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L'histoire de l'Italie
L'Italie du XIVe siècle à 1815
Renaissance, Temps modernes
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L'Italie indépendante et morcelée

Libérée du joug des empereurs allemands après la mort de Conradin, en 1268, rendue à elle-même, par le triomphe du pape et des communes, l'Italie payait cher son affranchissement. Le pape avait introduit de nouveaux étrangers qui allaient, deux siècles plus tard, détruire cette indépendance que leur premier succès avait assurée. Charles d'Anjou, chef des Guelfes, espéra réaliser à son profit l'unité. Sénateur de Rome, seigneur de la Toscane et de la Lombardie, il excita bientôt l'inquiétude des papes. Ceux-ci, pour rétablir l'équilibre, favorisèrent les Gibelins. Nicolas III, de la famille des Orsini, obligea Charles à se confiner dans son royaume. En 1282, les Vêpres siciliennes lui en enlevèrent la moitié. Pierre III d'Aragon, gendre de Manfred, devint roi de Sicile. La guerre finit par une séparation de Naples et de la Sicile; d'un côté les rois angevins, chefs des Guelfes; de l'autre, les Aragonais, chefs des Gibelins. Leur antagonisme les paralysa et laissa les petits Etats du centre et du Nord libres de s'organiser à leur gré.

Voici quelle était au début du XIVe siècle l'état de l'Italie. Dans la région piémontaise, les institutions féodales restaient en pleine vigueur. Hormis Chieti et Asti, les villes n'avaient pu s'émanciper. Les grands feudataires s'étaient entendus avec la bourgeoisie naissante. Les trois familles principales étaient celles des comtes de Savoie, divisés à la fin du XIIIe siècle en deux branches (Savoie et Piémont avec le titre de prince d'Achaïe); des marquis de Montferrat, de la famille des Alamerici; des marquis de Saluces, affaiblis par des partages répétés. Les luttes de ces trois maisons appauvrissaient et paralysaient le Piémont. Les riches cités lombardes avaient une destinée autrement brillante; cependant le régime communal y était en décadence. Les familles dirigeantes s'acheminent vers la tyrannie; la classe moyenne s'y prête, par désir de calme et d'ordre, lassée des dissensions civiles qui l'empêchent de travailler. 

Les républiques maritimes arrivées à une extrême prospérité engagent des guerres implacables. Gênes aide à détruire l'Empire latin de Constantinople fondé par les Vénitiens (1261), ruine Pise (1284-1299) et menace Venise du même sort (bataille de Curzola, 1298). En Toscane, Florence passe au premier plan, surtout après la ruine de Pise. Le pape a obtenu de Rodolphe de Habsbourg l'abandon sans réserve de ses possessions (Emilie, Romagne, Marche d'Ancône, Campagne de Rome); sa souveraineté est désormais établie. Mais dans ces territoires il n'est maître que de nom. Les barons romains, les cités romagnoles sont en rébellion constante. Après l'humiliation de Boniface VIII, la papauté est transférée en France, et, durant cette période et celle du schisme d'Orient qui suivit, l'Etat pontifical s'émiette en principautés minuscules. Le contraste est saisissant avec les deux royaumes centralisés du Midi. Au début du XIVe siècle, les Guelfes avaient presque partout le dessus. 

L'abaissement de Pise gibeline par les Génois et les Florentins guelfes, l'influence exercée par les rois de Naples appelés ou acceptés comme pacificateurs dans beaucoup de villes du centre et du Nord caractérisent cette situation. Mais c'est alors que l'idéal gibelin de l'unité italienne sous le sceptre impérial fut exprimé par le Dante avec un éclat incomparable. Les Gibelins accueillirent avec enthousiasme l'empereur Henri VII, et la désertion du pape, retiré à Avignon, parut faire des Gibelins le parti national en face des Guelfes francophiles. La guerre reprit entre les deux camps. Les gibelins Visconti prévalurent à Milan. Mais l'empereur, après avoir pris la couronne de fer, ne put entrer ni à Rome, ni à Florence, et l'alliance de Frédéric de Sicile ne suffit pas à neutraliser Robert de Naples. La mort de Henri VII (1313) affaiblit les Gibelins; mais leurs principaux chefs, Uguccione della Faggiuola, puis Castruccio Castracani (sire de Lucques) en Toscane, Matteo Visconti (Milan) et Cangrande della Scala (Vérone) en Lombardie résistèrent victorieusement. 

