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Anne d'Autriche

Anne d'Autriche est une reine de France, née le 22 septembre 1601, morte à Paris le 20 janvier 1666. Elle était fille de Philippe III, roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche. A treize ans, elle fut amenée à Bordeaux pour épouser Louis XIII (24 novembre 1615), dont elle eut par la suite deux fils, Louis (XIV), né en 1638, et Philippe de France, duc d'Anjou, puis d'Orléans, né en 1640. Délaissée par le roi, elle se montra d'une frivolité dont profitèrent habilement Marie de Médicis et Richelieu pour ne lui laisser aucune influence.

Imprudente avec Buckingham, elle se laissa compromettre dans les cabales et les intrigues. Sa participation, en 1626, à la conspiration de Chalais, la correspondance secrète qu'elle entretint avec son frère Philippe IV et qui fut découverte, le rôle qu'elle se laissa attribuer dans la conspiration de Cinq-Mars, la livrèrent à Richelieu qui pouvait la perdre et qui se contenta de se faire livrer par elle le traité secret des conspirateurs avec le roi d'Espagne (1642). 

Régente de France après la mort de Louis XIII (1643), elle nomma Mazarin premier ministre. On sait quel empire il exerça sur son esprit. On a beaucoup discuté la question de savoir si elle contracta avec lui un mariage secret. Les troubles de la Fronde eurent en partie pour cause l'attachement qu'elle lui témoignait. Rentrée à Paris en 1652, elle ne tarda pas à l'y rappeler. Après la mort de Mazarin, elle fut tenue complètement à l'écart des affaires par Louis XIV et dès lors consacra le reste de sa vie aux pratiques pieuses; ce fut alors qu'elle fit construire la belle église du Val-de-Grâce

La plupart des contemporains ont porté sur cette reine un jugement sévère que les historiens modernes n'ont pas infirmé. Si le portrait peu flatteur qu'en a tracé le cardinal de Retz est excessif et visiblement inspiré par la haine et l'envie, il résulte néanmoins de l'ensemble des témoignages que, plus attachée aux intérêts de l'Espagne qu'à ceux de la France pendant le règne de Louis XIII, elle demeura justement suspecte lorsque les circonstances mirent dans ses mains le gouvernement de la France. (GE).
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La fermeté de la reine Anne d'Autriche
lors de la Journée des Barricades

« Sur les sept ou huit heures du soir, on vint dire à la reine que le peuple paraissait vouloir se taire; ce qui l'obligea de songer à se mettre au lit. Elle avait besoin de se reposer des fatigues et des cruelles inquiétudes qu'elle avait senties, malgré sa tranquillité ordinaire.

Elle était à peine assise à sa toilette pour se déshabiller que le bruit de la rue Saint-Antoine, qui était répandu par Paris, recommença tout de nouveau dans la rue Saint-Honoré, avec beaucoup plus de frayeur pour la cour que celle du jour; car la nuit les choses paraissent plus fâcheuses et donnent beaucoup plus d'inquiétudes. Il y avait eu des gens assez méchants pour jeter des billets par les rues et dans les places publiques, qui conseillaient aux bourgeois de prendre les armes, et qui les avertissaient charitablement qu'il y avait des troupes aux environs de Paris, avec avis certain que la reine voulait enlever le roi, ensuite les faire saccager pour les punir de leurs révoltes.

L'alarme fut plus grande parmi le peuple, et le Palais-Royal en eut sa part. On vint dire à la reine tout librement qu'elle n'était plus en sûreté dans cette maison, sans fossés, ni sans gardes. On lui apprit qu'il y avait des troupes de bourgeois mêlés de canaille qui disaient tout haut qu'ils voulaient le roi; que leur résolution était de l'avoir entre leurs mains pour le garder eux-mêmes à l'hôtel de ville; qu'ils voulaient les clefs des portes de la ville, de peur qu'on ne l'enlevât; que, lui hors du Palais-Royal, ils ne se souciaient guère du reste, et que volontiers ils y mettraient le feu.

Sur ces horribles menaces, nous commençâmes tous à craindre pour elle et pour nous, soit pour sa personne, soit pour les nôtres, soit enfin pour nos maisons, qui, étant voisines de la cour, couraient grand risque d'être pillées. Chacun lui apprit alors le péril où elle était et les insolences que le peuple disait contre elle; car on flatte les rois jusqu'à l'extrémité; mais aussi, quand le masque est levé, on ne les épargne pas. Jarzé, nouveau capitaine des gardes, sur ce qu'elle montra quelques regrets d'avoir renvoyé les gardes, lui dit avec ostentation : 

« Madame, nous sommes ici une poignée de gens qui mourrons à votre porte. »
Mais, comme ces offres avaient plus de beauté que de force, elle les reçut plutôt comme des marques du mauvais état où elle était que comme un remède capable de la consoler des maux qu'elle avait sujet de craindre.

Il fallut qu'elle en cherchât la guérison dans sa propre fermeté; car M. le Cardinal était si rempli de trouble et d'effroi qu'elle n'en recevait nul secours. Dans cet instant elle connut bien clairement tout ce qui pouvait lui arriver. Elle le sentit, et la rougeur qui lui monta au visage, sur le compliment de Jarzé nous le fit assez connaître. Mais je dois lui rendre ce témoignage, qu'après avoir observé ses paroles, ses sentiments et ses actions, je ne vis en elle nulle marque de faiblesse. Au contraire, elle demeura toujours également constante et ferme et parut dans ce moment très digne de ses grands aïeux, et parler en petite-fille de Charles-Quint, qui joignit par sa dernière retraite la piété à ses héroïques vertus. Elle répondit à ceux qui lui disaient les choses du monde les plus effroyables ces belles paroles, dont il me souviendra toute ma vie :

« Ne craignez point. Dieu n'abandonnera pas l'innocence du roi; il faut se confier en lui. »
Quand je l'entendis parler ainsi, je fus honteuse, je l'avoue, d'avoir cru que sa tranquillité pouvait être quelquefois causée par l'ignorance du péril. Je l'en avais soupçonnée, parce qu'en effet les rois ne voient jamais leurs maux qu'au travers de mille nuages. La vérité, que les poètes et les peintres représentent nue, est toujours devant eux habillée de mille façons; et jamais mondaine n'a si souvent changé de mode que celle-là en change quand elle va dans les palais des rois.

En cette occasion cette grande princesse n'a pu être accusée d'aveuglement. Elle sentit si fortement l'état où elle était qu'elle en fut peu après malade. Mais son âme, plus forte que son corps, la soutint avec tant de fermeté qu'elle aurait eu honte de montrer ce que la nature n'avait pu éviter de lui faire souffrir. Et cette honorable fierté fut si grande en elle qu'elle l'empêcha de donner à ses chagrins d'autres témoins que les horreurs de la nuit. Elle se contenta en notre présence de demander sans trouble des nouvelles de ce qui arrivait de temps en temps, sans rien oublier néanmoins de tout ce que le soin et la prévoyance pouvaient apporter pour remédier à des maux si extraordinaires et si redoutables, dans lesquels elle ne trouvait conseil ni assistance de qui que ce fût, pas même de son ministre, qui crut alors qu'il serait obligé de quitter la France. »
 

(F. de Motteville, Mémoires).

 
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Dictionnaire biographique
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