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Sur toute l'histoire des commencements
de Rome ,
nous n'avons que des documents légendaires; Latinus ,
Romulus ,
les sept rois sont des produits de l'imagination des historiens et des
poètes, et les noms comme les actes qu'on leur prête sont
du domaine de la légende ( La
légende de la fondation de Rome ).
L'incendie de Rome par les Gaulois, au début
du IVe siècle, détruisit
tous les documents légués par les prêtres (Annales
pontificum), qui constituaient les seules sources de l'histoire romaine,
et tout ce que les auteurs romains
ont écrit ensuite, n'est qu'une reconstruction arbitraire, préoccupée
du souci d'expliquer par des faits légendaires les institutions
politiques et religieuses (légendes étiologiques), et de
rattacher à des héros nationaux l'origine des grandes familles
romaines. L'histoire des trois premiers siècles de Rome, telle que
l'ont écrite les Anciens, mérite aussi peu de crédit
que les légendes héroïques de la Grèce
auxquelles d'ailleurs elle se préoccupe surtout de ressembler. Et
ce qui est vrai des faits, l'est également des dates: il n'y
a pas une date dont on puisse répondre avant le commencement du
IIIe
siècle.
Les Latins. La Fondation
de Rome
Sur l'origine des Latins
et la date de leur migration, nous ne savons que peu de chose. Les documents
archéologiques semblent prouver qu'ils sont venus du Nord, probablement
des plaines du Danube, un peu avant les Ombriens.
Les aborigènes représentent dans la légende les autochtones
que rencontrèrent les envahisseurs, et qui s'unirent avec eux dans
une alliance dont celle de Latinus
avec Enée
n'est peut-être qu'une transfiguration poétique. A l'époque
où nous reportent ces légendes, il a dû exister des
bourgades, centres des « trente peuples latins » de l'histoire
(triginta populi Latini), Tibur sur l'Anio, Préneste sur
le mont San-Pietro, Labici, Gabii, Nomentiun; puis, suivant une ligne qui
se prolonge jusqu'à la mer, Velitrae, Cora, Norba. Tous ces bourgs
(pagi) avaient sans doute été fondés par des
familles qui, réunies plus tard à Rome,
fondèrent les tribus rustiques : ainsi la tribu Claudienne s'est
constituée par l'établissement de la gens
Claudia sur le bord de l'Anio. Entre ces tribus latines, il n'y avait d'autres
liens que la parenté de langue,
des institutions communes (communauté des mariages, des sacrifices
offerts au Jupiter
Latiaris, dont le temple s'élevait sur le mont Albain), et une union
politique assez lâche autour d'Albe-la-Longue ,
considérée comme la métropole du Latium ,
où se célébraient, au printemps de chaque année,
les fêtes de la confédération,
feriae latinae.
Ce sont ces divers éléments
occupant le Latium qui concoururent, dans des proportions impossibles à
déterminer, à la fondation de Rome.
Le récit de Tite-Live qui représente
des transfuges d'Albe venant, sous la conduite de princes de sang royal,
occuper l'emplacement des sept collines, traduit simplement le sentiment
confus que les Latins durent avoir de l'opportunité
du lieu et, de la supériorité de l'emplacement sur celui
d'Albe. Des bandes d'origines diverses, Sabins,
Latins, Étrusques, occupèrent
d'abord les points séparés du territoire, avant de se fondre
en une cité ayant une unité politique. L'influence étrusque
se manifeste immédiatement dans les plus anciens noms de la ville
: les anciennes tribus des Tities, Ramnes, Luceres, ont des noms étrusques;
Rome est une transcription de l'étrusque Ruma; le Tibre, en étrusque
Thepre, est un fleuve étrusque, Tuscus amnis, dont on ne doit pas
rechercher l'étymologie en latin.
De même les légendes concordent pour affirmer la présence
d'un élément sabin assez considérable sur le mont
Quirinal ,
et les historiens latins se plaisent à retrouver dans la religion,
dans la langue, comme dans l'État, l'influence sabine.
Quant aux Latins
leur premier établissement fut sur le mont Palatin ;
c'était là le berceau de la cité. Au temps de Tacite
on montrait encore l'emplacement de la ville primitive, marqué par
une ceinture de pierres. C'était la Rome carrée, Roma
quadrata, qui avait été ainsi construite, parce que les
rites religieux et les prescriptions des augures
voulaient qu'elle eût cet aspect. En
même temps qu'une ville latine se développait sur le Palatin
et tout autour de cette colline, un établissement sabin
occupait le Quirinal et l'extrémité septentrionale du Capitole ,
qu'une croupe assez élevée rattachait alors au Quirinal .
