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La bataille de Sadowa

La bataille de Sadowa est une grande bataille qui eut lieu le 3 juillet 1866 entre l'armée prussienne et l'armée autrichienne, au Nord de ce qui est aujourd'hui la République Tchèque. Le nom de Sadowa qu'on lui donne fréquemment. en particulier en France, ne répond pas à la réalité, car Sadowa (Hradec Králové, en tchèque) n'a été ni le quartier général du vainqueur, ni le point décisif du combat. Il serait plus logique d'attacher le nom de cette bataille au village de Chlum autour duquel elle se livra. Les Allemands l'appellent bataille de Koeniggraetz. du nom du district de Koeniggraetz, où elle s'est déroulée.
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Bleibtreu : la bataille de Sadowa.
La bataille de Sadowa, 1866, par Georg Bleibtreu.

Les Autrichiens s'étaient proposés de concentrer leur armée sur l'Elbe supérieure, au plateau de Dubenetz, pour livrer la bataille décisive; mais, prévenus par la rapidité des Prussiens qui, avant que le mouvement ne fût accompli, avaient traversé les passes de la Bohème, ils ne surent opposer à l'ennemi que des corps d'armée isolés chargés de protéger la concentration : ces corps d'armée furent repoussés et rejetés avec pertes sur l'armée autrichienne dans une série de brillants combats livrés dans les derniers jours de juin. Le maréchal Benedek, dont l'armée se trouvait déjà affaiblie et ébranlée par ces premiers échecs et incapable dès lors de prendre l'offensive, se replia vers Koeniggraetz et prit une forte position défensive le 1er juillet. Entre la rive droite de l'Elbe et la Bistritz, des deux cités de la voie qui conduit de Horitz à Koeniggraetz, le terrain est formé « de hauteurs nombreuses, séparées par des vallées, couvertes de bois et de villages, et qui ont pour point culminant Chlum qui domine toute la contrée. 

L'artillerie autrichienne fut établie dans des positions excellentes, et les officiers étudièrent soigneusement les distances au-devant des pièces; l'infanterie, de son côté, fut soigneusement abritée et protégée en outre par des abatis d'arbres. Mais d'une manière générale, la position autrichienne de Sadowa jusqu'aux deux ailes, sur l'Elbe d'un côté, derrière la petite rivière de Trotina, de l'autre jusqu'à Kuklena, se trouvait trop étendue et repliée, et facilitait par là une attaque ennemie sur les flancs; en outre, c'était un grand désavantage de s'adosser à l'Elbe et d'avoir la rivière à dos. Au centre, à Lipa, se trouvaient le 3e et le 10e corps; le 1er et le 6e corps étaient en réserve. Les ailes étaient formées, à droite, par le 4° et le 2° corps, et, à gauche, par les Saxons et le 8e corps (soit en tout 220.000 hommes et 500 canons). 
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Carte de la bataille de Sadowa.
Carte de la bataille de Sadowa.

C'est dans cette position que Benedek attendit l'attaque le 1er juillet; mais son découragement était déjà si complet qu'il eût voulu se replier plus loin encore et ne pas accepter la bataille en Bohème; le 2 juillet, il télégraphia à l'empereur de conclure la paix avant l'irréparable catastrophe. L'armée prussienne comprenait la 1re armée (2e, 3e et 4e corps), à Heritz; l'armée de l'Elbe (7e et 8e corps), à Smidar, la 2e armée (garde, 1er, 5e et 6e corps), à Koeniginhof (soit en tout 240.000 hommes). Les Prussiens s'attendaient à rencontrer les Autrichiens de l'autre côté de l'Elbe pour livrer la bataille, et le roi Guillaume, arrivé le 2 juillet à Jicin pour prendre le commandement en chef, décida en conséquence, après une conversation avec le prince Frédéric-Charles, que les troupes qui étaient très fatiguées prendraient quelques jours de repos; en même temps, le roi se proposait d'aller le 3 juillet à Koeniginhof retrouver le prince héritier. 

Mais, dans la journée et la soirée du 2 juillet, les avant-postes de la première armée annoncèrent que de nombreuses troupes ennemies étaient établies derrière la Bistritz : le roi Guillaume, à la suite d'un conseil de guerre, décida aussitôt l'attaque. La 1re armée et l'armée de l'Elbe devaient attaquer de front pendant que la 2e armée, quittant Koeniginof, arriverait le plus vite possible pour attaquer par le Nord le flanc droit de l'ennemi. Le prince Frédéric-Charles, qui pensait ne trouver devant lui que trois corps d'armée autrichiens et les Saxons, résolut de franchir la Bistritz à Sadowa, de prendre d'assaut les hauteurs de Lipa et d'écraser le centre de l'armée ennemie, pendant que l'armée de l'Elbe, partant de Nechanitz, attaquerait vigoureusement l'aile gauche de l'ennemi. 

