.
-

L'histoire de Bordeaux
jusqu'en 1900
Bordeaux sous la domination romaine. 
On ne sait rien sur la fondation de la ville de Bordeaux. Strabon est le premier qui fasse mention de la cité de Burdigala, nom que l'on retrouve dans Ptolémée. Située sur la Garonne, qui séparait les populations ibères des pays celtiques, cette ville était habitée, au moment de la conquête romaine et de son apparition dans l'histoire, par les Bituriges Vivisci, qui paraissent avoir été, comme les Boïens et les Médulles, un peuple celtique qui, ayant émigré, était venu s'installer sur la rive gauche de la Garonne. Que Bordeaux ait été soumise aux Romains, lors de la victoire de Crassus, lieutenant de César, sur les Aquitains, ou sous le règne d'Auguste, la conquête paraît s'être effectuée sans violence : il est même permis de supposer que les Bituriges, peuple de navigateurs et de commerçants, se soumirent volontairement à César et qu'ils lui fournirent peut-être des navires pour l'expédition de Bretagne, comme les Pictons et les Sanctons. Ils jouissaient en effet de privilèges particuliers, et Strabon nous apprend qu'ils ne payaient pas le tribut avec les Aquitains. 
-
Bordeaux : Piliers de Tutelle.
Les Piliers de Tutelle. (Dessin de Hermann van der Hem).

Les habitants de Bordeaux eurent la civitas de bonne heure et furent inscrits dans la tribu Quirina; ils eurent leur collège de magistrats, leur culte d'Auguste, comme le prouve une inscription trouvée jadis aux Piliers de tutelle et dédiée à Auguste et GENIO CIVITATIS BITVRIGVM VIVICORVM. Au lendemain de la conquête romaine, elle fut tout d'abord classée parmi les civitates liberae. Bordeaux resta fidèle aux Romains et ne prit part ni à l'insurrection de Vercingétorix, ni au soulèvement de l'Aquitaine, après le meurtre de Jules César (44 av. J.-C.). Lorsqu'en l'an 28 avant notre ère, Auguste réorganisa les provinces de la Gaule, Bordeaux fut classée parmi les quatorze cités de l'Aquitaine seconde, qui s'étendait de la Loire à la Garonne.

Cette ville qui, avant la conquête romaine, paraît avoir été un centre de commerce assez important, puisque Strabon la nomme Emporium Burdigala, fut choisie comme résidence par les gouverneurs ou présidents des Aquitaines et prit un grand développement; Ptolémée l'appelle Aquitaniae urbs insignis. Parmi les gouverneurs d'Aquitaine qui habitèrent Bordeaux, on cite Agricola, beau-père de Tacite (74 à 76); Galba, qui devint empereur; Tétricus, qui fut élu empereur par les soldats et qui, suivant Eutrope, revêtit la pourpre impériale à Bordeaux, en 271; le jurisconsulte Salvius Julianus, etc. Vers le milieu du IIIe siècle, peut-être pendant un séjour de l'empereur Gallien à Bordeaux, la ville fut agrandie ou plutôt rebâtie entièrement sur le plan des cités latines. Les Romains l'embellirent alors de nombreux monuments et les arènes que Gallien fit construire en dehors de la ville, sont un des vestiges les mieux conservés de la domination romaine à Bordeaux. Entraînée dans la révolte de Tetricus, la ville lutta contre l'empereur Aurélien et fut reconquise, en 274, après la mort de l'usurpateur. Elle n'eut pas à souffrir de l'invasion des Bagaudes, mais dut cependant leur payer rançon; les Romains jugèrent alors prudent de fortifier la ville, qui sous Dioclétien, vers l'an 300, fut entourée de nouvelles murailles. Bordeaux devint à cette époque le centre littéraire de la Gaule; ses écoles comptèrent parmi les plus florissantes de l'Empire romain et produisirent une foule d'hommes remarquables, parmi lesquels on peut citer les grammairiens Leontius et Glabrio, les rhétoriciens Exupère et Minervius, Sedatus, Alcimus, le poète Clementinus Théon, l'orateur Delphidius, saint Paulin et surtout le poète Ausone, qui a célébré sa ville natale et en a laissé des descriptions qui permettent de se faire une idée de Bordeaux au IVe siècle