Latins et Sabins n'étaient séparés que par
une dépression légèrement ondulée, herbeuse
et humide, qui devait jouer dans l'histoire du monde un rôle unique,
et servait alors de marché, peut-être même de pâturage
aux boeufs des laboureurs latins : nous avons nommé le Forum .
Par
ses deux extrémités, la Suburra à l'Est et la partie
méridionale du Capitole à l'Ouest, la ville du Septimontium
était en contact immédiat avec la communauté sabine.
Il est extrêmement probable que la lutte éclata entre les
deux bourgades voisines. La guerre des Sabins et des Romains, sous Romulus,
semble n'être que l'écho légendaire
de ce conflit.
Ce qui est certain,
c'est que les deux groupes voisins se réunirent en un moment donné
et ne formèrent plus qu'une seule cité; mais, au sein même
de l'unité nouvelle, se conservèrent longtemps plusieurs
vestiges de la dualité primitive : le quartier du Quirinal
garda le nom de « la Colline », par opposition à l'expression
de «-Montagne-»
qui fut réservée aux quartiers voisins du Palatin ;
les prêtres de Mars
furent toujours divisés en deux groupes, les Saliens
du Palatin (Salii Palatini), et les Saliens du Quirinal ou de la
Colline (SaIii Collini). L'union des deux communautés voisines
et peut-être rivales agrandit considérablement le territoire
de Rome.
Il semble que ce territoire se soit complété par l'annexion
d'une partie du Caelius
et de l'Aventin ;
mais l'histoire de cette annexion est très obscure. Il n'est pas
invraisemblable que le Caelius ait été occupé, à
une certaine époque, par des bandes étrusques ou tyrrhéniennes,
venues des régions situées au Nord du Tibre, et qu'un de
leurs chefs ait réussi à devenir maître de Rome. Il
est d'ailleurs incontestable qu'une puissante influence étrusque
s'est exercée à Rome; les traces de cette influence sont
nombreuses dans les progrès matériels et dans les institutions
religieuses de la ville. Quoi qu'il en soit de cette annexion de la partie
septentrionale du Caelius, le terme de cette troisième période
dans le développement territorial de la cité romaine est
la construction du rempart connu sons le nom d'Agger de Servius
Tullius.
La bourgade, groupée
sur les pentes du Palatin
autour d'un oppidum primitif s'agrandit ainsi progressivement jusqu'à
devenir une ville importante, que protègeait une puissante muraille;
elle fut assainie et embellie. Elle possèdait en dehors de ses murs
un assez vaste territoire; elle a même acquis une véritable
hégémonie dans le Latium .
Tout, en effet, n'est pas légendaire dans les récits de guerres
victorieuses et de conquêtes que la tradition romaine nous a conservés
pour cette période reculée de l'histoire. Les plus anciens
habitants de Rome
luttèrent souvent contre leurs voisins, les Latins
au Sud et à l'Est, les Etrusques
au Nord. Ils triomphèrent successivement de la plupart des communautés
latines, qui occupaient le territoire situé au Sud de l'Anio et
à l'Est du Tibre inférieur; ils s'étendirent même
au Nord de l'Anio, jusqu'à Fidènes et Crustumerium; vers
le Sud-Est, ils remportèrent sans doute de grands succès,
dont la chute retentissante d'Albe la Longue ,
l'antique métropole du Latium, est pour ainsi dire le symbole. Dans
la direction de la mer, Rome ne paraît avoir rencontré aucun
adversaire; de bonne heure, elle atteignit les embouchures du Tibre, et
elle y fonda un port, Ostie. A la fin de la période royale, sa puissance
maritime allait être déjà considérable, puisqu'elle
allait signer un traité de commerce avec Carthage .
Grâce à ces victoires sur toutes les villes voisines et à
cet agrandissement continu de son territoire, Rome établit sa prépondérance
dans le Latium; elle devint la présidente de la confédération
latine. Plusieurs cités du Latium, comme Préneste et Tibur,
gardèrent leur indépendance; mais aucune d'elles n'était
capable de rivaliser avec Rome.
