|
|
|
|
Dictionnaire
|
|
| Bayonne
(Lapurdum, Sancta Maria Baionensis (1105), Baione
(XIIIe siècle). - Ville des
Pyrénées-Atlantiques, au confluent de l'Adour et de la Nive;
39 000 habitants. D'après Dibénart le mot Bayonne viendrait
du basque Bai-une qui signifierait port. La plus ancienne mention
que l'on trouve de cette ville lui donne le nom de Lapurdum; son
territoire correspondait à l'ancien diocèse de Bayonne; elle
faisait originairement partie du pays des Tarbelli et de la civitas
Aquensium (Dax). La Notitia dignitatum indique Lapurdum comme
la résidence du tribun de la cohorte Novempopulanienne; mais son
élévation au rang de cité ou de ville épiscopale
n'est pas prouvée pour une date antérieure à celle
du pacte d'Andelot Lapurdum était donc au temps des
Romains un poste militaire. On y voit les ruines d'une enceinte fortifiée,
formant un quadrilatère assez régulier correspondant aux
points suivants de la ville moderne : l'angle Sud-Ouest à la tour
où convergent les rues des Faures, Douer et Vieille-Boucherie; l'angle
Sud-Est à l'escalier de la Pusterle;
celui du Nord-Est au carrefour des cinq cantons; enfin celui da Nord-Ouest
au Château-Vieux. Le mur d'enceinte avait environ 3 mètres
d'épaisseur et était flanqué de tours rondes à
demi saillantes. Le diocèse de Bayonne a toujours considéré
saint Léon comme son premier évêque, mais on en fait,
tantôt un compagnon de saint Sernin et de saint Firmin, tantôt
un contemporain de Charles le Simple. Bayonne fut sans doute détruite
par les Vikings Au XIe
siècle, Bayonne était le siège d'une vicomté
qui exista jusqu'en 1193. Les vicomtes de Bayonne ou de Labourd possédèrent,
jusqu'à l'épiscopat de Raymond, la cathédrale
de Bayonne avec les droits qui en dépendaient; ils la cédèrent
à l'évêque avec la moitié de la cité,
et plus tard lui donnèrent la dîme du port et de tout péage.
Cette concession, faite par le vicomte Fortin Sanche à l'évêque
Bernard d'Astarac (1090-1119), fut confirmée par Guillaume IX, duc
d'Aquitaine A la fin du XIIIe
siècle, l'organisation de Bayonne, analogue à celle des autres
villes de la Guyenne
Tours de l'Eglise N.-D. de Bayonne. Au XIVe
siècle, la ville avait deux trésoriers, un clerc ordinaire
et un procureur syndic, chargé de soutenir les procès de
la ville et de poursuivre devant les tribunaux les crimes et les délits.
Le droit de bourgeoisie ou voisinage s'acquérait par la naissance,
le mariage ou un séjour d'un an et un jour dans la ville, après
avoir prêté serment. Les bourgeois ou voisins étaient
réunis quelquefois en cour de commune, pour approuver des décisions
du maire et de la centaine. Les voisins seuls étaient justiciables
des tribunaux municipaux; bien que la juridiction communale ne comprit
pas la haute justice, en fait, la cour du maire avait juridiction entière
sur eux et, jusqu'en 1789, la cour du maire, jurats et échevins
de Bayonne put condamner à la peine capitale. Le juge d'appel des
sentences rendues par les tribunaux de Bayonne était le sénéchal
des Lannes, qui résidait à Dax. La conséquence de
cette organisation municipale fut de contribuer à établir
à Bayonne une aristocratie bourgeoise et marchande, d'y développer
l'antagonisme des classes et d'y favoriser les dissensions. Les rois d'Angleterre
s'appuyèrent surtout sur le parti populaire, tandis que les bourgeois
faisaient volontiers cause commune avec les barons de Gascogne En 1294, à la suite des guerres
maritimes des Bayonnais contre les Normands et les Bretons, la Guyenne Pendant près de deux ans la ville
refusa de se soumettre au duc de Lancastre et les Cent-Pairs élurent
directement leur maire. Mais à l'avènement de Henri III,
après quelques tentatives pour obtenir leur pardon, les Bayonnais
se mirent en révolte ouverte, et le roi d'Angleterre dut employer
la ruse. Auger de Lehetia et d'autres gentilshommes basques s'emparèrent
par surprise de la ville, se saisirent des magistrats municipaux et rétablirent
l'évêque sur son siège. La mairie fut réorganisée
et les Bayonnais obtinrent, en 1402, des lettres d'abolition du roi d'Angleterre.
La constitution de la ville fonctionna régulièrement jusqu'en
1451, et les privilèges furent confirmés par Henri
V et Henri VI. Bayonne fut la dernière
ville de Guyenne Charles VII,
Louis
XI et Charles VIII, s'efforcèrent
constamment de restreindre les libertés municipales de Bayonne.
