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Zénon

Zénon d'Elée. - Philosophe grec, de la secte des Eléates, né à Elée, dans la Grande-Grèce. Il est né selon toute probabilité dans la LXVIIe olympiade, ou vers 490 avant J.-C. Nous savons, en effet par Platon (Parménide), qu'il était arrivé à Athènes, avec Parménide, son maître, à l'âge de quarante ans, et que Socrate, encore très jeune, les entendit tous les deux exposer leur doctrine. Or, Socrate, qui avait reçu le jour dans la LXXe olympiade ou en l'an 470 avant notre ère, ne pouvait pas avoir moins de vingt ans en prenant part à un entretien sur la métaphysique. Zénon avait donc quarante ans vers l'an 450, et était né par conséquent vers 490. Cette date s'accorde avec le témoignage de Diogène Laërce, de Suidas et d'Eusèbe, qui nous le montrent florissant dans la LXXVIIIe, la LXXIXe et la LXXXe olympiade. Doué de tous les avantages de la nature et de la fortune, beau, riche, d'une haute naissance Zénon s'attacha à Parménide, dont il était aimé comme un fils, et se consacra à la défense de son système, sans trahir ses devoirs de citoyen. Il était à la fois, dit Diogène Laérce, très vaillant en philosophie et en politique. En effet, d'après l'historien que nous venons de citer et dont le récit est confirmé par Plutarque, Zénon serait mort victime de son patriotisme. Voulant rendre à la liberté son malheureux pays, tombé, à la suite de l'anarchie, au pouvoir d'un petit tyran appelé Néarque ou Diodémon, il fut trahi par la fortune dans sa généreuse entreprise, et tomba au pouvoir de son ennemi. Sommé de dénoncer ses complices, il nomma tous les amis du tyran, puis le tyran lui-même, et lui lança au visage sa langue qu'il s'était coupée avec les dents. Cette action fut le signal de son supplice, qui provoqua à son tour un soulèvement populaire. Selon les uns, il fut lapidé, selon les autres pilé dans un mortier; ce qui fait dire au poète Hermippe : 
"C'est ton corps qu'on a brisé, mais non toi. "
 Zénon ne quitta jamais sa petite ville, que pour se rendre quelquefois à Athènes, où par l'éclat de sa parole il attirait à son enseignement l'élite de la jeunesse, et, s'il faut en croire Plutarque, Périclès lui-même. Il faisait payer ses leçons, et même assez cher, puisqu'il reçut cent mines de Callias et de Pythodore; mais cet usage était universellement répandu jusqu'à Socrate.

Zénon n'a rien ajouté au système de Parménide; il s'est borne à le défendre contre l'école ionienne, à en être le champion; et c'est à ce titre qu'Aristote le considère comme l'inventeur de la dialectique. C'est pour la même raison, sans doute, qu'il est le premier philosophe de l'école d'Élée qui ait écrit en prose; car la discussion, la polémique est incompatible avec la poésie. Diogène Laërce assure qu'il a beaucoup écrit; mais il ne nomme pas ses ouvrages. Suidas leur donne les titres suivants, qui s'accordent assez bien avec le rôle et le caractère de Zénon : les Disputes ou les Controverses; Examen  ou Explication d'Empédocle; Contre les philosophes naturalistes, probablement les ioniens. Mais, si ces livres ont véritablement existé, il n'en est rien arrivé jusqu'à nous. Tout ce que nous savons, c'est que Zénon, soit dans ses écrits, soit dans ses discussions orales, employait la forme du dialogue, et procédait par demandes et par réponses. Nous pouvons cependant nous faire une idée générale de sa manière, par l'analyse que Platon, dans l'introduction du Parménide, nous a laissée d'un de ses livres. Cette composition était partagée en plusieurs sections ou chapitres, et chacun de ces chapitres en plusieurs propositions ou hypothèses. C'étaient les propositions mêmes de ses adversaires que Zénon commençait à admettre par hypothèse, et dont il pressait ensuite les conséquences pour les faire tomber dans l'absurde. Tel est, en effet, le caractère propre de la dialectique, qu'il ne faut pas confondre avec la logique.

