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Les
opinions sont partagées sur l'origine du mot étiquette. Suivant
les uns, il viendrait du temps où les procédures se rédigeaient
en latin. Les praticiens, dit-on, écrivaient alors sur leurs sacs
: est hic quaest. (pour quaestio) inter N. et N., et
de là serait dérivé par corruption le terme dont nous
parlons. Suivant les autres, il viendrait du vieux mot français
tiquet, qui est dérivé lui-même du grec sticos,
ordre, rang, et qui subsiste encore dans l'anglais ticket, où
il signifie marque, note, billet. Dans cette opinion, étiquette
viendrait de l'usage où l'on était de délivrer des
billets aux personnes invitées à une cérémonie,
etc., pour leur assigner la place qu'elles devaient occuper. Ce serait
donc par analogie avec cette dernière signification que le mot étiquette
s'emploie pour désigner le cérémonial
des cours, c.-à-d. l'ensemble des prescriptions qui règlent
les relations du prince avec les différentes catégories d'individus
admis à approcher de sa personne.
L'étiquette
des cours a existé dans tous les temps et dans tous les lieux. Ainsi
que nous l'apprennent les auteurs anciens, elle était très
sévère et très minutieuse chez les Perses,
comme elle l'est encore actuellement dans le même pays, ainsi que
dans les cours de l'extrême Orient. Après la translation de
l'empire à Byzance ,
les empereurs limitèrent l'étiquette des cours orientales,
qui de là s'introduisit plus ou moins chez les princes de l'Occident.
Néanmoins, en ce qui concerne l'Europe ,
c'est à la cour de Philippe le
Bon, duc de Bourgogne ,
mort en 1467, que l'on trouve pour la première fois des règles
précises à ce sujet. Ce prince, dont la puissance égalait
celle des plus grands souverains de son temps, mais qui, en sa qualité
de grand feudataire, ne pouvait se placer sur le même rang qu'eux,
imagina, dit-on, pour cacher cette infériorité relative,
d'entourer sa personne d'une multitude.d'officiers et d'établir
auprès de lui un cérémonial plein de formalités
minutieuses.
La fille de ce prince
les introduisit en Autriche ,
à la suite de son mariage avec l'empereur Maximilien, et elles passèrent
de ce pays en Espagne ,
où l'étiquette régna avec une sévérité
inouïe jusqu'à la fin du XVIIIe
siècle. En France ,
ce n'est que sous François Ier
que l'étiquette a commencé à être bien déterminée.
Elle devint encore plus rigoureuse et plus compliquée, lorsque Anne
d'Autriche, femme de Louis XIII, y apporta
les pratiques minutieuses de la cour de Madrid .
Néanmoins ce fut surtout sous le règne de Louis
XIV que l'étiquette acquit un empire tyrannique, non seulement
sur tous ceux qui entouraient le prince, mais encore sur le roi lui-même.
On peut lire, dans les Mémoires de Dangeau et de Saint-Simon,
les longs récits des singuliers débats auxquels donnaient
incessamment lieu les questions relatives à l'étiquette.
Supprimée par la révolution, l'étiquette reparut sous
l'empire, mais dégagée de ses pratiques les plus outrées. |
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