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Opinion.
- Dans la philosophie ancienne, à
partir de Socrate, l'opinion s'opposait à
la
science. Elles représentaient les deux
formes, l'une parfaite, l'autre imparfaite, de la connaissance
humaine. Connaître par Ies sens des faits
accidentels
et incohérents dont on ignore la nature et la cause,
voilà l'opinion; connaître par la raison
un système de lois
dont on comprend les rapports et la nécessité,
voilà la science. Chez les modernes, l'opinion est considérée
comme l'ut des « trois degrés de l'assentiment»,
ainsi que le dit Bossuet, les deux autres étant
la certitude et le doute.
Elle s'intercale entre l'un et l'autre, emplissant tout l'intervalle de
ses innombrables degrés. En ce sens, l'opinion c'est la croyance,
ou tout au moins la croyance probable qui peut devenir extrêmement
voisine, soit du doute, soit de la certitude. Elle oscille en effet, selon
que les raisons de croire l'emportent plus ou moins en nombre et en valeur
sur les raisons de ne pas croire, étant fondée sur la probabilité
et non, comme la certitude, sur l'évidence.
Kant
expose ainsi ses idées sur l'opinion (Critique de la raison pure,
Méthodologie transcendantale, 1978, trad. Tissot, t. II,
p. 406) :
«
La croyance présente les trois degrés suivants : l'opinion,
la foi et la science. L'opinion est nue croyance estimée avec conscience
insuffisante, tant subjectivement qu'objectivement. Si la croyance n'est
suffisante que subjectivement, et qu'elle soit en même temps regardée
comme objective-ment insuffisante, alors elle s'appelle foi. Enfin, si
la croyance vaut subjectivement et objectivement, elle s'appelle science.
»
Kant fait remarquer
que l'opinion elle-même suppose mn certain degré de science
ou de certitude : ce qui réfute indirectement le probabilisme,
d'après lequel nous ne pouvons avoir que des probabilités
et jamais de certitude, Il déclare qu'il n'est pas permis d'opiner
dans les jugements par raison
pure : il est absurde, dit-il, d'opiner en mathématiques
pures ; là il faut ou savoir on s'abstenir de tort jugement. Le
plus sûr moyen, selon lui, de distinguer l'opinion de la certitude
on même de la foi, la «pierre de touche», c'est
le pari.
«
Souvent il arrive que quelqu'un affirme ce qu'il dit, d'un ton si confiant
et si imperturbable qu'il semble avoir déposé toute crainte
d'erreur. Un pari cependant l'embarrasse. Quelquefois, à la vérité,
il montre assez de persuasion pourqu'on puisse l'estimer un ducat mais
non pas dix. Car il ou mettra bien un en jeu, mais s'il s'agit d'en mettre
dix, il re-marquera à la fin ce qu'il n'avait pas remarqué
d'abord, savoir qu'il est cependant possible qu'il ait tort. »
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