Tels furent donc débuts de la cité
éternelle; elle naquit de la réunion d'éléments
hétérogènes qui, après une série de
luttes, s'unirent dans un gouvernement commun, dans lequel l'organisation
stricte de la cité et de la famille, la séparation des citoyens
et des non-citoyens, l'égalité civique entre citoyens, contribuèrent
à fonder et à maintenir l'unité nécessaire
à son existence et à son développement. On peut situer
avec vraisemblance ces événements vers le milieu du VIe
siècle avant notre ère.
-
Le
site de Rome.
| A.
Mons Capitolinus. |
B.
Mons Palatinus (site de l'antique Pallantium). |
| C.
Mons Aventinus. |
D.
Mons Caelius. |
E.
Mons Esquilinus. |
| F.
Collis Viminalis. |
|
G.
Collis Quirinalis. |
| H.
Forum. |
I.
Quartier de Subura. |
J.
Campus Martius. |
| K.
Mons Janiculus. |
L.
Ager Vaticanus. |
M.
Mons Sacer. |
|
N.
Emplacement du tombeau de Caecilia Metella sur la via Appia.
L'enceinte
dessinée est celle de Servius Tullius. D'après P. W. Forchhammer,
la lutte entre les ruisseaux jumeaux Marrana et Marranella expliquerait
la légende de Romulus et Remus. |
L'époque des
rois
L'histoire intérieure
de la communauté romaine, de sa constitution sociale et politique,
de ses premiers développements, présente beaucoup d'obscurités,
malgré les travaux critiques, fort nombreux et fort remarquables,
qui ont essayé d'y projeter la lumière. Il est difficile
de ne pas admettre que le peuple romain ait été formé
par plusieurs éléments différents, qui se sont juxtaposés,
associés et fondus. De ces éléments, le plus ancien
est l'élément latin. Suivant toute apparence, c'est de la
région des monts Albains qu'un groupe d'habitants, vint s'établir
sur le Palatin
et les hauteurs environnantes; la plus ancienne des nécropoles romaines,
découverte au XIXe
siècle sur l'Esquilin ,
renfermait un mobilier funéraire tout à fait analogue à
celui que l'on a trouvé au pied des monts AIbains, au-dessous d'une
couche de lave. R. Lanciani en a conclu que les premiers habitants de Rome
appartenaient au même groupe ethnique que les populations préhistoriques
du Latium .
L'archéologie
pourrait donc ici être d'accord avec la tradition pour rattacher
l'origine de Rome à la région des monts Albains, mais le
noyau primitif du peuple romain ne demeura pas isolé. A l'élément
latin, qui formait la cité palatine, se joignit de bonne heure l'élément
sabin.
Les Sabins, qui sans doute avaient descendu la vallée du Tibre,
occupaient le Quirinal
et peut-être une partie du Capitole ;
la guerre, qui éclata entre eux et les Latins
maîtres du Palatin, ne se termina pas par l'extermination ou l'assujettissement
de l'un des deux groupes, mais par leur union. Enfin, il est extrêmement
vraisemblable qu'après les Sabins, les Etrusques
entrèrent à leur tour dans la communauté romaine primitive;
on ne sait pas avec certitude dans quelles circonstances; mais les légendes
des Tarquins et de Servius Tullius ne
sont probablement pas sans renfermer un fond de vérité historique.
Ce qui, en tout cas, est certain, c'est que le peuple romain fut constitué
par trois éléments différents; cette origine triple
ou tripartite apparaît très nettement dans le mot tribu, qui
signifie étymologiquement un tiers.
Les trois tribus
primitives ou génétiques de Rome
s'appelaient : les Ramnes, les Tities ou Titienses,
les Luceres. On est en général d'accord pour voir
dans les Ramnes l'élément latin et dans les Tities ou Titienses
l'élément sabin. Quant aux Luceres, quelques historiens les
ont considérés comme représentant l'élément
étrusque, tandis que d'autres, en particulier Mommsen, se sont refusé
à admettre cette opinion; et, pour ces derniers, les Luceres seraient,
comme les Ramnes, une population latine.
Quelle que fût d'ailleurs leur origine respective, Ramnes, Tities,
Luceres faisaient partie à titre égal de la cité,
y occupaient le même rang, sans que les uns ou les autres y fussent,
soit privilégiés, soit subordonnés.
A mesure que Rome
vainquit les villes voisines et annexa leurs territoires, sa population
augmenta. Les vaincus perdaient leur nationalité; ils n'étaient
plus citoyens de leur cité, puisqu'elle était détruite
ou du moins avait cessé d'exister en tant que cité indépendante;
ils n'étaient pas admis comme citoyens dans la cité victorieuse.
