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La Hongrie
occupe aujourd'hui la partie septentrionale de l'ancienne Pannonie ,
et s'étendait dans le passé jusqu'à la partie occidentale
de l'ancienne Dacie ,
et la partie Sud-Est de la Germanie .
Parmi les nations qui occupèrent, dans des temps reculés,
certaines portions de la Hongrie, nous trouvons : les Daces, les lllyriens,
les Pannoniens, les Gépides, les
Longobards
et les Khazars. Les Romains réunirent
la partie Sud-Ouest à la Pannonie et la partie Sud-Est à
la Dacie. Elle fut ensuite soumise par les Wisigoths
et les Huns d'Attila
qui avait établi sa capitale sur les bords de la Tisza, et elle
avait été envahie par les Slaves
et Avares, les Valaques, les Bulgares et les Alamans lorsqu'elle fut conquise
par un peuple venu de la région de la Volga, attiré dans
cette partie de l'Europe
par l'empereur d'Orient
-Léon le Philosophe,
qui l'opposa aux Bulgares. Ce peuple, dont une composante semble avoir
porté le nom de Magyar
qu'il se donne, fut appelé par les Slaves Ougri, Oungri et
Vengri,
d'où les Allemands
ont fait Ungarn, et les Français Hongrois.
Partis des plaines
de la Sibérie occidentale, ces Magyars ou Hongrois envahirent
en 895 le bassin moyen du Danube sous la conduite d'Almos (Almus), puis
de son fils Arpad, dont la dynastie régna
sur la Hongrie jusqu'en 1301.
Divisés en sept tribus et 408 familles, c'était, dit-on,
une masse d'un million de personnes, dont plus de 200.000 guerriers.
L'empereur Arnoul
ayant réclamé leur secours contre Svatopluk, roi des Moraves,
ils s'emparèrent d'autant plus facilement de la contrée nommée
aujourd'hui Hongrie, que la puissance des Avares avait été
détruite par Charlemagne. Après
avoir épouvanté les pays d'Occident (l' Italie ,
l'Allemagne
et la France )
et l'Empire byzantin
qu'ils ravagèrent à plusieurs reprises, ils se fixèrent
dans le pays qui porte leur nom. Les résistances qu'ils rencontrèrent
et leur conversion au christianisme
mirent un terme à leurs courses vers la fin du Xe
siècle. Cette conversion commença
par l'exemple de leur duc Geysa, descendant d'Arpad (972-997),
qui se fit baptiser par saint Adalbert, archevêque
de Prague ,
tout en gardant ses idoles.
«
Je suis assez riche, disait-il, pour servir deux divinités.»
Son fils Étienne
fut le vrai fondateur, le patron de la Hongrie. Il obtint d'Othon III la
fondation d'un siège métropolitain à Gran, et du pape
Sylvestre
II le titre de Majesté apostolique (1000),
qui demeura attaché à celui de roi de Hongrie. Les Magyars
ne massacrèrent pas les populations slaves, germaniques ou latines
qu'ils trouvèrent établies dans la plaine du Danube. Ils
se mêlèrent à elles. Saint Étienne organisa
le gouvernement monarchique et donna aux Magyars l'unité nationale.
Le Roi fut assisté d'un sénat et de comtes (ispans)
qui gouvernaient les provinces. Au-dessous de la haute noblesse des magnats
se forma une petite noblesse turbulente et fière, dangereuse parfois
pour l'ordre monarchique, mais surtout pour les ennemis de la Hongrie.
Les habitudes des
Hongrois, dont un grand nombre étaient encore attachés au
paganisme, troublèrent les règnes des premiers successeurs
de saint Etienne. Béla Ier rétablit
l'ordre. La rivalité de Salomon, son neveu, et de son fils Geysa,
vint de nouveau agiter la Hongrie. Mais saint Ladislas rendit la tranquillité
au royaume, et en recula les frontières par la conquête de
la Croatie et de la Dalmatie .
