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Marie du Deffand

Marie-Anne de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand est née, dit-on, au château de Chamrond près de Charoles (Saône-et-Loire) en 1697, morte à Paris le 23 septembre 1780. Issue de Gaspard de Vichy, comte de Chamrond, et de Anne Brulart, fille d'un premier président au parlement de Bourgogne, elle fut élevée au couvent de la Madeleine de Tresnel, rue de Charonne, où elle se fit remarquer par son incrédulité précoce. Massillon, appelé en consultation, et plus frappé, dit-on, « de sa beauté et de son esprit que de son hérésie », ne put que lui recommander la lecture d'un catéchisme de cinq sous. Mariée le 2 août 1718 à J.-B.-J. de La Lande, marquis du Deffand, elle ne trouva pas dans cette union le bonheur qui devait la fuir d'ailleurs toute sa vie, inspira un caprice passager au régent (1721) et s'afficha si publiquement avec un autre de ses amants Delrieu de Fargis, que malgré le relâchement général des moeurs, son mari dut la chasser avec éclat (septembre 1722) et qu'il ne se prêta pas à une tentative de réconciliation dont elle fit les premiers frais (1728).

Liée dès cette époque avec Voltaire, le président Hénault, Formont, Pont-de-Veyle, apparentée en outre à quelques-unes des plus illustres familles du royaume, les Choiseul, les de Luynes, les Brienne, Mme du Deffand se retira de bonne heure du monde frivole et corrompu où elle avait un moment brillé, et groupa autour d'elle quelques familiers dont la société quotidienne lui devint d'autant plus précieuse qu'elle perdit insensiblement et irrémédiablement la vue (1753). Elle avait loué au convent de Saint-Joseph, rue Saint-Dominique, une partie de l'appartement jadis occupé par Mme de Montespan et elle y tint un salon dont l'influence le disputait à celui de Mme Geoffrin, mais dont, en majeure partie, les habitués n'étaient pas les mêmes.

Deux événements notables marquent seuls dans cette seconde période de la vie de Mme du Deffand : en 1758 sa rupture avec Mlle de Lespinasse qui provoqua une scission entre leurs amis communs, dont quelques-uns, comme d'Alembert et Turgot, ne la revirent jamais, et sa liaison avec Horace Walpole (1765). Le spirituel épicurien anglais se défendit d'abord de son mieux contre cette affection par crainte du ridicule, et ses réponses aux premières lettres de Mme du Deffand sont sèches et ironiques, mais, peu à peu, il se laissa toucher et, durant ses quatre derniers séjours en France, sa correspondance est pleine de témoignages de gratitude et même d'admiration pour « sa chère vieille femme ». Cette amitié et celle qu'elle portait et inspirait aux Choiseul, alors exilés à Chanteloup, ne parvenaient pas à dissiper l'incurable ennui qui rongeait Mme du Deffand, ni ce doute qui lui interdisait jusqu'au plaisir de croire qu'elle aimait et qu'elle fût aimée. 
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Marie du Deffand.
Madame du Deffand (1687-1780).

Sa santé lui permit jusque dans l'extrême vieillesse de souper chaque soir, soit chez elle, soit chez ses amis et de veiller une partie de la nuit. Les matinées étaient consacrées à l'actif commerce épistolaire qu'en dépit de son infirmité, et grâce à un secrétaire intelligent et dévoué, nommé Wiart, elle entretenait avec Voltaire, Horace Walpole, Mme de Choiseul, et la plupart de ces lettres ou leurs réponses nous ont été conservées. Aux billets de pure politesse ou de badinage que Voltaire lui adressait dans leur jeunesse avaient succédé de véritables consultations philosophiques et littéraires, et les brouillons de plusieurs d'entre elles, appartenant à la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, attestent assez l'importance qu'il y attachait. Nulle part ailleurs que dans ses lettres au solitaire de Ferney, Mme du Deffand n'a mieux montré les dons heureux qui justifient ce jugement de Sainte-Beuve :

« Née en 1697, morte en 1780, elle a traversé presque tout le XVIIIe siècle dont, encore enfant, elle avait devancé elle-même les opinions hardies et, à aucun moment, elle ne s'est laissé gagner par ses engouements de doctrine, par son jargon métaphysique ou sentimental. Elle est avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus pur de cette époque, sans même en excepter aucun des grands écrivains. » 
Mme du Deffand avait légué à Walpole tous ses papiers et sa bibliothèque en réservant à son exécuteur testamentaire, le prince de Beauvau, et à son neveu, le marquis d'Aulan, le droit de faire un choix dans ses livres et de copier dans sa correspondance ce qui leur plairait. L'édition fautive et incomplète, due à un anonyme, de la Correspondance de Mme du Deffand avec d'Alembert, le président Hénault, la duchesse du Maine, etc. (1809, 2 vol. in-8) où, selon le mot de Mme de Rémusat, il ne manquait que des lettres de Mme du Deffand, fut exécutée sur une copie provenant du prince de Beauvau. L'année suivante, miss Berry, légataire de Walpole, mit au jour le recueil des lettres adressées à celui-ci par la marquise (Londres, 4 vol. in-12), accompagnée d'une notice et de notes en anglais. Artaud de Montor reproduisit le texte des lettres, moins quelques passages dont s'offusqua l'ombrageuse censure impériale, et traduisit le commentaire (1811 ou 1812, 4 vol. in-8). C'est sur ce texte ainsi amendé, mais avec de nouvelles notes et des corrections intelligentes, que fut réimprimée une nouvelle édition (1824 ou 1827, 4 vol. in-8), précédée d'une notice signée A. T.(Ad. Thiers).

Ces diverses éditions sont avantageusement remplacées par celle qu'a publiée Lescure (1865, 2 vol. gr. in-8), en l'accompagnant d'une longue et brillante introduction, de lettres inédites, d'oeuvres diverses (portraits en prose, épigrammes et chansons), de notes nouvelles, etc. Il n'a pu, toutefois, en raison des lois qui régissent la propriété littéraire, y faire figurer la Correspondance inédite de Mme du Deffand avec M. et Mme de Choiseul, l'abbé Barthélemy, etc. (1859, 2 vol. in-8), publiée sur une copie réparée par le comte Jacques d'Estourmel et précédée d'une notice posthume de M. de Sainte-Aulaire. Cette première édition, déparée par d'assez nombreuses fautes de lecture, a été réimprimée avec additions et corrections (1867, 3 vol. in-8), et il semblerait qu'il n'y eût plus rien à glaner pour un nouvel et futur éditeur; mais, lors de la dispersion, en 1842, des collections d'Horace Walpole, conservées jusqu'à cette date au château de Strawberry-Hill, près de Londres, un coffre de cèdre renfermant l'ensemble des papiers de Mme du Deffand (entre autres un journal écrit ou dicté par elle, ses lettres à Walpole, au nombre de plus de huit cents, toutes celles qu'elle avait reçues de Voltaire, de Montesquieu, de Hume, etc.) fut acheté par un amateur, Dyce Sumbre.

On ne connaît qu'un portrait de Mme du Deffand dessiné dans sa vieillesse par Carmontelle et qui la représente les yeux éteints, assise dans le fauteuil qu'elle appelait son tonneau. C.-N. Cochin a dessiné et gravé en 1746 une jolie estampe d'après les Chats de la marquise; ces animaux favoris servaient également d'emblèmes pour ses livres dont un petit nombre figure dans quelques collections particulières. (Maurice Tourneux).

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