La ville romaine.
La ville romaine, bâtie, quoi qu'on en ait dit, sur la rive gauche de la Garonne, avait la forme d'un carré et était défendue par une enceinte garnie de tours : Quadria murorum species sic turribus allis ardua. La ville occupait un espace de 740 m de long sur 480 de large, entre le Chapeau-Rouge et la petite rivière du Peugue, et ses hautes murailles étaient percées de quatorze portes placées symétriquement les unes en face des autres. A l'Ouest la ville avait pour limite une ligne qui irait de la cathédrale Saint-André à l'extrémité du cours de l'Intendance. L'enceinte méridionale allait du cloître Saint-André au Palais, anciennement Castrum regium, placé entre la rue des Bahutiers et celle des Argentiers; trois portesdonnaient accès dans la ville de ce côté, la porte Basse, celle de la Cadène on des Trois-Maries, placée près de la rue du Loup et démolie en 1728, et la porte Vegeira ou Vigeria (Begueyre), faisant face aux rues du Pas-de-Saint-Georges et des Epiciers. A l'Est le mur d'enceinte était entre les maisons de la rue Saint-Pierre et celle de la rue des Argentiers, et aboutissait à l'hôtel de la  Bourse. Il avait aussi trois portes l'une dans la rue de Tour-de-Gassies, où se trouvait au XIVe siècle la tour de Saint-Aubin; la porte Saint-Pierre. qui paraît avoir été la même que la Porta Navigera, dont parle saint Paulin, et la Porta de Palis ou porte Despaux, au bout de la rue Saint-Rémy. Au Nord le mur commençait, non dans l'alignement de la porte Médoc, mais plus dans l'intérieur de la ville, aux environs de la chapelle de la Bourse, traversait la place Saint-Rémy et continuait vers l'ancienne maison de Puy Paulin, hôtel de l'Intendance; il longeait les possessions de l'hôtel du Temple et se terminait à une tour qui subsistait encore, au XVIIIe siècle, dans la rue du Canon. Il devait y avoir une porte au haut de la rue Sainte-Catherine, répondant directement à la porte de la Cadène ou des Trois-Maries; une autre porte devait être située place Saint-Rémy, en face de la porte Begueyre; une troisième vers l'hôtel de l'Intendance. Enfin les portes qui s'ouvraient sur le côté occidental étaient la porte Dijaux, une porte à l'extrémité de la rue de l'Hôpital-Saint-André, en montant vers la rue des Remparts, et une troisième répondant à la porte Saint-Pierre. Plus tard, on agrandit l'enceinte et l'on transporta dans le nouveau mur les portes Dijaux, Médoc et Despaux. Au centre du mur qui regardait la Garonne, s'ouvrait la porta Navigera qui donnait accès dans un port intérieur ou bassin à flot, dans lequel se jetait la Devise et qui devait être comblé plus tard pour former le quartier Saint-Pierre. Ausone, qui exerça en 379, sous Valentinien ler, la charge de consul à Bordeaux, nous apprend que la ville était administrée par un sénat et un collège de consuls ou de décurions. Dès cette époque, les vins et les huîtres de Bordeaux jouissaient d'une grande réputation et le commerce de la ville, qui, d'après Ausone, consistait surtout dans la vente des suifs, des cires, de la poix, de la résine et du papyrus, avait pris une grande extension. 
-

Plan de Bordeaux en 260.
Plan de Bordeaux en 260 ap. J.-C.

L'introduction du christianisme.
Le christianisme paraît n'avoir pénétré qu'assez tard en Aquitaine. On attribue généralement à saint Martial les premières prédications chrétiennes à Bordeaux; mais le triomphe définitif du christianisme est dû surtout à saint Hilaire et à saint Martin. Ce n'est qu'au commencement du IVe siècle (315) que l'on trouve les traces d'une communauté chrétienne à Bordeaux; on cite cependant, à l'époque des persécutions de Dioclétien, le martyre de saint Fort, dont les reliques furent découvertes dans l'église Saint-Seurin et qui fut plus tard l'objet d'un culte populaire. Dès le IVe siècle, on constate à Bordeaux la présence d'hérétiques; en 386, un concile, présidé par l'évêque S. Delphin et auquel assistait saint Martin, condamna à Bordeaux l'hérésie de Priscillius, déjà condamnée par le concile de Saragosse, et des poursuites rigoureuses furent exercées contre ses adeptes.

Bordeaux sous les Wisigoths, les Mérovingiens et les Carolingiens.
Survint l'invasion des Barbares; envahie par les Alains, les Suèves et les Vandales, la ville de Bordeaux fut incendiée en 408.

La période wisigothique.
Au cours de l'automne de 413, elle fut occupée par les Wisigoths d'Ataulf, qui venaient de s'emparer de Toulouse et, en 419, elle fut cédée par le patrice Constance, lieutenant de l'empereur Honorius, aux Wisigoths de Wallia, qui fit de Bordeaux sa résidence préférée, bien que Toulouse fût la capitale du royaume wisigoth fondé dans le Sud de la Gaule. Les vainqueurs s'emparèrent des deux tiers des terres et du tiers des esclaves de la cité; mais la ville conserva son administration, et ses écoles continuèrent à jeter un certain éclat. Sidoine Apollinaire, qui a tracé un tableau de la cour des rois Wisigoths, cite les noms de Leo, Severianus et Lampridius, orateurs et poètes bordelais, et il déclare que la « puissante Garonne protégea le Tibre affaibli ». 

La période mérovingienne.
Bordeaux fut occupé par les Francs après la bataille de Vouillé; Clovis y passa l'hiver de 507 à 508, et l'évêque de la cité, Cyprien, dont le nom figurait, en 506, parmi ceux des prélats du concile wisigoth d'Arles, assistait, en 511, au concile d'Orléans. Après la mort de Clovis, cette cité fit partie du royaume de Childebert Ier, puis; en 561, du royaume de Caribert. Elle figure parmi les cités données, en 567, par Chilpéric à sa nouvelle épouse Galsuinthe et passées peu de temps après à sa soeur Brunehaut, épouse de Sigebert. Dans la guerre civile qui s'éleva, en 574, entre Sigebert et Chilpéric, le fils de celui-ci, Clovis, vint s'établir à Bordeaux, d'où il ne tarda pas à être chassé par Sigulf, partisan du roi d'Austrasie. La métropole de la seconde Aquitaine dut cependant se soumettre à Chilpéric à la suite du meurtre de Sigebert (575).

En 584, après l'assassinat de Chilpéric, Bordeaux fut occupée par le roi Gontran, à qui le pacte d'Andelot en assura la paisible possession; il fut seulement convenu qu'à la mort de Gontran, cette ville ferait retour à Brunehaut et à ses héritiers. Grégoire de Tours parle de trois basiliques qui existaient de son temps à Bordeaux; l'une était dédiée à saint Martin, une autre à saint Pierre, la troisième à saint Séverin, l'un des premiers évêques de Bordeaux. 

