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Janus
est le nom d'une des grandes divinités des anciens Romains; il appartient
à ce vieux panthéon italique qui fut peu à peu évincé
par l'introduction des divinités grecques. Janus recevait encore
dans le chant des prêtres saliens le nom
de dieu des dieux, deorum deus [1];
on lui sacrifiait avant de sacrifier aux autres divinités [2].
Ce que les anciens nous ont rapporté du caractère de Janus
fait reconnaître en lui un dieu qui présidait à la
génération des choses, aux semences, aux naissances : de
là son surnom de Consivius, dérivé du latin conserere.
C'est en sa qualité de dieu présidant à l'origine
des choses qu'il était invoqué comme le protecteur de tout
commencement. Ce caractère résulte aussi de l'étymologie
sanscrite de son nom (Jan), qui implique l'idée de génération
et de paternité. Le Soleil
étant le principal agent de la vie et de la production, la source
de la chaleur qu'il entretient, Janus se confondait avec le Soleil, et
à ce titre il présidait à l'année ,
c'est-à-dire au mouvement annuel de l'astre. Janus correspondait
en effet chez les Étrusques et les premiers Latins au dieu-soleil
des Sabins, et son culte semble s'être
amalgamé avec le culte de celui-ci une fois que le dieu sabin eut
été apporté à Rome. Lors de la constitution
du calendrier romain on consacra à
Janus, le premier mois ;
de là le nom de januarius (janvier) qui lui fut imposé. Suivant
la tradition, Numa éleva à Janus un temple qui devait être
ouvert pendant la guerre et fermé pendant la paix [3];
ce rite s'observait aussi dans le temple de Janus qui fut élevé,
lors de la première guerre punique, par C. Duilius et qu'Auguste
réédifia [4].
Janus était représenté ordinairement avec deux visages,
comme on le voit par les anciennes monnaies de l'Italie. De là les
surnoms de Bifrons et de Geminus. On lui en donnait même parfois
quatre, comme le montre la statue qui fut apportée de Falères
à Rome et qui décora longtemps le forum de Nerva.
Ces deux ou ces quatre visages opposés les uns aux autres paraissent
avoir été une image symbolique de la durée. Le dieu
regardait le passé et l'avenir. On plaçait entre les mains
de Janus à droite un sceptre, à gauche une clef [5]
:
cette clef lui appartenait en qualité de portier du ciel [6]
.
C'était aussi un symbole de son caractère chthonien, car
les Grecs donnaient la clef pour attribut aux divinités de la production,
aux puissances telluriques, telles que Cybèle,
Proserpine,
Hécate,
Pluton.
Janus était encore fréquemment représenté tenant
dans la main droite trois cents cailloux et soixante-cinq dans la gauche
: ou retrouve là les trois cent soixante-cinq jours de l'année,
et c'est une nouvelle preuve du sens solaire que renfermait cette divinité
[7].
Janus prend tour à tour le caractère du dieu de la foudre ,
du firmament,
de la terre et des eaux, ce qui lui va lut les surnoms de Patulcius et
de Clusius. Considéré dans l'ensemble de ses attributs Janus
offre une assez grande analogie avec Apollon,
comme lui dieu de la production et protecteur des portes. Varron,
dans son Essai d'exégèse de la mythologie romaine,
identifie Janus avec le monde [8].
D'autres mythographes ont vu dans ce dieu une image du chaos
(Festus). On retrouve dans ces deux explications le caractère tellurique
ou chthonien de la divinité étrusque. (Alfred
Maury, 1864).
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En
bibliothèque - Buttmann,
Mythologus, tom. II; Otfried Müller, Die Etrusker. Creuzer,
Religions
de l'Antiquité, ouvrage traduit par M. Guigniaut, t. II. Hartung,
Religion
der Roemer, 1835, in-8°.
En
librairie - Pierre Grimal, Le dieu
Janus et les origines de Rome, Berg international, 1999; Georges Thines,
Janus,
L'âge d'homme,1996. |
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[1]
Macrobe,
Saturn.,
I, 9.
[2]
Cicéron,
De
Natura deorum, II, 57.
[3
]Tite-Live, I, 19.
[4]Tacite,
Annales, II, 49.
[5]
Ovide,
Fast.,
1, 99.
[6]
Ovide, Fast., 1, 125.
[7]
Macrobe, Saturn., 1, 9; J. Lydus, De Mensibus, 1, 4; Pline,
Hist.
nat., XXXIV.
[8]
Saint
Augustin, De Civitate Dei, VII, 9. |