.
-

L'absolu

Absolu (du latin absolutus, dégagé de tout lien, de toute sujétion), se dit, dans le langage ordinaire, de ce qui n'admet ni dépendance ni restriction. C'est ainsi qu'on dit : le pouvoir absolu, une discrétion absolue. Ce mot est également très usité en philosophie, où on l'applique surtout à Dieu et à la connaissance de la vérité dans ces expressions : l'être absolu, la vérité absolue. 

On dit aussi simplement l'absolu pour désigner tout ce qui existe par soi-même et dans les mêmes conditions d'indépendance, et l'on appelle idées absolues, du nom de tour objet, toutes les notions que nous avons de réalités absolues, telles que Dieu, le temps, l'espace, les axiomes mathématiques, etc. La manière dont nous acquérons toutes nos idées, la relation qu'elles supposent entre l'intelligence et les objets, ont fait douter de la valeur de nos connaissances comme expression de la vérité absolue. 

On s'est demandé si les choses sont, en réalité, telles qu'elles nous paraissent, et si ce que nous considérons comme la vérité continuerait de nous sembler tel, dans le cas où les lois de notre intelligence viendraient à être mortifiées. 

On s'est préoccupé outre mesure de l'impossibilité où nous sommes de démontrer' logiquement que notre intelligence est en possession, au moins sur certains points, de la vérité absolue, et c'est ainsi qu'a pris naissance, notamment dans la philosophie allemande, une sorte de scepticisme métaphysique qu'on ne peut réfuter, mais qui est purement spéculatif; car, quand il serait démontré que la vérité que nous concevons n'est pas la vérité absolue, elle ne continuerait pas moins de s'imposer à notre intelligence avec toutes les conséquences qui en dérivent dans l'ordre intellectuel proprement dit et dans l'ordre moral. (B-e.).

-

L'absolu est inconnaissable

« L'Infini ou l'Absolu , ne peuvent positivement pas être saisis par l'entendement. On ne peut les concevoir qu'en faisant abstraction des conditions mêmes sous lesquelles la pensée se réalise, par conséquent la notion de l'Inconditionné n'est qu'une notion négative, négative du concevable lui-même. Par exemple: d'une part, nous ne pouvons nous représenter positivement ni un tout absolu, c'est-à-dire un tout assez grand pour que nous ne puissions pas le concevoir comme une partie relative d'un tout encore plus grand, ni une partie absolue, c'est-à-dire une partie assez petite pour que nous ne puissions pas la concevoir comme un tout relatif divisible en parties plus petites. D'autre part, nous ne pouvons positivement pas nous représenter, ou nous figurer, ou nous expliquer (puisqu'ici l'Entendement et l'Imagination coïncident) un tout infini, car nous ne pourrions le faire qu'en effectuant par la pensée la synthèse infinie des touts finis, et pour cela il faudrait un temps infini; et pour la même raison, nous ne pouvons suivre par la pensée une divisibilité infinie de parties. Le résultat est le même, que nous appliquions la méthode à une limitation dans l'espace, dans le temps ou dans le degré. La négation inconditionnelle ou l'affirmation inconditionnelle de la limitation, en d'autres termes l'Infini et l'Absolu proprement dits, sont donc inconcevables pour nous [...].

Kant a fait voir clairement que l'idée de l'inconditionné ne peut avoir de réalité objective, qu'elle ne fournit aucune connaissance réelle, et qu'elle renferme les plus insolubles contradictions. Mais il aurait dû montrer que l'Inconditionné n'a pas d'application objective, parce qu'en fait il n'a aucune affirmation subjective; qu'il n'apporte aucune connaissance réelle, parce qu'il ne contient rien qui soit même concevable; et qu'il est contradictoire à lui-même, parce qu'il n'est pas une notion simple ou positive, mais seulement un faisceau de négations. Négations du conditionné dans ses extrêmes opposés, unis ensemble simplement par le lien du langage et par leur caractère commun d'incompréhensibilité [...].

Puisque le conditionnel c'est le seul objet possible de connaissance et de pensée positive, la pensée suppose nécessairemment une condition. Penser c'est conditionner, et une limitation conditionnelle est la loi fondamentale de la possibilité de la pensée. En effet, de même que le lévrier ne peut sauter par dessus son ombre et que (pour prendre un exemple plus noble) l'aigle ne peut s'envoler de l'atmosphère où il plane et qui seule le supporte, de même l'esprit ne peut dépasser cette sphère de limitation au dedans de laquelle et par laquelle se réaàlise exclusivement la possibilité de la pensée. La pensée ne porte que sur le conditionné, parce que, comme nous l'avons dit, penser c'est tout simplement conditionner. L'Absolu n'est conçu que comme une négation de la concevabilité, et tout ce que nous connaissons est connu comme

Conquis sur l'infini vide et sans forme.

