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Enée

Énée, Aeneas (personnage de la mythologie grecque et de la mythologie romaine), prince troyen, fils d’Aphrodite et d'Anchise épousa Créuse, fille de Priam. Il se distingua par son courage pendant la guerre de Troie, surtout dans la nuit fatale où la ville fut prise. C'est un des héros principaux de l'Iliade, devenu, par un concours extraordinaire de circonstances, une des figures les plus importantes de l'histoire légendaire dans l'Antiquité gréco-romaine.
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Guérin : Didon et Enée.
Enée et Didon, par Pierre Guérin (1817).

Enée chez Homère.
Dans lIliade Enée est, parmi les héros de second rang, un des plus remarquables, sinon par le rôle militant qu'il y joue, du moins par les destinées exceptionnelles auxquelles le poète le réserve et pour la protection particulière dont le couvrent Aphrodite, Apollon, Poseidon. C'est surtout dans l'épisode du XXe chant (156 à 352) qu'il apparaît avec le caractère imposant d'un prédestiné; il y prend même une importance qui n'est pas en rapport avec le reste du poème; sa généalogie y est détaillée tout au long, de sorte qu'il est, par les auteurs premiers de sa lignée, Zeus et Dardanos, sur le même rang que Hector, l'héritier de Priam, tandis que sa qualité de fils d'Aphrodite le rend supérieur à tous ses parents. Cet épisode est d'accord avec l'hymne homérique à Aphrodite et semble issu de la même inspiration, c.-à-d. qu'il a été, vers le IXe siècle, interpolé dans l'Iliade par quelque rapsode qui se fait prophète après coup. Le berceau de la légende d'Enée est la région du mont Ida; c'est là qu'il est né, fruit de l'amour d'Aphrodite pour le prince le plus aimable de la contrée. Quoique Priam, roi de la Troade, possède une nombreuse lignée, la déesse prédit qu'il régnera un jour sur les Troyens. Elle le fait élever jusqu'à sa cinquième année par les nymphes de la montagne, avant de le remettre aux mains de son père. Il est arrivé à l'âge viril au moment de la guerre de Troie; une première fois, il se mesure avec Achille, qui l'a surpris gardant ses troupeaux sur les pentes de l'Ida, et il échappe à ses coups par la protection de Zeus.

Dans l'Iliade, nous le voyons remplir vaillamment ses devoirs de soldat; il s'expose dans maints combats, s'attaquant aux plus rudes adversaires, à Achille en personne, après Sthenelos, Diomède et Idoménée; toujours la protection de quelque divinité l'arrache aux dangers. Tandis que la famille de Priam est vouée à la destruction, Enée est sauvé en vue d'une royauté future qui doit se perpétuer dans ses enfants. II est évident qu'au moment où les Homérides célèbrent ainsi sa fortune et sa gloire, la descendance d'Enée règne sur une partie de la Troade, non loin des régions où sombra la royauté de Priam. Les mêmes poèmes lui donnent vis-à-vis de ce prince les allures d'un prétendant dynastique qui fait de l'opposition dans l'occurrence et est regardé d'un mauvais oeil a la cour. Enée, disait-on, avait désapprouvé la guerre à l'origine, et les logographes citaient une tradition en vertu de laquelle Aphrodite n'aurait suscité cette guerre que pour faire passer le pouvoir aux mains de son fils. 

Enée chez les Cycliques. 
Arctines, dans l'Ethiopide, poème aujourd'hui perdu, mais qu'on lisait encore au siècle d Auguste, racontait que Enée, après le prodige des serpents qui étouffèrent Laocoon, quitta la ville de Troie condamnée par les dieux et se réfugia dans la Dardanie; d'autres ne l'en font partir qu'après l'occupation de la ville par les Grecs. Tous les témoignages qui vont d'Homère aux temps de Périclès s'accordent à constater qu'Enée échappa à la ruine de Troie et fonda au pied du mont Ida une royauté nouvelle. Le premier document qui le fasse sortir de la Troade après ces événements est une monnaie d'Aenia, qui est à peine postérieure à 600 av. J.-C. La tradition généralement reçue, celle que Virgile suivra plus tard dans la conclusion du IIe chant de l'Enéide, a été consacrée par un poète épique du nom de Pisandre, un Rhodien du VIIe siècle avant notre ère. En ce moment, on ne fait pas encore sortir Enée de la Troade, mais il est considéré comme la fondateur d'une royauté à laquelle se rapportent, suivant toute vraisemblance, les prédictions et les louanges que nous lisons dans les poèmes homériques et dont l'écho se prolonge jusque dans la poésie du VIe et du Ve siècle.

