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On
nomme communément méthodes (du grec methodos,
recherche, perquisition) les divers procédés par lesquels
l'esprit arrive à découvrir ou à
démontrer une vérité,
les différentes séries d'opérations qui y mènent,
l'ordre qu'il faut suivre soit dans la recherche de cette vérité,
soit dans son enseignement. Ces procédés varient suivant
la nature des objets à connaître; mais leur différence
tient à ce qu'ils sont plus ou moins conformes a celui qu'il est
dans la nature de notre esprit de suivre, et qui
atteint le mieux le but de la méthode, qui est de substituer une,
idée claire, exacte et complète, à
une notion confuse, sperficielle et incomplète.
Quel que soit l'objet de nos recherches,
notre esprit n'a que trois moyens d'étude à sa disposition
: l'observation, l'induction
et la déduction. Cependant l'induction et la déduction méritent
seules le nom de méthodes. En effet, par, l'observation, nous n'atteignons
que des faits isolés. L'observation, soit interne, soit externe,
soit pure, soit expérimentale, fournit simplement les matériaux
de la science, et ne saurait constituer cette
dernière. Notre esprit ne parvient à la connaissance
scientifique qu'à l'aide de l'induction et de la déduction.
Par l'induction, nous nous élevons à la connaissance des
faits généraux ou des lois; elle aboutit
à la synthèse, qui est une recomposition
de ces faits. Par la déduction, nous descendons du général
au particulier; elle aboutit à une décomposition, c.-à-d.
à une analyse. Par
l'analyse, l'esprit perçoit volontairement l'objet, s'y applique,
le distingue de tous ceux qui l'entourent, et le décompose.
En examinant ces
faits et les rapports qu'ils ont entre eux,
on reconnaît que l'ordre dans lequel ils se présentent est
invariable, qu'aucun d'eux ne rentrait être déplacé.
Cette succession constante des faits, qui amènent la connaissance
réfléchie, en constitue la lui, et cette loi n'est autre
chose que la méthode naturelle. L'analyse ou décomposition,
et la synthèse ou recomposition, ne sont pas deux méthodes
à proprement parler, mais les deux parties nécessaires et
inséparables de toute méthode, deux approches des faits,
et, de plus la synthèse ne vaut que ce que vaut l'analyse, puisqu'elle
donne une connaissance de l'ensemble dont l'analyse doit lui fournir toutes
les parties.
Chacune de ces approches est plus particulièrement
appropriée à tel ou tel ordre de recherches. L'induction
est la méthode presque exclusive des sciences
physiques et naturelles, tandis
que la méthode déductive convient plus spécialement
aux sciences mathématiques et philosophiques.
La première constitue aussi l'instrument propre des découvertes,
et la seconde celui de l'enseignement.
Néanmoins on peut dire qu'au fond
les deux approches sont inséparables, car elles se vérifient
l'une par l'autre. A ce propos, il importe de remarquer que la plupart
des philosophes modernes les nomment d'après leur point de départ,
et que les scientifiques, au contraire, les nomment d'après le résultat
final qu'elles donnent. Ainsi, le chimiste dit qu'il fait de l'analyse
lorsqu'il décompose un corps inconnu pour arriver à reconnaître
ses éléments constitutifs. Il appelle méthode analytique
le procédé qu'il suit alors, tandis qu'il nomme synthèse
l'opération par laquelle il reconstituera ce corps au moyen de ses
éléments. Le philosophe, au contraire, appelle méthode
analytique celle au moyen de laquelle il s'élève à
une connaissance générale, à une loi, et il nomme
méthode synthétique, celle qu'il emploie lorsque, partant
d'un principe général, il l'analyse et déduit successivement
toutes les idées que ce principe contient.
La nécessité
de la méthode se montre par la marche des sciences et leurs progrès
à travers les siècles. Socrate
l'indique, et fait sentir l'utilité de l'induction. Sur ses traces
marchent Platon et Aristote;
ce dernier applique la méthode à l'histoire naturelle, et
lui fait faire un grand pas. Si le Moyen âge reste en arrière
sous le rapport des sciences, c'est que l'analyse lui manque, ainsi que
l'observation et l'expérimentation.
Avec Bacon
et Descartes, l'esprit humain entre dans une
voie nouvelle. Bacon recommande une méthode qu'il donne comme un
nouvel instrument pour former les sciences et la philosophie, Novum
organum scientiarum, comme un moyen de les replacer sur leurs véritables
bases, Instauratio magna, capable de leur faire prendre de nouveaux
accroissements, De augmentis scientiarum. Cette méthode,
c'est l'analyse suivie de la synthèse, car l'observation et l'induction
ne sont pas autre chose. C'est par elle qu'il explique comment il faut,
non pas se contenter d'observer les faits que le hasard nous offre, mais
faire naître les occasions, reproduire ces faits avec des circonstances
plus favorables à l'examen, c. -à-d. expérimenter,
pour s'attacher à l'invariable, aux lois.
Pendant que Bacon
préconisait en Angleterre la méthode expérimentale,
Descartes la produisait en France avec plus de précision dans son
Discours
de la méthode. II la réduit à quatre règles;
qui recommandent :
1°)
Ne recevoir aucune chose pour vraie qu'on ne la connaisse évidemment
être telle.
2°
Diviser chacune des parties qu'on veut examiner en autant de parcelles
qu'il se peut et qu'il est requis pour les mieux résoudre.
3°
Conduire par ordre ses pensées en commençant par les objets
les plus simples pour monter peu à peu comme par degrés à
la connaissance des plus composés.
4°)
Faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales,
qu'on soit assuré de ne rien omettre.
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