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Libye (Libya), a d'abord
été le nom grec
de l'Afrique .
Il s'appliquait surtout aux pays situés à l'Ouest de l'Égypte ,
c.-à-d. le désert de Barca ,
la région de Tripoli ,
le Kordofan, le Darfour, etc. Plus tard on nomma : Libye intérieure,
les contrées au Sud de l'Atlas (Maroc
méridional, Sahara );
et Libye extérieure, l'ancienne Libye, notamment le littoral
compris entre l'Égypte et la Tripolitaine, littoral qui se subdivisait
lui-même en Libye supérieure (Marmarique), entre l'Égypte
et la Cyrénaïque ,
et Libye inférieure (Cyrénaïque et Pentapole),
s'étendant de la Libye supérieure à la Tripolitaine.
L'État contemporain qui a pris le nom de Libye correspond pour sa
part, en gros, au territoire qui, au fil des siècles a été
formé par la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan .
C'est à cet espace que l'on se référera ici en parlant
de Libye.
Riche à l'époque romaine ,
la Libye resta prospère jusqu'à la fin du VIe
siècle. Puis la conquête islamique passa. A partir
de 644 la Tripolitaine n'a pas d'histoire
à elle; qui veut connaître son sort n'a qu'à se reporter
à l'histoire de la Tunisie .
Soumise aux Aghlabites de 801 à
909,
elle passa ensuite aux Fatimides. Submergée en 1050
par le terrible flot des Hillaliens et définitivement ruinée,
elle fut conduise plus tard par les Almohades, puis par les Hafsides. En
1510
les Espagnols
occupent Tripoli ;
ses remparts et son fort sont le souvenir de leur domination. Dragut les
remplaça en 1551.
Dès lors Tripoli, comme Tunis, Alger ,
Salé, devient un nid de pirates. Comme ces villes, elle est à
plusieurs reprises bombardée par les flottes européennes.
Pour punir les aventuriers libyens, des vaisseaux de guerre, au commencement
du XIXe siècle,
franchissent même l'Atlantique; des marins des États-Unis
occupent Derna, et y construisent une batterie dont on montre encore des
vestiges. |
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La
domination turque
En 1835,
Tripoli
était gouvernée par des princes de la famille des Caramanlis,
qui s'appuyaient sur les armes de la remuante tribu arabe des Ouled-Sliman.
Leurs exactions décidèrent les gens de l'oasis à demander
au sultan de Constantinople
de transformer la suzeraineté nominale qu'il avait sur le pays en
souveraineté effective. Des troupes ottomanes
occupèrent sans difficultés tous les ports. La Libye forma
deux vilayets turcs.
Le changement fut plus apparent que réel.
L'administration resta des plus paresseuses. Les fonctionnaires du Sultan
vécurent dans leur harem, et ne s'occupèrent du pays que
pour lever des impôts dont ils employaient soigneusement la meilleure
partie à leur usage. Ils montrèrent toutefois une certaine
activité militaire, et, les caravanes du Sud ayant eu, vers 1840,
des démêlés avec les Fezzanais ,
ils conquirent leurs oasis, qui avaient toujours été gouvernées
jusqu'ici par des princes étrangers, Bornouans
ou Kanembous (Les pays tchadiens ).
Mais les faits les plus intéressants
de la période turque sont les grandes explorations européennes,
et l'organisation de la confrérie des Sennoussi (Senoussya).
C'est vers 1840
que l'Europe
commença à se passionner pour l'exploration de l'Afrique .
La plupart des grands explorateurs d'alors prirent Tripoli
pour point de départ. D'abord c'était la voie la plus courte
pour gagner le Soudan ,
à cause des Syrtes, qui diminuent le chemin de 400 kilomètres;
puis on trouvait là des routes relativement faciles, que des caravanes
sillonnaient régulièrement; enfin le pays, jusqu'à
mi-chemin ou à peu près, appartenait à une nation
qui, à tout le moins, faisait partie officiellement du concert européen.
Barth,
Vogel,
Rohlfs,
Nachtigal,
Duveyrier,
et, ensuite, Monteil, parcoururent donc en tous sens la régence.
Leurs récits attirèrent l'attention sur elle. Ils lui donnèrent
parfois une importance qu'elle n'avait pas. C'est Rohlfs qui écrivit
la phrase, aussi célèbre que fausse :
"A
qui tiendra Tripoli appartiendra le commerce du Soudan ".
Peut-être y eut-il eu quelque vérité
dans cette assertion hasardeuse si ce commerce eût dû se faire
éternellement par caravanes. Rohlfs ne
prévoyait pas la conquête rapide, par l'Europe ,
de l'Afrique
Centrale, verte et vivante, et la désertion prochaine des routes
qui traversent, au prix de grandes souffrances, l'Afrique désertique
du Nord ( L'histoire du Sahara ).
En 1843,
Senoussi el Medjahiri, Algérien
du Dahra, terre maraboutique s'il en fut, vivait à La Mecque .
La rigidité de sa religion et de ses moeurs le fit persécuter;
il se réfugia à Benghazi .
Par ses mérites, disait-on, il obtint d'Allah une baraka puissante,
et fonda une zaouïa à Ain-Beïda, près des ruines
de Cyrène .