Enée chez les poètes lyriques et dramatiques.
Le premier poète qui ait fait entreprendre à Enée un lointain voyage après la guerre de Troie est le Sicilien Stésichore; de moins son témoignage semble invoqué en faveur d'une tradition de ce genre par un morceau de sculpture connu sous le nom de Table iliaque. C'est là que l'on voit Enée en compagnie d'Anchise, d'Ascagne et de Misène, mettant à la voile pour l'Hespérie et emportant dans ses bras l'édicule qui renferme les divinités protectrices de Troie. Quoique cette oeuvre soit du Ier siècle de notre ère, il n'y a pas de raison pour ne pas rapporter l'épisode au poète Stésichore, grand novateur en matière de mythes et porté par ses origines mêmes à y faire intervenir les régions italiques. Cependant longtemps encore après Stésichore, Sophocle, dans la tragédie de Laocoon, maintient la tradition d'une royauté des Enéades en Phrygie; elle survit également, dans certains récits d'Hellanicus, un contemporain d'Hérodote, et dans un passage de Xénophon où, pour la première fois, la piété d'Enée, sauvant les images divines du désastre, est l'objet d'une mention spéciale. D'un grand nombre de citations tirées par Denys d'Halicarnasse d'auteurs grecs aujourd'hui perdus résulte ce fait qu'aux temps de la guerre du Péloponnèse, l'opinion générale est qu'Enée n'était pas sorti de l'Asie Mineure; on montrait même son tombeau à Berecynthia en Phrygie.

Les voyages d'Enée.
C'est à l'aide de Denys d'Halicarnasse et de Virgile, qui utilisent tous les deux, pour les concilier, les témoignages d'un grand nombre d'écrivains grecs, que nous pouvons refaire la carte de ces voyages vers l'Occident. Remarquons d'abord que, dès les temps d'Homère et d'Hésiode, l'Hespérie s'emparait comme une région mystérieuse des imaginations helléniques. On y avait localisé certains épisodes célèbres de l'Odyssée, et Ulysse lui même est, par Hésiode, associé à la généalogie des plus anciens héros de l'Italie. Le Troyen Enée lui dérobe la gloire d'avoir porté la civilisation greco-asiatique dans ces parages. II n'y va pas tout droit, mais il aborde successivement sur les côtes de la Thrace, où il fonde la ville d'Aenos, puis dans la presqu'île de Pallène où s'élève Aenea. De là il s'arrête dans l'île de Délos, où il rencontre un roi du nom d'Anius dont il épouse la fille. Nous le retrouvons à Cythère, au Sud du Péloponnèse, où il institue le culte d'Aphrodite; à Zacynthe, à Leucas, à Actium, à Ambracie; il pousse jusqu'à Dodone en Epire pour y consulter l'oracle; il se repose à Buthrote, en face de Corcyre, où Helenos a fondé une autre Troie; partout il laisse un autel d'Aphrodite comme marque de son passage. En partant des côtes d'Epire, il sort au plus vite des parages inhospitaliers de l'Adriatique, débarque à Thorium en Lucanie, remonte la côte du Bruttium et de la Campane jusqu'à Cumes, laissant son nom à l'île d'Aenaria et celui de son pilote au cap Misène. Puis il revient sur ses pas jusqu'en Sicile où il visite les Troyens Elyme et Egeste, touche au cap Palinure, après avoir franchi à nouveau la mer Tyrrhénienne, enterre sa tante à l'île de Leucosie, une autre parente à file de Prochyte et sa nourrice au promontoire d'Epityché, tous ces lieux recevant les noms que portaient les personnages mêlés à la légende. Enfin, il débarque à proximité de Laurente, sur la côte du Latium, et le lieu où il campe porte longtemps après le nom de Troie.

