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| Les sens |
On
donne le nom de sens à des fonctions variées de l'intelligence
appliquée à la connaissance
des objets extérieurs. La distinction des
sens est motivée d'un côté par les différences
spécifiques des sensations, de l'autre
par celle des appareils organiques qui servent d'intermédiaires
entre les corps et l'intelligence. Aussi, malgré
quelques tentatives faites pour étendre ou pour abréger la
liste des sens, la division commune, fondée sur des faits positifs
et faciles à saisir, a-t-elle prévalu. Elle admet cinq sens
:
1° le tact, qui s'exerce plus ou moins confusément par toutes les parties du corps, mais qui a pour instrument spécial la main, et qui, localisé dans cet organe, prend le nom de toucher; |
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| Les
excitations sensitives.
Les fibres nerveuses ramenant au cerveau les excitations sensitives produites à la surface du corps, soit sur la peau, soit sur les organes des sens, suivent une double voie : 1° une voie principale, par la moelle, le bulbe et les pédoncules cérébraux; 2° une voie secondaire, plus détournée, par le cervelet et les pédoncules cérébelleux. Voie
sensitive principale.
Soit une excitation reçue par les organes tactiles de la peau : elle est emmenée par les fibres sensitives des nerfs rachidiens (7) qui la transmettent aux fibres sensitives de la moelle, c'est-à-cils. aux cordons postérieurs (faisceaux de Goll et de Burdach) et au faisceau latéral sensitif de Gowers (5); toutes ces fibres, une fois arrivées dans le bulbe, où elles constituent le ruban sensitif de Reil, s'accolent à la face dorsale des pédoncules cérébraux, se dirigent en avant en et arrivent partie dans les couches optiques, partie dans les corps striés (capsule interne); de là elles s'étalent en éventail vers l'écorce cérébrale et se terminent aux petites cellules pyramidales ou cellules sensitives (p) occupant la circonvolution pariétale ascendante, immédiatement en arrière du sillon de Rolando, qui est regardée comme le centre de la sensibilité tactile; ce sont ces petites cellules pyramidales de cette région qui ont la propriété de transformer les excitations reçues en sensations. |

| Fig. 1. Voie tactile centrale. - p, petites cellules pyramidales. - 2, couche optique. - 3, bulbe avec fibres postérieures entrecroisées. - 5, faisceau de Gowers. - 6, nerf bulbaire à fibres entrecroisées. - 7, racine postérieure rachidienne. |
| Or, si on note que les fibres
des cordons postérieurs de la moelle s'entre-croisent à leur
passage dans le bulbe et que celles des faisceaux latéraux sensitifs
s'entre-croisent également à leur point d'origine dans la
moelle, on arrivera à cette conclusion que la voie tactile principale
est entièrement entre-croisée; les impressions tactiles produites
sur un côté du corps sont donc perçues par la moitié
opposée du cerveau.
S'agit-il maintenant des excitations reçues par les organes des sens? Elles sont conduites au cerveau par les nerfs de ces organes. Ainsi, le nerf auditif conduit les excitations sonores reçues par l'oreille; mais ses fibres nerveuses s'entre-croisent au delà du bulbe avant d'arriver dans la couche optique (6, fig. 1) et l'ablation d'un hémisphère cérébral amène la surdité dans l'oreille opposée. S'agit-il des excitations lumineuses reçues par la rétine? Elles sont emmenées par les fibres du nerf optique dans la couche optique et de là jusqu'aux petites cellules pyramidales des lobes occipitaux; mais comme les nerfs optiques s'entre-croisent partiellement au chiasma, il en résulte que l'excitation lumineuse reçue par l'un des yeux est transmise simultanément aux deux hémisphères cérébraux. Il en est de même pour tous les autres organes sensoriels recevant leurs nerfs du bulbe, trijumeaux, pneumogastriques, glosso-pharyngiens, etc. Toutes leurs fibres sensitives s'entre-croisent dans le bulbe (6), s'accolent à la face dorsale des pédoncules cérébraux en même temps que le ruban sensitif de Reil dont elles font d'ailleurs partie, et par l'intermédiaire des couches optiques vont se mettre en rapport avec les petites cellules pyramidales de certaines régions du cerveau constituant des centres de perception. La marche de toutes ces excitations est donc encore entre-croisée comme celle des excitations tactiles. Quant aux impressions thermiques et douloureuses, on sait que les fibres sensitives des nerfs rachidiens les amènent à la substance grise de la moelle et c'est ensuite qu'elles arrivent jusqu'au cortex cérébral. Voie
sensitive secondaire ou cérébelleuse.
Les excitations sensitives amenées par les fibres sensitives des nerfs rachidiens monteraient également par le faisceau cérébelleux direct (10), l'un des cinq faisceaux dont se compose le cordon latéral de la moelle; arrivé dans le bulbe, ce faisceau se joint au pédoncule cérébelleux inférieur (7) qui se perd dans le cervelet; de là, les excitations suivent le pédoncule cérébelleux supérieur dont les libres s'entre-croisent (3), traversent les couches optiques (2) et s'étalent dans l'écorce cérébrale. Cette voie sensitive cérébelleuse est donc encore entre-croisée tout comme la voie sensitive principale. |

| Fig. 2. - Voie sensitive cérébelleuse. - 1, petites cellules pyramidales. - 2, couche optique. - 3, pédoncule cérébelleux supérieur. - 4, cervelet. 5. son noyau dentelé. - 7, pédoncule cérébelleux supérieur. - 8, bulbe. - 10, faisceau cérébelleux direct. |
| L'information transmise par
les excitations sensitives se communique de proche en proche sur tout le
trajet des fibres conductrices; et si ce trajet est interrompu en un point
quelconque, l'influx nerveux est arrêté en route; il n'arrive
plus aux cellules de l'écorce cérébrale chargée
de les percevoir. C'est ce qui se passe lorsqu'on sectionne soit le nerf,
soit la moelle, soit les couches optiques.
