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| Empédocle
est
un philosophe grec né à Agrigente,
à une époque qu'il nous est impossible de fixer avec précision,
probablement un peu avant l'an 484 av. J.-C. Il appartenait à une
famille riche et puissante. Son père, Méton, était
le chef du parti démocratique, et Empédocle paraît
lui avoir succédé dans ce rôle. II est assez peu vraisemblable
qu'on lui ait, comme le raconte un historien ancien, offert le trône
et qu'il l'ait refusé. Pour des raisons que nous ne connaissons
pas, Empédocle tomba en disgrâce et dut s'expatrier : il se
réfugia dans le Péloponnèse -
Empédocle. (Chronique de Nürenberg, de Hartmann Schedel, 1493) Suivant Aristote, Empédocle mourut à soixante ans. Bien des légendes se sont formées au sujet de sa mort : on a raconté qu'il s'était pendu et qu'il avait disparu à la suite d'un sacrifice et que, voulant cacher sa mort et passer pour un dieu, il se précipita dans le cratère de l'Etna; mais que la montagne, rejetant ses sandales, déjoua son projet en démasquant sa vanité. D'autres racontent qu'il périt, ainsi que Pline victime de son zèle pour la science, en observant une éruption du volcan. Nous ne savons rien de précis sur ce point. Ce qui est certain, c'est qu'Empédocle fut un homme remarquable, doué d'une grande activité, d'une puissante intelligence. II fut un orateur habile, peut-être le maître de Gorgias, et Aristote le signale comme ayant donné à la rhétorique la première impulsion. Il paraît s'être donné, à l'exemple de Pythagore, le rôle d'un médecin, d'un prêtre et d'un prophète. Dans un des fragments qui nous ont été conservés, il se vante d'être honoré à l'égal d'un dieu; quand il entre dans une ville, le front ceint de bandelettes et de fleurs, le peuple se presse autour de lui, lui demandant des prédictions ou la guérison de quelque maladie. On lui attribuait divers prodiges, comme d'avoir interdit à des vents nuisibles l'accès d'Agrigente ou de provoquer la pluie et la sécheresse ou de ressusciter des morts. Lui-même, ainsi que l'attestent quelques-uns de ses vers, se croyait doué d'un pouvoir magique. Aucun des ouvrages qu'il avait composés ne nous est parvenu en entier : les fragments que nous en avons ont été réunis par Sturz, Karsten et Mullach. On a pu dire, non sans raison, que la doctrine philosophique d'Empédocle est un éclectisme. II est certain en effet qu'il s'inspira de Parménide, de Pythagore et surtout d'Héraclite. Cependant, il ne se borna pas à faire des emprunts à ses devanciers; du moins il y ajouta une idée nouvelle et il attacha son nom à une théorie qui, jusqu'à la création de la chimie moderne, a été adoptée par presque tous les philosophes et les médecins : celle des quatre éléments. Parménide avait établi que
l'être ne peut, à proprement parler, ni commencer ni finir,
et la démonstration reste acquise aux yeux d'Empédocle; mais
Parménide en concluait qu'il n'y a ni changement, ni devenir dans
le monde Empédocle se refuse à le suivre jusque-là.
Pour concilier là réalité des phénomènes
avec la permanence immuable de l'être, il admet l'existence de quatre
éléments : le feu ou Zeus Là ne s'arrête pas l'originalité
d'Empédocle. Les éléments étant conçus
comme des substances immuables, il faut chercher en dehors d'eux la cause
de leurs mouvements et de leurs combinaisons. Tandis que Démocrite
trouvera cette cause dans le tourbillon éternel qui emporte toutes
choses, et Anaxagore dans l'Intelligence
(Nous) qui gouverne le monde, Empédocle croit l'apercevoir
dans deux principes opposés, l'Amitié et la Discorde,
qui agissent tour à tour, l'un pour unir, l'autre pour séparer
les éléments. II n'est pas sur que ces principes soient à
ses yeux des forces motrices abstraites : il paraît plutôt
les avoir considérés comme des substances
corporelles, des éléments étendus, analogues et égaux
aux autres éléments. Ce sont des milieux doués de
propriétés spéciales, au sein desquels sont plongées
les molécules matérielles.
Empédocle (gravure illustrant un ouvrage de 1655). A l'origine, tous les éléments, unis par l'Amour, formaient une masse homogène appelée le spherus. La Discorde y pénètre et sépare les éléments les uns des autres le philosophe parait n'avoir pas insisté beaucoup sur cette partie de son système. Puis, après cette période de dissolution, l'Amour pénètre de nouveau dans le monde et reprend à la Discorde les éléments dissociés. II se produit d'abord en un point (soit par l'action de l'Amour, soit à la suite d'une rupture d'équilibre entre le feu et l'air, si bien que le commencement du monde serait le résultat final des mouvements désordonnés imprimés au tout par la Discorde) un mouvement tourbillonnant en vertu duquel une partie des substances sont mélangées : la Discorde se trouve repoussée au dehors. Le tourbillon, d'abord très lent, s'étend sans cesse davantage; les substances séparées sont attirées par le mélange primitif; la Discorde est de plus en plus chassée vers l'extérieur. Ainsi se forme le monde, qui doit périr de nouveau lorsque, après l'unification complète, il sera revenu à l'état primitif du spherus. Du tourbillon primitif s'est dégagé
d'abord l'air, puis le feu, qui a repoussé l'air sous la terre,
et occupé la moitié de la sphère. La sphère
céleste, mise en mouvement par la pression du feu, se compose ainsi
de deux hémisphères, l'un lumineux, l'autre obscur : il fait
jour quand la moitié ignée est en haut, nuit quand elle est
en bas. Le Soleil Nous trouvons encore chez Empédocle des théories religieuses, très essentielles à ses yeux, mais qui n'ont aucun rapport assignable avec son système. Telle est la doctrine de la transmission des âmes, empruntée sans doute à Pythagore. Dans des vers que nous avons conservés, Empédocle déclare se souvenir de son existence passée dans le ciel : il a été précipité sur la terre; mais il sait que les hommes pieux doivent retourner vers les dieux. Dans leurs transmigrations, les démons réprouvés entrent, suivant le degré de leurs fautes, dans des corps d'animaux ou même de végétaux. A cette théorie se rattache la défense de manger la chair des animaux et de les tuer; ces deux actes sont aussi criminels aux yeux d'Empédocle que de tuer les humains et de se nourrir de leur chair. Enfin le philosophe parle de la divinité tantôt d'une manière populaire, tantôt en des termes qui rappellent le langage de Xénophane : il obéit visiblement à la préoccupation de combattre les idées fausses et d'épurer la religion populaire. (Victor Brochard).
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