Interprétation du voyage d'Enée.
Deux faits méritent d'attirer notre attention dans ces pérégrinations diverses d'Enée; le premier, c'est que partout où il aborde se rencontrent les vestiges d'un culte d'Aphrodite; le second, c'est que tantôt les lieux mêmes, tantôt les personnalités fabuleuses fixées dans ces lieux portent un nom qui rappelle celui d'Enée. Or Aphrodite est une des divinités protectrices des navigateurs; l'étoile qui annonce l'aurore lui est spécialement consacrée, et le ciel, où les pilotes cherchent des guides dans les constellations, est son domaine. Comme telle, elle est honorée sous le vocable de Aïneias, dont le sens n'a pu être nettement déterminé, mais qui semble être, pour les Grecs, en rapport avec le radical aineô, aine ou ainos, c.-à d. que Aïneias signifierait ou la Glorieuse (Uschold) ou la Secourable (Klausen). L'hymne homérique lui-même se réfère, pour interpréter le nom que Aphrodite donne à son fils, au mot ainos, qui signifie gloire ou stupeur. Des linguistes  l'ont mis en rapports avec la déesse sémitique Anaitis qui correspond à l'Aphrodite Urania. Polybe mentionne cette divinité sous le nom hellénisé de Aine et nous dit qu'elle possédait, au voisinage d'Ecbatane, un temple encore en grande faveur du temps d'Antiochus le Grand. Il est d'autant plus naturel de chercher un rapport entre cette déesse et l'Aphrodite Aineias que d'autres personnalités héroïques de l'Iliade ont une origine sémitique. Aineias s'est séparé par dédoublement du nom de la divinité et en est venu à prendre, comme d'autres noms à désinence semblable, une signification patronymique, il signifie : fils d'Aïné. Le culte d'Aphrodite a propagé le nom d'Enée et donné après coup, aux peuples que ce culte a visités, l'illusion d'un voyage accompli par un héros imaginaire, fils de la déesse. L'opinion vulgaire renversa les termes ; pour elle, Enée, dans ses voyages, propagea le culte d'Aphrodite, sa mère; il faut dire qu'Aphrodite, transportée d'Orient en Occident, abordant un peu sur toutes les côtes et dans toutes les îles, répandit partout le nom d'Enée.

Stations principales du culte d'Aphrodite : la Sicile, la Campanie, le Latium. 
C'est en Sicile et à Cumes, en Campanie, que le culte d'Aphrodite Aeneade fut surtout en honneur. De la deux systèmes destinés à expliquer comment il fut implanté dans le Latium, où il se mêla à la légende des origines de Rome. Le premier système, qui est celui de Preller, remarque que non loin d'Eryx, dont la fable rapportait la fondation à des Troyens échappés au sac de leur ville, s'élevait un temple d'Aphrodite, plus tard appelée Erycine, et qui était en réalité un temple d'Aphrodite, Eneade, fondé par quelque colonie greco-asiatique. C'est dans ces parages que la civilisation hellénique entra en contact avec les Phéniciens, et que les Etrusques, maîtres d'une grande partie de l'Italie, eurent à lutter, à l'aurore des temps historiques, contre les Grecs et les Carthaginois. Le culte d'Aphrodite, d'une tendance antihellénique, dut servir de trait d'union entre ces derniers et les plus anciens habitants de l'Italie. 

C'est ainsi que les navigateurs étrusques transplantèrent ce culte sur les côtes du Latium, à Ardée, dans le pays des Rutules, d'où il arriva à Lavinium, chez les Latins proprement dits. La Vénus de cette dernière ville s'appelait, originairement et longtemps encore dans la langue populaire, Frutis, nom où il est facile de reconnaître une altération d'Aphrodite. Ce système, qui rend compte de l'arrivée, dans l'Italie centrale, du nom d'Enée accolé à celui de sa mère, est plus admissible de beaucoup que celui d'O. Müller qui fait aborder le nom du héros par Cumes, en Campanie, et le met en rapport avec le culte d'Apollon. Il est vrai que la sibylle de Cumes, en Italie, est apparentée à la fois à celle de Cymé, en Anatolie, et à la sibylle de Gergithe, en Troade; mais il n'est pas probable que le nom d'Enée ait été prononcé dans les plus anciens oracles sibyllins, et la légende du héros troyen n'a que fort peu de rapports avec le culte d'Apollon, alors qu'elle est inséparable de celui d'Aphrodite.

