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Relique.
- Une relique est un souvenir matériel d'une personne vénérée;
dans le catholicisme, il s'agit généralement
d'un saint. Les premières des reliques sont les restes de la personne
même : le paganisme ( Religion
grecque) avait pour eux un culte pieux, bien analogue à celui
des chrétiens : qu'on se rappelle
Electre
pleurant sur, l'urne d'Oreste. La piété
de l'Antiquité
pour les morts passa tout entière dans le christianisme; le dogme
de la vie éternelle ne fit même que la fortifier : les premiers
chrétiens rendirent un culte fervent aux dépouilles mortelles
des apôtres à qui ils devaient
la foi et des martyrs morts pour leur croyance,
et comme leurs persécuteurs mêmes avaient pour les tombeaux
un respect religieux sanctionné par les lois, les nécropoles
inviolables devinrent presque nécessairement le lieu de réunion
des fidèles et de célébration du culte, et de même
que les païens faisaient des sacrifices sur les tombeaux, on honora
les martyrs en célébrant les saints mystères
sur leurs tombes. Cette pratique devint dès le IIIe
siècle un rite obligatoire; aussi, quand la paix fut rendue à
l'Église, le nombre des martyrs diminuant tandis que celui des autels
augmentait, il fallut fractionner les corps saints. On bouleversa bientôt
les catacombes
pour en extraire les reliques des martyrs; elles furent fractionnées
à l'infini et répandues dans toute la chrétienté
pour être enchâssées dans les autels.
On étendit aussi la dignité
de reliques aux objets qui avaient touché les personnes vénérées,
et on rechercha d'abord et surtout celles qui avaient été
en contact avec le Christ et la Vierge
dont on n'avait pas les corps : les reliques de la Passion; les clous de
la vraie Croix, la couronne d'épines, le saint
suaire, la sainte tunique, la colonne de la flagellation,
la pierre du saint sépulcre, les gouttes du saint sang, les vêtements
de la Vierge, chemise, voile, etc. On sait que selon la tradition chrétienne,
la vraie Croix fut retrouvée par sainte Hélène en
326. On connaît moins les premières origines des reliques
parfois étonnantes de la vie terrestre du Christ et de la Vierge
: relique de la circoncision, saintes larmes, lait et cheveux de la Vierge
: au Moyen âge
où la foi était ardente et la critique historique nulle,
les reliques de ce genre se multiplièrent à un point dont
peuvent seuls se douter ceux qui ont lu les anciens inventaires de trésors
de reliques. On sait comment le clergé de la fin du Moyen âge,
trop peu souvent digne de sa mission, tirait en maint lieu un profit exagéré
de la pieuse curiosité des pèlerins pour des collections
de ce genre, et comment le culte des reliques fournit un thème propice
à l'éloquence des réformateurs qui le proscrivirent
et voulurent qu'un traitement égal fût fait à la dépouille
de tous les chrétiens.
En sa XXVe
session, le concile de Trente enseigne (De invocatione, veneratione
et reliquiis sanctorum) que
les
fidèles doivent porter respect aux saints corps des martyrs et des
autres saints qui vivent avec Jésus-Christ,
ces corps ayant été autrefois les membres vivants de Jésus-Christ
et le temple du Saint-Esprit, et devant être ressuscités pour
la vie éternelle et revêtus de la gloire, Dieu même
faisant aux humains beaucoup de bien par leur moyen. De sorte que ceux
qui soutiennent qu'on ne doit point honneur ou de vénération
aux reliques des saints ou que c'est inutilement
que les fidèles leur portent respect, ainsi que aux autres monuments,
sacrés, et que c'est en vain qu'on fréquente les lieux consacrés
a leur mémoire, sont absolument condamnés, comme l'Église
les a déjà condamnés et comme elle les condamne encore.
