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Histoire de la philosophie > La philosophie grecque
Histoire de la philosophie
Les Présocratiques
[La philosophie]
La philosophie grecque se partage d'elle-même en plusiuers grandes périodes reconnues également par tous les historiens de la philosophie. La première est celles représentée par les philosophes qui ont précédé Socrate, et que l'on qualifie donc de Présocratiques. Cette première période embrasse environ deux siècles, depuis Thalès jusqu'à Socrate, soit à peu près depuis 600 ans jusqu'à 400 ans avant J.-C. 

Ces philosophes se regroupent en plusieurs écoles presque isolées, dans les différentes colonies de la Grèce, qui n'agissent que faiblement les unes sur les autres, et qui ont cela de commun, que, suivant la voie de l'analogie, elles s'efforcent d'indiquer la nature et de remonter à l'origine des choses et qu'ainsi elles n'embrassent qu'un côté de la science. Ce sont sont l'école ionienne, l'école pythagoricienne (ou italique), l'école éléatique,  l'école atomistique (école abdéritaine). Aucune de ces écoles ne s'est demandé auparavant quelles sont les forces, quelles sont les lois de l'esprit humain, quelle méthode il faut suivre pour atteindre la vérité qu'elle vise. Chacune a donc suivi sa propre direction, et cela a fini par susciter une forme de scepticisme et de relativisme représenté par les Sophistes, qui établirent leur centre d'action à Athènes. 

Tous les efforts de ces penseurs servirent à préparer une philosophie qui se posa désormais le problème de ramener chaque pensée à l'idée de la science, tant sous le point de vue de la forme que sous celui de la matière. Tous les philosophes antérieurs, fortement frappés d'une idée s'étaient efforcés de la développer exclusivement et de la poursuivre avec un enthousiasme instinctif. Mais plus tard, fixant l'attention sur le but général de la science et sur les moyens par lesquels elle peut être acquise, on dut arriver à ce calme qui, en fait de science, ne résulte que de l'idée même de la science, de l'appréciation de tout savoir spécial par la science universelle et de la manière dont la raison se rapporte aux principes de nos spéculations. 

L'école Ionienne

L'école ionienne et l'école italique sont contemporaines; elles furent fondées presque en même temps, celle-ci par Pythagore, celle-là par Thalès, et se développèrent, pour ainsi dire, parallèlement. Il n'y a aucune probabilité qu'elles aient eu connaissance l'une de l'autre, ni qu'elles aient cherché à se contredire dans leurs doc trines; cependant on est frappé du contraste qui existe entre elles. 

Thalès et ses disciples sont des physiciens, qui s'attachent aux phénomènes sensibles et se préoccupent surtout de la composition ou du principe matériel de l'univers. Au contraire, les pythagoriciens sont exclusivement frappés de la forme intellectuelle des choses ou de leurs conditions mathématiques, et du rapport de ces conditions avec un principe supérieur, qui les contient en lui.

L'école ionienne se partage elle-même en deux fractions, dont l'une, considérant le monde sous le point de vue dynamique, c'est-à-dire de la vie et de la force qui se manifestent dans son sein, regarde tous les êtres et tous les phénomènes comme les effets de la contraction ou de la dilatation, en un mot, comme les formes diverses d'un seul élément, doué naturellement des propriétés de la vie et même de la raison; l'autre, se plaçant au point de vue mécanique, explique tous les phénomènes de l'univers et l'univers lui-même par la réunion, la séparation et les combinaisons diverses dun nombre infini d'éléments matériels mis en mouvement naturellement, ou par une impulsion étrangère.

Dans la première fraction on comprend Thalès, Anaximène, Diogène d'Apollonie, Heraclite; dans la seconde, Anaximandre, Archélaüs le physicien, et, jusqu'à une certaine mesure, Anaxagore : car, comme Platon et Aristote lui en font justement le reproche, l'intelligence, qu'il admet comme l'un des principes du monde, ne joue dans son système que le rôle d'une machine destinée à mettre en mouvement la matière inerte.

L'Ecole pythagoricienne

Selon l'école pythagoricienne, les nombres sont l'essence des choses et l'unité est l'essence des nombres c'est-à-dire que la raison, telle qu'elle se manifeste dans la nature par les lois des proportions et de l'harmonie, est le fondement véritable de tout ce qui existe, et qu'elle-même a son siège, son foyer éternel, dans un principe unique, indivisible, quoique immanent à l'univers. C'est ce principe que l'école de Pythagore a nommé l'Un en soi ou le premier Un, parce qu'il est la source infinie de tous les êtres, comme la monade ou la seconde Unité est la source des nombres. On conçoit qu'à ce point de vue, toutes les idées revêtent des formes mathématiques. Ainsi, de même que la monade est la source du déterminé, du fini, de la forme intelligible, la matière, à cause de sa divisibilité indéterminée, reçoit le nom de dyade; les aspects généraux sous lesquels l'univers se présente à notre esprit ou, si l'on veut, les catégories pythagoriciennes, sont au nombre de dix, parce que la décade est le nombre le plus parfait, pour la même raison, il faut qu'il existe dix sphères célestes tournant autour d'un centre commun; l'âme est un nombre qui se meut lui-même; la vertu est une harmonie; en un mot, les principes métaphysiques et les règles de la morale, aussi bien que les lois et les phénomènes de la nature, sont assimilés à des nombres, à des proportions, à des figures de géométrie. Mais, outre ce caractère, l'école pythagoricienne en a encore un autre : par son langage, par son organisation extérieure, par sa morale ascétique, et même par quelques-unes de ses doctrines, elle nous rappelle encore les mystères ou les sanctuaires de l'Orient; le maître au nom duquel elle jurait ressemble moins à un philosophe qu'à un hiérophante, qu'à un de ces antiques théologiens qui, dans l'opinion de la Grèce, tenaient, pour ainsi dire, le milieu entre les dieux et les humains.

