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Huon de Bordeaux.
- Chanson de geste qui fait partie des romans
carolingiens .
Elle a été composée par un trouvère dont on
ne connaît ni le nom ni le pays, vers la fin du XIIe
siècle ou le commencement du XIIIe,
à une époque où la veine héroïque commençait
à s'épuiser, où les contes bretons s'emparaient de
la faveur jusque-là réservée aux oeuvres françaises,
et où les poèmes d'aventures allaient remplacer les poèmes
dits historiques ou chansons de geste. En voici le sujet :
Huon et Gérard, fils de Séguin,
duc de Bordeaux ,
sont accusés auprès de Charlemagne
par Amaury de la Tour de Rivier, qui convoite leurs domaines, de vouloir
se soustraire à l'hommage. Mandés à la cour, ils sont
traîtreusement assaillis en chemin par Amaury, qui s'est fait un
complice de Charlot, fils de l'empereur : Charlot blesse grièvement
Gérard, mais est tué par Huon. Celui-ci n'échappe
à la mort, dont Charlemagne le menace, que sur les prières
de son oncle le duc Naimes : mais il doit accepter comme châtiment
une mission lointaine et périlleuse. Alors se déroule une
série d'aventures dont le héros ne serait pas sorti par sa
seule valeur, et où il doit ses succès à l'appui du
nain
Obéron ,
roi de Féerie .
Réconcilié enfin avec l'empereur, il recouvre son fief.
L'auteur de Huon de Bordeaux a donc pris
un sujet ou tout au moins un cadre carolingien; il a donné à
son poème la forme consacrée de la chanson de geste, c.-à-d.
le mètre de 10 syllabes et les couplets monorimes, mais a fait de
son héros un chercheur d'aventures, et introduit dans son oeuvre
le merveilleux féerique. Un savant allemand, Ferdinand Wolf, a pensé
qu'il avait existé un poème plus ancien, dont celui-ci ne
serait qu'un remaniement; mais aucun argument sans réplique n'appuie
sa conjecture. Huon de Bordeaux est un des meilleurs romans de chevalerie
que nous possédions, et on peut le préférer au poème
allemand que Wieland en tira au XVIIIe
siècle. Certains critiques considèrent le personnage d'Oberon
ou Auberon comme un emprunt fait par le trouvère français
à la Germanie; il ne serait autre que l'Alberich des Niebelungen ,
du Heldenbuch ,
du poème d'Otnit, etc.. H. de La
Villemarqué lui attribue, au contraire, une origine celtique,
et l'identifie avec un personnage de la féerie
bretonne, Gwyn-Araun. Dans tous les cas, l'auteur de Huon de Bordeaux
a beaucoup ajouté de son fonds à l'invention allemande ou
celtique. Ce poème a été continué, refondu,
rajeuni plusieurs fois dans les siècles suivants: au XIVe
siècle déjà, il s'était accru d'une suite,
qui le portait de 10 000 vers à près de 30 000, et d'une
espèce de prologue intitulé le Roman d'Auberon. Dans
les manuscrits du XVe siècle, on
lui trouve une suite différente, ou bien la forme du roman entier
est remaniée, l'alexandrin ayant remplacé le vers de 10 syllabes.
En 1454, on en fit une version en prose, imprimée pour la première
fois en 1516, puis fréquemment reproduite.
Une requête adressée au parlement,
en 1557, montre que Huon de Bordeaux fut aussi transformé
en une pièce de théâtre; elle n'est point parvenue
jusqu'à nous. Le poème eut également deux versions
néerlandaises en vers; l'une, dont il ne reste que des fragments,
est de la fin du XIVe siècle ou
du commencement du XVe; l'autre a été
imprimée à Anvers
dans la première moitié du XVIe.
Vers le même temps, parut aussi en Angleterre une traduction en prose
de notre chanson de geste, par sir John Bourchier, lord Berners. Oberon
figure dans le drame de Jacques IV par Robert Greene; Spenser, dans sa
Reine
des fées, lui fait une généalogie; Shakespeare
lui a donné un rôle dans le Songe d'une nuit d'été,
à l'époque où l'on jouait encore en Angleterre un
drame de Huon de Bordeaux; enfin Ben Johnson, et, en notre siècle,
Sotheby, l'ont mis en scène dans ces pièces de fantaisie
que les Anglais nomment masque. En Allemagne, Wieland prit le sujet de
son poème d'Oberon dans l'analyse que M. de Tressan avait
faite de Huon de Bordeaux pour la Bibliothèque des romans;
il inspira à son tour l'opéra d'Oberon par Weber,
oeuvre qui date de 1826, et qu'on n'a jouée à Paris qu'en
1857. (B.).
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En
bibliothèque - Les manuscrits
du poème français de Huon de Bordeaux sont au nombre
de quatre : il y en a deux à la Bibliothèque nationale de
Paris, tous deux du XVe siècle, et dont l'un, aux armes de Richelieu,
est en vers de 10 syllabes, et l'autre en alexandrins; le troisième,
à la bibliothèque de l'université de Turin, est du
XIVe siècle; le quatrième, provenant de l'abbaye de Marmoutier
et conservé à la bibliothèque de Tours, date du XIIIe
siècle, et est en dialecte artésien. Ils ont servi à
la publication de l'édition donnée dans la collection des
Anciens
poètes de la France par Guessard et Grandmaison, Paris, 1860,
in-16.
En
librairie - Huon de Bordeaux, chanson
de geste, (bilingue, prés. W. Kibler et F. Suard), Honoré
Champion, 2003. - Collectif, Histoire de Huon de Bordeaux et Aubéron,
Stock, 2001.
Pour
les plus jeunes : Jean-Charles Herbin, Les aventures du chevalier Huon
de Bordeaux, Père Castor, 2000. |
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