A partir du règne de Dagobert, Bordeaux suivit les destinées de l'Aquitaine; le VIIe et le VIIIe siècles sont une période de décadence pour la cité gallo-romaine, si florissante au IVe siècle. Elle resta dans la dépendance des ducs d'Aquitaine, mais ne paraît cependant pas avoir souffert de l'invasion des Vascons, qui n'atteignirent pas Bordeaux. En 729, les Sarrasins d'Abdérame, appelés par le duc Eudes, dans sa lutte contre les Francs de Charles Martel, prirent et saccagèrent Bordeaux, et le duc d'Aquitaine dut aller implorer le secours de son rival pour repousser ses trop dangereux alliés; il contribua à la victoire de Poitiers (732). 

La période carolingienne.
Pendant la révolte de l'Aquitaine, Bordeaux suivit le parti de Hunald et de Waïfre et fut soumise par Pépin, en 768, et par Charlemagne en 778. L'empereur, pour se concilier les habitants, fit de Bordeaux la capitale du royaume d'Aquitaine. En 826, Azo, gouverneur de l'Aquitaine, s'étant révolté contre l'empereur Louis et ayant appelé à son secours les Sarrasins d'Espagne, fut battu par Adelbrant et Donat, lieutenants de l'empereur, qui firent rentrer Bordeaux dans l'obéissance. La cité souffrit cruellement des invasions des Vikings; ceux-ci, en 857, après avoir ravagé les côtes de l'Aquitaine et tué le comte Seguin, lieutenant de Charles le Chauve, prirent Bordeaux, qu'ils pillèrent, brûlèrent et détruisirent entièrement. En 877, Frontaire, archevêque de Bordeaux, avait été obligé d'abandonner son siège à cause des incursions des Barbares. Après le traité conclu par Charles le Simple, en 911, les Vikings évacuèrent la Gascogne, qui devint un duché distinct de celui d'Aquitaine sous Sanche Mitarra et ses successeurs, ducs de Gascogne, qui fixèrent leur résidence à Bordeaux, au château de I'Onibrière, bâti vers 982 et démoli en 1800. Mais en 1039, Guillaume VII de Poitiers réunit par héritage le duché de Gascogne à celui d'Aquitaine et Poitiers resta la capitale du duché. Les ducs de Gascogne et d'Aquitaine rebâtirent la plupart des monuments et des monastères détruits par les Vikings (Saint-Seurin en 1032, Saint André en 1096, Saint-Michel en 1093), et rendirent à Bordeaux une partie de son ancienne prospérité; mais ce n'est qu'à partir du XIIe siècle que la ville retrouva avec la domination anglaise son importance et son antique splendeur.

Bordeaux sous la domination anglaise. 
Aliénor d'Aquitaine, fille et héritière de Guillaume X de Poitiers, épouse divorcée de Louis VII, roi de France, avait apporté en dot Bordeaux et l'Aquitaine à Henri Plantagenet, duc d'Anjou, qui devint en 1154roi d'Angleterre. Pendant trois siècles, Bordeaux resta au pouvoir des Anglais (1152-1451). L'administration anglaise fut très favorable au développement de la ville, qui acquit de nombreux privilèges politiques et commerciaux. Des relations très étroites s'établirent entre l'Angleterre et ses possessions de Guyenne; aussi, lors de la conquête de ce pays par Charles VII, les Bordelais opposèrent-ils une vive résistance à l'occupation française. Dès le XIIe siècle, les Plantagenets édictaient des mesures favorisant les libertés communales et destinées à accroître l'importance maritime et commerciale de Bordeaux. Aliénor publiait un code maritime connu sous le nom de Rôles d'Oléron ou de Jugements de la mer, complété plus tard par son fils Richard-Coeur-de-Lion. Henri II, en 1172, publiait une charte concernant le maire et les jurats de Bordeaux.

Le XIIIe Siècle.
En 1206, Jean-Sans-Terre accordait aux Bordelais l'exemption de toute maltôte et coutume sur leurs marchandises et favorisait l'accroissement de la ville en accueillant les étrangers qui, après un séjour d'un mois, prêteraient seraient au roi et à la commune. Mais ce n'est qu'en 1235 qu'Henri III, alors en lutte avec ses barons, concéda à Bordeaux une charte de commune; entre autres privilèges, il accordait aux Bordelais le droit d'élire leur maire qui jusqu'alors avait été un fonctionnaire royal. Le maire était élu pour un an avec mille livres d'appointements; il était assisté d'une jurade ou conseil de vingt-quatre jurats, qui élisaient le maire et qui, en quittant leurs fonctions, désignaient leurs successeurs. La jurade nommait en outre un corps de trente prudhommes appelés les seigneurs Trente, chargés plus spécialement de l'administration; un collège de trois cents notables, analogues aux pairs des villes normandes, était appelé à délibérer dans certaines circonstances.

Pour l'administration de la cité, le maire avait au-dessous de lui le clerc de ville, élu par la jurade et chargé particulièrement des finances. En 1242, Henri III reconnut aux Bordelais le privilège de n'être pas tenus au service militaire pour  le roi en dehors de leur diocèse. Mais après la bataille de Taillebourg, à la suite des exactions de Simon de Montfort, comte de Leicester, les barons gascons formèrent une ligue, à laquelle se joignirent les Bordelais, qui menacèrent même de se donner au roi de Castille. La commune fut en outre divisée par les querelles des deux maisons rivales, les Colomb et les Solers, et le prince Edouard, chargé par son père de l'administration de la Guyenne, en profita pour réformer la charte bordelaise au profit de l'autorité royale. Les statuts de 1261 enlevaient à la jurade la nomination du maire, qui était choisi par le roi ainsi que le clerc de ville; les appels des sentences du maire venaient devant le sénéchal de Guyenne ou devant le prince. 