Du reste, ce n'est pas l'influence de Cumes qui a fait entrer Enée dans l'histoire des origines fabuleuses de Rome; c'est celle de Lavinium, ville des Latins. L'époque où cette translation s'opéra ne saurait être déterminée avec certitude. C'est en 217, l'année de la bataille du lac Trasimène, que les Romains dédièrent un temple sur le Capitole à Vénus Ery cine et à Mens, mais les temples d'Ardée et de Lavinium sont plus anciens et paraissent remonter jusqu'à l'époque des luttes entre Rome et le Latium; le rôle considérable que le sanctuaire de cette dernière ville joua pour la constitution de la confédération latine invite à placer la popularité naissante du culte de Vénus associé à celui des Pénates vers le milieu du IVe siècle de Rome. C'est à partir de cette époque que le nom d'Enée dut prendre place dans les annales du Latium.

Enée à Lavinium. 
Comment le héros troyen passa-t-il du temple de Vénus Frutis, sa mère, dans celui des Pénates de la confédération latine? C'est en s'identifiant avec une divinité locale, qui fut ou Latinus, l'ancêtre divinisé de la race, ou Numicius, personnification d'un petit fleuve qui arrose la contrée, ou un Divus Pater Indiges, sorte de Jupiter topique que l'on avait successivement identifié avec tous les deux. A côté de ce Jupiter, les Latins invoquaient Vesta et les Lares publics, dont le culte fut le trait d'union religieux avec Rome, lorsque fut établie la confédération latine. Enée mis à part, Lavinium possède, à l'aurore des temps historiques, une religion politique formée d'éléments purement indigènes, qui en fait la ville sainte des Latins. Cette religion n'admet à aucun degré, avant l'intervention des Grecs, le culte des ancêtres nominativement divinisés; lorsque l'hellénisme religieux, tant à la faveur des poèmes homériques qui furent colportés de bonne heure tout le long des côtes de l'Italie, que des pratiques et des croyances d'ordre général apportées par les navigateurs, eut acclimaté l'idée des héros éponymes, la personnalité d'Enée reçut, dans le culte de Lavinium, un rôle déterminé. 

L'historien Timée, qui écrit vers 260, fixe la tradition qui, se rattachant au témoignage de Stésichore, fait importer de Troie dans le Latium par Enée les dieux protecteurs de l'antique Ilion et identifie ces dieux avec les Pénates publics de Lavinium. Enée devient le fondateur de Lavinium, l'allié et le gendre de Latinus, roi des Aborigènes, qu'il assiste dans sa lutte contre Turnus, roi des Rutules, et Mézence, roi de Coeré, en Etrurie. C'est dans la bataille décisive livrée sur les bords du Numicius que le héros troyen disparaît mystérieusement, changé en divinité locale. Le détail de ces événements, arrangé avec ingéniosité par les savants grecs, qui fabriquèrent aux Romains leur première histoire en mêlant aux antiquités nationales du Latium les fables helléniques qui cadraient tant bien que mal avec elles, a pris place dans les oeuvres des plus anciens annalistes, en particulier dans les Origines de Caton et dans le poème de Naevius sur la première guerre panique. Il est probable qu'il faut attribuer à ce dernier écrivain la partie de la légende qui mêle Enée à la fondation de Carthage et aux aventures de Didon. Varron et finalement Denys d'Halicarnasse ont cherché à donner la vraisemblance historique à cet ensemble de mythes et de légendes, en supprimant ou en expliquant les impossibilités et les contradictions; mais Virgile seul, par la magie de son talent et aussi par la solidité de son érudition, a réussi à leur procurer la vraisemblance poétique.

Enée à Rome. 
Lorsque Pyrrhus vint faire la guerre en Italie, la légende d'Enée était encore toute neuve; c'est alors que sa signification antihellénique la recommanda surtout à la piété des Latins menacés. Sa popularité ne commence qu'aux temps des guerres puniques, et le sentiment des masses l'accommode aux préoccupations suscitées par les victoires d'Hannibal. Alors seulement une croyance, jusque-là individuelle et flottante, fut fixée et définie par l'intervention des pouvoirs publics, qui lui donnèrent la consécration officielle. Nous voyons, en 250 avant notre ère, le Sénat de Rome demander aux Etoliens la liberté des Acarnaniens, en se fondant sur les bons rapports que le peuple eut jadis avec les Troyens, ancêtres de la nation romaine. Cinquante ans plus tard, le même Sénat réclame aux Phrygiens l'image de Cybèle, vénérée à Pessinonte, en invoquant la communauté des peuples romain et troyen avec le nom d'Enée. Les deux Africains en allant combattre contre Antiochus; Flaminius, en proclamant la liberté de la Grèce, se réfèrent également à la descendance troyenne des Romains. Il est probable que, dès cette époque, les familles patriciennes de Rome se fabriquèrent, à la faveur des oraisons funèbres prononcées devant les rostres, des parchemins qui rattachaient leur noblesse aux héros troyens de la poésie grecque. 

