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Les
textes
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| Merlin est
le nom (en celtique Myrddhin) d'un personnage légendaire
gallois, à la fois poète, sorcier et prophète, qui
aurait été le principal auxiliaire du roi Arthur Le roi breton Wortigern, après s'être rendu coupable de toutes sortes de crimes, et avoir été abandonné de tous, même des étrangers auxquels il s'était allié, veut faire bâtir une forteresse imprenable; trois fois de suite les matériaux qu'on rassemble à cet effet s'évanouissent. Les magiciens du roi lui conseillent d'arroser la place du sang d'un enfant né sans père. Merlin, appelé ici Ambroise (Ambrosius) et fils inconnu d'un consul romain, est destiné au sacrifice, mais confond les magiciens par ses réponses prophétiques et effraie le roi par l'annonce de sa ruine prochaine. Plus tard, il devient le conseiller du successeur de Wortigern, Ambroise, dont il portait le nom. Mais c'est surtout Geoffroy
de Monmouth (commencement du XIIe siècle)
qui contribua à accréditer les légendes sur Merlin
(comme celles sur Arthur) en les faisant passer pour de l'histoire et en
leur donnant un caractère chevaleresque et courtois qu'elles n'avaient
pas d'abord. Il commença (1135) par amplifier le récit de
Nennius
et rédigea en prose latine, à la prière d'Alexandre,
évêque de Lincoln Merlin, après avoir étonné
le monde par sa sagesse et avoir longtemps régné sur les
Bretons méridionaux, est atteint à la suite d'une défaite
de ses sujets, de folie furieuse et se retire dans les forêts
de la Calédonie; il se nourrit de glands, n'a pour asile que le
tronc des vieux chênes et pour compagnon
qu'un loup. Son épouse Gwendoloena et sa
soeur la reine Ganieda envoient à sa recherche un vieux barde jadis
son compagnon; celui-ci réussit à le ramener dans son palais,
mais il y soupire après la solitude et pour l'y retenir on le charge
de chaînes. Mais Merlin ne cesse de prédire ( L'auteur qui a le plus fait, avec Geoffroy
de Monmouth, pour répandre les légendes sur Arthur Chez Robert de Boron,
le personnage de Merlin prend un caractère tout particulier; ce
devait être une sorte d'Antechrist
suscité par l'enfer et qui finit par servir la religion qu'il était
destiné à ruiner. A la suite d'un conseil où les démons
se concertent sur les moyens de faire échec à Jésus-Christ,
il est engendré par l'un d'eux dans le sein d'une vierge
(telle devait être, selon d'anciennes croyances la naissance de l'Antechrist)
qui avait oublié un soir de mettre son sommeil sous la protection
de Dieu. Mais Merlin est baptisé et consacré
à Dieu par sa mère : cette origine explique l'ambiguïté
de son caractère, partagé sans cesse entre deux influences,
et pour ainsi dire, entre le ciel et l'enfer.
Il préserve d'abord sa mère du supplice auquel l'exposait
sa faute apparente; Robert de Boron relie ensuite assez maladroitement
l'histoire de Merlin à celle des rois d'Angleterre, et raconte comment
il confond l'usurpateur Vortigier (Wortigern dont il raconte l'histoire
d'après Nennius); il devint ensuite le
favori et le conseiller des deux rois légitimes Pendragon, puis
Uter, qui à la mort de son frère, prend le nom d'Uter Pendragon
et qui, grâce à l'appui de Merlin, bat les Saxons, et d'après
ses conseils institue la Table ronde Le récit que Robert de Boron avait laissé inachevé fut complété par divers continuateurs : dans ces suites, fort divergentes entre elles, Merlin se mêle de moins en moins à l'action; il finit par se retirer au fond des bois où il est appelé et retenu par Niniane ou Ninienne, personnage où les commentateurs ont vu souvent une personnification de la nature et de sa puissance bienfaisante (le nom de Viviane, devenu traditionnel, provient d'une erreur de lecture) : Niniane est une femme qu'il instruit d'abord dans la magie, pour laquelle il s'éprend d'amour et qui finit par le retenir dans sa solitude en l'enfermant soit dans une tombe soit, d'après une autre rédaction, dans un cercle magique qu'il lui a lui-même appris à tracer. Depuis ce moment, nul n'a plus vu l'enchanteur : un seul des chevaliers d'Arthur, Gauvain, passant dans la forêt de Brocéliande, entendit, la voix du captif le charger d'aller raconter au roi ce qu'il était devenu. On voit dans la forêt de Paimpont (ancienne Bréchéliant ou Brocéliande, entre les villes actuelles de Saint-BrieucMerlin apparaît de plus dans divers romans (Claris et Laris, etc.). Cette légende a eu un immense succès et diverses rédactions en ont été traduites en plusieurs langues, notamment en anglais, en espagnol et en italien; le roman en prose est aussi une des premières oeuvres qui aient été reproduites par l'imprimerie (dès 1498). L'Arioste (Roland Furieux La légende de Merlin, reprise par plusieurs modernes, les a parfois assez heureusement inspirés : il suffira de rappeler le drame de K. Immermann (Merlin, 1831); divers poèmes de Tennyson (Viviane, 1868; le Saint-Graal, 1870, etc.) et l'épopée en prose, riche en pages d'une belle et grande allure, où s'est donné carrière la fantaisie mystique d'E. Quinet (Merlin l'Enchanteur, 1860). Sans parler, bien sûr, de la fortune qu'à rencontrée Merlin au cinéma, au XXe siècle, pour le meilleur parfois, et le plus souvent pour le pire. (A. Jeanroy).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.