Eugène, battu et prisonnier, fut décapité; Arbogast se tua de désespoir (394).

Telle fut l'histoire extérieure du dernier véritable empereur romain. A l'intérieur, son règne est marqué par la reconnaissance du christianisme comme religion d'État, et la suppression officielle du paganisme. Théodose avait commencé par interdire l'arianisme, en menaçant ses partisans de la vengeance divine comme (les châtiments terrestres. Gratien avait déjà refusé le titre de grand pontife que portaient les empereurs, et de sacrifier à la statue de la Victoire. Théodose fit fermer les temples, renverser les autels, briser les statues. En 391, un édit interdit la fréquentation des temples, en 392, un autre édit punit de mort le culte des idoles. Un grand nombre de monuments précieux furent détruits; le Sérapeum de Memphis fut fermé. Le paganisme, qui avait repris quelque espoir à l'avènement des païens Arbogast et Eugène, fut définitivement abattu après leur défaite; la statue de la Victoire disparut du Sénat; le feu entretenu par les Vestales s'éteignit; les jeux olympiques furent célébrés pour la dernière fois, La prophétie s'était réalisée le grand Pan était mort. Théodose même reconnaissait dans l'Église un pouvoir supérieur au sien : en 390, comme il avait fait massacrer les habitants de Thessalonique révoltés, il se soumit à la défense que lui fit saint Ambroise de pénétrer dans l'église de Milan, et accepta de faire une pénitence publique : ainsi s'affirmait la prédominance du spirituel sur le temporel, cause de tant de discordes futures.

La fin de l'Empire d'Occident

Théodose mourut à Milan en 395, âgé de cinquante ans. Il avait décidé que l'Empire serait désormais divisé en empire d'Occident et empire d'Orient, et attribué le premier à Honorius, le second à Arcadius, ses fils. Les Barbares qui, pendant quatre siècles, étaient restés sur la défensive, allaient attaquer maintenant sans relâche les postes romains. Grâce à sa situation, Constantinople pourra résister dix siècles à l'invasion, Rome, au contraire, fut presque aussitôt prise, et l'empire d'Occident se débattit quatre-vingts ans dans une douloureuse, agonie dont on retrouvera les principaux traits dans l'histoire d'Alaric, d'Attila et de Genséric. Honorius mourut en 423, son neveu, Valentinien III, régna misérablement jusqu'en 455, et périt assassiné. La vie de l'empire romain n'est plus dès lors qu'une pitoyable agonie, et c'est à peine si ses derniers chefs méritent d'être nommés. Ce sont d'abord Libius Sévère, Anthémius et Olybrius, que le Suève Ricimer, assassin de Majorien et maître de la milice, revêt ou dépouille successivement de la pourpre. Puis Glycérius et Julius Népos, qui, renversés à leur tour, rentrent sans peine dans la vie privée. Enfin, c'est Romulus Augustule, fils du patrice Oreste, que celui-ci ose nommer empereur, et qu'un chef des Hérules, Odoacre, relègue l'année suivante dans la maison de Lucullus, parce que son père leur refuse le tiers des terres (476).  Par cette déposition de Romulus Augustule prit fin  sans fracas l'Empire Romain. Proclamé roi d'Italie par ses Barbares, Odoacre leur demanda, à Constantinople, le titre de patrice, ce qui était la reconnaissance des droits de l'empereur d'Orient comme suzerain du nouveau royaume.
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