Les droits de justice étaient mieux définis et partagés entre le roi d'Angleterre et la commune. Un noble ne pouvait devenir bourgeois de Bordeaux sans l'autorisation du prince; enfin le roi se réservait de faire construire un château-fort dans la cité et d'en couvrir les frais au moyen d'une taxe perçue par le maire et les jurats. Enfin la coutume de Bordeaux devait être réformée et révisée, de manière à garantir aux bourgeois leurs libertés et privilèges, tout en assurant les droits du roi. Depuis l'occupation anglaise, Bordeaux s'était considérablement agrandie; en 1235, un hôtel de ville, la maison de Saint Eloi ou Saint Eliège, avait été construit sur l'emplacement occupé plus tard par le Grand-Marché. Une nouvelle ville s'était créée sur la rive droite du Peugue : c'étaient les quartiers du Cahernan, de Saint-Eloi et de la Rousselle. Une nouvelle enceinte, terminée en 1251, partait de la Porte-Basse, longeait les fossés des Tanneurs, se continuait jusqu'à la porte de la Rousselle et à la rue de la Rousselle, et rejoignait l'enceinte primitive à la porte du Chapeau-Rouge. Cette enceinte avait 3000 m de longueur et était percée de dix portes nouvelles, dont une seule subsiste, la porte Saint-James, construite en 1246 et où se trouvent l'horloge et les cloches de la ville. En dehors des murailles s'élevaient les riches abbayes de Saint-Seurin, dont le chapitre avait des droits de juridiction assez étendus, de Saint-Germain, occupant l'espace qui forme aujourd'hui la place Tourny, etc. 

L'histoire intérieure de Bordeaux au XIIIe siècle se résume dans les luttes de la jurade contre le doyen et le chapitre de Saint-Seurin, et plus tard contre le prévôt de l'Ombrière, et dans la rivalité des Colomb et des Solers pour la mairie. Le commerce de Bordeaux avait pris un grand développement; les vins que l'on exportait en Angleterre et en Espagne en étaient l'aliment principal; ceux des bourgeois de Bordeaux avaient libre circulation sur la Garonne et les rois d'Angleterre avaient accordé de nombreux privilèges aux Bordelais qui venaient faire du commerce en Angleterre. Edouard ler établit deux grandes foires de huit jours, qui sont l'origine des Foires de Bordeaux. En 1283, Bordeaux fut choisie comme lieu de rendez-vous pour le duel de Charles lerd'Anjou contre Pierre d'Aragon. A la suite des luttes des marins normands et bayonnais, Philippe le Bel prononça la saisie du duché de Guyenne et envoya le connétable Raoul de Clermont prendre possession de Bordeaux, qui resta quelques années au pouvoir des Français. En 1295, le roi de France, pour s'attacher les Bordelais, leur accorda une charte, la Philippine, qui confirmait leurs coutumes et privilèges, maintenait les droits de justice de la jurade et autorisait le maire à établir des droits d'entrée sur les blés, vins et autres marchandises. Mais à la suite d'une insurrection, Philippe le Bel révoqua ces privilèges, abolit la jurade et confia l'administration municipale au maire nommé par le roi. 

Le XIVe siècle.
A la suite du traité de Montreuil-sur-Me, Bordeaux fut restituée à Edouard Ier, mais ne rentra pas en possession de tous ses privilèges. Cette courte occupation française fut signalée par un nouvel agrandissement de la ville par l'adjonction des faubourgs où se trouvaient les principaux couvents et monastères : en 1302, on construisit de nouvelles murailles englobant les faubourgs de Tropeyte au Nord, de Saint-Michel, Sainte-Croix et Sainte-Eulalie au Sud En 1305, Bertrand de Goth, Bordelais, élu pape, fut couronné à Bordeaux et prit le nom de Clément V. Il séjourna quelque temps dans cette ville, fit rétablir les privilèges des Bordelais et reconnut à l'archevêque de Bordeaux le titre de primat d'Aquitaine. En 1310, Philippe le Bel usa de son droit de suzeraineté pour obliger Edouard Il à abolir une maltôte établie par lui. En 1314 et 1321, on réforma les coutumes de Bordeaux et le roi Edouard II unit solennellement la commune de Bordeaux à la couronne d'Angleterre. La guerre de Cent ans fut très profitable à l'indépendance des Bordelais, car Edouard III et ses successeurs, obligés de s'appuyer sur Bordeaux dans leur lutte contre le roi de France, cherchèrent toujours à s'assurer de la fidélité de cette ville en lui faisant de nombreuses concessions. Aussi les Bordelais restèrent-ils constamment fidèles à la domination anglaise et, à l'exception de la grande émeute provoquée en 1365 par les taxes arbitraires du Prince Noir, on ne trouve aucune trace de rébellion.

