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Napoléon
III (Charles Louis-Napoléon Bonaparte, devenu
empereur des Français sous le nom de). - Napoléon III est
né à Paris
aux Tuileries ,
le 20 avril 1808 et mort en exil à Chislehurst
(Angleterre), le 9 ,janvier 1873. Il était le troisième et
dernier fils du frère de Napoléon
Ier, Louis
Bonaparte, roi de Hollande, et de la reine Hortense. L'aîné
de ses frères mourut en bas âge. Après la chute de
l'Empire, il séjourna avec sa mère et son second frère
sur différents points de la frontière est de la France, et
surtout en Suisse, au château d'Arenenberg. Après 1830, il
prit part au mouvement italien
en compagnie de son frère Charles-Louis, qui mourut de maladie à
Forli; et il faillit périr de même à Ancône
(1831). Par la mort du duc de Reichstadt,
il devint, en vertu des sénatus-consultes qui avaient réglé
la succession impériale, le représentant direct de la dynastie
napoléonienne, et commença à porter ombrage à
la monarchie de Juillet, qui fit renouveler la loi de bannissement contre
la famille Bonaparte (1832). De sa retraite d'Arenenherg il publia, de
1832 à 1836, divers ouvrages politiques et militaires (il était
capitaine au 3e régiment d'artillerie
de Berne )
: Rêveries politiques; Projet de constitution; Considérations
politiques et militaires sur la Suisse; Manuel d'artillerie à l'usage
des officiers de la République helvétique. Le 26 octobre
1836, il essaya, à Strasbourg, avec le concours du colonel Vaudrey,
de provoquer un mouvement militaire et de renverser le roi Louis-Philippe,
fut arrêté, puis, après une courte détention,
dirigé sur Lorient et débarqué aux États-Unis .
Louis-Napoléon Bonaparte revint
bientôt en Europe, et séjourna quelque temps à Londres ,
où il publia les Idées napoléoniennes (1838).
Le 6 août 1840, il fit à Boulogne
une nouvelle tentative pour rétablir la dynastie napoléonienne,
et cette fois fut traduit devant la Chambre des pairs : défendu
par Berryer, il fut condamné à l'emprisonnement perpétuel,
et enfermé au château de Ham. Il y écrivit plusieurs
articles de journaux et divers opuscules (Fragments historiques; de
l'Extinction du paupérisme); étant parvenu à s'évader,
le 26 mai 1846, il passa en Belgique, et de là en Angleterre. Après
la révolution de février 1848, il vint immédiatement
à Paris
: invité par le Gouvernement provisoire à s'éloigner,
il y consentit et se tint à l'écart lors des élections
générales pour la Constituante; mais, aux élections
partielles de juin, il fut élu à Paris et dans trois départements.
Son élection fut validée,
malgré la commission exécutive, qui voulait faire revivre
la loi de bannissement de 1832; mais, se voyant accusé de se poser
en prétendant, il donna sa démission deux jours après
son entrée à la Chambre, et retourna en Angleterre. Réélu
en septembre de la même année par cinq départements,
il revint en France, prit part aux travaux législatifs, et vota
pour l'ensemble de la Constitution. Le 10 décembre, il fut élu
président de la République par 5 334 226 voix contre 1 779
152 réparties entre ses concurrents. Il gouverna d'abord, pendant
les derniers mois de la Constituante, avec un ministère pris dans
les différentes fractions de la majorité, dont Odilon Barrot
était le chef, et sous lequel fut entreprise l'expédition
contre la République romaine. Dès la réunion de l'Assemblée
législative, le siège de Rome provoqua de la part de la Montagne
une demande de mise en accusation contre le Président et ses ministres,
et amena l'émeute du 13 juin, aussitôt réprimée.
En octobre 1849, il remplaça le ministère Odilon Barrot par
un cabinet nouveau, sous lequel furent présentées et votées
la loi du 31 mai, restrictive du suffrage universel, et quelques autres
lois d'un caractère également répressif.
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Louis-Napoléon
Bonaparte (Napoléon III).
L'approche des élections présidentielles,
qui devaient avoir lieu en 1852, fut le signal de vives agitations dans
le pays : les socialistes se livraient à
une propagande active, tandis que les partisans des dynasties de Bourbon
et d'Orléans faisaient dans l'Assemblée une opposition plus
ou moins directe au Président, qu'ils soupçonnaient d'aspirer
à l'empire. Il chercha à modifier cette situation en révoquant
de ses fonctions de commandant de l'armée et des gardes nationales
de Paris
le général Changarnier, que la partie monarchique de la Chambre
considérait comme devant être le soutien d'une restauration.
Après un essai de rapprochement, marqué par le ministère
de conciliation du 10 avril, de nouveaux dissentiments éclatèrent
: les amis de la présidence ayant demandé la révision
de la Constitution, cette proposition devint l'objet de nombreuses manifestations
et de pétitions appuyées par quatre-vingts conseils généraux.
