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Sully (Maximilien
de Béthune ,
baron de Rosny, duc de), né à Rosny près Mantes en
1559, mort à Villebon (Eure-et-Loir) en 1641. Il descendait de l'antique
famille flamande des Béthune, qui remonte
au moins au XIe siècle, et portait
d'argent
à la fasce de gueules. La branche de Rosny était représentée
au milieu du XVIe siècle par François
de Béthune, baron de Rosny, seigneur de la Villeneuve-en-Chevrie,
né vers 1532, qui suivit Condé, fût pris à Jarnac
et mourut en 1575. De Charlotte, fille de Robert Dauvet, il eut sept enfants,
dont six fils trois, l'aîné (Louis), le troisième (Jean),
le cinquième (Jean) moururent jeunes; deux, le quatrième
(Salomon) et le sixième (Philippe, comte de Salles et de Charost)
retournèrent au catholicisme. Maximilien, le second, resta protestant;
c'était le favori de son père (François n'eut pas
d'enfants de son remariage avec Marguerite de Souvigny; sa fille Jacqueline
épousa Elie de Gontaud), qui le fit instruire par La Durandière,
et le présenta à Henri de Navarre
lorsque ce prince passa par Vendôme. Henri l'emmena à Paris ,
où il suivit les leçons du collège de Bourgogne. Il
échappa au massacre de la Saint-Barthélemy grâce à
sa présence d'esprit : il se rendit à son collège
avec un gros livre d'heures sous le bras. Henri le prit ensuite avec lui
et lui fit enseigner les mathématiques et l'histoire par Chrétien.
En 1576, Rosny accompagna Navarre en Touraine
et servit dans son armée comme volontaire, puis comme enseigne de
Lavardin; si l'on en croit ses propres récits, il se serait couvert
de gloire à La Réole (1577), à Villefranche, Eauze,
Mirande, Cahors ,
Marmande .
Dans l'espoir de recouvrer les biens que
les Béthune avaient possédé en Flandre ,
il abandonna son premier maître pour suivre le duc d'Anjou .
Sauvé du massacre d'Anvers
par le prince d'Orange, il rejoignit en Guyenne ,
Henri
de Navarre. Henri le nomma chambellan et conseiller d'État de
Navarre
et l'envoya prévenir Henri III des offres qu'il avait reçues
d'Espagne. C'est alors que Rosny épouse Anne de Courtenay,
qui lui apporte une solide fortune. Il grossit encore cette fortune en
faisant, tout noble qu'il était, des spéculations sur les
chevaux il les achetait en Allemagne pour les revendre avec bénéfice
en Gascogne .
En 1583 nous le retrouvons avec Navarre à Bergerac ;
il se signale en Poitou ,
puis à Arques ,
à Ivry ,
à Rouen ,
à Dreux ,
à Laon, à La Fère; il montre non seulement du courage.
mais un vrai talent d'ingénieur. Après l'avènement
de Henri IV, il devient son confident préféré. Il
lui conseilla de se convertir au catholicisme, mais refusa toujours d'en
faire autant (le roi lui offrit en vain l'épée de connétable
et, pour son fils, une de ses filles naturelles), sans qu'on puisse dire
qu'il ait représenté à la cour le parti huguenot.
Il ne prit part à aucune assemblée avant 1605, où
il parut comme gouverneur du Poitou.
En 1608, à Gergeau, il soutint même
vivement la cour contre ses coreligionnaires. Il entendait très
bien ses intérêts personnels, et se fit couvrir d'honneurs;
secrétaire d'État en 1594, conseiller au conseil des finances
en 1596, grand voyer en 1597, surintendant des finances et grand maître
de l'artillerie en 1599; en 1602, marquis, conseiller d'honneur au Parlement,
gouverneur de la Bastille ,
surintendant des fortifications, voyer de Paris ,
gouverneur du Poitou en 1603. En 1606, Henri IV érigea la terre
de Sully (Loiret) en duché-pairie, et dès lors Rosny porta
ce nom. Sully rendit d'ailleurs à Henri IV
de très grands services. Il l'accompagna en Savoie et eut sa part
personnelle dans la prise de Charbonnières (1600) et de Montmélian
(1601). En 1602, il négocia la paix de Savoie, en 1603, il fut envoyé
en ambassade auprès de Jacques Ier,
et s'acquitta de cette mission avec succès. Aveuglément dévoué
au roi, il ne reculait, pour le servir (par exemple pour empêcher
le mariage de Catherine de Navarre avec le comte de Soissons), ni devant
le mensonge, ni devant l'abus de confiance. Mais il savait, quand il y
allait de la grandeur de son maître, lui résister, braver
sa colère et lui parler rudement. Il s'opposa aux prodigalités
auxquelles l'entraînaient ses maîtresses, les duchesses de
Beaufort et de Verneuil; il l'empêcha d'épouser Gabrielle,
il travailla au mariage de Marie de Médicis.