L'Ecole éléatique

De même que l'école ionienne s'attache principalement au côté physique de l'univers, et l'école pythagoricienne au côté mathématique, l'école d'Elée s'applique d'une manière exclusive au principe métaphysique des choses, c'est-à-dire à l'idée de l'être et de la substance. Son fondateur, Xénophane de Colophon, et ses deux représentants les plus illustres, Parménide et Zénon, connaissaient parfaitement les deux écoles fondées avant eux, et c'est en les attaquant l'une et l'autre qu'ils cherchaient à fonder leur propre doctrine. De là un nouvel élément introduit dans la science à côté de ceux que nous connaissons déjà, c'est-à-dire la dialectique. L'invention et l'usage de la dialectique ne sont pas le moindre mérite des philosophes d'Élée; car par là ils ont donné à la raison la conscience de sa force, et ont exclu l'imagination du domaine de la philosophie. 

Quant au fond de leur système, il consiste à dire qu'il n'y a pas de milieu entre l'Être
absolu et le néant; que l'idée d'un être contingent, variable, divisible, multiple, est pleine de contradictions; que, par conséquent, il n'y a que l'infini, le nécessaire, l'être absolument un qui existe ; que tout le reste est une vaine apparence. Ce principe ne détruit pas seulement la physique ionienne; il n'est pas moins hostile à l'idéalisme mathématique des pythagoriciens : car les nombres, les proportions, les lois du calcul et de l'harmonie n'existent que par rapport aux phénomènes de la nature; aussitôt ces phénomènes anéantis, nous cessons de les concevoir.

L'école atomistique

L'école atomistique à son tour, plus jeune que toutes les autres, s'élève contre l'école d'Élée, comme celle-ci contre les deux écoles précédentes. Elle soutient donc l'éternité du mouvement, principe de tous les changements et de tous les phénomènes, dont l'idée même était regardée par les éléates comme une contradiction; elle admet à la fois l'existence de l'être et celle du non-être sous les noms de la matière et du vide; enfin, la matière, pour elle, n'est pas un principe unique, mais un nombre infini de petits corps indivisibles, et tous différents les uns des autres car la forme. Ce sont ces petits corps qu'on désigne sous le nom d'atomes, et dont les différents rapports dans l'espace doivent nous rendre compte de tous les phénomènes de la nature. Au fond, la doctrine de Leucippe et de Démocrite n'est pas autre chose que le mécanisme ionien revêtu d'une forme plus scientifique et plus nette.

Les Sophistes

Tous ces systèmes, si opposés entre eux, après s'être formés presque à l'insu les uns des autres dans les diverses colonies de l'Asie Mineure, de l'Italie, de la Thrace, ayant fini par se rencontrer dans le centre de la Grèce devenue une seule nation et par se disputer à la fois les esprits, engendrèrent naturellement le scepticisme : non pas toujours ce scepticisme sérieux, indispensable aux progrès de la raison humaine; mais très souvent aussi cette opinion frivole, non moins propre a corrompre lintelligence, que tout peut se soutenir, que tout peut être nié, que le vrai et le faux dépendent entièrement de l'apparence qu'on donne aux choses; en un mot, l'esprit sophistique.

Les Sophistes, en effet, arrivaient de toutes les écoles et de tous les côtés de la Grèce; ils poussaient à la dernière exagération ce qu'il y avait déjà d'exclusif dans chaque système, et ne prenant pas ni ne pouvant faire prendre au sérieux les opinions qu'ils prétendaient soutenir ils substituaient la plupart du temps à la philosophie un art frivole. 

Les plus célèbres d'entre eux sont Gorgias et Protagoras : le premier, abusant de la dialectique subtile de l'école d'Élée soutenait que rien n'existe, et que, s'il existait quelque chose, nous serions hors d'état de le connaître ou d'en parler; le second ne faisait que développer les conséquences du matérialisme ionien et abdéritain, en enseignant que toute pensée se résout en sensations; que, hors de nos sensations, phénomènes essentiellement variables et fugitifs, nous ne connaissons rien; que, par conséquent, l'humain est la mesure de toutes choses. 

L'apport des Sophiste n'est pourtant aussi négatif qu'on pourrait le croire. Ainsi, ce qu'il y a de plus important pour le développement de la pensée philosophique dans l'influence des Sophistes, c'est qu'ils portèrent leur attention sur l'idée de la connaissance humaine et sur toute la science de l'humain : ils ouvrirent un champ de recherches presque inconnu jusqu'alors. Cette méthode aussi était propre à favoriser le résultat qu'ils espéraient. Elle avait pour objet la recherche des formes de la pensée et de l'expression; mais elle ne fut d'abord que peu systématique et n'eut pour objet qu'un vain exercice. C'est Socrate, lui aussi un Sophiste d'une certaine manière, qui entreprit de l'élever à la hauteur de sa destination, et de la conduire sur une route inaperçue jusqu'alors. (N. J. Schwartz / N).

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