Coloman, neveu de
Ladislas, accueillit avec défiance les croisés ,
dont les passages successifs sur son territoire mirent la Hongrie en relation
avec l'Europe
occidentale. Il se rendit odieux par ses cruautés, et son fils Étienne
II, surnommé le Foudre, marcha d'abord sur ses traces; mais,
après avoir porté la guerre en Pologne, en Bulgarie et en
Grèce ,
il remit le sceptre au sage Béla II, pour prendre l'habit monastique.
Geysa Il maintint, comme son père Béla Il. le bon ordre dans
ses États. Le règne d'Élienne III fut troublé
par la concurrence au trône de deux de ses oncles, Ladislas et Etienne.
Les efforts de Béla III, frère d'Etienne III, pour pacifier
la Hongrie furent contrariés par les prétentions de son frère
Emeric Il conserva la ville de Zara, qui s'était donnée à
la Hongrie, malgré les tentatives des Vénitiens pour la lui
reprendre. Il épousa Marguerite, soeur de Philippe
Auguste. Émeric, fils de Béla III, résista aux
tentatives que fit son frère André pour le renverser du trône.
Mais il perdit en 1202
la ville de Zara, que les Vénitiens lui enlevèrent, avec
l'aide des croisés, et mourut en 1203.
André Il marcha
en Palestine, à la tête des croisés ,
en 1217.
A son retour, il ratifia, dans un décret appelé Bulle
d'or, les privilèges de la noblesse; et institua les diètes
annuelles. Sous Béla IV, les Mongols
envahirent la Hongrie, en 1241,
et obligèrent ce prince à se retirer en Dalmatie .
Il perdit aussi une bataille contre Frédéric le Belliqueux,
duc d'Autriche, et fut défait par Ottokar Ier
et par Ottokar II, rois de Bohème. Élienne IV, fils de Béla
IV, battit les Bulgares et leur imposa un tribut. Son fils, Ladislas III,
adopta les moeurs païennes des Kumans, qui envahirent la Hongrie sous
son règne, et fut assassiné par trois de leurs chefs. André
III, successeur de Ladislas III, eut un concurrent au trône dans
Charles
Martel, fils de Charles Il, roi de Naples ,
et de la soeur de Ladislas III. Charles-Robert,
ou Charobert, fils de Charles Martel, réclama la couronne de Hongrie
avant la mort d'André III, en qui s'éteignit la dynastie
d'Arpad, en 1301,
et eut un compétiteur dans Venceslas, fils de Venceslas IV, roi
de Bohème, qui fut élu en 1301,
mais qui se désista en 1304.
Avec la maison d'Arpad finit l'existence de la Hongrie comme nation indépendante.
Les souverains de
la Bohème, de la Pologne et de l'Autriche
s'en disputèrent la possession pendant deux siècles et demi.
Othon de Bavière, petit-fils par sa mère de Béla IV,
fut élu en 1305,
et se maintint jusqu'en 1307.
Charobert,
reconnu roi en 1309,
fut le réformateur des abus. Louis le Grand, fils de Charobert,
conquit la Transylvanie ,
la Valachie ,
la Croatie et la Dalmatie ,
acheva la conversion des Kumans au christianisme ,
créa la noblesse du second ordre, protégea le commerce et
l'industrie, et devint roi de Pologne en 1370.
Marie, sa fille, lui succéda eu 1382,
sous la régence de sa mère Elisabeth, qui fit assassiner
en 1386-Charles
III, roi de Naples, proclamé roi de Hongrie en 1385
par le parti mécontent du gouvernement de cette princesse. Elisabeth
fut mise à mort, et Marie enfermée. Mais son fiancé,
Sigismond
de Luxembourg ,
plus tard empereur d'Allemagne ,
la délivra, et se plaça avec elle sur le trône.
