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Paul ou l'apôtre des Gentils, l'une des personnalités
les plus éminentes du christianisme à ses dé buts;
l'on peut essayer de reconstituer son oeuvre au moyen des livres du Nouveau
Testament Né à Tarse en Cilicie « Saül, disent les Actes des ApôtresA la suite de cette apparition, Saul, dit Paul, aurait été instruit dans la doctrine chrétienne par les disciples de Jésus eux-mêmes, qu'il s'était proposé de malmener. Paul, dans l'Epître aux Galates, se contente d'une allusion très sobre aux circonstances de sa «-Conversion » ; il s'exprime ainsi : « Lorsque Celui qui m'avait choisi dès le sein de ma mère et qui m'a appelé par sa grâce, jugea à propos de me révéler intérieurement son fils afin que je l'annonçasse parmi les païens, etc. ».Comme tous les mystiques, saint Paul se considère comme ayant été l'objet d'une démarche particulière de la divinité, le désignant pour son apostolat. C'est une manière adroite - l'histoire des grands mouvements religieux nous en présente maint exemple - d'affirmer son originalité, de décliner l'intervention d'un « maître » dont on se déclarerait l'humble disciple. Saint Paul ne reconnaît d'autre initiateur que Dieu. « Une de ses affirmations les plus constantes, dit un théologien protestant, A. Sabatier, c'est qu'il ne tient son évangile d'aucun homme, mais de la révélation directe de Jésus-Christ à son âme, qu'il est apôtre non par la volonté des hommes, mais par celle du Christ et du Père; aussi, pour entrer dans sa nouvelle carrière, n'a-t-il eu souci ni besoin de consulter la chair et le sang, c.-à-d. les Douze ou ceux qui avaient vu le Seigneur durant sa vie terrestre; il a trouvé en lui-même ou, pour mieux dire, dans la grâce de Dieu qui l'appelait à ce ministère, la force et l'autorité de l'accomplir avec une pleine effiicacité et vertu. - On peut voir par là quel sens il faut attribuer à cette expression « mon Evangile », qui revient si souvent sous la plume de l'apôtre. Il ne s'agit point d'un système de théologie, élaboré par son nie, mais d'une vérité qui lui a été donnée par Dieu avec mission de la prêcher. C'est la révélation qu'il a reçue dans sa conversion, et qu'il appelle sienne, parce quelle est pleinement indépendante du témoignage des autres apôtres et subsiste en dehors d'eux. »L'apôtre Paul nous apparaît ainsi comme une nature entière et jalouse; venu au christianisme après les autres apôtres, il affecte de méconnaître la supériorité que constituait en leur faveur la circonstance d'une désignation directe par Jésus; il affirme, non sans quelque infatuation, que la « théophanie » ou « christophanie » dont il a été honoré lui-même, le met sur le même pied que ceux-ci. C'est certainement à ces prétentions excessives, maintenues avec une roideur voulue, à cette « intransigeance », qu'il faut faire remonter l'origine des conflits violents où saint Paul se trouve constamment engagé. L'âpreté qu'il apporte dans la défense de ses prérogatives envenime les dissidences secondaires et fait de la vie de ce remarquable homme d'action une succession de crises pénibles. S'il a servi puissamment la cause du christianisme naissant, il a contribué, d'autre part, à engager la secte nouvelle dans la voie des polémiques personnelles et des discussions dogmatiques. Saint Paul émet de bonne heure la prétention de poursuivre son apostolat, sans contrôle aucun de la part du premier groupe des disciples de Jésus, sur le terrain de la propagande chez les «-païens-», c.-à-d. chez les païens judaïsants, en laissant aux Douze le soin de conquérir à leur cause les juifs proprement dits. Ses affirmations à cet égard, notamment la déclaration bien connue : « L'évangélisation des incirconcis m'a été confiée, comme celle des circoncis a été confiée à Pierre, attendu que celui qui a fait de Pierre l'apôtre des circoncis a fait également de moi l'apôtre des Gentils »,se heurtent visiblement à la vieille tradition qui répartit l'évangélisation du monde païen entre les douze apôtres au lendemain de l'Ascension de Jésus et notamment à la déclaration de l'Évangile selon saint Matthieu « Allez et, instruisez toutes les nations en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».Il est très remarquable que les chefs de la Réforme protestante aient adopté saint Paul pour leur patron; forts de son exemple, ils battent en brèche la tradition et la hiérarchie en s'appuyant sur des révélations directes. Si l'on place la « conversion » de saint Paul en l'an 35 de l'ère chrétienne, voici quels seront les éléments probables de sa biographie, d'après Sabatier. - Sa carrière apostolique aurait duré une trentaine d'années, que l'on peut répartir entre trois périodes. Première période essentiellement