Le cerveau, siège de la perception des sensations, est cependant privé lui-même de toute sensibilité. L'expérience la plus intéressante que l'on possède à ce sujet est celle d'un malheureux cheval auquel on a pu enlever quelques tranches de son cerveau pendant qu'il mangeait tranquillement son avoine, sans qu'il parût incommodé par l'opération à laquelle on se livrait sur lui. |
| Donnons
du sens aux sens...
On a dit ailleurs ( Ce n'est qu'à l'extérieur que les organes des sens sont variés et séparés les uns des autres. Toutes les impressions reçues par eux doivent, pour donner lieu à un acte de l'intelligence, être transmises au cerveau. Des expériences dues aux physiologistes ont fait connaître les nerfs par lesquels s'opère la transmission des sensations à cet organe, qui fait fonction de réceptacle commun des impressions organiques. Elles ont prouvé que la sensation et la perception peuvent être également empêchées, soit par la suppression ou la maladie de l'organe extérieur, soit par l'interception de l'impression en un point quelconque de son trajet de cet organe au centre cérébral, par paralysie, section ou ligature des nerfs conducteurs. Ainsi, la cécité résulte également de la destruction de l'oeil, et, l'oeil restant intact, de la paralysie des nerfs optiques. Ce n'est pas à dire que le sens réside dans l'organe, encore moins lui soit identique. Dire que les sens sont les mains, les yeux, les oreilles, le nez, le palais, les nerfs ou le cerveau, serait le comble de l'absurdité. Mais, dans les conditions de l'existence présente, les sens ne peuvent s'appliquer à leurs objets respectifs et la perception avoir lieu que par l'intermédiaire d'organes déterminés.Les philosophes sceptiques, et ceux qui ont considéré comme une des conditions du spiritualisme le dédain de la matière et le dénigrement des fonctions où le corps est intéressé, se sont étendus avec complaisance sur ce qu'ils ont appelé les erreurs et les illusions des sens. Nos sens nous trompent est devenu on quelque sorte un des lieux communs de la philosophie. Si l'on examine de près ces prétendues erreurs, que Montaigne et Bayle, après Pyrrhon et Sextus Empiricus, et, dans un autre camp, Descartes, Huet, Malebranche, ont si ingénieusement racontées, on reconnaîtra qu'elles tiennent toutes à la précipitation de nos jugements, soit que nous jugions sur des données manifestement insuffisantes, comme quand un corps est trop mal éclairé ou trop distant pour que nous le voyions distinctement, un son trop éloigné ou trop faible pour que nous puissions l'apprécier; soit surtout que, par suite de l'habitude où nous sommes d'associer les perceptions aux sensations et de substituer les perceptions acquises aux perceptions naturelles, nous fassions, entre les fonctions des sens, une véritable confusion. C'est entre les perceptions du toucher et celles de la vue que cette confusion a lieu le plus souvent. Habitué que l'on est à juger de là distance, de l'étendue, de la forme réelles, par la perspective, l'étendue et la forme visibles, on en vient à prendre tout cela pour une seule et même chose; et lorsqu'on se trouve en réalité éloigné d'un objet qu'à le voir on avait d'abord cru très proche, ou que l'on reconnaît que ce qui avait paru de loin une petite éminence est une montagne énorme, que le béton qu'on voit brisé à son point d'immersion dans l'eau cet, en réalité, parfaitement droit, on accuse d'erreur ou le sens de la vue ou la vue et le voucher à la fois. C'est une injustice manifeste. La vue, et, en général, tous les sens, ne nous ont pas été accordés pour doubler le toucher, mais pour en compléter les données, et, au besoin, pour y suppléer. Si facile et si naturelle que soit l'association des apparences visibles avec l'idée des réalités tangibles, les données des deux sens ne sont identiques ni en elles-mêmes, ni par les impressions qu'elles produisent sur nous. L'erreur consiste donc à prendre le sine habituel pour la chose même; et ce n'est pas au sens qu'il faut l'attribuer, mais à une précipitation de jugement, qu'il dépend de nous de réprimer. A proprement parler, il ne faut pas dire que les sens nous trompent, et du même coup nous condamner toujours à l'erreur ou tout au moins au doute; mais il faut dire que nous nous trompons en usant mal des sens. Il dépend de nous d'atténuer de phis en plus nos chances d'erreur, non seulement en surveillant les opérations des sens et les jugements qui en sont la suite, mais en exerçant judicieusement l'esprit et les organes, ce qui est un moyen de les perfectionner, et en faisant concourir avec eux les instruments artificiels qui en étendent la portée et en amplifient la puissance. (1900).
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