Toute l'argumentation de Zénon est dirigée contre le mouvement; car, le mouvement supprimé, il emporte nécessairement avec lui la génération et la mort, l'accroissement et la diminution, le changement, en un mot tous les phénomènes de la nature et la nature elle-même. Le mouvement, en effet, c'est la vie générale de la nature, la première condition de son existence ans lui, la nature ne peut concevoir la pluralité des êtres, puisque la division, qui donne naissance à la pluralité, n'est qu'une forme du mouvement. Mais à quelle condition peut-on supprimer le mouvement? A la condition de supprimer le temps et l'espace, dans lesquels notre raison place tous les changements. On supprime le temps et l'espace lorsqu'on en retranche la notion d'unité, ou quand, au lieu de les concevoir comme des touts continus, on les réduit à des points et à des moments isolés, dont chacun sa divise à l'infini. Cette dissolution du temps et de l'espace, conséquence extrême du système ionien, voilà l'hypothèse sur laquelle reposent les arguments de Zénon tels qu'Aristote nous les a conservés dans sa Physique (liv. VI, ch. IX), et qui pourraient bien être tirés du livre de Zénon intitulé les Controverses. Ils sont au nombe de quatre :

1° « Le mouvement est impossible, parce que ce qui est en mouvement doit traverser le milieu avant d'arriver au but (ce qui ne peut pas avoir lieu là où il n'y a pas de continuité et où chaque point se divise à l'infini). »

2° « Le mouvement n'existe pas; car ce qui court le plus vite ne peut jamais atteindre ce qui court le plus lentement. En effet, il faudrait que celui qui poursuit fût déjà arrivé au point d'où l'autre part (ce qui ne peut pas être avec la divisibilité infinie et la discontinuité de l'espace, qui met toujours un infiniment petit entre les deux coureurs). » C'est cet argument qu'on a appelé l'Achille ; car il suppose qu'Achille aux pieds légers ne peut jamais atteindre la lourde tortue.

3° « Le mouvement est identique au non-mouvement (au repos). En effet, tout mouvement a lieu dans un espace qui lui est égal c'est-à-dire où il a lieu au moment où il existe; donc, comme on est toujours là où l'on est, la flèche est toujours en repos quand elle est en mouvement (car elle n'est jamais où elle n'est point). »

4° « Le mouvement conduit a l'absurde. Supposez deux corps égaux entre eux; mus dans un espace donné et dans une direction opposée et avec la même vitesse; supposez que l'un part de l'extrémité de l'espace donné, l'autre du milieu (comme l'un n'aura parcouru que la moitié de l'espace quand l'autre l'aura parcouru entièrement, le même espace sera parcouru par deux corps égaux et d'égale vitesse dans un temps inégal), il en résulte qu'une moitié du temps paraît égale au double. »

Outre ces quatre arguments principaux, il y en avait d'autres également rapportés par Aristote; par exemple celui-ci : tout mouvement est changement ; or, changer, c'est n'être ni ce qu'on était, ni ce qu'on sera; donc ce qui change n'est pas, ou le changement, par conséquent le mouvement, n'a lieu dans rien.

C'est, dit-on, en entendant ces objections contre le mouvement, que Diogène le Cynique, pour toute réponse, se mit à marcher. Mais cette réponse n'en est pas une; car Zénon s'adressait à un système qui, niant toute unité et ne reconnaissant que des choses multiples et divisibles, était forcé de nier aussi la continuité de l'espace et du temps. Zénon élevait aussi contre l'espace une objection directe, également tirée de l'idée de pluralité. 

« L'espace, disait-il, est le lieu des corps; mais dans quel espace est l'espace lui-même?-»
Il fallait répondre : dans un autre espace, et celui-ci dans un autre encore, et toujours ainsi jusqu'à l'infini. La conclusion était que la pluralité est impossible et qu'il n'y a que l'unité.

