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L'Opéra Garnier, à Paris

Opéra Garnier, à Paris  (IXe arrondissement). - L'Opéra, depuis sa fondation, a occupé une douzaine de salles diverses, dont trois ont été détruites par le feu, et auxquelles s'ajoute l'Opéra-Bastille, inauguré en juillet 1989 : 1° Jeu de paume de la Bouteille (1671); Jeu de paume du Bel-Air (1672); 3° première salle du Palais-Royal (1673-1763, brûlée); 4° salle des machines, aux Tuileries (1764-1770); 5° seconde salle du Palais-Royal (1770-1781, brûlée) ; 6° salle des Menus-Plaisirs (1781); 7° salle dela Porte-Saint-Martin (1781-1794); 8° salle du Théâtre-National, rue Richelieu (1794-1820); 9° salle Favart (1820-1821); 10° salle de la rue Le Peletier (1821-1873, brûlée) ; 11° salle Ventadour (1874); et enfin, l'opéra Garnier (construit de 1862 à 1874 par l'architecte Charles Garnier), dont il sera question ici.

La façade de ce monument, éclairée par quatre grands candélabres en bronze, est élevée sur un perron de pierre. Elle offre un soubassement percé de sept arcades à plein cintre, dont les deux extrêmes sont en avant-corps. Entre les arcades centrales sont quatre statues du Drame, du Chant, de l'Idylle et de la Cantate, surmontées de médaillons représentant les profils de Bach, Haydn, Pergolèse et Cimarosa. Aux avant-corps on a placé quatre groupes : la Musique, la Poésie lyrique, le Drame lyrique et la Danse. Les arcades paraissent un peu étroites, et contrastent par leur aspect sombre avec la pompe du grand étage supérieur. Le rez-de-chaussée sert à l'entrée des piétons. 

L'étage se compose d'un ordre corinthien de colonnes accouplées, monolithes, de 10,20 m de hauteur, séparant sept grandes baies, et formant ce qu'on appelle en Italie une loggia. Deux frontons, s'arrondissant sur l'entablement des avant-corps, rompent heureusement l'horizontalité de la ligne. Sous un climat plus clément que le nôtre, la colonnade eût pu rester ouverte; mais il a fallu fermer les baies par lesquelles le vent et la pluie se fussent engouffrés. Le vide a été comblé de la façon la plus ingénieuse. Entre les colonnes accouplées, dont la blancheur se détache d'un fond en marbre, s'encadre un petit ordre formé de deux colonnes en marbre jaspé, aux chapiteaux dorés; au-dessus de la frise qu'il supporte s'ouvre, entre deux consoles, richement ornées et terminées par des masques de théâtre dans un champ de marbre de couleur, un grand oeil-de-boeuf ajouré, encadrant le buste en bronze doré d'un compositeur célèbre. Chaque buste pose sur un piédouche blasonné des armes d'une ville; sur une plaque en marbre vert de Corse, incrustée dans la frise, figure le nom du musicien en lettres gravées et dorées. Un balcon en encorbellement, dont les balustres sont en marbre vert de Suède, achève de remplir la travée, et sa projection est assez forte pour permettre, en se penchant un peu de jouir du profil de l'édifice. Cette disposition se répète dans tous les entrecolonnements. Dans le tympan du fronton droit, on voit deux figures adossées à un écusson portant ces mots : Peinture, sculpture, et accompagnées de petits génies. Le tympan du fronton gauche est rempli par un motif analogue; l'écusson a pour inscription; Architecture, Industrie. Les frises d'inscriptions dans l'entablement de l'ordre sont en marbre de Cannes, dit rouge antique, et présentent ces mots en lettres gravées et dorées : au centre, Académie nationale de musique; à droite, Poésie lyrique; à gauche, Chorégraphie. Un cordon de bronze richement orné arrête la ligne extérieure de l'entablement.

L'ordre corinthien supporte un attique. Là, au-dessus de chaque groupe de colonnes accouplées de la façade, s'élève un groupe de deux femmes et d'un enfant qui soutiennent un médaillon couronné, en porphyre de Finlande, historié du monogramme impérial. Entre les groupes, sur le champ de l'attique, des bas-reliefs, représentant des enfants presque en ronde bosse, qui se détachent d'un fond en mosaïque d'or. Des bandes de marbre de couleurs variées forment des cadres à ces bas-reliefs. Un cordon de masques tragiques et comiques, en bronze doré, termine l'édifice sur la ligne du ciel. A chaque angle de la façade, entre deux trépieds dorés, se dresse un groupe de trois figures également dorées, de 7 mètres de hauteur, les ailes comprises : l'un de ces groupes représente l'Harmonie, l'autre la Poésie, accompagnées de deux Renommées. Les groupes sont de Gumery; les femmes et les enfants supportant des médaillons, de Maillet; les masques tragiques et comiques, de Klagmann; les sculptures d'ornement, de Villeminot.
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Paris : l'Opéra Garnier.
L'opéra Garnier, par Jean Béraud (1879).

