Les gens

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Posidonius, philosophe stoïcien, né à Apamée, en Syrie, en 135 (ou 133?), mort à Rhodes en 51 (ou 49?) av. J.-C. Il suivit les leçons de Panætius à Athènes, puis voyagea en Espagne, en Italie, en Sicile, en Dalmatie, en Illyrie, dans la Gaule Narbonnaise et en Ligurie, avant de se fixer vers 102 à Rhodes, où il se fit recevoir citoyen, et y ouvrit une école et professa avec un tel éclat que les étrangers  les plus distingués venaient l'écouter  Il compta dans le nombre Pompée et Cicéron. On raconte que Pompée (Tusc., Il, ch. XXV) étant venu à Rhodes pour l'entendre, le philosophe qui souffrait alors de la goutte voulut néanmoins faire sa leçon habituelle la douleur le forçant à s'interrompre, il s'écria, fidèle à un des dogmes de sa secte : 
"Ô douleur ! tu as beau me faire souffrir, 
tu ne me réduiras point à convenir que tu sois un mal. " 
Il professait du reste un stoïcisme mitigé par un sage éclectisme. Cicéron utilisa son enseignement, peut-être ses ouvrages, dans le De Natura Deorum, le De Fato, etc. 

Strabon vante son érudition; Galien, sa science. Il avait fait de longs voyages et écrit sur la géographie et sur l'astronomie, sur l'histoire, sur l'histoire naturelle et la géométrie. Ainsi il avait combattu l'opinion épicurienne que la grandeur réelle du Soleil n'est pas autre que sa grandeur apparente. Pour lui, la grandeur apparente des astres dépend du milieu à travers lequel nous les voyons; le diamètre du Soleil, calculé d'après des observations faites à Syène, serait d'environ 150 000 lieues. Son système astronomique a été exposé par Cicéron (N. D., II) : il fait l'année de 365 jours 1/4, explique les phases de la Lune, les mouvements des étoiles errantes (planètes), la grande révolution et la grande année; il soupçonne peut-être la précession des équinoxes et rend compte des marées par l'action des astres. 

L'astronomie de Posidonius - Cléomède, Strabon et Pline nous représentent Posidonius comme un astronome habile, qui avait entrepris de mesurer la grandeur de la Terre et la distance de celle-ci au Soleil. A cet effet, il avait observé qu'à Rhodes la brillante étoile Canopus (étoile du ciel austral, dans la constellation de la Carène) ne faisait que raser l'horizon, au lieu qu'à Alexandrie elle s'élevait jusqu'à la quarante-huitième partie de la circonférence ou à sept degrés et demi. Il concluait de là que la distance d'Alexandrie à Rhodes était de sept degrés et demi (de latitude); puis il évalua leur distance directe, en plaçant ces deux villes sous le même méridien (ce qui était une erreur), à 5000 stades, d'où il portait la circonférence entière de la Terre à 240 000 stades. [180 000 stades, selon Bouillet]. Ce n'était là qu'une simple approximation; car, indépendamment de l'erreur de longitude, la distance de Rhodes à Alexandrie ne pouvait guère être exacte; enfin, les phénomènes de réfraction, dont il aurait fallu tenir compte, étaient encore à découvrir. Mais, comme pour l'approximation donnée par Eratosthène, c'était un précieux indice de méthode à perfectionner. Il donnait par ailleurs à l'atmosphère 40 stades de profondeur, à la Lune une distance de 2 millions de stades au Soleil une distance de 500 millions.
Pour expliquer les phénomènes de la marée, Posidonius supposa, l'un des premiers, que les mouvements de l'Océan suivent ceux du ciel, et qu'ils ont des périodes diurnes, mensuelles et annuelles comme la Lune. Il avait aussi construit une sphère céleste, représentant le mouvement général et le mouvement propre des astres. (Hoefer, 1873).
A l'imitation d'Archimède, il construit une sphère céleste, dont s'occuperont beaucoup les scolastiques du Moyen âge, notamment Gerbert. En philosophie, il peut être rapproché de son maître Panétius et de son contemporain Antiochus d'Ascalon. Sans doute, Posidonius revient au stoïcisme, en acceptant la divination et probablement aussi la combustion finale de l'univers; mais l'ensemble de sa doctrine n'est guère stoïcien. Il met la morale en tête de la philosophie et se préoccupe de la forme, négligée par les stoïciens : c'est un orateur en même temps qu'un philosophe. Non seulement il suit souvent Aristote en physique, mais il s'en rapproche encore en rattachant les mathématiques et la géographie à la philosophie, en niant ainsi toute distinction entre la science et la philosophie. Platon est pour lui «un homme divin»; il commente le Timée, peut-être le Parménide (Proclus in Parm., VI., IV, 25). Il estime Pythagore et même Démocrite, que dédaignaient les premiers stoïciens; il répond aux objections des pyrrhoniens, tirées de l'opposition des systèmes, en mettant en lumière leurs affirmations communes. Il n'admet pas, comme les stoïciens; l'infinité du vide : mais c'est surtout en psychologie qu'il s'en éloigne pour se rapprocher de Platon : il nie que l'irrationnel et la passion dérivent de la raison; il reprend la division platonicienne de l'âme, nous, thumos, epithumia, et soutient, contre Chrysippe, que les passions ne sont pas des jugements, mais les mouvements des facultés irrationnelles de l'âme - en quoi il pense être d'accord avec Zénon et Cléanthe -. Ces trois pouvoirs ne sont pas d'ailleurs des parties différentes de l'âme, mais dérivent tous d'une même puissance, placée dans le cœur. Les êtres immobiles - ce qui rappelle Aristote - n'ont que l'epithymia; les animaux ont, en outre, le thymos; l'homme seul a les trois pouvoirs, dont la réunion forme l'âme. Posidonius est donc un éclectique, par qui le platonisme et le péripatétisme entrent dans le Portique; comme, par Antiochus, le Portique entre dans l'Académie. Comme Antiochos encore, il tient grand compte des autorités et s'attache de préférence aux plus anciennes. Il est ainsi un précurseur pour les chrétiens de Rome et du Moyen âge. (François Picavet / Bouillet).

Ajoutons qu'il  fut envoyé à Rome comme ambassadeur par les Rhodiens en 84 et y reçut le meilleur accueil.



Anciennes éditions - Il avait composé plusieurs ouvrages, entre autres des traités sur la Divination, sur le Destin, sur la Nature des Dieux, que Cicéron a imités, mais qui ne nous sont pas parvenus. Il avait aussi écrit sur l'histoire des ouvrages qui sont également perdus. James Bake, a publié Posidonii Rhodii reliquiae, accedit Wytlenbachii annotatio; Leyde, 1810 in-8 (cf. Müller Fragm. hist. Graec.; Paris, 1819, p. 215). Ses fragments historiques se trouvent dans le t. III des Historic. græc. fragm. de la collection Didot.

Delambre, Histoire de l'astronomie ancienne (Emprunts de Cléomède et de Strabon à Posodonius. - Ed. Zeller, Die Philos. der Griechen, IV. pp..572 et suiv. - A. Dyroff, Die Etik der atten stoa; Berlin, 1897. - Thiaucourt, Essai sur les traités philosophiques de Cicéron; Paris, 1885.


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