Les Turcs
profitèrent des troubles de la Hongrie pour commencer à l'envahir,
et Sigismond perdit contre eux, en 1396,
la grande bataille de Nicopolis. La couronne de Hongrie lui fut disputée
avec un succès passager en 1403
par Ladislas, roi de Naples, fils de Charles
III. Sigismond régla l'ordre des diètes, et y fit siéger
les députés des villes. Il eut pour successeur Albert
II d'Autriche, empereur d'Allemagne ,
mari de sa fille Élisabeth. A la mort de ce prince, les Hongrois,
menacés d'une nouvelle invasion turque, appelèrent au trône
Vladislas VI, roi de Pologne, qui, après avoir défait les
Ottomans avec l'aide de Jean Hunyade, fut tué
dans une bataille qu'il perdit ensuite contre eux en 1444
à Varna. Jean Hunyade, nommé régent du royaume en
1445,
pendant la minorité de Ladislas VI, fils posthume de l'empereur
Albert d'Autriche, gouverna l'Etat avec habileté jusqu'à
l'avènement du jeune roi en 1453,
et le défendit contre les Turcs, sur lesquels il remporta encore
une victoire signalée à Belgrade
en 1456.
Son second fils, Mathias Corvin, fut placé
sur le trône après la mort de Ladislas VI, en 1458.
La Hongrie, momentanément
relevée, brilla d'un éclat passager sous le règne
de ce grand roi. Sous ses deux successeurs, Vladislas et Louis, de la maison
des Jagellons, rois de Bohème en même temps que de Hongrie,
les Turcs
profitèrent encore une fois des troubles suscités par les
discordes des grands pour fondre sur la Hongrie. Le dernier de ces deux
princes, Louis, fut tué en 1520
à la bataille de Mohacz, qu'il perdit contre Soliman .
Ferdinand Ier d'Autriche réclama
la couronne de Hongrie en vertu d'un traité conclu entre Vladislas
Jagellon et l'empereur Maximilien Ier;
mais elle lui fut disputée par Jean Zapolya, voïvode de Transylvanie ,
qui appela Soliman à son secours en 1529.
Ces divisions permirent aux Turcs de s'emparer d'une partie de la Hongrie,
qu'ils occupèrent pendant 160 ans. Jean Zapolya mourut en 1540,
et ses partisans proclamèrent roi son fils Jean Sigismond, encore
au berceau. Ferdinand, demeuré possesseur du trône, le céda
à son fils Maximilien en 1563.
Avec le protestantisme
une nouvelle vague de troubles s'introduisit en Hongrie. La maison d'Autriche
se maintint en possession de la royauté, malgré les efforts
continuels des Turcs
et les révoltes successives de Botchkay, prince de Transylvanie ,
et soutien des protestants, de Béthlen Gabor, de Georges Rakoczy,
et enfin d'Emeric Toekély. Fort des succès de ses armes contre
les Turcs, l'empereur. Léopold ler
fit déclarer par la diète, à Presbourg
(auj. Bratislava, en Slovaquie), en 1687,
la couronne de Hongrie, héréditaire dans sa maison. Cette
hérédité fut étendue en 1722à
la descendance féminine de la maison de
Habsbourg. Les victoires du prince Eugène amenèrent la
paix de Carlovvitz (1699),
et celle de Passarowitz (1718),
qui affranchirent la Hongrie de la domination turque.
-
Armes
de la Hongrie.
Une nouvelle révolte,
dont le chef fut François Rakoczy, fut apaisée par le traité
de Szathmar, qui rendit à la Hongrie, en 1711,
ses anciens privilèges. Au cri de sa noblesse : Moriamur pro
rege nostro Maria Theresa! la nation se leva tout entière pour
soutenir Marie-Thérèse, en 1741.
Elle continua de se montrer dévouée à la maison d'Autriche
pendant les guerres contre la France
républicaine et contre Napoléon Ier.
La Hongrie avait conservé son ancienne constitution, la plus aristocratique
de toute l'Europe ,
qui perpétuait les Magyars dans leur position de conquérants.