C'est cette dialectique, et son habileté à mettre ses adversaires en contradiction avec eux-mêmes, qui ont fait passer Zénon, aux yeux de quelques-uns, pour le premier représentant du scepticisme; mais Zénon sceptique ne serait pas le disciple de Parménide. Platon ne dirait pas que ses écrits étaient une défense de la doctrine de son maître. 

Quant à la physique que lui attribue Diogène Laërce (liv. IX, § 30), elle est la même que celle de Parménide, et repose sur le même principe, sur l'opinion ou les apparences contradictoires des sens. Elle nous montre les contraires, le chaud et le froid, le sec et l'humide, comme les principes de toutes choses. (F).

Zénon de Cittium. - Fondateur du stoïcisme, né à Citium (Chypre) vers l'an 360 av. J.-C. état fils d'un riche marchand, et se livra d'abord lui-même au commerce; mais il y renonça après avoir éprouvé une perte considérable. Entrant par hasard chez un libraire d'Athènes, il y rencontra les Mémoires de Xénophon sur Socrate, et conçut dès lors un goût si vif pour la philosophie qu'il voulut s'y livrer tout entier. Il entendit le cynique- Cratès, le mégarique Stilpon, les Académiciens- Xénocrate et Polémon, puis se fit un système propre, et, vers l'âge de 40 ans (300 av. J.-C.), ouvrit une école sous un célèbre Portique d'Athènes, le Pécile : c'est delà que cette école est nommée le Portique ou École stoïcienne (du grec stoa, portique). L'éclat de ses leçons, l'élévation de sa morale, et plus encore les beaux exemples qu'il offrait dans sa conduite attirèrent auprès de lui de nombreux disciples : on comptait parmi ses auditeurs Antigone Gonatas, roi de Macédoine. Il mourut dans une extrême vieillesse, entouré de la vénération universelle, vers 263 av. J.-C.

Zénon s'était surtout proposé de rétablir dans toute leur autorité la vertu, ébranlée par les Épicuriens, et la vérité, attaquée par les Sceptiques. Il divise la science en 3 parties : Logique, Physiologie (science de la nature) et Morale; mais chez lui les deux premières ne font guère que préparer à la troisième. Dans la Logique, il s'attache surtout à déterminer le criterium de la vérité : il le place dans les perceptions des sens approuvées par la raison, et proclame que toutes nos idées ont leur première source dans les sens : Nihil est in intellectu quia, prius fuerit in sensu. Dans la Science de la nature, il distingue, pour le monde comme pour l'homme deux principes : l'un passif, la matière, le corps; l'autre actif et de la raison. En Morale, il prescrit de se conformer à ce même ordre, qui est la loi de Dieu, et donne pour règle de suivre la nature (sequi naturam) ou la droite raison. Il n'admet d'autre bien que la vertu, d'autre mal que le vice, et trace du vrai sage un portrait idéal qui le place presque au-dessus de l'humanité : il le proclame seul libre, seul riche, seul beau, seul heureux, tombant ainsi dans d'insoutenables paradoxes; il condamne toutes les passions comme autant de faiblesses et de maladies de l'âme, recommandant une insensibilité contre nature, une vertu farouche et pleine d'obstentation. Il n'admettait pas l'immortalité individuelle de l'âme et semblait absorber Dieu dans le monde.

On ne possède auj. que les titres de quelques-uns de ses ouvrages : De la Vie selon la nature, du Devoir, de la Nature humaine, des Passions, des Mots, etc. On ne connaît ses opinions que par les écrits de Cicéron (Questions académiques, des Biens et des Maux, des Devoirs, Paradoxes, etc.), de Sénèque, de Plutarque, et de Diogène Laërce, qui a donné sa Vie.