missionnaire, de l'an 35 à l'an 52 : 35, conversion de Paul; 38,
premier voyage à Jérusalem Deuxième période, les grandes
luttes et les grandes épîtres Troisième période, la Captivité,
de l'an 58 à date inconnue : 58-60, captivité de Cesarée « La première période de l'apostolat de Paul, dit Sabatier, qui dura dix-sept ans et qui nous est la plus mal connue, fut surtout remplie par des travaux missionnaires. Il conquiert alors parmi les païens le théâtre sur lequel nous le trouvons plus tard établi et où il pourra lutter d'une façon triomphante contre les intrigues des judaïsants. Cette première prédication ne devait pas ressembler à sa polémique. Les récits de la mort et de la vie de Jésus, les preuves de sa résurrection, sa propre conversion apportée en témoignage et surtout es longs développements des preuves scripturaires devaient en faire le fonds habituel. »L'importante ville d'Antioche « Paul a ici élu domicile, dit Sabatier. Antioche sera désormais pour toutes ses courses missionnaires son point de départ et son point d'arrivée. Ainsi se formaient dans l'Eglise primitive comme deux mondes, ayant chacun sa capitale et ses représentants : le monde judéo-chrétien et le monde pagano-chrétien. »Alors se pose la grosse question du maintien ou de l'abrogation de la loi mosaïque. En prêchant le « salut» uniquement par la foi en la mort et en la résurrection de Jésus-Messie, l'ardent missionnaire ne compromettait-il pas le judaïsme? Quelques-uns proclamaient la nécessité de la circoncision; pour participer aux bienfaits du christianisme, fallait-il nécessairement passer par le judaïsme avec toutes ses exigences, ou pouvait-on se contenter d'un minimum d'observances? C'est la question qui fut portée devant la réunion assez improprement dénommée « Concile de Jérusalem « en somme, la conférence de Jérusalem(
Saint Paul. Y avait-il, en réalité, une « contradiction de principes » entre les Douze, représentants officiels de la première pensée chrétienne et le fougueux missionnaire qui, venu le dernier, se refusait à s'incliner sous la règle commune? Je me permets d'en douter. La condamnation elle-même de Jésus paraît inexplicable s'il, ne s'est pas heurté aux institutions traditionnelles du judaïsme; lorsqu'on prétend nous représenter les douze apôtres et leurs adhérents comme les plus scrupuleux observateurs de la loi mosaïque, on semble moins soucieux de traduire exactement les faits que de dresser un acte d'accusation contre les Juifs qui ont refusé de reconnaître le Messie dans la personne de Jésus de Nazareth. Le diacre Etienne, au supplice duquel Paul, encore jeune, applaudissait, s'était déjà engagé dans la voie libérale; il ne parle pas autrement que ne devait faire par la suite l'apôtre des Gentils. Les Actes des Apôtres « Dans ses heures de crainte, Paul se demandait s'il n'avait pas excédé (dans ses communications) la mesure de la prudence et de la charité. Son éloquence et son autorité, une fois de plus, l'emportèrent. C'est dans l'émotion toute vibrante encore de son âme qu'il dicta notre seconde épitre aux Corinthiens, dont les premiers chapitres sont comme lui client de délivrance et les derniers comme les éclats d'une triomphante ironie. C'est de cette lettre que, la personnalité de l'apôtre se dégage le mieux dans toute son originalité et avec ses dramatiques contrastes de force intérieure et de faiblesse physique, de vigueur d'esprit et de tendresse d'âme, de sensibilité irritable et d'héroïsme moral. »La dernière partie de la vie de saint Paul se perd dans les ténèbres. Le livre des Actes des Apôtres |
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© Serge Jodra, 2007. - Reproduction interdite.