Une réelle intimité s'était établie entre le
roi et son ministre, qui logeait à la Bastille ou à l'Arsenal.
Il y avait eu entre eux un refroidissement dû à des intrigues
de cour, mais que suivit une complète réconciliation. C'est
en lui rendant visite à l'Arsenal que le roi fut tué.
C'est surtout comme surintendant des finances
que Sully mérita la reconnaissance du roi Henri
IV. Ce n'était pas un financier, mais un travailleur; il avait
le jugement droit, du courage et même une raideur un peu rogue pour
résister aux sollicitations, de la probité, l'esprit d'économie.
Il établit une comptabilité sévère, punit les
concussionnaires, restreignit les exemptions d'impôts. Il aurait
voulu supprimer la gabelle. En 1601, il fit réduire l'intérêt
légal du denier douze (8,33 %) au denier seize (6,25); en 1602 et
1609, il promulgua des édits sévères contre les banqueroutiers.
Parmi les forces vives de la France, l'agriculture surtout lui paraissait
digne d'intérêt, parce qu'elle assure l'alimentation du peuple
et fournit au roi de robustes soldats :
Labourage
et pastourage, aimait-il à dire, sont les mamelles de la France,
et les vraies mines et trésors du Pérou.
Il fit faire des dessèchements de marais,
des défrichements; il était partisan de la libre circulation
des grains. Son amour de l'agriculture le rendait même injuste pour
les autres sources de production; animé contre l'industrie des préjugés
qui inspirent les lois somptuaires, il résistait aux tendances plus
hardies de Henri IV. Il est l'auteur de l'édit
de 1601 sur les mines, mais il s'opposa tant qu'il put à l'établissement
des manufactures de soieries. Cependant, pour complaire au roi, il planta
des mûriers en Poitou, à Rosny, à Sully, où
il s'était fait construire un château décoré,
en l'honneur de Henri, du nom d'Henrichemont. Comme grand-voyer, charge
à laquelle il réunit celle de voyer de Paris ,
il restaura les routes et les planta d'ormes. Cette innovation fut d'abord
impopulaire ; les paysans appelaient ces arbres des sullys et voulaient
en faire des birons, c.-à-d. les décapiter. Il acheva
le Pont-Neuf
et édifia la place Dauphine .
Il fit réparer les digues, et chercha surtout à doter la
France d'un réseau de canalisation; son plan comportait à
la fois le canal des Deux-Mers et la liaison de la Seine et de la Loire.
Il ne put réaliser que le canal de Briare .
Il rétablit les fortifications des villes frontières et,
en 1610, il avait entassé à la Bastille ,
en prévision de la guerre de Juliers, de très grosses forces
d'artillerie. Il est d'ailleurs très difficile, dans l'oeuvre du
règne de Henri IV, de faire le départ entre ce qui appartient
au roi et à son ministre. Comme souvent les ministres réformateurs,
Sully, à cause de son caractère dur, n'était guère
aimé.
A la mort du roi, il crut d'abord prudent
de se retirer à la Bastille .
Le lendemain, au Louvre, la reine Marie de Médicis
ne lui ménagea pas les flatteries; mais, le 26 juillet 1614, elle
lui demanda sa démission de surintendant et de gouverneur de la
Bastille. Il retira de ses charges 760 000 livres, plus 240 000 pour
trois abbayes, plus une pension de 48 000 livres. Ce n'était pas
un désintéressé. Sully n'avait encore que cinquante-deux
ans. Il se rapprocha du parti huguenot et, soutenu par son gendre Rohan
contre Bouillon, prit à Saumur la tête de l'opposition. Présent
en 1612 au synode de Privas, il fut représenté à l'assemblée
de Grenoble
en 1615. Il avait déconseillé aux protestants d'accepter
l'alliance de Condé; après des hésitations,
il ouvrit à ce prince les portes de ses places. Il prit une part
active aux négociations de Loudun, et se démit ensuite de
son gouvernement du Poitou en faveur de Rohan. II se rapproche alors de
la régente, qui cherchait à se concilier les hommes de Henri
IV; il désavoue, ainsi que son fils, les entreprises de La Rochelle
(1621); il intervient à Montauban pour amener les habitants à
se soumettre à Louis XIII. Cette docilité
ne le mit pas à l'abri des rigueurs. Arrêté à
Moulins en 1622, il paya sa liberté de a forteresse de Capdenac.