L'impression première de la façade de l'Opéra de Paris est surtout un effet de couleur; c'est comme un grand panneau de pierre sur lequel un artiste aurait peint des décorations. L'architecte a voulu éviter la pâleur froide des monuments monochromes, et cherché la coloration par la variété des matériaux gardant leurs nuances naturelles. Tandis que les parties essentielles d'architecture sont en pierre blanche, il a employé pour l'ornement et les constructions plus légères les ressources des marbres diversement colorés, des bronzes et des ors. Cette diversité des tons est en harmonie avec l'édifice : un Opéra est un monument de luxe et de joie; il doit exprimer une idée de fête, et, dès sa façade, enchanter les yeux; des lignes dures, des profils austères une coloration grise défigureraient sa physionomie. Mais il y a une mesure à garder. On reproche à la façade de l'Opéra une ordonnance compliquée à l'excès, une ornementation fatigante par la multiplicité des reliefs et la trop grande variété des couleurs; on blâme les disques verts de l'attique, qu'on a appelés des "boutons de livrée"; la dorure des bustes, qui brouille les contours et altère la ressemblance, l'encadrement qui donne aux oeils-de-boeuf un air d'étagère en bois découpé, la prodigalité des inscriptions, les bordures de bronze, qui doivent maculer la pierre de traînées d'oxyde. 
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Paris : Opéra Garnier (façade sud).
Partie centrale de la façade principale de l'Opéra Garnier.

En regardant de loin la façade, on voit que les grandes divisions de l'édifice sont annoncées et mises en relief par la construction extérieure. Une coupole portée par des pilastres et percée de fenêtres rondes, accuse et recouvre la salle; son couronnement est revêtu de bronze orné de sobres dorures. Plus loin, un comble gigantesque annonce l'emplacement de la scène; le grand pignon de ce comble est terminé de chaque côté par un Pégase, oeuvre de Lequesne, et dominé par un groupe de Millet, représentant Apollon qui lève sa lyre d'or. Ces parties si diverses sont raccordées entre elles avec beaucoup d'art et d'habileté.

Sur les côtés de l'édifice, l'enceinte périmétrique est déterminée par une balustrade en pierre polie, avec balustres en marbre bleu pâle. Cette balustrade est coupée par onze entrées de grilles; elle est surmontée de 22 statues lampadaires en bronze et de 8 colonnes en marbre bleu foncé qui portent chacune trois lanternes. Les façades latérales sont d'une ornementation plus sobre que la façade principale. L'emploi des marbres y est plus rare. Deux pavillons en rotonde marquent, l'un, sur la façade du nord, la loge du chef de l'État, et; l'autre, sur la façade du Sud, l'entrée et la sortie du public venu en voiture. Le premier, précédé de deux colonnes rostrales porte-lanternes en granit d'Écosse, est muni d'une double rampe douce, qui permet aux voitures de s'arrêter dans un vestibule clos et couvert; le second, percé à jour par de hautes arcades, offre une descente à couvert aux voitures.

Les couronnements de ces pavillons, formés d'aigles aux ailes déployées et de galères aux rames dressées, ne sont pas d'un effet heureux. Au-dessus des fenêtres des façades sont des bustes de musiciens placés dans des niches circulaires. Ces bustes, auxquels on a donné des dimensions colossales parce qu'ils sont placés très haut, font paraître, par comparaison, les fenêtres plus petites qu'elles ne sont réellement. Aux extrémités des façades, les frontons sont ornés de figures qui personnifient la Comédie et le Drame, la Science et l'Art, le Chant et la Poésie, la Musique et la Danse.
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Photo de l'Opéra de Paris vers 1920.
Théâtre et place de l'Opéra, à Paris (vers 1920).

La partie postérieure de l'Opéra est formée par les bâtiments de l'administration, où sont installés les services du théâtre, les bureaux, une partie des loges d'artistes et des magasins. Ils sont adossés à la scène, dont le mur se termine par un fronton triangulaire portant à chaque coin une sorte de pyramide funéraire. On n'avait pas besoin ici d'une riche ornementation; l'architecte s'est appliqué surtout à bien aérer cette partie des constructions. La cour placée en avant des bâtiments est fermée par un mur circulaire; une grande porte monumentale et deux grilles servent à l'entrée et à la sortie des chariots de décors.