Dès 1327, la ville fut fortifiée de nouveau et ses murailles soigneusement entretenues; on diminua la largeur des quais en rapprochant les nouveaux murs de la rivière depuis la porte Sainte-Croix jusqu'à celle du Chapeau-Rouge. Edouard III maintint avec un soin jaloux les privilèges du maire et des jurats et leurs droits de justice sur les onze paroisses de la banlieue de Bordeaux : Bruges, Mérignac, Pessac, Eysines, Saint-Médard-en-Jalles, Sestas, Canejan, Bègles, Léognan, Villenave, Gradignan. Bordeaux, pendant tout le cours de la guerre, fut le quartier général des Anglais. Le Prince Noir en fit sa résidence et c'est à Bordeaux qu'il ramena le roi Jean après la défaite de Poitiers (1356). Une ordonnance de 1376 réforma l'administration de Bordeaux en réglant d'une manière plus précise les attributions des officiers et des corps municipaux. Les jurats qui gardaient, depuis le commencement du XIVe siècle, le droit d'élire le maire, sont réduits de vingt-quatre à douze et une des conditions de leur élection est de n'étre pas noble, mais d'avoir 1000 livres de revenus. Le clerc de ville a voix consultative au sein de la jurade, auprès de laquelle il remplit les fonctions de juge d'instruction et de greffier. Le procureur-syndic est chargé de l'administration financière de la cité. Le sous-maire est un des jurats remplaçant le maire absent. Le prévôt de la ville on prévôt des marchands, élu par le maire et les jurats, est chargé de la police du commerce et devient le gardien des marques et étalons des mesures. Le conseil des Trente et le conseil des Trois-Cents sont aussi élus par la jurade parmi les prud'hommes de la ville.

Pendant le règne de Richard II, Bordeaux se voyant privée de l'appui des Anglais, à cause des discordes intérieures du royaume, forme, en 1379, une ligue offensive et défensive contre les Français avec les villes voisines de Guyenne qu'on appela ses filleules, Blave, Bourg, Libourne, Saint-Emilion, Saint-Macaire, Castillon, Cadillac et Rions. Cependant Richard II confirma les privilèges du maire et de la jurade en garantissant leur indépendance vis-à-vis du sénéchal de Gascogne (1385). Aussi lorsque Richard Il fut détrôné et emprisonné, les Bordelais menacèrent-ils de se donner à la France, si leur roi légitime n'était pas mis en liberté; mais, malgré l'assassinat de Richard, ils ne mirent pas leur menace à exécution et repoussèrent les offres de Charles VI, dans l'intérêt de leur commerce et de leurs privilèges. Sous les princes de la maison de Lancaster, Bordeaux a acquis la plus grande indépendance et est devenue, grâce à son commerce et à sa population, une des villes les plus importantes de la France. 

Le XVe siècle.
L'histoire de la commune au XVe siècle est caractérisée, d'abord par l'intervention des assemblées du peuple dans l'administration le patronage qu'exerce Bordeaux sur toute la province de Guyenne. En 1401, Henri IV, après avoir accordé une amnistie aux auteurs des troubles qui avaient suivi la mort de Richard II, confirma les privilèges de la ville et dispensa entre autres choses la jurade de toute reddition de comptes au roi d'Angleterre pour les droits qu'elle avait touchés sur les biens de la ville. En 1414, on établit que les jurats ne pourront révoquer un règlement ancien sans l'avis des trente conseillers de la ville. Enfin en voit l'assemblée de la commune entière souvent réunie pour approuver la conduite des magistrats municipaux vis-à-vis de l'administration royale. Ces assemblées devinrent obligatoires pour toute demande de subsides faite par le roi d'Angleterre. En même temps la commune a considérablement accru ses forces militaires et sa milice est lapremière armée que fournisse la Guyenne; elle combat pour les Anglais, mais sans être au service de l'Angleterre. Bordeaux est devenue, au XVe siècle, le rempart de la domination anglaise en Guyenne. En 1441, une bulle du pape Eugène IV institue à Bordeaux une université organisée sur le modèle de celle de Toulouse, sous le patronage des magistrats de la cité. En résumé, Bordeaux pendant la domination anglaise, profita du grand conflit qui s'était engagé entre les rois de France et d'Angleterre, pour étendre ses libertés, accroître ses privilèges et son commerce et développer les institutions qui assuraient son indépendance. 

« La suzeraineté de l'Angleterre semble s'être réduite à être le témoin et l'auxiliaire de son émancipation graduelle » (Brissaud).


Bordeaux sous la monarchie française.
Bordeaux, assiégée par Dunois, en 1431, promit de se rendre, si la ville n'était pas secourue par les Anglais, à la condition que le roi de France lui conserverait ses privilèges et coutumes et n'établirait pas d'impôts nouveaux. Cette dernière condition n'ayant pas été exécutée, la ville ouvrit, en 1452, ses portes à Talbot, qui débarquait d'Angleterre et elle eut à subir un siège de trois mois après la bataille de Castillon (ler août au 9 octobre 1453). Il ne resta rien du traité de 1451; Bordeaux dut payer à Charles VII 100,000 écus d'or et perdit tous ses privilèges, notamment ceux de voter l'impôt, de battre monnaie et d'avoir un Parlement. En 1454, sur les supplications des députés de Bordeaux, le roi adoucit un peu ces conditions, réduisit l'amende à 30,000 livres, rétablit quelques-uns des droits et privilèges de la municipalité. Mais il garda la nomination du maire, réunit au domaine l'impôt sur les vins et établit un droit de 12 deniers pour livre sur les marchandises importées et exportées. Pour s'assurer de la fidélité de la ville, Charles VII éleva deux châteaux-forts qui ont subsisté jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, celui du Far ou du Hâ, au Sud-Ouest de Bordeaux, remplacé ensuite par la place d'armes et la prison départementale, et le château Tropeyte ou Trompette, sur l'emplacement actuel des Quinconces. 
-

Bordeaux : Fort du Hâ.
Ancien fort du Hâ. (Dessin de Hermann van der Hem).

