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Péché

Les religions appellent péchés les transgressions à la loi divine. Sur cette matière, nous estimons devoir nous borner à énoncer très sommairement et à coordonner les principaux points de la doctrine des théologiens catholiques. Ils considèrent le péché tantôt comme un état qui vicie la volonté humaine, en la privant de la conformité qu'elle doit avoir avec la raison et la loi éternelle, tantôt comme un fait délictueux. A ce dernier point de vue, il convient de noter que Dieu a donné sa loi aux humains, soit en l'imprimant directement dans leur conscience, soit en l'exprimant formellement dans ses commandements et dans les ordonnances de l'Eglise, qu'il a instituées avec pouvoir de légiférer en son nom. Peu importe la forme sous laquelle la loi divine est présentée, toute transgression consciente de cette loi est un péché. Le péché est commis par action, lorsqu'on fait ce que Dieu défend; il est commis par omission, lorsqu'on ne fait pas ce qu'il commande. Le péché par action résulte non seulement de faits manifestes : actes proprement dits ou paroles, mais aussi des projets, des désirs et des regrets contraires à la volonté de Dieu, et même des regards, des pensées et des souvenirs arrêtés complaisamment sur des objets prohibés : delectatio morosa. L'ignorance n'est une excuse que lorsqu'elle n'est imputable à aucune négligence.

Les Effets généraux du péché sont : 

1° La corruption de la nature, provenant de ce que tout péché commis diminue, chez l'humain, l'inclination vers la vertu, et augmente le penchant vers le mal; 

2° la tache que les théologiens appellent reatus culpae, laquelle est une difformité habituelle que le péché produit dans l'âme : plus ou moins grande, selon la grièveté du péché; 

3° l'obligation de subir la peine due au péché, reatus paenae. 

Sous ce dernier rapport, on distingue le péché mortel et le péché véniel. La peine est éternelle pour le Péché mortel, s'il n'a pas été remis par le sacrement de pénitence ou, en cas d'empêchement, par une contrition parfaite. II a reçu ce nom parce qu'il donne la mort spirituelle à l'âme, en la privant de la grâce et de l'esprit de Dieu, qui sont la vie de l'âme. On doit tenir pour mortels tous les péchés que les saints Pères, d'un commun consentement, ont regardés comme tels. Ils ont été classés en sept genres appelés Péchés capitaux : Orgueil, Avarice, Luxure, Gourmandise, Envie, Colère, Paresse. Le Péché véniel (du mot latin venia) est ainsi nommé parce que, étant léger, il est pardonnable. Il ne bannit du coeur du pécheur ni la grâce ni la charité; et il ne détruit pas le rapport que l'humain doit avoir à Dieu, comme à sa fin naturelle. Il n'est puni que d'une peine temporaire. On peut l'expier en ce monde par les bonnes oeuvres et des actes de contrition et d'amour. S'il en reste à expier, au moment de la mort, ils sont expiés dans le Purgatoire. La répétition et les circonstances peuvent rendre mortel un péché qui, dans d'autres conditions, ne serait que véniel. C'est pourquoi il est nécessaire que le pénitent énonce, et que le confesseur se fasse indiquer les circonstances qui tantôt atténuent et tantôt aggravent les péchés. Elles sont énumérées dans ce vers technique
Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando.
En ce qui concerne la personne à qui il est imputé, le péché est actuel, lorsqu'il résulte d'une action ou d'une omission commise par elle; il est dit originel, si cette personne en est tenue pour coupable, dès sa naissance ou plutôt dès sa conception, avant qu'elle soit capable d'aucun acte, d'aucune parole ou même d'aucune pensée : mais parle seul effet de sa descendance d'Adam. Sur cette question du péché originel, si troublante pour les catholiques romains, voici les termes mêmes du décret du concile de Trente (Ve session) : 
« Si quelqu'un soutient que la prévarication d'Adam n'a été préjudiciable qu'à lui seul et non pas à sa postérité; et que ce n'a été que pour lui, non aussi pour nous, qu'il a perdu la sainteté et la justice qu'il avait reçues, et dont il a été déchu; - ou bien qu'étant souillé personnellement par le péché de désobéissance, il n'a communiqué et transmis à tout le genre humain que la mort et les peines du corps, et non pas le péché, qui est la mort de l'âme, non autem et peccatum, quod est mors animae, qu'il soit anathème », et dans les anathèmes suivants : « Ce péché est un dans sa source et, transmis à tous par la génération et non par imitation, il devient propre à chacun. [...] Même les petits enfants, qui n'ont encore pu commettre aucun péché personnel, sont pourtant véritablement baptisés pour la rémission des péchés, afin que ce qu'ils ont contracté par la génération soit lavé en eux par la renaissance. » 
Comme conséquence du péché originel, saint Augustin, après avoir varié sur ce point, finit par professer que les enfants morts sans baptême, non seulement sont privés de la gloire céleste, mais que, comme il n'y a aucun terme moyen entre la félicité et la condamnation, ils sont damnés éternellement, quoique soumis à de moindres tourments, damnatio mitissima et tolerabilior (Epist., 186, 27). Son autorité imposa cette opinion à l'Eglise d'Occident. Cependant, saint Thomas d'Aquin réussit à procurer à ces petits pêcheurs une condition plus clémente, en les plaçant dans les limbes.
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Le Péché originel. (Sculpture des stalles de l'église de Saint-Bertrand de Comminges).
© Photo : Serge. Jodra, 2013.