Le seul succès notable des Guelfes fut d'obliger leurs adversaires à lever le siège de Gênes (1319). Le roi Robert fit alors prêcher par le pape Jean XXI une croisade contre les Gibelins (1322); ceux-ci appelèrent l'empereur Louis de Bavière dont l'expédition démontra la faiblesse impériale (1327-1329). Son concurrent, Jean de Bohème, fut alors appelé par les Guelfes de Brescia qu'il délivra des Scaligeri; un grand nombre de villes (Brescia, Bergame, Crémone, Modène, Novare, Parme, Pavie, Reggio, Verceil) l'acclamèrent pour seigneur. Il se forma contre lui une ligue des seigneurs de Vérone, Milan, Ferrare et Mantoue (Scaligeri, Visconti, Este et Gonzague); on ne s'en tenait plus aux vieux cadres guelfe et gibelin; l'idée qui prévalait était de maintenir l'équilibre. Contre l'intrus s'allièrent les tyrans gibelins et le roi de Naples et les Guelfes florentins. Jean de Bohême fut obligé de se retirer (1333); le légat du pape, Bertrand du Poyet, qui avait voulu s'allier à lui pour rétablir son autorité en Romagne, reperdit ses conquêtes. Ces événements furent le point de départ de nouvelles combinaisons politiques.

Dans les villes, l'évolution intérieure avait accru l'importance des classes laborieuses, patrons et ouvriers groupés en « arts » ou corporations. La vieille oligarchie avait été battue en brèche par la démocratie. Celle-ci était moins militaire, se désintéressait des vieilles querelles; contre l'aristocratie capitaliste, elle est disposée à recourir à un tyran qui imposera l'égalité. De nouvelles magistratures remplacent les anciennes; les prieurs élus par les corporations succèdent aux consuls; le gonfalonier de justice a charge de comprimer les nobles; le podestat a perdu son importance, réduit à des fonctions judiciaires; le capitaine du peuple assume la direction de la police et de l'armée, des affaires extérieures; son pouvoir mal défini dégénère aisément en dictature. 

Ce titre ou celui de seigneur de la commune, déféré à un puissant protecteur, ouvrit la porte aux tyrans qui se multiplièrent dès la fin du XIIIe siècle. A Milan les Visconti après avoir pris le dessus sur les Torriani (Guelfes), à Vérone les Scaligeri ou della Scala, à Padoue les Carraresi, à Mantoue les Gonzague, à Ferrare les Este, à Ravenne les Polenta, à Rimini les Malatesta, à Faenza les Manfredi, à Parme les Rossi fondent des dynasties. En Toscane les tentatives analogues d'Ugolino della Gherardesca à Pise, de Guido de Montefeltro à Florence échouent d'abord; mais Castracane se consolide à Lucques. Les empereurs, à partir de Louis de Bavière, leur vendent des titres. L'ancien amour de la liberté et la passion qu'on apportait aux discordes civiles décroissent; la majeure partie de la population s'en désintéresse. 