Bientôt Varron pourra consacrer un ouvrage entier aux familles troyennes, et Denys, au temps d'Auguste, en comptera une cinquantaine qui, suivant lui, pouvaient revendiquer cette illustre origine. Celle qui réussit le mieux à l'imposer à l'opinion fut, gràce à César, la gens Julia; elle prétendait remonter, par Julius, consul en 323 de Rome, à Ascagne ou Julus, fils d'Enée. Quand César prononça l'éloge funèbre de sa tante, il donna pour ancêtres à sa lignée le roi Ancus Marcius, par sa mère, qui fut de la gens Marcia, et Vénus, qui est la mère des Jules, « de sorte qu'ils brillent encore de l'éclat des dieux qui fait pâlir celui des rois ». Quand il dédia plus tard un temple à Vénus sous les vocables de Victrix et de Genitrix, il se donna lui-même comme l'Enée des temps nouveaux, comme le fils et le favori de la déesse qui avait garanti aux descendants d'Anchise la royauté universelle. Dès ce moment l'origine troyenne des Romains devint une sorte de dogme national, et le poème de Virgile eut en partie pour but de l'imposer à l'opinion. Mais la faveur de ce dogme ne fut pas longue; elle ne survécut guère à la famille des Jules, à l'empereur Claude; à la fin du Ier siècle, le prestige en était tombé. Sans le talent de Virgile, on peut affirmer qu'il n'en serait pas resté grand-chose, même dans la latinité païenne. Cependant, l'imitation poétique et le grand renom de l'auteur de l'Enéide a donné à toute la légende et par suite à Enée, le héros principal, une importance particulière : cette légende est dans son genre un spécimen unique, résultante complexe de toutes les actions religieuses, politiques, historiques et morales qui propagent, en les modifiant, les croyances fabuleuses.

Enée dans l'art. 
Le plus ancien des monuments artistiques où figure la personnalité d'Enée transplantée dans un cadre autre que celui des fictions homériques est, après la monnaie d'Aenia que nous avons citée, une ciste trouvée à Palestrina en 1861 et expliquée pour la première fois par H. Brunn. L'opinion est que cette oeuvre d'art n'est guère postérieure à la seconde guerre punique. Comme on y voit figurer les personnages principaux que Virgile a mis dans la conclusion de son Enéide, c'est-à-dire Enée, Turnus, le roi Latinus, Amata et Lavinie, il en faut conclure que dès cette époque la légende a reçu sa forme presque définitive, sous la seule réserve que la gens Julia n'y réclame encore aucune part. Le groupe d'Enée, emportant son père Anchise, peut revendiquer une antiquité beaucoup plus haute; outre qu'il a fourni le motif de la monnaie d'Aenia, on le rencontre sur un certain nombre de vases peints. Auguste en avait fait dresser une représentation monumentale sur le forum romain. A Pompéi figurait une statue d'Enée divinisé; c'est également dans cette ville qu'a été découverte la fresque caricaturale qui nous montre Enée, Anchise et le petit Ascagne sous les traits de singes. Nous avons déjà cité la Table iliaque qui nous offre le motif, souvent traité, d'Enée emportant vers I'Hespérie ou le Palladium ou les dieux Pénates. Presque toutes ces représentations ont postérieures au temps d'Auguste et s'arrêtent au règne d'Antonin le Pieux. (J.-A. Hild).



En bibliothèque - René Martin, Enée et Didon, Naissance, fonctionnement et survie d'un mythe, CNRS, 1990.

En librairie - Virgile, L'Enéide, Flammarion, 2001; Énéide, série latine des Belles lettres (3 vol. : I , II et III). - L'Enéide, dossier pédagogique, Larousse, 1999. - L'Enéide (choix de textes, Hatier (para-scolaire), 1997. - L'Enéide (à partir de 12 ans), L'Ecole des loisirs (version abrégée), 1998. 

Palimpseste : Jean des Gagniers, Les souvenirs d'Enée, Fides, 2000.

C.B. Dereau-Seret, L'image d'Enée en France du Moyen âge à la fin du XIXe siècle, Presses universitaires du septentrion, 2001.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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