Tous les droits politiques et sociaux leur étaient exclusivement
réservés, quoiqu'ils ne formassent pas la moitié de
la population du royaume. Les lois, proposées et sanctionnées
par le roi, étaient discutées par la diète, composée
de 2 chambres : la table des magnats, où siégeaient
les prélats et les grands du royaume sous la présidence du
palatin, qui était un archiduc représentant le roi, et la
table
des états, où siégeaient les députés
de la noblesse inférieure, des villes et des districts. La diète
se réunissait tous les trois ans à Presbourg.
Un esprit d'opposition
au gouvernement autrichien, qui allait toujours croissant depuis 1830,
se manifesta ouvertement en 1848.
Les Hongrois prétendaient s'affranchir de la domination autrichienne ,
et maintenir en même temps leur propre domination sur les Croates
et les Esclavons. La guerre civile éclata; et l'avocat Kossuth,
chef du parti démagogique, s'empara du gouvernement. Il fit décréter,
en 1849,
par les chambres représentatives, qui avaient remplacé la
diète, dissoute par l'empereur, l'exclusion de la maison de Habsbourg-Lorraine
du trône de Hongrie. L'insurrection ne put être réprimée
.par l'Autriche, et fournit à la Russie
l'occasion d'intervenir dans le conflit, et de prêter, cette même
année 1849,
l'appui de ses armes au rétablissement de l'autorité autrichienne
en Hongrie. Une agitation révolutionnaire s'y est manifestée
en 1860.
L'empereur a décidé que l'ancienne diète serait reconstituée,
en même temps qu'il a rétabli l'ancienne division par comitats.
Mais il a été forcé, par les répugnances des
Hongrois à admettre l'union réelle avec la monarchie autrichienne,
de dissoudre la diète en 1861.
Les dispositions à trouver une solution qui concilie l'unité
de l'empire avec les droits historiques de la Hongrie devinrent meilleures
en 1862
et 1863.
Plus fortement constituée que l'Autriche ,
moins travaillée par les conflits de nationalités, dirigée
par une aristocratie riche et puissante qui donnait au gouvernement une
réelle stabilité, la Hongrie prima à la politique
extérieure de la double monarchie ses directions particulières,
et son influence ne contribua pas peu à orienter Habsbourg
vers les Balkans.
C'est pour elle surtout que fut avantageux
le régime de 1867. Le pouvoir
appartint tout d'abord à une coalition des partis Deak et Tisza
: unis sous la dénomination de «-parti
libéral-»,
ils s'appliquèrent à organiser le nouvel État de Transleithanie
et à le magyariser. Les résistances des Roumains de Transylvanie
et celles des Slovaques furent facilement surmontées, mais
il fallut concéder aux Croates une part assez grande d'autonomie.
L'apparition sur la scène politique,
aux élections de 1905, du «-parti
de l'indépendance-»
dirigé par Albert Apponyi, Jules Andrassy. François Kossuth,
fils du dictateur de 1848, fut le point
de départ d'un mouvement en faveur de la transformation du régime
dualiste en une simple «-union personnelle-».
Le «-parti de l' indépendance-»
demandait la substitution du magyar à l'allemand comme langue de
commandement dans la partie de l'armée commune recrutée en
Hongrie. C'eût été constituer une armée nationale
en Transleithanie et créer un précédent dont auraient
pu s'autoriser les autres nationalités : l'empereur s'y refusa.
Les -«-indépendants-»
critiquaient aussi l'accord spécial fixant la contribution de la
Hongrie aux dépenses communes de la monarchie (diplomatie, finances,
armée); cependant, malgré les efforts de l'opposition, aux
Parlements de Budapest
et de Vienne, l'accord fut renouvelé à la fin de décembre
1907,
pour dix ans et pour la dernière fois. La Hongrie, entraînée
dans la première Guerre mondiale en 1914,
proclama son indépendance le 28 octobre 1918,
au moment de l'effondrement de l'empire austro-hongrois.