D'une façon générale, ils formaient une masse confuse,
qui augmentait le nombre des habitants de Rome, mais qui ne faisait pas
partie du peuple romain, au sens strict du mot. Il en était de même
des étrangers, qui venaient s'installer à Rome et qui y affluèrent
de plus en plus.
Le peuple romain
proprement dit, c.-à-d, le corps des citoyens, se divisait en curies.
Les curies étaient à la fois des groupements religieux et
des circonscriptions topographiques. Chacune d'elles possédait sa
chapelle, son prêtre, son culte particulier. L'ensemble des curies
formait la cité romaine. Chaque curie renfermait un certain nombre
de gentes. Chaque gens était
un groupe de familles, plus ou moins séparées dans le présent,
mais qui se rattachaient toutes à un ancêtre commun, dont
elles portaient le nom et dont elles célébraient le culte.
Enfin chaque famille se composait du père, de la mère, des
enfants et des clients. Le père de famille
célébrait au nom de tous les cérémonies
du culte domestique; il offrait aux dieux protecteurs de sa maison, Lares
et Pénates ,
des libations de vin ou de lait, des parfums, etc. Ainsi dans chaque famille
les diverses personnes, dans chaque gens les diverses familles,
dans chaque curie, les diverses pentes, étaient unies entre elles
par un lien religieux ;
de même toutes les curies se groupaient autour d'un sanctuaire unique,
célébraient en commun des cérémonies religieuses,
avaient un prêtre suprime, le Curio maximus. L'unité de la
cité romaine était donc fondée sur la religion. En
conséquence, n'appartenaient pas au corps des citoyens dans la Rome
primitive les étrangers qui ne participaient pas aux cultes publics
de la cité.
Patriciens et Plébéiens
La population de Rome
se trouva de bonne heure divisée en deux parties : les citoyens
proprement dits ou patriciens, membres des familles romaines, inscrits
dans les curies, et les non-citoyens ou plébéiens, qui n'avaient
avec les patriciens aucun lien religieux, qui étaient considérés
comme étrangers à la cité, et qui par suite ne possédaient
ni droits civils ni droits politiques.
La constitution politique
de Rome fut d'abord monarchique. Comme le père
dans la famille, le roi était, au moins en théorie, chef
absolu dans l'Etat; il était le grand prêtre, le commandant
militaire et le juge suprême de la communauté des citoyens.
Mais dans la pratique son pouvoir se trouvait limité par deux assemblées
: le Sénat et l'Assemblée
curiate. Le Sénat était formé par un certain nombre
de chefs de famille, que désignait le roi. C'était un Conseil
des Anciens, qui n'avait pas d'attributions bien déterminées,
mais que le roi consultait dans les circonstances graves, et qui était
tout spécialement chargé de maintenir intactes les anciennes
traditions, ce que l'on appelait à Rome la
coutume des ancêtres (Mos majorum). L'Assemblée curiate
était la réunion de tous les citoyens, c.-à-d. de
tous les patriciens, et d'eux seuls, groupés par curies. Elle était
convoquée et présidée par le roi. Elle ne délibérait
pas; elle répondait simplement par oui ou non aux questions que
le roi lui posait. Elle était consultée quand il s'agissait
de déclarer la guerre ou de conclure la paix; au début de
chaque règne, elle confirmait les pouvoirs du nouveau roi. Dans
cette assemblée, comme dans le Sénat, l'influence appartenait
aux chefs des familles les plus puissantes.
L'organisation militaire
de l'Etat romain ,
pendant cette période, avait pour base la division de la cité
en curies ( L'Armée
romaine). En cas de guerre, chaque curie devait fournir une centurie
ou groupe de cent fantassins et une décurie ou groupe de dix cavaliers.
Il en résultait que seuls les citoyens étaient soldats. Fantassins
et cavaliers devaient s'équiper à leurs frais. A la fin de
la guerre, le butin était partagé entre les soldats. Le roi
était le commandant en chef de l'armée; sous ses ordres,
trois officiers appelés tribuns des soldats
commandaient l'infanterie, un autre officier, le tribun des cavaliers (tribuns
ceterum), était à la tête de la cavalerie.