Louis XI comprit que pour s'attacher les Bordelais, il fallait leur faire quelques concessions et il leur rendit une partie de leurs anciens privilèges; en 1462, il institua dans le palais de l'Ombrière un Parlement, dont le ressort s'étendait sur le Bordelais, le Bazadais, les Landes, l'Agenais, le Périgord, le Limousin et la Saintonge. Il rétablit l'Université et fonda, sous l'invocation de Notre-Dame, une confrérie de mariniers, à laquelle il fallait appartenir pour pouvoir naviguer; enfin, en 1474, il accorda des droits importants aux étrangers qui viendraient s'établir dans la ville. Charles VIII fit rédiger les Coutumes, réorganisa les corporations et maîtrises, dont il voulut être le chef, autorisa les nobles et les prêtres à faire le commerce, etc. Ce ne fut que sous le règne de François Ier que Bordeaux retrouva son ancienne splendeur. François Ier passa par Bordeaux en revenant de sa captivité de Madrid; Charles-Quint y fut reçu, en 1539, par les jurats qui lui présentèrent les clefs de la ville. A l'instigation du roi de France, les jurats de Bordeaux fondèrent, en 1534, le Collège de Guyenne, où enseignèrent Scaliger, Buchanan, Elie Vinet, auteur des Antiquités de Bordeaux, etc.; il était situé derrière la mairie de Saint-Eloi, à côté de l'église Saint-Paul.

En 1548, l'établissement de la gabelle souleva à Bordeaux une insurrection formidable. Le lieutenant du roi, Moneins, fut massacré par la populace, ainsi que quelques commis de la gabelle. La révolte fut réprimée par le Parlement; les séditieux furent vaincus et plusieurs d'entre eux condamnés à mort. Tout était apaisé lorsque Henri II, qui était alors dans le Piémont, donna au connétable de Montmorency l'ordre de châtier Bordeaux. Bien que la ville n'opposât aucune résistance, le connétable entra par la brèche faite à coups de canon, imposa aux habitants une amende de 200,000 livres et les priva de tous leurs privilèges. L'hôtel de ville devait être rasé, les cloches transportées au château Trompette; les jurats furent condamnés, avec 120 bourgeois vêtus de deuil, à déterrer avec leurs ongles le corps de Moneins et à aller l'inhumer à Saint-André. Plus de 150 personnes furent exécutées et Montmorency souilla sa mémoire par de nombreux actes de barbarie. Enfin en 1550, Henri Il pardonna aux Bordelais, réinstalla le Parlement, remit à la ville une partie de l'amende et lui restitua quelques-uns de ses privilèges, entre autres celui d'élire six jurats et un maire. La Réforme fit de nombreux prosélytes à Bordeaux et dans les environs; elle fut combattue avec âpreté par le Parlement de Guyenne, où François Ier avait institué, en 1542, une chambre spéciale pour poursuivre les hérétiques. Bordeaux souffrit beaucoup des Guerres de religion, surtout durant les luttes de Duras et de Blaise de Montluc. Charles IX essaya de calmer les esprits en publiant des mesures de tolérance que le Parlement refusa d'enregistrer. 

La Saint-Barthélemy eut son contre-coup dans cette ville; le 3 octobre 1572, deux cent soixante-quatre calvinistes furent massacrés, avec l'autorisation du gouverneur Montferrand. La ville cependant prospérait; son commerce se développait; Charles IX confirmait les privilèges des foires de Bordeaux et autorisait la création d'une bourse des marchands (1563). Mais en 1585, la peste noire fit périr près de 14,000 personnes. Malgré les efforts des Ligueurs, Bordeaux resta constamment fidèle à Henri III, grâce à la sage administration et à l'énergie du maréchal Matignon. Le Parlement de Guyenne fut un des premiers à reconnaître Henri IV comme roi légitime. Pendant le règne de Louis XIII et la minorité de Louis XIV, les dissensions civiles désolèrent la Guyenne. L'histoire de Bordeaux est remplie par les luttes des ducs d'Epernon, du cardinal de Sourdis et de son frère l'archevêque Henri de Sourdis, avec le Parlement, par la tyrannie du second duc d'Epernon, la Fronde, l'opposition du Parlement contre la cour, la faction de l'Ormée, etc. Plusieurs émeutes éclatèrent : en 1635, à propos d'une taxe sur les cabarets; en 1649, contre le duc d'Epernon; en 1650, contre Mazarin, les Bordelais ayant pris parti pour Condé; ce n'est qu'en 1653 que la paix fut rétablie et que Bordeaux obtint, avec une amnistie, la confirmation de ses privilèges. 

La mairie de Bordeaux, supprimée depuis 1619, fut rétablie; le Parlement ne fut réintégré qu'en novembre 1654. A l'occasion de son mariage, Louis XIV, passant par Bordeaux, donna aux jurats des lettres de noblesse et confirma les privilèges des bourgeois. Le roi fit agrandir le château Trompette et construire le quai des Enfants-Trouvés aux Chartrons; ces travaux amenèrent la démolition de la porte Saint-Germain et des Piliers de Tutelle. Les mesures prises par Colbert pour développer le commerce contribuèrent à la prospérité de Bordeaux, où le roi établit un entrepôt de tabacs, créa une chambre de commerce et exonéra de tous droits les marchandises exportées aux colonies. Mais en 1675, une émeute éclata au sujet d'un nouvel impôt, dit de la marque d'étain et du papier timbré, établi pour la guerre de Hollande. Les troupes royales qui revenaient d'Espagne furent cantonnées à Bordeaux;  les bourgeois désarmés, les impôts rétablis et le Parlement transféré à Condom, d'où il ne revint qu'en 1690, moyennant le paiement par la ville de 400,000 livres. 
-

Bordeaux en 1669.
Bordeaux en 1669. (D'après une estampe de Berey).