L'indépendance
de la Hongrie lui fut reconnue par les Traités de Versailles
et de Saint-Germain ,
qui, dans leur définition des nouvelles frontières en Europe
centrale, ne laissaient, à la Hongrie qu'un territoire exigu
en comparaison de ce qu'il avait été auparavant. Devenue
une république, et aspirant, sous la conduite du comte de Carolyi,
a devenir une démocratie, le pays se
trouva rapidement confrontée à l'agitation communiste, dirigée
par Béla Kun. Celui-ci s'empara du pouvoir en 1919
et mit en place un mode de gouvernement analogue à celui des Soviets
en Russie .
La même année Kun fut renversé à la suite de
l'intervention des troupes roumaines à Budapest qui aidèrent
à installer à sa place, un aristocrate typique représentant
de la vieille Hongrie traditionnaliste et catholique, l'amiral Miklos Horthy.
Une forme de monarchie fut rétablie, Horthy assumant les fonctions
de régent. Le parti communiste fut interdit, et une vague de répression
(la terreur blanche) déferla sur le pays. Des gouvernements marqués
très à droite, se succédèrent : Istvan Bethlen
(1921-1931),
Gömbös (1932-1936),
Daradnyi (1936-1938).
Antisémites
et revanchardes, les classes dirigeante se trouvèrent vite des affinités
avec les idées prônées par les Nazis en Allemagne .
En 1937,
un parti nazi, les Croix fléchées, fut même formé.
Ce rapprochement avec l'Allemagne permit en 1938
à la Hongrie de retrouver certains des territoires dont elle avait
été amputée après la Grande Guerre (Slovaquie
du Sud, Transylvanie
du Nord, portions de la Ruthénie et de la Voîvodine). En 1939,
le pays s'associa à l'Allemagne, au Japon
et à l'Italie ,
au sein du Pacte anti-Komintern. Cependant, quand fut déclenchée
la Seconde guerre mondiale, Horthy, un temps écarté du pouvoir,
mais de nouveau aux affaires tenta de ne pas entraîner son pays dans
le conflit. Il finit par s'y résoudre en 1941.
Au moment de l'offensive allemande contre l'URSS ,
la Hongrie envoya ses troupes (des forçats juifs étant sacrifiés
en première ligne) sur le front de l'Est, avant de déclarer
la guerre au Royaume-Uni
et aux États-Unis .
Dans la capitale et les grandes villes, les communistes pour leur part
s'efforcèrent d'organiser une résistance. En octobre 1944,
les Croix fléchées, dirigées par Szalasi renversèrent
Horthy qui avait demandé un armistice à l'Union soviétique
et qui freinait la déportation des Juifs
de Budapest
vers les camps d'extermination, et laissèrent l'armée allemande
occuper la Hongrie. Mais quelques mois plus tard, en avril 1945,
à l'issue de combats violents, qui ravagèrent en particulier
Budapest, les troupes soviétiques s'emparèrent de la Hongrie.
Les territoires repris par la Hongrie sept ans plus tôt durent être
rendus, et un nouveau gouvernement, dit de front national, fut mis en place.
Dans un premier temps, les Soviétiques
laissèrent s'installer en Hongrie un gouvernement provisoire d'apparence
pluraliste, dirigé par le général Béla Miklos,
un ancien sous-fifre du régime de Horthy, mais au sein duquel les
communistes étaient supposer jouer un rôle pivot. Le
nouveau gouvernement organisa des élections et entreprit une réforme
agraire (confiscation de tous les domaines de plus d'une soixantaine d'hectares,
redistribution des terres à 642 000 bénéficiaires)
et se trouva notamment confronté à l'opposition des
de l'Église, avec à sa tête le cardinal
Josef Midszenty, et à celle des anciens fascistes. Il eut aussi
aussi à se défendre, à l'intérieur même
de ses rangs, des agissements des communistes, mécontents de la
position minoritaire qui avait résulté des urnes. Dirigés
par Màtyàs Ràkosi, secondé par Ernö Gerö,
ceux-ci avaient noyauté l'armée et la police et finirent
par s'emparer du pouvoir. Ils commencèrent à mettre en place,
à partir de 1948,
une démocratie populaire comparable
à celles qui existaient déjà dans les autres pays
satellites de l'URSS. Sur fond de terreur policière, une nouvelle
constitution fut adoptée en 1949,
l'Industrie fut nationalisée et l'agriculture collectivisée.