Au milieu du XIVe siècle, la transformation est frappante. Au beau temps des communes, c'étaient les milices municipales qui combattaient les nobles et les étrangers. Maintenant on emploie des mercenaires; tous sont d'accord à ce sujet : souverains ecclésiastiques, républiques de marchands, tyrans qui jugent prudent de désarmer leurs sujets et gagnent leur faveur en les affranchissant du service militaire. Les compagnies d'aventures se recrutent d'abord parmi les bandes d'Anglais, de Bretons, de Français, d'Allemands que les grandes guerres du XIVe siècle ont fait pulluler dans les pays voisins de l'Italie. Visconti et Castruccio Castracane en ont formé leurs armées. D'autres viennent avec leurs généraux : Fra Moriale, le comte Landau, Werner, puis Sterz, Hans de Bongard, Guarnieri, duc d'Urslingen, Hawkwood, etc. Puis se forment des bandes italiennes; le premier qui recruta une compagnie d'aventures exclusivement nationale fut Albéric de Barbiano, l'ancêtre de la famille Belgrojoso; ses élèves les plus illustres furent Braccio da Montone et Sforza Attendolo, après lesquels vinrent Piccinino, Fr. Sforza, etc. Ces mercenaires nationaux se montrèrent Beaucoup moins cruels que les étrangers. Ils n'eurent d'ailleurs aucun patriotisme, se louant au plus offrant; leur nom de condottiere vient de condotta qui désigne le contrat de louage. 

Les principales bandes formaient de véritables « Etats militaires mobiles », admirablement organisés sous un chef, assisté d'un conseil de quatre capitaines de cavalerie et quatre capitaines d'infanterie; dans les grandes occasions on convoquait les caporaux et officiers inférieurs en parlement. Des femmes suivaient, des marchands aussi, et les banquiers italiens étaient en relations d'affaires régulières avec les condottieri. Ceux-ci propagèrent la grosse cavalerie, et, se ménageant les uns les autres, firent dégénérer la guerre en une sorte de jeu tactique peu meurtrier. Dans telle bataille il n'y eut que deux ou trois morts, y compris ceux qui, renversés, étouffèrent par accident dans leur armure. Changeant continuellement de drapeau, combattant aujourd'hui celui qu'ils servaient hier, non seulement les condottieri firent perdre aux Italiens tout esprit militaire, mais ils développèrent au plus haut point l'esprit d'intrigue et de trahison. Les tyrans eux-mêmes se maintenaient plus par la corruption que par la violence, bien que tout prêts à sévir avec férocité contre leurs ennemis politiques. En apparence, leur gouvernement était paternel; le gros du peuple, abandonnant la politique, était satisfait de les voir protéger sa production et son commerce, embellir la ville.

L'ensemble des conditions politiques était très favorable à la culture intellectuelle et artistique, et rend compte de la floraison de la Renaissance. Dans la Toscane, l'Ombrie, la Romagne, la vallée du Pô, se trouvaient de nombreuses cités, au territoire limité; la vie y était très active; l'instabilité politique maintenait les esprits en tension perpétuelle. Plus encore que le régime républicain, la tyrannie fut favorable aux idées nouvelles. Les tyrans représentaient un pouvoir d'origine récente, sans ancêtres, sans tradition gouvernementale. Pas de noblesse héréditaire qui séparât le souverain du peuple. Au XVe siècle, à peine voit-on de différence entre le bâtard et le fils légitime. Les chefs qui s'étaient élevés et se maintenaient par leurs capacités, devaient naturellement offrir à l'aristocratie intellectuelle la place vacante. Nulle époque ne fut plus fertile en mécènes, et les tyranneaux d'Urbin, de Rimini, de Ferrare, de Mantoue s'acquirent ainsi une grande célébrité, non moins que celle des Visconti de Milan ou des Médicis de Florence.

A la fin du XIVe siècle, on remarque une certaine concentration : les grands Etats dévorent les petits, et la carte politique se simplifie. Après la mort de Robert d'Anjou (1343) le règne de sa fille Jeanne (1343-1382) désorganise le royaume de Naples, livré à l'anarchie féodale. Elle empire pendant les luttes de Louis Ier d'Anjou et de Charles de Duras et de leurs fils Louis II d'Anjou et Ladislas de Hongrie. La soeur de celui-ci, Jeanne II (1414-1435), adopte successivement Alphonse d'Aragon, roi de Sicile depuis 1409, et Louis III d'Anjou, ce qui provoque de longues guerres civiles. A sa mort, l'Aragonais finit par l'emporter et réunit momentanément les Deux-Siciles, séparées de nouveau en 1458. 