En 1704, le feu prit au Parlement et consuma une partie des archives. En 1713, fut fondée l'Académie des sciences et belles-lettres de Bordeaux, à qui Jean-Jacques Bel, conseiller au Parlement, léguait vingt-cinq ans plus tard son hôtel et sa bibliothèque. En 1691, les jurats avaient établi une Académie de peinture et de sculpture; en 1692, une école de marine; en 1694, des collèges de lois et de médecine. Le règne de Louis XV fut pour Bordeaux une période de prospérité. Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny, intendant de Guyenne de 1743 à 1758, en fit, en peu d'années, une des plus belles villes de France. Il abattit les remparts, combla les fossés et traça une ligne le cours ou boulevards autour de la ville; c'est ainsi que furent créés les cours d'Aquitaine, d'Albret, de Tourny, du Jardin public, les places des Capucins, Saint-Julien, Dauphine, qui ne fut achevée qu'en 1770. Il créa tout un quartier sur les terrains vagues situés devant le château Trompette, afin de relier le faubourg des Chartrons à la cité, construisit les hôtels de la Douane et de la Bourse, sur les plans de l'architecte Gabriel, la porte des Capucins, démolie en 1885, les portes Dijaux, de Bourgogne, et eut le premier l'idée d'un Jardin public. En 1756, un incendie ayant détruit le palais de l'Intendance, Tourny le fit reconstruire; il dota Bordeaux de fontaines, d'écoles, perça de nouvelles rues, reconstruisit la ligne des quais, etc. Le duc de Richelieu continua les embellissements de son prédécesseur; on établit le quai de Bacalan, la route qui conduisait au passage de Lormont, et Mgr de Rohan, archevêque de Bordeaux, fit construire un nouveau palais archiépiscopal sur l'emplacement de l'ancienne abbaye de Saint-André : c'est cet édifice qui, en 1835, devint l'hôtel de ville de Bordeaux. En 1773, le roi céda à la ville un emplacement sur l'esplanade du château Trompette, pour la construction d'un théâtre qui, élevé sur les plans de l'architecte Louis, était, avant la construction du nouvel Opéra de Paris, le plus beau théâtre de France (1780).
-

Tourny.
Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny.
Intendant de Bordeaux de 1743 à 1758.

A la fin du XVIIIe siècle, Bordeaux était une ville des plus florissantes; sa population atteignait 109,000 habitants et sa flotte marchande 300 navires, qui faisaient surtout le commerce des Antilles et de Saint-Domingue. Cette prospérité qui reposait donc en partie sur une économie esclavagiste, réposait également sur l'exportation tous les ans de 125,000 tonneaux de vin. Le Parlement de Guyenne, supprimé par Maupeou, avait été rétabli en 1775; il prit part à la lutte qui s'engagea au sujet des assemblées provinciales, sous le ministère de Brienne, et fut exilé à Libourne (1787). Il fut un des premiers à réclamer la convocation des Etats généraux, mais il fut supprimé en 1790 et le palais de l'Ombrière fermé. A la nouvelle de la prise de la Bastille, le peuple courut aux armes et s'empara du château Trompette. L'antique jurade fut remplacée parles 90 électeurs nommés pour élire les députés aux Etats généraux. En mars 1790, les citoyens élurent un maire, 20 officiers municipaux, un procureur de la commune et 42 notables. On connaît le rôle joué à l'Assemblée législative et à la Convention par la députation de Bordeaux, Vergniaud, Guadet, Grangeneuve, Gensonné, Ducos et Fonfrède, qui formèrent le centre du groupe des Girondins. Après les événements du 31 Juin et du 2 Mai et la proscription en masse des députés de la Gironde, Bordeaux s'insurgea contre la Convention, qui envoya quatre de ses membres, Chaudron-Rousseau, Beaudot, Ysabeau et Tallien, avec mission de terroriser la ville. Une commission militaire fut instituée dès 1793, et fut présidée par le fameux Lacombe, ancien maître d'école, qui installa la guillotine en permanence pendant huit mois sur la place Dauphine, mais qui fut exécuté lui-même après le 9 Thermidor. Sous le Directoire Bordeaux fut divisé en trois arrondissements municipaux, avec trois mairies : les Chartrons, Saint-André, les Fossés, et un bureau central à l'hôtel de ville. Sous le Consulat, la ville fut le centre d'une vaste conspiration royaliste qui avorta. 

Sous l'Empire, le commerce de Bordeaux souffrit cruellement du blocus continental et de la rivalité avec l'Angleterre. Napoléon contribua cependant à l'embellissement de Bordeaux, en faisant démolir le château Trompette, qu'il abandonna à la ville et en ordonnant la construction du pont de Bordeaux (1808), qui ne fut achevé qu'en 1822. Bordeaux ouvrit ses portes aux Anglais en 1814, en même temps qu'au duc d'Angoulême. Pendant les Cent-Jours la ville se soumit sans résistance au général Clausel, qui gouverna la ville jusqu'au retour de Louis XVIII. La Restauration fut pour Bordeaux une époque de renaissance commerciale, littéraire et artistique; mais son rôle politique est terminé à la fin du XVIIIe siècle. En 1820, le fils posthume du duc de Berry, neveu de Louis XVIII, reçut le titre de duc de Bordeaux et fut, jusqu'à sa mort, prétendant au trône de France sous le nom d'Henri V. En 1818, après la disparition du château Trompette, furent plantées les allées des Quinconces; en 1825, on construisit l'hôpital sur l'ancienne plate-forme Sainte-Eulalie; en 1846; fut inauguré le palais da justice, construit en face de l'hôpital, à la place du fort du Hâ. Louis-Philippe créa, en 1838, la Faculté des lettres et la Faculté des sciences de Bordeaux, et la Société philomatique, fondée en 1808, inaugura, en 1839, ses classes d'adultes. C'est à Bordeaux que le prince Napoléon prononça, le 7 octobre 1852, ces paroles célèbres-:  « L'Empire, c'est la paix ! » que dix-huit années de règne ont  cruellement démenties. Le 9 décembre 1870, Bordeaux devint le siège de la délégation du gouvernement de la défense nationale et fut, pendant trois mois, la capitale de la France; c'est là que se réunit, le 12 février 1871, l'Assemblée nationale qui nomma, cinq jours après, Thiers président de la République et vota, le 1er mars, les préliminaires de la paix. (Léon Cadier).
 