La mort de Staline
en 1953
mit fin à la dictature de Ràkosi. La Hongrie, dont l'économie
partait à la dérive, fut invitée par son grand frère
soviétique
à procéder à une ample déstalinisation. Imre
Nagy, un communiste non stalinien, qui, comme ministre de l'agriculture,
avait été le promoteur de la réforme agraire, se vit
confier les rênes du pouvoir. Ses tentatives de réformes furent
entravées par la résistance que leur opposait l'aile dure
du parti communiste, et ses avancées, bien que favorablement perçues
par la population, furent modestes. A peine deux ans plus tard, il fut
désavoué par Moscou ,
et remplacé quelque temps par Andràs Hegedüs, un lieutenant
de Màtyàs Ràkosi (celui-ci restant en réalité
l'homme fort de la Hongrie). Celui-ci fut limogé définitivement
en mars 1956,
et les directions du pays et du Parti communiste furent confiée
à un autre stalinien, Ernö Gerö.
Le 23 octobre 1956,
les étudiants de Budapest
s'enhardirent à manifester pour demander le retrait des troupes
soviétiques du sol hongrois et un retour des libertés fondamentales
et aussi celui de Nagy. Le lendemain, le Parti communiste appela l'URSS
à l'aide et crut pouvoir apaiser l'effervescence en replaçant
Imre Nagy à la tête du Conseil. Nagy espérait pouvoir
obtenir le retrait des militaires soviétiques et un statut de neutralité
pour son pays, comparable à celui obtenu par l'Autriche
l'année précédente. Après une visite éclair
à Budapest de deux dirigeants soviétiques, Mikhaïl Souslov
et Anastase Mikoyan, Youri Andropov, alors ambassadeur de l'URSS à
Budapest (et futur numéro un de l'Union soviétique finissante),
laissa penser à Imre Nagy que Moscou
laisserait faire. Mais Nagy ne fut pas même en mesure de constituer
un gouvernement capable de durer plus de quelques jours. Et de toute façon,
dès le 30 octobre, tous ses plans volèrent en éclat,
quand les Soviétiques décidèrent d'envahir la Hongrie.
Leurs troupes prirent position à partir du 4 novembre. Il y eut
quelque 3000 morts (les trois-quarts à Budapest), dont des centaines
d'exécutions, et vingt mille arrestations. Beaucoup de Hongrois
fuirent le pays, Nagy crut pouvoir trouver refuge à l'ambassade
de Yougoslavie. Croyant aux promesses d'impunité qu'on lui avait
faites, il en sortit et fut aussitôt kidnappé par des agents
soviétiques, avant d'être jugé et condamné à
mort pour haute trahison. Jànos Kàdàr, un ancien dirigeant
communiste écarté par Ràkosi, redevenu quelques jours
plus tôt numéro un du parti communiste (rebaptisé Parti
socialiste ouvrier hongrois), fut placé au pouvoir.
Jànos Kàdàr
fut le maître d'oeuvre d'une brutale politique de répression,
qui se signala notamment par la pendaison de Nagy en juin 1958,
et se prolongea jusque vers 1963-1964.
Des lois d'amnistie furent alors votées, et le pays, se lança
dans une relative libéralisation. Kàdàr réussit
à instaurer une pacification intérieure qui rendit le régime
plus supportable. En 1968,
un nouveau mécanisme économique put même être
instauré, introduisant un peu d'économie de marché
dans l'économie socialiste. Le pays n'en demeurait pas moins, sur
le plan international, rigoureusement aligné sur Moscou .