En l'absence des papes le domaine pontifical s'est émietté; Cola Rienzi tente deux fois une restauration puérile de la République romaine (1347-1354). Puis le cardinal Albornoz avec une armée de mercenaires reconquiert sur les tyrans l'Etat du Saint-siège. Ses successeurs méditent d'y ajouter la Toscane et reperdent tout. Le retour de Grégoire XI à Rome prélude au grand schisme durant lequel les papes négligent leurs intérêts temporels. 

En Toscane, Florence a prévalu et ne laisse d'indépendance qu'à Sienne et Lucques. Dans la région piémontaise, la maison de Savoie prend le dessus sur les autres, grâce aux talents d'Amédée VI et d'Amédée VIII. A côté d'elle subsistent le comté d'Asti, les marquisats de Saluces et du Montferrat. En Lombardie, les Visconti, seigneurs de Milan, étendent leur autorité sur la plupart des autres villes, y compris Gênes, affaiblie par ses guerres contre Venise (1350-1355 et 1379-1381). Jean-Galéas, après avoir acheté à l'empereur Venceslav le titre de duc, projette de restaurer à son profit le royaume d'Italie. Il soumet tout le pays, de l'une à l'autre mer, détruit les Scaligeri de Vérone, conquiert l'Italie centrale, Romagne, Ombrie et Toscane; la mort l'arrête (1402) et son empire s'écroule. Venise en recueille la moitié et se constitue sur la terre ferme de vastes possessions qu'elle étendra jusqu'à l'Adda. 

Après une autre tentative de Ladislas de Naples pour conquérir l'Italie centrale, on ne voit plus de souverain reprendre le projet de monarchie unitaire. La chute de Constantinople et le péril ottoman décident les principaux Etats de l'Italie à adhérer à la paix de Lodi (1454) entre Milan et Venise. Il se constitue alors un système politique des cinq grands Etats, lesquels s'entendent pour maintenir l'équilibre et la paix : la papauté, dont une série d'hommes remarquables relève le prestige; Naples; Florence sous les Médicis; Milan sous les Sforza qui ont remplacé les Visconti; Venise. La Sicile et la Sardaigne sont unies à l'Aragon; les princes piémontais, les Este, ducs de Ferrare, Modène et Reggio, les Gonzague de Mantoue, Gênes, Lucques, Sienne, les petits princes de la Romagne (vassaux du pape), gravitent dans l'orbite des cinq grandes puissances. Ce système assure à l'Italie quarante années de tranquillité, durant lesquelles furent produits une grande partie des chefs-d'oeuvre de la Renaissance.

Les Guerres d'Italie. Domination étrangère

Suffisante pour assurer l'ordre en Italie, la ligue des cinq Etats principaux n'était pas en mesure de résister à une invasion étrangère, d'autant que la France et l'Espagne se constituaient alors en monarchies unitaires. Elles allaient mesurer leurs forces et prendre l'Italie pour champ de bataille. Charles VIII se regardait comme l'héritier des droits des Angevins sur Naples; Louis d'Orléans revendiquait Milan, comme descendant des Visconti. Charles VIII, imprudemment excité par Sforza, franchit les Alpes, expulsa les Médicis de Florence et conquit le royaume de Naples (1494). Une coalition générale l'obligea à la retraite; mais l'équilibre était détruit. Louis XII recommença son expédition, mais commença par s'emparer du Milanais (1499); puis il s'entendit avec Ferdinand le Catholique pour partager le royaume de Naples. Son allié l'expulsa et réunit les Deux-Siciles sous la domination espagnole. Un autre allié de Louis XII, le pape Alexandre VI, aidé de son fils César Borgia, profita des circonstances pour exterminer par la ruse ou la force les barons vassaux du Saint-siège; il voulait créer un royaume à son fils César; la mort subite d'Alexandre VI fit avorter ce projet et les conquêtes restèrent au Saint-siège, maître désormais d'un domaine homogène. 