Cette doctrine contient, deux choses qu'il
importe de bien distinguer : d'une part, la vénération du
corps des saints, en souvenir des choses que
Dieu
a accomplies en eux, et comme hommage à l'espérance en la
résurrection; d'autre part, le culte des reliques, à cause
des secours miraculeux dont elles sont les moyens, et l'efficacité
des pèlerinages
aux lieux où elles sont déposées. Ce dernier point
est le seul qui fasse vraiment question entre I'Église romaine et
les Réformateurs, contre lesquelles sont dirigées la doctrine
et la condamnation que nous venons de citer. Car personne parmi les Réformateurs
et leurs disciples ne conteste le respect dû aux corps des morts,
ni la vénération méritée par les souvenirs
qui peuvent être une exhortation à la vertu et à l'espérance
en la résurrection.
Il est impossible de rapporter à
la religion des juifs qui devinrent les premiers
chrétiens, l'origine d'un culte rendu aux cadavres des morts,
et de la foi en la
puissance de ces restes pour procurer
des secours miraculeux. Les prescriptions de cette religion sur les objets
impurs interdisaient toute dévotion de ce genre. Jésus-Christ
n'en a pas parlé, et ses disciples n'ont pas du y penser; ce fait
paraît aux protestants une raison suffisante pour rejeter une pareille
dévotion; car leur règle
en matière de culte et de foi est
celle que Tertullien formulait dans son traité
des Prescriptions contre les Gentils :
Nous,
n'avons point besoin de curiosité après Jésus-Christ,
ni de recherches après l'Évangile .
Quand nous croyons, nous ne voulons rien croire au delà. Nous croyons
même qu'il n'y a rien à croire (VIII).
Ils estiment d'ailleurs que c'est une étrange
manière de vénérer les serviteurs de Dieu,
que de dépecer leur corps et de disperser leurs membres. Le culte
des reliques a été introduit dans l'Église
par la dévotion des païens pour les restes de leurs morts.
On en trouve des exemples mémorables dans la vénération
des Athéniens pour ce qui leur était présenté
comme les reliques d'Oedipe et de Thésée.
Les honneurs rendus aux restes de Phocion et de Démétrius
offrent des ressemblances caractéristiques avec les pompes de l'Église
catholique en la translation des reliques. Une étude attentive
des anciens Actes recueillis par Ruinart (Acta Martyrum sincera;
Vérone ,
1731) montre que parmi les documents authentiques qui se rapportent à
des faits antérieurs à l'année 370, les plus anciens
ne faut aucune mention de l'ensevelissement des martyrs, ni de la déposition
de leurs restes; les autres ne parlent que de l'ensevelissement, sans y
attacher aucune intention spéciale. C'est seulement dès 370
que la conservation de leurs corps est indiquée comme moyen d'assistance
miraculeuse. Cette croyance ne s'introduisit dans l'Église ou n'y
prévalut qu'après la conversion des empereurs, lorsque les
païens y entrèrent en multitude. Mais dès qu'elle y
eut pris racine, elle se développa avec une grande rapidité
et une grande puissance, ardemment préconisée par Ambroise
et Augustin en Occident, et par Chrysostome
en Orient.
Dès lors, l'usage s'établit
de construire des autels sur leur corps, ou
d'enclore la place où ils avaient souffert. Un concile de Carthage
(401) ordonna de démolir tous les autels qui avaient été
construits, per agros et vias, tanquam memoriae martyrum, si les
restes des martyrs n'étaient réellement enterrés au-dessous.
Lorsque Ambroise dédia l'Église
des Apôtres, à Milan ,
il y transféra les reliques de saint Nazaire. Il dédia ensuite
la basilique Ambroisienne sans y mettre de reliques; mais le peuple s'en
étant, plaint, il chercha et trouva des reliques pour donner satisfaction
à ce voeu. Cela devint un usage, et l'usage se transforma en règle.
En France, au VIe siècle, les reliques
étaient considérées comme tellement nécessaires
à la consécration des églises, qu'on en pourvut toutes
les églises anciennes qui n'en possédaient point. Pareil
fait se produisit aussi en Orient, vers le VIe
siècle, et finalement il fut prescrit formellement par le IIe
concile de Nicée ,
en 787.