Soldat modèle du Pacte de Varsovie ,
la Hongrie participa ainsi cette année-là en Tchécoslovaquie,
à l'écrasement du Printemps de Prague. Jusqu'aux au début
des années 1980,
la Hongrie connut une croissance économique, qui contrastait avec
la stagnation des autres pays satellites de l'URSS .
Puis le régime commença à donner des signes d'ankylose.
Jànos Kàdàr, vieillissant, fut démit de ses
fonctions en 1988
et remplacé par Karoly Grosz, puis par Gyula Horn. L'opposition
commença à s'exprimer plus ouvertement; en mai, on ouvrit
le passage aux Allemands de l'Est qui souhaitaient quitter leur pays pour
se réfugier à l'Ouest, via l'Autriche, tandis que le régime
se résolvait à s'ouvrir au multipartisme. En 1989,
le jour même de la mort de Kàdàr,
la Cour suprême réhabilita Imre Nagy.
En 1990,
des élections libres eurent lieu. Elles donnèrent la victoire
à une coalition de centre-droit (dans laquelle existait aussi un
courant d'extrême-droite, antisémite), dont le gouvernement
fut dirigé par Jòzsef Antall. En juin, la Hongrie se retira
du Pacte de Varsovie. L'ère communiste était terminée,
mais tout n'était pas fini pour les ex-communistes (ou néo-communistes,
comme on voudra). Le retour des restes de Horthy (mort au Portugal) et
inhumé en septembre 1993, qui
avait donné lieu à une réhabilitation contestée
de son régime, et surtout les incertitudes du passage à l'économie
de marché, qui ravivèrent rapidement la nostalgie du kadarisme,
ou du moins de celui des années de croissance et de stabilité
sociale, firent perdre la droite aux élections suivantes. En 1994,
un gouvernement de coalition réunissant communistes et libéraux
fut formé. La libéralisation ne s'en poursuivit pas moins.
En 1997, les Hongrois se prononcèrent
par référendum pour l'adhésion de leur pays à
l'Otan (qui aura lieu deux ans plus tard), et des négociations commencèrent
avec l'Union européenne en vue de l'admission de la Hongrie. En
1998,
une nouvelle coalition de centre-droit revint au pouvoir. Viktor Orban
fut nommé premier ministre. Sous son gouvernement, en juin 2001,
une loi fut votée donnant un statut protecteur aux ressortissants
de langue hongroise (magyarophones) vivant dans les pays voisins (Croatie
et Roumanie, Serbie ,
Slovaquie, Slovénie et Ukraine). Ce qui souleva une vague de contestation
dans les pays concernés, qui y voyaient non seulement une ingérence,
mais aussi, s'ajoutant la réhabilitation de Horthy huit ans plus
tôt, une résurgence des anciennes prétentions impériales
de la Hongrie.
Cela n'empêcha pas la Hongrie de
poursuivre paisiblement mais résolument sa vie démocratique.
En mai 2002, une coalition de gauche,
dirigée par Peter Medgyessy, gagna les élections le
parlement amenda quelques mois plus tard la loi sur les droits des magyarophones
de l'étranger. En avril 2003,
après l'accord donné par l'Union Européenne à
l'entrée de la Hongrie, un référendum entérina
le projet, et le pays fit officiellement son entrée dans le club
européen le 1er mai 2004.
En septembre Ferenc Gyurcsany remplaça Peter Medgyessy, démissionnaire.
En décembre, le pays se prononça par référendum
contre le projet de donner la nationalité hongroise aux magyarophones
de l'étranger, tandis que le parlement ratifiait le traité
de constitution européenne. Les élections de 2005
ont ensuite reconduit au pouvoir la coalition dirigée par Gyurcsany. |
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