Le pape Jules II voulut expulser les Barbares, c.-à-d. les étrangers. Après avoir adhéré à la coalition universelle contre Venise, il fonda la Sainte-Ligue pour rendre l'Italie aux Italiens. Louis XII perdit le Milanais (1512). François Ier le reconquit à Marignan (1515). Mais dans sa lutte avec Charles-Quint, il ne put se maintenir en Italie d'une manière durable. Il y renonça après sa défaite de Pavie par le traité de Madrid (1526). Une tentative des Italiens pour recouvrer leur autonomie affermit le joug espagnol. Sforza, que Charles-Quint avait rétabli, fut expulsé par lui; le sac de Rome terrifia les ennemis de l'empereur (1527); Florence fut prise après une résistance désespérée (1530) et les Médicis y affermirent sous la vassalité des Habsbourg une principauté qui, par l'annexion de Sienne, réunit à peu près toute la Toscane (1555). Le pape avait traité à Barcelone (1529) et la Réforme allait lui créer de trop. graves soucis pour qu'il pû s'engager à fond contre le roi catholique. Sforza avait obtenu de rentrer à Milan; sa mort laissa le duché vacant (1535), et Charles-Quint le conféra à son fils Philippe II (1541). Les rois de France firent encore plusieurs tentatives pour chasser les Habsbourg d'Italie, mais n'y purent parvenir. Le traité de Cateau-Cambrésis consacra l'abandon de leurs prétentions (1559).

Au cours des siècles suivants, l'Italie n'a pour ainsi dire plus d'histoire propre. Elle est impliquée dans les guerres générales de l'Europe, dans les luttes des Bourbons et des Habsbourg. Le roi d'Espagne possède le royaume des Deux-Siciles, le duché de Milan, les Présides et quelques ports dans la Maremme toscane (depuis 1557). Le grand-duché de Toscane, Gênes administrée par les Doria, suivent son impulsion. Les Gonzague de Mantoue avaient vu leur fidélité récompensée par le don du Montferrat. Le duché de Parme créé par le pape Paul III pour son fils Pietro-Luigi Farnèse, le duché de Modène et Reggio auquel furent réduits les Este (1597), les petites républiques de Lucques et Saint-Marin étaient insignifiants. Restaient Venise, pacifique à cause de son commerce et occupée de défendre contre les Turcs ses colonies grecques, et enfin un Etat qui n'avait pas encore joué grand rôle, mais qui était destiné à une fortune imprévue, le duché de Savoie. Cet Etat franco-italien s'étendait sur les deux versants des Alpes occidentales. Conquis par les Français, il fut restitué par eux en 1559 à Emmanuel-Philibert, général au service de Philippe Il. En transférant sa capitale de Chambéry à Turin, il déplaça le centre de gravité de son duché et l'affirma italien. Henri IV, en lui imposant l'échange de la Bresse contre le marquisat de Saluces, le rendit encore plus italien.

Au XVIIe siècle l'extinction de la maison de Gonzague provoqua une guerre pour leur héritage de Mantoue et du Montferrat (1627) : le duc de Savoie et Venise, puis la France combattirent les Espagnols et les Autrichiens ; la succession finit par revenir au duc de Nevers (1631). Vers la même époque, le pape Urbain VIII annexa le duché d'Urbin (héritage de Mentefeltri et della Rovere). L'ouverture de la succession d'Espagne mit en cause le sort de l'Italie. Elle fut d'abord attribuée aux Autrichiens, qui reçurent, au traité d'Utrecht, le Milanais, Naples et la Sardaigne, et annexèrent Mantoue. Le duc de Savoie reçut la Sicile. Les Bourbons d'Espagne s'occupèrent aussitôt de reconquérir l'Italie. Leur première agression échoua et le duc de Savoie dut échanger la Sicile contre la Sardaigne, mais en gagnant au troc le titre de roi (1720). 