La partie de l'autel dans laquelle les
reliques étaient placées reçut en Occident le nom
de Sepulchrum ou de Confessio. Dès le VIe
siècle, on mit des reliques au-dessus de l'autel comme à
la place la plus honorable. Pour pourvoir aux besoins, toujours croissants,
on s'adressait ordinairement à Rome .
Lorsque les reliques y manquaient, on déposait sur les confessions
de saint Pierre et de saint Paul des morceaux d'étoffe
ou d'autres objets, qui se trouvaient ainsi élevés à
la dignité de reliques.
On divise les reliques en trois classes
: les reliques insignes, les notables et les minimes.
Les reliques insignes sont le corps entier ou un membre entier, comme la
tête, le bras, une jambe, ou la partie du corps sur laquelle le martyr
a souffert. Une relique notable est une partie entière du corps,
qui n'est pas un membre, comme un doigt, une côte, un fragment considérable
d'une partie importante de la tête, par exemple d'une des mâchoires.
On appelle reliques minimes celles qui ne consistent qu'en petits fragments
: telles sont, par exemple, les reliques contenues dans des médaillons
ou autres petits reliquaires propres à être suspendus au cou
des personnes dévotes. On donne aussi le nom de reliques aux
objets qui ont été à l'usage d'un saint, comme les
vêtements qu'il a portés, les instruments de son supplice.
Pour laisser à ce chapitre de l'histoire
de l'Église catholique son caractère, il nous semble utile
de noter quelques reliques traditionnellement présentées
comme authentiques par de graves auteurs ou renfermées dans des
monuments célèbres, édifiés pour les recevoir
vingt et un exemplaires de la robe sans couture de Jésus-Christ
se trouvent à Trèves, à Argenteuil
(on sait depuis 2004, qu'elle date du Ve
ou du Ve siècle), à Rome,
à Brême, etc. Un reliquaire de l'abbaye
de Corbie ,
appelé Prima Petri et donné, disait-on, par Charlemagne,
contenait du sang de Jésus-Christ, ses cheveux, une partie du cordon
ombilical, de la crèche, de sa serviette d'enfant, de sa croix,
de son tombeau et de ses vêtements, ainsi qu'un morceau des pains
multipliés au désert (Acta Sanctorum ordinis sancti benedicti,
IV, i, 375). Suivant le même document, la même abbaye possédait
en outre des gouttes du lait de la sainte Vierge,
quelques-uns de ses cheveux, des morceaux de son manteau et de son voile;
les cheveux et la barbe de saint Pierre, les fragments de sa croix, ses
sandales, sa table, de la poussière de son tombeau; les cheveux
et une portion des parfums de Marie-Madeleine ;
des os de Zacharie, père de Jean-Baptiste;
des vêtements de ce précurseur; des reliques du vieillard
Siméon, et même des poils de la barbe de Noé.
Une grande quantité des cheveux de la sainte Vierge, apportés
de Jérusalem
en Espagne ,
était conservée à Oviedo et à Astorga .
On vénère trois têtes de saint Jean-Baptiste, l'une
d'elles se voit en la cathédrale
d'Amiens .
On finit par découvrir pareillement tous les autres objets ayant
servi en la passion de Jésus-Christ; car
ils figurent tous parmi les reliques vénérées : le
roseau dont Jésus fut frappé, la couronne d'épines
placée sur sa tête, la colonne sur laquelle on le fustigea,
les courroies qui l'y attachèrent, l'éponge qui fut trempée
dans le vinaigre et le fiel. De toutes les reliques, la plus volumineuse
et peut-être la plus miraculeuse, certainement la plus lucrative
et la plus approuvée par la cour de Rome, est la maison de la Sainte-Vierge,
transportée par des anges de Palestine
en Dalmatie ,
puis en divers emplacements de l'Italie. (C. E. / E.-H. Vollet). |
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