Le 14 octobre, un nouveau ministère proposa cette révision
ainsi que l'abrogation de la loi du 31 mai : il soumit un projet de loi
électorale à l'Assemblée, qui la rejeta, mais qui
n'alla pas jusqu'à voter la proposition des questeurs ayant pour
objet de donner au président de l'Assemblée le droit de réquisition
directe de la force armée, en cas d'une tentative faite contre elle.
La situation n'en était pas moins tellement tendue que tout le monde
s'attendait à un conflit entre le Président et l'Assemblée.
C'est dans ces conditions que, durant la nuit du 1er
au 2 décembre, il fit garder à vue le président de
l'Assemblée par la force armée, fit arrêter les principaux
chefs du parti républicain et des partis royalistes, et lança
deux proclamations, l'une au peuple, l'autre à l'armée, annoncant
que l'Assemblée nationale était dissoute, la loi du 31 mai
abrogée, le suffrage universel rétabli, et le peuple français
convoqué dans ses comices pour se prononcer sur les bases d'une
Constitution renouvelée du système du premier consul.
Ce coup d'État, préparé
avec l'énergique concours de Morny, du général Saint-Arnaud
et du préfet de police, Maupas, triompha de toutes les résistances
: une Haute Cour, instituée par la Constitution de 1848, fut dispersée
avant d'avoir pu formuler un arrêt mettant en accusation le président
de la République; plus de deux cent vingt représentants,
qui, réunis dans la mairie du Xe
arrondissement de Paris ,
avaient décrété la déchéance du Président
et investi le général Oudinot du commandement de la garde
nationale et des troupes, furent également dispersés par
la force; la mise en état de siège de Paris et de la plupart
des départements réprima ou prévint les soullevements
populaires. Les faits accomplis furent sanctionnés par le suffrage
universel : au plébiscite des 20 et 21 décembre, 7 439 216
voix, contre 740 737 opposants, donnèrent au prince Louis-Napoléon,
avec les pouvoirs constituants, la présidence pour dix années.
Le 14 janvier 1852 fut promulguée
la nouvelle Constitution, qui instituait un Corps législatif élu
par la nation, un Sénat et un conseil d'État recrutés
par le pouvoir, et qui soumit au serment tous les fonctionnaires et les
membres du Corps législatif. Le 22 janvier parut un décret
qui confisquait les biens de la famille d'Orléans. La Constitution
présidentielle ne dura que quelques mois. De divers côtés
s'élevèrent des voeux pour le rétablissement de l'Empire,
voeux qui furent encouragés par un voyage du prince-président
à travers la France. Un nouvel appel fut fait au suffrage universel,
et, au plébiscite des 21 et 22 novembre, le rétablissement
de l'Empire fut voté par 7 824 129 voix contre 253 145. Le prince
fut proclamé empereur le 2 décembre 1852 sous le nom de Napoléon
III. Il épousa, le 29 janvier suivant, Marie-Eugénie de Gusman,
comtesse de Téba, fille du comte de Montijo, et eut de ce mariage,
le 16 mars 1856, le prince impérial Napoléon-Louis-Jean-Joseph.
Les principaux faits du règne de
Napoléon III sont :
1° à l'intérieur, l'amnistie
pour délits politiques, d'abord conditionnelle (1852), puis pleine
et entière (1859); la loi municipale de 1855, d'après laquelle
le maire et les adjoints pouvaient être pris en dehors du conseil
municipal et nommés par l'Empereur, et d'après laquelle les
villes de Paris
et Lyon étaient administrées par une commission nommée
par décret impérial; la loi de sûreté générale
(1858), qui armait le Gouvernement d'un pouvoir discrétionnaire
à l'égard des individus condamnés pour délits
politiques, loi amenée par les attentats répétés
contre la vie de l'Empereur (Pianori, 1855; Orsini, 1858, etc.), et rapportée
en 1870; l'institution d'un conseil privé qui, en cas de mort de
l'Empereur, devait former un conseil de régence; les diverses tentatives
de transformation de « l'Empire autoritaire » en « Empire
libéral », notamment les décrets du 24 novembre
1860, qui augmentaient les attributions du Corps législatif, et
établissaient des ministres sans portefeuille pour défendre
devant cette Assemblée et devant le Sénat les projets du
Gouvernement (Baroche, Billault, Rouher), et la formation du ministère
du 2 janvier 1870, dont Émile Ollivier devenait le chef; enfin le
plébiscite du 8 mai 1870, ayant pour objet de ratifier les réformes
accomplies et de sanctionner à nouveau l'existence de l'Empire,
et qui donna 7 160 341 voix favorables, et 1 523 628 contraires; les voyages
de l'Empereur dans les différentes parties de la France et jusqu'en
Algérie ;
les visites à Paris de presque tous les souverains de l'Europe,
les Expositions universelles de 1855 et de 1867; l'agrandissement de Paris
par l'annexion des communes comprises dans l'enceinte des fortifications
(1860), et la transformation prodigieuse de la capitale poursuivie par
l'activité entreprenante du préfet de la Seine, Haussmann;
la jonction du Louvre
aux Tuileries
(1852-1857); une grande extension donnée aux travaux publics, non
seulement dans les grandes villes, mais dans les campagnes; l'agrandissement
du réseau des voies ferrées et des routes; la transformation
de la flotte; la création de la grande navigation à vapeur
transatlantique; la formation de grandes Sociétés de crédit
(Crédit foncier, Crédit mobilier etc.) ; l'inauguration d'un
système d'emprunts faits directement à la nation (emprunts
de 1854, 1855,1859, 1864, 1870); le développement des Concours et
Comices agricoles; l'inauguration de la liberté commerciale par
le rejet du système prohibitif et la conclusion de traités
de commerce 1860); les encouragements donnés à l'instruction
primaire et surtout aux cours d'adultes; la création ou l'extension
de nombreuses Sociétés de bienfaisance.