L'extinction des dynasties des Farnèse (1731) et des Médicis, en rendant vacants le duché de Parme et le grand-duché de Toscane, détermina de nouveaux remaniements. Don Carlos, fils de Philippe V, héritier de Parme par sa mère, tenait aussi d'elle des droits sur la Toscane. A la suite de la guerre de succession de Pologne, il céda l'un et l'autre à l'Autriche, qui en investit François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse, en échange du royaume des Deux-Siciles (1738). La guerre de succession d'Autriche se termina pour cette puissance par de nouveaux sacrifices : le roi de Sardaigne s'arrondit par la cession de Tortone, Novare et des districts à l'Ouest du Tésin. L'infant espagnol don Philippe reçut le duché de Parme, Plaisance et Guastalla; les ducs de Modène avaient hérité en 1743 de Massa et Carrare. Ces arrangements territoriaux ne furent plus modifiés avant la Révolution française que par la cession que Gênes fit de la Corse au roi de France. 

Révolution française et domination napoléonienne

La Révolution française ouvrit une ère nouvelle en Italie. Déjà les idées philosophiques du XVIIIe siècle y avaient assez pénétré pour que quelques souverains eussent pris l'initiative de réformes importantes. Mais, en attaquant les privilèges ecclésiastiques et féodaux, ils n'avaient voulu que fortifier davantage leur propre pouvoir. Le grand mouvement civil et politique de 1789 effraya même les princes réformateurs. Le roi de Sardaigne, défenseur résolu du vieux droit monarchique, se fit, dès 1791, le promoteur d'une ligue contre la France. Les hésitations des autres gouvernements italiens ne l'arrêtèrent pas. Lorsque l'empereur d'Allemagne, chef de la coalition formée à Pilnitz, déclara la guerre à la France, Victor-Amédée III repoussa l'ambassadeur français qui lui apportait des offres avantageuses, et prit une attitude menaçante en Savoie et dans le comté de Nice. Il en fut immédiatement puni par la perte de ces deux provinces (1792). Entraînés successivement dans la lutte par la cour de Vienne, les divers Etats de la péninsule, où s'agitaient d'ailleurs de nombreux partisans de la Révolution, subirent les conséquences des défaites de l'Autriche. 

Le général Bonaparte, au cours de ses campagnes d'Italie, organisa de nouveaux Etats sur le modèle de la République française. Réservant les pays lombards conquis sur l'Autriche, auxquels il joignit quelques mois plus tard les provinces révoltées contre Venise, pour en faire une République transpadane, il constitua en République cispadane les duchés de Modène et de Reggio avec les légations pontificales de Bologne et de Ferrare (16 octobre 1796). L'année suivante, ces deux groupes, accrus de la Romagne, furent fondus en un seul pour former la République cisalpine (29 juin). La république de Gênes, passant de l'aristocratie à la démocratie, devint la République ligurienne. L'Etat vénitien, occupé par les troupes françaises, allait se transformer de même, quand Bonaparte, en dépit des instructions formelles du Directoire, céda à l'Autriche Venise et ses possessions jusqu'à l'Adige par le traité de Campo Formio (17 octobre 1797).