Jean Hurtado, Zénon, le philosophe aux origines du stoïcisme, Favre Sa, 2011. - Fils d'un marchand phénicien, Zénon naît à Chypre en 333 avant J-C et développe dès son jeune âge un intérêt marqué pour la philosophie, notamment la pensée de Socrate. Il étudie également la ligne des cyniques (anticonformisme et désinvolture, incarnés par Diogène) puis, à l'âge de 38 ans, fonde sa propre école à Athènes : le stoïcisme. Il est vite très apprécié dans la cité. En 262 avant J-C, Athènes est annexée par Antigone Gonatas. Zénon est honoré comme le plus grand des philosophes quelques mois avant sa mort, on lui élève même une statue de bronze. Aucun de ses ouvrages ne nous est parvenu directement, nous ne connaissons les fondements de son école qu'à travers les écrits de ses disciples, parmi lesquels Cléanthe et Cicéron. Zénon, tout comme un autre philosophe connu aux idées très différentes, Epicure, ont tout deux vécu une période troublée de l'histoire de la Grèce qui amorçait son déclin à mesure que la Macédoine d'Alexandre le grand conquérait le monde antique. Ils ont proposé, chacun à sa façon, une philosophie adaptée aux hommes désorientés de ce temps : le premier, Zénon, en leur révélant un dieu unique miséricordieux, le
deuxième en prônant un pacifisme prudent. Ces deux philosophes sont plus actuels qu'il ne paraît. Zénon, le grand consolateur, est toujours parmi nous et son esprit s'incarne également dans le christianisme naissant jusqu'à aujourd'hui. 
Zénon de Sidon est  philosophe épicurien, disciple d'Apollodore, qui fut le plus illustre et le plus habile de sa secte, au temps de Cicéron, qui avait suivi ses leçons à Athènes et qui en parle plusieurs fois avec admiration (de Natura Deorum, lib. I, c. xxi, XXXIII, xxxIv; Tuscul. Quaest.,lib. III; c. xvii; de Finibus bon. et mal., lib. I, c. v; Epist. ad Atticum, lib. V, ep. xi).

Au témoignage du philosophe romain, Zénon avait dans son enseignement de hautes qualités d'éloquence, mais il y mêlait trop volontiers la rudesse des invectives, et les jardins d'Épicure donnaient quelquefois le spectacle d'étranges scandales. Ses doctrines ne paraissent pas avoir sensiblement différé de celles du maître; la définition qu'il donne du bonheur (Tuscul. Quaest., ubi supra) résume avec une précision remarquable l'esprit même de la théorie épicurienne sur ce sujet. 

Les papyrus découverts à Herculanum  ont  fourni quelques fragments de ses controverses avec les stoïciens sur la nature des dieux, et permettent de signaler les titres de deux de ses ouvrages, dont Philodème avait laissé des extraits; ce sont: 1° les Mœurs et les Vices (probablement des philosophes); 2° les Leçons ou Cours (de philosophie, sans doute). (E.E.).

Zénon. - Empereur romain d'Orient (474-91), né en 426, mort le 9 avril 491. Isaurien du nom de Traskalissaeos, il épousa Ariadne, fille de l'empereur Léon Ier, fut promu patrice, commandant de la garde et de l'armée d'Asie et reçut alors le nom de Zénon. A la mort de son beau-père, il exerça la régence (janvier - novembre 474) au nom de son fils Léon, à la mort duquel il fut lui-même proclamé empereur. Les gens de Constantinople insurgés contre lui proclamèrent Basiliscos (475); Zénon sortit de la capitale, mais finit par l'emporter avec l'aide des Ostrogoths (477). Il eut de fréquents dissentiments avec ces redoutables auxiliaires, jusqu'au jour où il s'entendit avec leur roi Théodoric pour les expédier à la conquête de l'Italie. Il eut moins de succès dans les querelles religieuses; son édit d'union, l'Henoticon, ne put réconcilier monophysites et orthodoxes; ses généraux Illos et Leontios révoltés en Cilicie et Syrie furent cependant domptés (484-88).
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