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Le Saint Graal
ou
Gréal, peut-être du vieux français graalz,
gréal
ou
grasal, signifiant un vase
en forme de plat. - Ce mot, dont l'étymologie est en fait fort discutée,
désigne un plat dans lequel l'agneau-pascal
fut placé, au dernier souper que Jésus-Christ
fit avec ses disciples ( La
Cène ).
Le lendemain, Joseph d'Arimathie (ou
d'Arimathée )
s'en servit pour recueillir le sang qui dégouttait des plaies de
Jésus quand il lava son corps détaché de la croix;
puis il le conserva précieusement. On n'en trouve aucune mention
spéciale avant la fin du XIIe siècle.
A cette époque, Robert de Boron composa,
en vers de huit syllabes, une trilogie, dont la première partie
a été publiée par Francisque Michel, sous le titre
de Roman du saint Graal
(Bordeaux, 1841, in-8) et dans laquelle une légende concernant ce
plat est rattachée aux aventures de la Table ronde
: porté en Angleterre
par, le fils de Joseph d'Arimathie, le saint Graal y était resté
caché pendant des siècles; mais enfin un chevalier, nommé
Perceval ,
mérita, par ses vertus, de le retrouver, après de longues
épreuves, et d'en être institué le gardien.
Le roman
de Robert de Boron paraît avoir été
le thème de tous les développements ultérieurs de
la légende du saint Graal; mais bientôt ces développements
s'éloignèrent considérablement de la donnée
primitive. Chez les poètes allemands, Wolfram
d'Eschenbach (1205?-1215 ?), qui en tira deux romans épiques,
Parcival et Titurel, et Albert de Scharfenberg, le Graal devint
une pierre merveilleuse et sanctifiante, créée par Dieu,
dès l'origine du monde. Confiée d'abord aux anges
qui étaient restés neutres dans la lutte entre Dieu et Satan,
elle avait été ensuite remise à une succession d'hommes
divinement élus pour ce ministère. Pour la garder, avait
été constitué l'ordre mystérieux des Templeisen,
qui menaient une vie surnaturelle dans le temple fortifié de Grâl,
sur le Mont Salvage (mons Salvationis).
En 1101, après la prise de Césarée,
les Génois obtinrent, dans leur part de butin, un plat en verre,
de couleur verte, qu'ils croyaient taillé dans une énorme
émeraude. Déposé dans l'église de Saint-Laurent
à Gênes, ce plat fut très dévotement honoré
sous le nom de Sacro Catino, comme ayant servi au dernier repas
de Jésus. On lui attribua de nombreux miracles.
Le poète provençal Guyot ou Kyot, qu'on suppose avoir vécu
entre 1160 et 1180, fit un poème avec cette légende, qu'il
disait avoir puisée dans un manuscrit arabe d'un Maure appelé
Flegetanis, et dans une chronique latine de l'Anjou .
Après lui,
Chrestien de Troyes et d'autres
Trouvères étendirent la légende en y rattachant celles
du roi Arthur
et de la Table ronde
: ils confondirent san greal (saint vase) avec sang real
(sang royal, sang du Seigneur); ils imaginèrent que Joseph
d'Arimathie ,
devenu apôtre des Celtes, avait recueilli dans le Graal qui avait
déjà servi à la Cène, le sang de Jésus
crucifié et que, ce vase ayant été perdu après
lui, plusieurs chevaliers se mirent à sa recherche.
(B. / E.-H Vollet). |
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