Les généraux qui succédèrent à Bonaparte inaugurèrent la République romaine dans l'Etat pontifical (15 février 1798), un gouvernement provisoire dans le Piémont que Charles-Emmanuel IV avait abandonné (9 décembre), la République parthénopéenne dans l'Etat napolitain (23 janvier 1799), et une république innomée en Toscane (25 mars). Mais la seconde coalition et les succès des Austro-Russes mirent bientôt fin à ces créations éphémères. La réaction sévit avec fureur. En avril 1800, les Français n'occupaient plus que la ville de Gênes, où Masséna soutint un siège mémorable jusqu'au 4 juin. Le 14, Bonaparte, premier consul, descendu du Grand Saint-Bernard, remportait la victoire décisive de Marengo, qui rétablit en Italie la prédominance française. Le traité de Lunéville la confirma (9 février 1801). Le grand-duché de Toscane fut érigé en royaume d'Etrurie au profit du prince héréditaire de Parme, qui cédait ses Etats paternels à la France. Le Piémont forma six départements français (11 septembre 1802). La République italienne (nouveau nom de la Cisalpine), réorganisée à l'imitation du gouvernement consulaire, avait déféré la présidence à Bonaparte (26 janvier 1802). La République ligurienne, reconstituée par lui, avait accepté un doge de son choix (29 juin). 

Parvenu à l'Empire, Napoléon transforma la République italienne en royaume d'Italie (17 mars 1805), ceignit la couronne de fer des anciens rois lombards à Milan le 26 mai, et confia la vice-royauté à son beau-fils, Eugène de Beauharnais. La République ligurienne se donna alors à l'Empire français (11 juin) et fut partagée en trois départements. La république de Lucques s'offrit aussi : Napoléon en fit l'apanage de sa soeur Elisa Bacciochi, déjà princesse de Piombino. Il y ajouta l'année suivante Massa et Carrare. Il investit du duché de Guastalla sa soeur Pauline Borghèse, dont le mari eut par la suite le gouvernement général du Piémont. Par le traité de Presbourg (26 décembre 1805), il imposa à l'Autriche la rétrocession de la Vénétie, qui agrandit le royaume d'Italie. En 1806, il enleva le royaume de Naples aux Bourbons pour le donner à son frère Joseph, qu'il remplaça deux ans après par Joachim Murat, mari de sa soeur Caroline. En 1807, il reprit la Toscane au jeune roi d'Etrurie et l'incorpora à l'Empire français : Elisa Bacciochi en eut plus tard le gouvernement. En 1808, il annexa au royaume d'Italie les provinces des Marches, détachées des Etats du pape. Enfin, par un décret du 17 mai 1809, il réunit à l'Empire français le reste du domaine pontifical avec la ville de Rome, déclarée seconde ville de l'Empire. L'Italie se trouva donc former trois grandes divisions territoriales : 

1° l'ensemble des départements faisant partie intégrante de l'Empire français avec les apanages de la famille impériale; 

2° le royaume d'Italie, sous un vice-roi français ; 

3° le royaume de Naples, sous un roi français. 

Les îles de Sardaigne et de Sicile, refuges de leurs souverains légitimes, restaient seules en dehors du système napoléonien. 

La domination impériale, tout en comprimant la liberté politique, servit puissamment la régénération de l'Italie. La liberté civile et religieuse, l'égalité des droits, l'uniformité de la législation, la publicité de la justice, la régularité dans les finances et dans l'administration, l'exécution de magnifiques travaux, l'instruction publique organisée, l'esprit militaire relevé, une part dans la gloire des armes impériales, le nom italien ressuscité pour plus d'un tiers de la population, tels furent les fruits du régime français. Mais, par cela même qu'une culture nouvelle développait la conscience nationale, les Italiens, en grande partie du moins, sentirent davantage le poids d'un joug étranger. En 1814, quand Napoléon, portant la peine de ses fautes politiques, succomba sous les coups de la coalition européenne, l'édifice qu'il avait construit en Italie, miné par des conspirations très diverses, fut abattu en un instant. Les souverains dépossédés par la Révolution française rentrèrent dans leurs Etats à la suite de l'armée autrichienne. Murat, qui s'était entendu avec les alliés, échappa d'abord à la ruine, mais pour tomber l'année suivante, après avoir essayé de lever l'étendard de l'indépendance italienne lors du retour momentané de l'empereur. (A.-M. Berthelot / Félix Henneguy).

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