Personnages célèbres

Parmi les figures remarquables qui ont illustré Bordeaux, on peut citer : le poète Ausone (mort en 394); saint Paulin, évêque de Nole, et poète (mort en 431); saint Prosper d'Aquitaine (mort en 464); Aliénor d'Aquitaine, reine de France, puis d'Angleterre (morte en 1204) ; Bertrand de Goth, pape sous le nom de Clément V (mort en 1315); le Prince Noir (mort en 1376); Jean de Grailly, captal de Buch (mort en 1369); Richard II, roi d'Angleterre (mort en 1399) ; l'archevêque Pey Berland (mort en 1456); le poète Pierre de Brach; Michel de Montaigne, né en Périgord (mort en 1592); Etienne de la Boétie (mort en 1563); les historiens Elie Vinet, Gabriel de Lurbe; Girard du Haillan (mort en 1610); le cardinal Gabriel de Gramont; le président de Gourgues (mort en 1626); le théologien La Peyrère, auteur de la secte des Préadamites (mort en 1676); Jean-Jacques Bel, conseiller au Parlement (mort en 1738); le marquis de Tourny (mort en 1764); Berquin (mort en 1791); le président Dupaty (mort en 1788); le médecin Roux (mort en 1776); les financiers Beaujon (mort en 1786), et Cabarrus, ministre du roi d'Espagne Joseph (mort 1840) ; les conventionnels Gensonné, Ducos, Boyer-Fonfrède et Grangeneuve (mort en 1793); les généraux Bouder (mort en 1809), et Nansouty (mort en 1815); le comte Jaubert, ministre (mort en 1822) ; le célèbre avocat de Sèze (mort en 1828); les ministres Lainé (mort en 1835); Peyronnet (mort 1853); Ducos (mort en 1855); Elie Gauthier (mort en 1858); le publiciste Henri Fonfrède (mort en 1841); le chimiste Boucherie; le médecin Magendie (mort en 1855); le théologien Glaire; le bibliographe Gustave Brunet, les peintres Carle Vernet (mort en 1836); Alaux, Brascassat, Rosa Bonheur, Diaz, etc.; le statuaire Ch. Dupaty; les chanteurs Garat et Laïs; le danseur Trénis, etc.

Conciles.
Il s'est tenu à Bordeaux neuf conciles, en 885, 1076, 1079, 1098, 1255; 1262, 1582, 1583 et 1624.

Armes.
Les armes de Bordeaux sont : De gueules à la porte de ville de sable, à cinq tours d'argent dont l'une porte en girouette un léopard d'or, et baignant dans une mer au naturel, au croissant d'argent, au chef d'azur semé de fleurs de lis-d'or avec la devise-: Lilia sola regunt undas, castra, leonem. 



François Hubert, François Hubert, Christian Block, Bordeaux au XVIIIe siècle - le commerce atlantique et l'esclavage, Festin, 2010.

Anne De Mathan, Mémoires de Terreur, l'An II à Bordeaux, PU Bordeaux, 2002. 

Philippe Gardey, Négociants et marchands de Bordeaux : De la guerre d'Amérique à la Restauration (1780-1830), PU Paris-Sorbonne, 2009. - Des années 1780 aux années 1820, à Bordeaux, négoce et marchandise constituent deux mondes distincts, mais qui entretiennent des relations serrées et s'interpénètrent assez largement. Malgré le pullulement des sociétés et des micro-entreprises, souvent éphémères, l'isolement de l'entrepreneur est en permanence compensé par le soutien des parentés et par les solidarités géographiques et religieuses, qui constituent tout autant un filet de sécurité qu'une composante essentielle des stratégies commerciales. Pour ces milieux, la Révolution ouvre un temps de malheurs - perte de Saint-Domingue, dirigisme, Terreur et guerre maritime perpétuelle -, qui vont restreindre l'activité portuaire. Mais l'époque est en même temps celle d'un formidable renouvellement des acteurs, prouvant le dynamisme extraordinaire d'une société capable, crise après crise, de reconstituer des effectifs massacrés par la concurrence, les faillites, les abandons, le repli vers la rente - quand ne s'y ajoute pas l'emprisonnement ou la mort. En outre, ces années sont propices à la prospection de nouveaux marchés et aux réussites. Si les vieilles dynasties sont ébranlées, les opportunités propulsent très haut des hommes qui n'auraient pas eu leur chance en des temps plus calmes. Dans les années 1820, les niveaux de fortune, comme les progrès de l'art de vivre, témoignent de la solidité d'une bourgeoisie marchande, certes moins brillante qu'avant la Révolution, mais qui occupe désormais la première place devant la noblesse. 

.


[Histoire politique][Biographies][Cartothèque]

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2011. - Reproduction interdite.