Ainsi le corps des
patriciens seul était organisé; seul il constituait l'armée,
mais seul aussi il jouissait des droits civils et politiques. Or, plus
l'Etat romain fit de progrès, plus le territoire de Rome
s'agrandit, et plus les patriciens devinrent une minorité, tandis
que la plèbe croissait toujours en nombre. Bientôt les plébéiens
demandèrent à être admis dans l'Etat comme citoyens.
D'après les historiens romains, une première réforme
fut accomplie, qu'ils attribuent à Tarquin
l'Ancien. Le nombre des familles patriciennes fut augmenté,
ce qui revient à dire qu'un certain nombre de familles plébéiennes
furent admises dans le communauté romaine et firent désormais
partie de la cité, Mais ce n'était là qu'une réforme
partielle et insuffisante. L'organisation et la constitution de la cité
furent, quelque temps après, profondément modifiées,
et le nom de Servius Tullius resta attaché
à cette grande réforme, comme à la construction du
rempart qui ceignit Rome
pendant toute la période républicaine.
Cela ne veut pas dire que, du premier coup, la masse plébéienne
obtint l'égalité civile et politique avec les patriciens;
bien loin delà, elle devait rester longtemps encore opprimée.
Mais la fusion des deux parties de la population romaine, jusque-là
complètement étrangères l'une à l'autre, fut
préparée par une double réorganisation, territoriale
et militaire. Le territoire romain fut divisé en quatre circonscriptions
ou tribus, dans lesquelles tous les habitants, patriciens et plébéiens,
étaient inscrits suivant leur domicile : la circonscription du Palatin
ou tribu Palatine; la circonscription de la Suburra ou tribu Sucusane;
la circonscription de l'Esquilin ,
ou tribu Esquiline; et la circonscription des collines, le Viminal
et le Quirinal ,
ou tribu Colline. Plus tard, le nombre de ces circonscriptions augmenta,
à mesure que le territoire romain s'étendit.
En second lieu, tous
les habitants de Rome,
patriciens et plébéiens indistinctement, furent répartis
en six classes, d'après
leur revenu. La première classe se composait de tous ceux qui possédaient,
en biens-fonds ou sous toute autre forme, une fortune évaluée
à 100.000
as; pour les 2e, 3e,
4e, 5e
classes, les chiffres étaient de 75.000
as, 50.000 as,
25,000 as, 12.500
as; dans la 6e classe étaient réunis,
sous le nom de prolétaires, ceux qui ne possédaient rien
ou qui possédaient moins de 12.500
as. Cette division en classes servit de fondement à une nouvelle
organisation militaire. Désormais les plébéiens, comme
les patriciens, furent soldats. En effet, chacune des cinq premières
classes dut fournir à l'armée un certain nombre de centuries
ou groupes de cent fantassins; les charges les plus lourdes pesaient sur
les premières classes, par conséquent sur les plus riches
habitants de Rome. C'était parmi eux que se recrutaient les cavaliers.
Lorsque, par suite
de cette nouvelle organisation, les Romains
étaient appelés sous les armes au début d'une guerre,
ils se réunissaient au Champ de Mars
par centuries; or, dans ces centuries comme dans les nouvelles tribus topographiques,
patriciens et plébéiens étaient mélangés.
Sans doute, comme l'a remarqué Mommsen, la constitution de Servius
Tullius conférait moins des droits aux plébéiens
qu'elle ne leur imposait des devoirs et des charges; il n'en est pas moins
vrai qu'en mêlant indistinctement patriciens et plébéiens
dans les rangs de l'armée, elle préparait la fusion en un
seul et même peuple de deux groupes demeurés jusqu'alors tout
à fait étrangers et hostiles l'un à l'autre. Après
cette constitution, les patriciens conservent la plupart de leurs privilèges;
mais les plébéiens font désormais partie du peuple
romain. De même que la construction de l'agger dit de Servius Tullius
marque, dans l'histoire matérielle de Rome, la fin de la période
de croissance, de même, dans l'histoire du développement social,
la réforme, qui porte le nom du même personnage, détermine
une étape importante; le peuple romain est désormais constitué.
Il est probable que
la chute de la royauté suivit de près cette réforme
de l'Etat romain. D'après la tradition romaine, la royauté
fut renversée sous le successeur immédiat de Servius
Tullius; d'autre part, au début de la République,
l'organisation territoriale et militaire de Rome était bien encore
telle que l'avait faite la réforme dite de Servius Tullius.
(J. Toutain). |
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