Certes, rien ne doit plus étonner que de voir mettre en doute que la pensée n'a rapport qu'au conditionné. La pensée ne peut s'élever au-dessus de la conscience, la conscience n'est possible que par l'antithèse du sujet et de l'objet de la pensée, connus seulement par leur corrélation et se limitant mutuellement; et, de plus, tout ce que nous savons soit du sujet, soit de l'objet, soit de l'esprit, soit de la matière, n'est jamais que la connaissance du particulier, du multiple, du différent, du modifié, du phénoménal. Pour nous, la conséquence de cette doctrine est que la philosophie, si l'on y voit quelque chose de plus que la science du conditionné, est impossible. Nous admettons qu'en partant du particulier, nous ne pouvons jamais, dans nos plus hautes généralisations, nous élever au-dessus du Fini; que notre connaissance soit de l'esprit, soit de la matière, ne peut être rien de plus qu'une connaissance des manifestations relatives d'une existence en elle-même inaccessible à la philosophie, ce que le plus haut degré de sagesse doit nous faire reconnaître. Voilà ce qui, dans le langage de saint Augustin, cognoscendo ignoratur, et ignoratione cognoscitur.

Premièrement, penser qu'il ne peut y avoir de connaissance que là où il y a plusieurs termes; il y a au moins un percevant et un perçu, un connaissant et un connu. Mais cette condition nécessaire de la connaissance, la différence et la pluralité est incompatible avec le sens de l'Absolu, qui étant absolument universel, est absolument un. L'Unité absolue équivaut à la négation absolue de la pluralité et de la différence [...]. La condition sous laquelle l'absolu existe et doit être connu, et la condition sous laquelle l'intelligence peut connaître, sont incompatibles. En effet, si nous supposons la connaissance de l'Absolu possible, il doit s'identifier : 1° avec le sujet qui connaît, ou 2° avec l'objet qui est connu, ou 3° avec la différence des deux. La première hypothèse et la seconde sont contradictoires de l'Absolu. Car, dans ce cas, l'Absolu est supposé connu ou comme distingué du sujet qui connaît, ou comme distingué de l'objet qui est connu. En d'autres termes, on arme que l'Absolu est connu en tant qu'unité absolue, c'est-à-dire comme la négation de toute pluralité, tandis que l'acte même par lequel il est connu affirme la pluralité comme la condition de sa propre-possibilité. D'autre part, la troisième hypothèse est la contradiction de la pluralité de l'Intelligence; en effet, si le sujet et l'objet de la conscience sont connus comme un, la pluralité des termes n'est, plus la condition nécessaire de l'intelligence. L'alternative est donc inévitable : ou l'Absolu ne peut pas être connu ni conçu, ou notre auteur a tort de soumettre la pensée aux conditions de pluralité et de différence.

Deuxièmement : afin de mettre l'Absolu à la portée de notre connaissance, on est obligé de nous le présenter sous la forme d'une cause absolue : or, causation est relation, donc l'Absolu n'est qu'un relatif. De plus, ce qui existe purement comme cause, n'existe qu'en vue de quelque autre chose, n'a pas sa fin en soi et n'est qu'un moyen d'atteindre une fin [...]. Considéré d'une manière abstraite, l'effet est donc supérieur à la cause. Il en résulte qu'une cause absolue dépend de son effet dont elle reçoit sa perfection et même, disons-le, sa réalité. En effet, tant qu'une chose existe nécessairement comme cause, elle ne se suffit pas entièrement avec elle-même, puisqu'alors elle dépend de l'effet, comme de la condition qui seul lui permet de réaliser son existence; et ce qui existe absolument comme cause, existe, par conséquent dans une dépendance absolue de l'effet pour la réalisation de son existence. En fait, une cause absolue n'existe que dans ses effets; elle n'est jamais elle devient toujours : car c'est un être in potentia, et non un être in actu, si ce n'est par ses effets. L'Absolu n'est donc tout au plus que quelque chose d'imparfait. »
 

(W. Hamilton, Fragments, trad. L. Peisse).


En bibliothèque - E. Braun, la logique de l'absolu, 1887; Cyrille Blondeau, l'absolu et sa loi constitutive, 1897; Max Planck, Von Relativen zum Absoluten, 1925; J. Matchette, Outline of a metaphysics, the absolute-relative theory, 1945; Jean Grenier, Absolu et choix, 1961.
.


Dictionnaire Idées et méthodes
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.