Les Pères de l'Église grecque n'admettaient pas le péché originel, c'est pourquoi Grégoire de Nysse, Chrysostome, Théodoret et d'autres déclarent que le baptême des petits enfants n'a pas pour but la rémission des péchés, mais d'autres effets, tels que la collation du droit à l'adoption divine, en vertu de laquelle on devient cohéritier du Christ.

Les théologiens protestants disent que le texte de saint Paul, cité par le concile de Trente, d'après saint Augustin, pour justifier l'imputation du péché d'Adam à toute la descendance humaine, contient une traduction inexacte des paroles de  cet apôtre. Le concile lui fait dire : Per unum hominem peccatum intravit in mundum et per peccatum mors; et ita in omnes mors pertransivit, in quo omnes peccaverunt, c.-à-d. Tous péchèrent en lui (Rom., V, 12). En réalité, saint Paul a écrit : eph ô pantes emarton, parce que tous ont péché, ce qui exprime bien l'idée d'une imitation générale, mais non d'une culpabilité constitutionnelle résultant de la génération. L'Eglise grecque, qui lit les épîtres de saint Paul dans la langue dont il s'est servi pour les écrire, l'a toujours compris ainsi. En outre, à la prétendue réprobation des enfants morts sans avoir été baptisés, les mêmes théologiens opposent les paroles de Jésus-Christ, reprenant les disciples qui écartaient de lui les petits enfants, et leur disant : 

« Le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. » (Ev. S. Matthieu, XIX, 14).
Or les enfants dont il s'agissait n'avaient pas été baptisés, puisque le baptême n'avait point encore été institué alors. 

Pour matières connexes à la question du péché originel, V. Pélage, Traducianisme, et pour le privilège qui exempta la Vierge de ce péché.

La plupart des livres de théologie morale et tous les traités spéciaux destinés à guider les confesseurs s'étendent longuement, pour ne pas dire complaisament, sur le péché contre nature. Ce nom recèle beaucoup de chose, que les confesseurs sont supposés expliquer à leurs pénitents, notamment aux jeunes mariées, afin de les empêcher de pécher par ignorance. Nous les présentons sous les voiles du latin scolastique, et nous en empruntons l'expression au plus sobre des théologiens, saint Thomas d'Aquin (II, 2, qu. 254, art. l2) : 

Vitium contra naturam consistit circa actus ex quibus non potest generatio sequi :
1° Uno quidem modo, si absque omni concubitu, causa delectationis venereae, pollutio procuratur, quod pertinet ad peccatum immunditiae.

2° Alio modo, si fiat per concubitum, ad rem non ejusdem speciei, quod vocatur bestialitas. 

3° Si per concubitum ad non debitum sexum, puta masculi ad masculum, vel faeminae ad faeminam, ut Apostolus dicit ad Rom. I, quod dicitur sodomiticum vitium. 

4° Si non servetur naturalis modus concubendi, aut quantum ad instrumentum, aut vas, non debitum, aut quantum ad alios monstruosos et bestiales concubendi modos. 

On lit dans le Dictionnaire théologique (Paris, 1751, in-12, p. 463), qu'à l'égard de la quatrième manière de pécher contra naturam
« les théologiens remarquent que les personnes mariées sont en danger d'y tomber, si elles n'y prennent garde; et que pour éviter d'offenser Dieu par surprise ou par ignorance, elles doivent s'instruire une bonne fois de ce qui est précisément permis dans l'usage du mariage, et de ce qui ne l'est pas [...] ils renvoient sur ce sujet les confesseurs au Pontifical romain, c. XX, sess., 7, 8... et pour les détails, aux casuistes qui ont traité en latin cette matière si délicate. » 
Parmi ces casuistes, quelques-uns semblent avoir été dotés d'une impressionnante expérience ou d'une imagination prodigieusement féconde. Presque tous font preuve d'ingénieuse subtilité. Des esprits inquiets prétendent que le confessionnal prend l'âme de la femme, et ne laisse à son mari que la dot et le corps. Peut-être, s'ils connaissaient bien cette littérature, pourraient-ils ajouter que même la possession du corps est mesurée et réglementée par le confesseur; et apercevoir qu'elle déflore le bénéfice de ce qu'elle permet, par les investigations et les confidences qui doivent le distinguer de ce qu'elle défend. 

On appelle Péché philosophique l'opinion de ceux qui soutiennent que le défaut de connaissance de Dieu ou de la pensée actuelle ou habituelle de Dieu supprime, sinon le méfait, au moins le péché. Suivant eux, il est vrai que les infidèles et les gens abrutis commettent un mal moral quand ils violent la loi divine, et qu'ils agissent contre la raison: mais ils ne commettent point une offense de Dieu, puisqu'ils n'ont point l'intention de l'offenser et qu'ils ne pensent même pas à lui. Cette opinion a été condamnée par le pape Alexandre VIII (24 août 1690) et par le clergé de France, en son assemblée de 1700. (E. H. Vollet).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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