Dès le mois de septembre 1451, une ordonnance de Charles VII modifia
l'organisation communale. Le maire était nommé par le roi,
ainsi que le clerc de la ville, devenu lieutenant du maire; il était
assisté d'un conseil de six échevins et de six conseillers
annuels. Le corps des Cent-Pairs était remplacé par un collège
de vingt-quatre membres. Louis XI, en 1482, abandonna
la nomination du clerc de ville aux conseils et au maire; à partir
de 1550, il dut être renouvelé tous les deux ans et être
né à Bayonne. Au XVIIe siècle,
le corps municipal ne fut plus composé que d'un maire, trois échevins;
deux jurats, d'un clerc de ville et d'un syndic ou procureur du roi, élus
par un collège de vingt électeurs nommés par les bourgeois
parmi les anciens magistrats. En 1451, le sénéchal des Lannes
avait cru pouvoir exercer sa juridiction à Bayonne; une ordonnance
de 1455 rendit la juridiction au maire et aux échevins qui l'exercèrent
jusqu'à la Révolution, continuant à appliquer les
dispositions des plus anciens établissements de la commune. Depuis
sa réunion à la France, Bayonne fut assiégée
quatorze fois sans être jamais prise. Ferdinand
le Catholique la fit attaquer en 1495 et en 1505. Sous Louis
XII, le duc de Longueville fit commencer de nouvelles fortifications
qui, continuées et agrandies sous François
Ier, permirent
de repousser à plusieurs reprises les attaques de Charles-Quint,
en 1523 (date à laquelle une chronique fait remonter l'invention
de la baïonnette par les assiégés) et en 1551.
François Ier,
mis en liberté, passa par Bayonne où il refusa de ratifier
le traité qu'on l'avait obligé de signer à Madrid En 1563, eut lieu une entrevue entre Charles
IX et Catherine de Médicis,
d'une part, et Élisabeth, reine d'Espagne, et le duc d'Albe d'autre
part. On paraît y avoir agité un projet de massacre des chefs
huguenots; néanmoins la Saint-Barthélemy ne fit pas de victimes
à Bayonne, le vicomte d'Orthe, gouverneur de la ville, ayant refusé
d'exécuter les ordres du roi. Durant la Ligue, Bayonne ne fut troublée
que par quelques tentatives des Espagnols pour s'emparer par ruse de la
place, notamment en 1594. En 1636, la ville fut de nouveau assiégée
par les Espagnols et vaillamment défendue par les ducs d'Epernon
et de la Valette. En 1659, Mazarin passa par
Bayonne pour aller conclure le traité des Pyrénées
et la cour y fit un assez long séjour. Au XVIIIe
siècle, l'histoire locale de Bayonne n'offre d'intérêt
que par la réception des divers princes et princesses qui passèrent
par la ville. En 1701, Philippe V, escorté
par les ducs de Bourgogne Les entraves apportées au commerce
portèrent un rude coup à la prospérité de Bayonne;
la ville, qui comptait 16 000 habitants en 1718, perdit le tiers de sa
population; son commerce tomba de 27 millions à 9 ou 10 millions;
Bayonne
ne redevint prospère qu'en 1784, quand la liberté du commerce
eut été proclamée. Sous l'Empire, c'est au château
de Marrac, près de Bayonne, que Napoléon
détrôna les Bourbons d'Espagne ( Parmi les personnages célèbres nés à Bayonne, on compte Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, le chimiste Pelletier, Garat, l'acteur Jélvotte, le comte Cabarrus, le banquier Jacques Laffitte, le P. Ravignan, etc. Monuments. Bayonne possède, comme nous l'avons vu, quelques restes de murailles en appareil romain, qui permettent de reconnaître son enceinte primitive. Le principal monument de la ville est la cathédrale dont la fondation remonte à l'année 1140, L'édifice actuel fut commencé vers 1213; on construisit le sanctuaire et la partie inférieure du transept avec ses porches; la nef centrale et la partie supérieure du transept datent du XIVe siècle. Leur hauteur est d'environ 27 mètres, la longueur totale de l'église est de 80 m et sa largeur de 33,46 m; les voûtes portent les armes d'Angleterre. C'est du XIVe siècle également que datent les deux tours de l'Ouest et le portail principal; les clochers ne furent pas terminés. Vers 1460, un arriva à la souche de la flèche pour le clocher sud, mais les deux pyramides de 30 m qui couronnent l'édifice ont été achevées au XIXe siècle par Boeswillwald. A la fin du XIVe siècle, on a ajouté dans l'épaisseur des contreforts du bas-côté nord, des chapelles latérales; contre le bas-côté sud, se développe un cloître quadrilatéral, comprenant vingt-huit travées. Une des galeries a été transformée en une chapelle avec une sacristie. La porte méridionale du transept a conservé quelques sculptures Parmi les autres monuments, il convient de mentionner : Saint-André, bâtie dans le Petit-Bayonne, à côté de l'hôpital militaire, qui est de construction moderne; l'église de Saint-Esprit, de la fin du XVe siècle, qui a été reconstruite, et où on remarque une sculpture représentant la fuite en Égypte, très vénérée des Basques; le Château-Vieux, pour sa part, a été construit, dit-on, au XIIe siècle par Guillaume Raymond de Sault, dernier vicomte de Bayonne (ses quatre tours rondes datent du XVe siècle); le Château-Neuf, au Sud de Bayonne, entre l'Adour et la Nive, n'a été terminé qu'en 1489, sous Charles VIII, il servira plus tard de caserne et de prison militaire; les fortifications actuelles et la citadelle de Saint-Esprit ont été construites par Vauban. (L. Casier). |
|
© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.