2° à l'extérieur, la
fin de la conquête de l'Algérie
par une suite de campagnes et par la soumission de la Kabylie (1857); la
guerre contre la Russie, entreprise (février 1854) avec l'alliance
de l'Angleterre, et plus tard avec le concours du Piémont, signalée
par la double expédition de la Baltique et de la Crimée,
terminée par la prise de Sébastopol (septembre 1855) ( La
Guerre de Crimée ),
le Congrès et le Traité de Paris
(20 mai 1856); l'expédition faite en Chine, de concert avec l'Angleterre,
et bientôt terminée par le Traité de Tien-Tsin (1857),
mais, après la violation de ce Traité, suivie d'une autre
expédition anglo-française, qui fut signalée par la
victoire de Palikao et la prise de Pékin
(avril-octobre 1860); l'expédition contre l'Empire annamite ,
et l'établissement d'une colonie dans la basse Cochinchine
(1862); la guerre contre l'Autriche, en faveur du roi de Piémont,
Victor-Emmanuel (mai 1859) terminée par les préliminaires
de Villafranca (4 juillet), et le Traité de Zurich (10 septembre),
guerre qui préparait l'unité de l'Italie
(accomplie en 1860 et 1861 par une suite d'insurrections à Parme,
à Modène, en Toscane, dans les États Napolitains et
Romains), et qui créait à côté de la France
un grand royaume dont elle obtenait, comme garantie, les versants français
des Alpes, Nice et la Savoie; l'occupation de Rome par les troupes au milieu
de tous ces événements, et qui ne prit fin qu'à la
faveur des désastres de 1870; l'appui donné jusqu'à
ce moment au pape a pour le maintien de son pouvoir temporel dans les limites
du patrimoine de saint Pierre, nonobstant l'opposition faite aux doctrines
du Syllabus et l'interdiction de publier en France
la deuxième partie de l'Encyclique du 8 décembre 1864;
l'expédition de Syrie, à la suite du massacre des Maronites
par les Druzes ,
et l'occupation momentanée de cette province turque, avec le consentement
des puissances européennes (1860-61); l'expédition contre
le Mexique ,
entreprise d'abord (décembre 1861) de concert avec l'Espagne
et l'Angleterre ,
puis (février 1862) poursuivie par la France seule, signalée
par la prise de Mexico (4 juillet 1863) et aboutissant à la proclamation
comme empereur du Mexique de l'archiduc d'Autriche Maximilien,
qui, après la retraite de l'armée française mars 1867),
fut renversé et fusillé par Juarez
( juin 1867); enfin, sous le ministère Ollivier, une guerre contre
la Prusse
(15 juillet 1870), à laquelle prirent part aussitôt toutes
les autres puissances de l'Allemagne et qui après une série
de revers, amena la prise de l'Empereur à Sedan (1er
septembre), sa captivité à Wilhemshoehe (où il travailla
avec le maréchal Bazaine à un rapport sur les faits militaires
de 1870), la déclaration de sa déchéance et de celle
de sa dynastie, proclamée par le mouvement insurrectionnel du 4
septembre, et renouvelée par l'Assemblée nationale de Bordeaux
(1er mars 1871) mesure contre laquelle
il protesta au nom du droit plébiscitaire.
Napoléon III a beaucoup écrit,
soit avant, soit après son avènement au trône. On a
publié ses Oeuvres (1854-57, 4 vol. in-8), et séparément
ses Oeuvres militaires (1856, in-8). Il faut y ajouter, outre ses
Proclamations
et ses Messages au Corps législatif, une brochure intitulée
: Politique de la France en Algérie, 1865, et l'Histoire
de Jules César, 2 vol. in-8, 1865-69.
(Bouillet). |
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