Pour pénétrer dans l'intérieur du théâtre, après avoir franchi les grilles qui ferment les arcades de la façade, on se trouve dans un vestibule éclairé par quatre groupes de lanternes reposant sur des gaines de marbre, et orné des statues assises de Lulli, Rameau, Glück et Haendel. Dix marches donnent ensuite accès à un second vestibule, destiné au service du contrôle, et orné de gracieux candélabres et de huit panneaux sculptés. Puis on arrive au grand escalier, de chaque côté duquel des escaliers secondaires conduisent à tous les étages de la salle, et auquel le public entré par le pavillon du Sud accède en traversant un vestibule circulaire placé au-dessous de la salle. Le grand escalier, dont la décoration est une merveille d'élégance et de richesse, mène entre le foyer et la salle. Après un avant-foyer, dont la voûte est revêtue de mosaïque, le foyer, séparé de la loggia par cinq portes vitrées, se déploie sur une longueur de 54 mètres; il a 13 mètres de largeur et 18 mètres de hauteur. La tonalité générale de ce foyer est l'or vieux. II est orné de 20 colonnes accouplées, que surmontent 20 statues, de splendides tentures en soie couleur d'or, de glaces de Saint-Gobain hautes de 7 mètres, ainsi que de beaux lustres dorés. Au-dessus de la corniche s'épanouissent les compartiments qui entourent les peintures de Paul Baudry. Aux extrémités du foyer sont de grands salons octogones, dont on admire les cheminées monumentales.
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Paris : Opéra Garnier (façade nord).
L'Opéra, côté place Diaghilev. © Photos : Serge Jodra, 2011.

La salle proprement dite, qu'entourent de vastes couloirs, est bien coupée, et de toutes les places on en peut voir l'ensemble. Elle contient 2 156 places. Le plafond sorte de coupole de cuivre, sur laquelle Lenepveu a peint les heures du jour et de la nuit, repose sur un couronnement composé de 12 oeils-de-boeuf grillés et de 12 panneaux également à jour. Le lustre central a 340 lumières. Huit grandes colonnes, dorées en divers points, supportent la partie supérieure de la salle. La couleur générale des loges est rouge et or. La scène est la plus grande qui existe en largeur et en hauteur; on peut en augmenter la profondeur, en prenant le couloir de fond, qui a 4 mètres de large, puis le foyer de la danse, de manière à obtenir près de 50 mètres. Les dessous du théâtre, où peuvent descendre les décors, n'ont pas loin de 20 mètres. Le foyer de la danse, dont Ie mur de fond est formé de trois glaces, a un lustre de 104 lumières; on y a peint, dans des médaillons, 20 portraits de danseuses célèbres. Le foyer du chant est également orné de portraits d'artistes. Quatre-vingts loges, réparties dans l'étendue de deux étages, sont destinées aux sujets du chant et de la danse. Il existe aussi de grandes loges pour les différentes sortes de choristes et de comparses, un foyer pour les répétitions, des magasins de costumes et d'accessoires, des salles de couture et de coiffure, des archives, une bibliothèque musicale, une bibliothèque dramatique, etc.

Tel est l'ensemble de l'Opéra de Paris, édifié par Ch. Garnier de 1861 à 1874, et décoré sous sa direction par un grand nombre d'artistes (Peintres : Barrias, Benouville, Boulanger, Delaunay, Harpignies, Pils; Sculpteurs : Carpeaux, Chabaud, Carrier-Belleuse, Cavelier, Denéchaux, Dubray, Falguière, Guillaume, Gumery, Jacquemard, Jouffroy, Perraud, etc.). Quand on creusa les fondations, on rencontra une nappe d'eau de 5 mètres; et il ne fallut pas moins de 8 pompes à vapeur pour opérer le desséchement du terrain. L'Opéra occupe une superficie de 11 237,70 m²; il a environ 75 000 m² de toiture. Sa longueur, du bas du perron à la grande porte de l'administration est de 172,70 m; la largeur de la façade principale, de 70 mètres, et sa hauteur, de 32,12 m; la hauteur, depuis le sol jusqu'à la terrasse supérieure du combe de la scène, de 55,97 m. (A19).

L'Opéra Garnier.
L'opéra Garnier.
Paris : Opéra Granier (frise).
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Dictionnaire Villes et monuments
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