Il se retira à Villebon et dès lors on le vit très
rarement à la cour. Cependant
Richelieu
lui fit donner, en échange de la grande-maîtrise de l'artillerie,
le bâton de maréchal (1634). Il vivait dans sa retraite au
milieu d'une étiquette sévère, empreinte d'une gravité
un peu théâtrale. Le ministre et l'ami de Henri IV mourut
très oublié en 1641. De son mariage avec Anne de Courtenay
(morte en 1589), il eut Maximilien Il (1587-1634), marquis de Rosny, jeune
débauché qui épousa la petite-fille de Lesdiguières,
et laissa un .fils, tige des ducs de Sully. Rachel de Cochefilet donna
à Sully neuf enfants (six meurent en bas âge.) dont Marguerite,
qui épousa en 1602 Henri de Rohan, Louise, mariée en 1620
à Alexandre de Lévis, et François de Béthune,
comte d'Orval. Sa femme lui fit élever une statue à Nogent-le-Rotrou.
(Henri Hauser).
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En
bibliothèque - Sully avait
publié en 1609 un Abrégé de la vie de Henri-Auguste,
et quelques pièces de vers : Adieu à la, cour, Parallèles
de César et de Henri le Grand, qui furent traduites en latin
par Bourbon. Il avait composé, ouvrages aujourd'hui perdus: un Traité
de la guerre, le Maréchal de camp, un Discours des desseins du roi
lors de sa mort, une Instruction de milice et police, et un
grand roman politico-allégorique en quatre volumes, Gélastide.
Un mémoire écrit par Sully en 1630 a été publié
par de Vogüé (Notices publiées par la Société
de l'Histoire de France, 1884).
Nous
avons ses mémoires ou plutôt les « Mémoires
des sages et royales aeconomies d'Estat, domestiques, politiques et militaires
d'Henri le Grand... et des servitudes utiles, obéissances convenables
et administrations loyales de Max. de Béthune, Amstelredem, Alethisnographe,...
à l'enseigne des trois Vertus couronnées d'amaranthe ».
Cette édition, dite des Trois V verts (in-folio), fut imprimée
clandestinement au château de Sully entre 1638 et 1642. Le premier
tome allait de 1570 à 1600, le second de 1601 a 1605 ; il y eut
deux éditions successives tirées au château. Une réimpression
clandestine parut à Rouen en 1649, 2 vol. in-fol., et une autre
sans doute à Leyde en 1652, 4 vol. in-12. Sully avait préparé
les deux tomes suivants (1605-38), que le Laboureur publia en 1662. La
première édition intégrale est celle d'Amsterdam (Trévoux),
1723, 12 vol. in-12. En 1745, l'abbé de l'Ecluse en donna une version
de sa façon, Londres (Paris), 3 vol. in-4, qui a malheureusement
servi de type aux réimpressions de Londres, 1747, Paris, 1788 et
1822, et à celles des collections de mémoires (corrigée
cependant par Petitot) et à la traduction allemande de Zurich, 1783-86,
7 vol. in-8. Ses manuscrits sont à la Bibliothèque nationale,
n° 10.305 à 10.344 du fonds français.
Ces
Mémoires
ne ressemblent à nuls autres : ils sont à la deuxième
personne. Sully se fait raconter sa vie par ses secrétaires, le
médecin La Brosse, son écuyer Maignan,Choisy-Morelly,
La Fond, Balthasar, etc., ce qui lui permet de s'adresser des éloges
et de passer sous silence certains faits. Il faut s'en servir, avec précaution.
La première partie, d'un style assez vif, a dû être
rédigée de bonne heure, sans doute avant 1617; l'autre est
traînante. Sully a modifié son manuscrit dans la retraite,
pour répondre à tous les ouvrages qui paraissaient contre
la mémoire de son maître ou son propre rôle. Il se vante
souvent; il invente de toutes pièces une soi-disant mission auprès
d'Élisabeth
en 1601; il développe le fameux grand dessein, le plan de république
chrétienne que tant d'historiens ont pris ait sérieux. Mais
les Oéconomies royales n'en gardent pas moins, en raison
de la personnalité. de l'auteur, une valeur historique de premier
ordre. |
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