Un groupe de fidèles, comptant beaucoup d'Algériens, se forma
autour de lui. Les habitants du pays, en grand nombre, crurent à
sa parole. Les zaouïas se multiplièrent au point que les Turcs
en prirent. ombrage. Pour éviter toute discorde, Senoussi se retira
en 1885 dans le désert, à
Djaraboub; mais il laissa en Cyrénaïque
un lieutenant (l'oukhil du cheikh). Senoussi mourut en 1859.
Son fils prit après sa mort le titre de cheikh. La confrérie
fit, sous sa direction, de nouveaux progrès. En quelques décennies,
elle eut des fidèles du Sénégal jusqu'en Perse .
Des royaumes entiers, comme le Ouadaï, lui ont appartenu. Ses khouans
sont près de 2 millions.
Par la conquête de la Tunisie ,
la France
est devenue voisine de la régence de Tripoli ;
de plus une série de traités internationaux lui ont reconnu
des droits sur la plus grande partie du Soudan
et du Sahara .
La convention franco-anglaise du 24 août 1899
a fixé la frontière séparant l'Égypte
de son hinterland soudanien : par contre, la frontière de possessions
françaises commune avec les vilayets turcs, de Gâtroûn,
à l'est, à la côte tunisienne, à l'ouest, restait
flottante. Les Turcs
en ont profité pour occuper, au delà de leur sphère
d'influence, Bilma, Bardaï et Aïn-Saleka, Des négociations
se sont alors ouvertes entre la France et la Sublime Porte. Elles ont abouti,
en 1910, à la fixation d'une
frontière de l'ouest très nette, qui donnait à la
Tripolitaine Ghât et Ghadamès ,
mais laissait à la France la route de caravanes qui va de
Ghadamès à la mer.
La
conquête italienne
Dès que les Italiens
eurent réalisé l'unité politique de leur pays et installé
leur gouvernement à Rome, ils s'avisèrent que les Romains
étaient leurs ancêtres, qu'ils avaient débuté
comme eux par coudre les lambeaux de la péninsule, qu'ils avaient
le monde méditerranéen, et que leur première conquête
hors de l'Italie avait été justement l'Afrique ,
ce que nous nommons aujourd'hui la Tunisie .
Comment ne pas en conclure qu'un destin les poussait aux bords où
fut jadis Carthage ?
Et aussitôt leurs diplomates, leurs commerçants, leurs industriels
s'agitèrent pour la conquête. Mais la France
prit les devants. Elle ne pouvait tolérer qu'une puissance européenne
vînt occuper, aux portes de l'Algérie ,
un sol qui en était le prolongement. En présence de convoitises
aussi actives Jules Ferry hâta son intervention.
Le traité du Bardo éveilla l'Italie d'un beau rêve.
Alors elle tourna ses ambitions vers la Tripolitaine, qui avait aussi été
romaine, et à laquelle la France ne prétendait pas. Depuis
quelque temps elle y pensait, et on y pensait pour elle. G.
Rohlfs, dans un article de l'Exploratore souvent cité,
avait déclaré que Tripoli
est la clef du Soudan ,
et invité l'Italie à la prendre. E.
Reclus annonçait en 1885
que la rade du Raz el-Tin serait un jour une nouvelle Spezzia.
On se contenta d'abord d'une invasion pacifique.
Le duc de Gênes fonda une société d'exploration et
de colonisation qui envoya en Cyrénaïque le capitaine Camperio,
chargé d'une mission commerciale et coloniale. Elle échoua,
mais l'élan était donné, d'autres entreprises plus
heureuses suivirent. Naguère encore les bateaux français
faisaient presque tout le commerce de Benghazi
et de Tripoli
: la compagnie Florio-Rubbatino améliora et multiplia ses services,
et fit aux Français une telle concurrence que la compagnie Touache
renonça à desservir Benghazi. La diplomatie italienne se
hâta d'écarter les obstacles qui auraient pu lui barrer le
chemin. En 1901, l'Europe
apprit que Delcassé avait déclaré à Pinetti
que, s'il promettait de ne pas s'opposer aux entreprises de la France
au Maroc ,
la France, de son côté, ne verrait aucun mal à ce que
l'Italie
prit en Tripolitaine une situation prépondérante.
La Turquie
se montra désagréablement surprise de ces accords. Mais l'Italie
comprit bientôt qu'une action pacifique ne donnerait que des résultats
extrêmement lents et toujours précaires. En même temps
il lui vint d'autres inquiétudes. Pendant ]les années 1909
et 1910 une nuée de chercheurs
de fer allemands s'abattirent sur le Djebel, symptôme assez effrayant
au moment même où les frères Mannesmann, d'accord avec
la diplomatie impériale, donnaient tant de tablature aux ambitions
marocaines de la France .
Le Gouvernement italien ne recula plus devant les résolutions définitives.
Il prépara minutieusement, dans l'ombre, son plan de guerre et de
mobilisation. Enfin, au moment précis où un traité
franco-allemand levait les derniers obstacles qui empêchaient la
France d'affirmer son protectorat sur le Maroc ,
l'Italie lança à la Turquie un ultimatum lui donnant vingt-quatre
heures pour céder la Tripolitaine, faute de quoi la guerre commencerait
immédiatement. Les vingt-quatre heures s'écoulèrent
sans que la Turquie ait consenti à céder sans combattre deux
immenses provinces. Une heure plus tard la ville albanaise de Preveza était
bombardée. |