Le 3 juillet à 8 heures du matin, la bataille s'engagea, conduite par le roi Guillaume établi sur la hauteur de Dub; les premiers résultats répondirent exactement aux espérances des Prussiens. La 1re armée, laissant le 3e corps en réserve, força la Bistritz, marchant en trois colonnes; l'aile droite (3e division) occupa Dohalitka et Mokrovous; le centre (4e et 8e division) occupa Sadowa et le bois qui l'entoure; l'aile gauche (70 division) marcha sur Benatek. Pendant ce temps, l'armée de l'Elbe s'emparait de Nechanitz : à 10 heures, ces différents avantages étaient acquis. Nais les attaques énergiques faites ensuite par la 1re armée sur Lipa et par l'armée de l'Elbe sur Problus furent repoussées : l'ennemi occupait ces positions en forces beaucoup plus considérables que l'on ne pensait, et son artillerie était très solidement placée pour la défense : les 200 canons établis à Lipa avaient ouvert un feu terrible et efficace sur les points préalablement mesurés, tandis que l'artillerie allemande qui était inférieure en qualité, traversait la Bistritz et ne pouvait utilement riposter faute de connaître exactement les distances et de reconnaître les positions ennemies au milieu de la pluie et du brouillard. 

L'infanterie prussienne, exposée à un feu violent, souffrait beaucoup : la 76 division, en particulier, commandée par le général Fransecky, se trouvait dans le Schwiebwald en dangereuse posture. De son côté, l'armée de l'Elbe éprouvait les mêmes difficultés et n'avait pu emporter d'assaut les villages de Problus et de Prim occupés par les Saxons; elle repoussa cependant les attaques de ces derniers. Les Autrichiens remarquèrent la position dangereuse dans laquelle se trouvait la 1re armée, e sa dernière réserve (le 3e corps) tardait à appuyer : ils résolurent aussitôt d'achever d'écraser son aile gauche, qui se trouvait fort embarrassée dans le Schwiebwald, et de prendre le centre de l'armée prussienne en flanc; ils employèrent à cette attaque presque toute l'aile droite de leur armée (4e et 2e corps) et firent subir des pertes très considérables à la 7e division qui se trouvait, malgré la plus courageuse défense, dans une situation désespérée, lorsque la 2e armée, commandée par le prince héritier, arriva sur le champ de bataille, exécutant l'ordre qu'elle avait reçu de se porter en hâte de Koeniginhof sur le flanc droit de l'ennemi; la 7e armée prussienne arrivait dans l'ordre suivant : la garde au centre, le 6e corps à gauche, le 1er à droite, et le 5e formant la réserve.

Il était 11 heures du matin. La bataille changea aussitôt de face: à 1 heure de l'après-midi, les positions avancées des Autrichiens étaient prises; le 6e corps prussien s'était avancé sur l'Elbe jusqu'à Nedelischt et Lochenitz ; la 1re division de la garde s'empara à 3 heures de la clef de la position, Chlum, presque complètement dégarnie de troupes par les Autrichiens pour attaquer le Schwiehwald, et occupa aussi Rosberitz, pendant que la 2e division de la garde s'emparait de Lipa et de Langenhof dans les mêmes conditions. Le 2e corps autrichien se replia alors sur l'Elbe, pendant que le 4e corps était presque anéanti : les deux corps autrichiens de réserve (6e et 1er firent alors un vigoureux effort pour tenter de reprendre les positions perdues qui commandaient le champ de bataille et réoccupèrent à un moment Rosberitz : mais la garde se maintint à Chlum et reprit bientôt Rosberitz avec l'appui des 6e et 1er corps. 

Au même moment, le roi Guillaume commanda à toute la ligne de bataille d'avancer, et l'infanterie autrichienne décimée par le fusil à aiguille prussien, bien supérieur au sien, se mit en pleine déroute et se rejeta sur l'Elbe. L'artillerie autrichienne continua cependant à maintenir toutes ses positions et, se sacrifiant avec un courage admirable, couvrit la retraite de l'armée. La cavalerie se montra aussi à la hauteur de la situation et tint tête avec succès autour de Langenhof à la cavalerie prussienne : mais rien ne pouvait plus changer le sort de la bataille, et ces efforts ne parvinrent qu'à la prolonger un peu. La retraite se changea bien vite en une déroute complète, et si la cavalerie prussienne avait été en mesure de poursuivre l'ennemi aussitôt, il n'aurait pas pu se reformer. Mais l'armée de l'Elbe se trouvait trop faible, et la retraite des Autrichiens jusqu'à Pardubitz ne fut pas empêchée. L'armée prussienne bivouaqua sur le champ de bataille. 

Les Autrichiens avaient perdu 5 drapeaux, 160 canons, 22.000 prisonniers et 20.900 tués ou blessés, dont 500 officiers. Les Prussiens n'avaient eu que 8794 hommes tués ou blessés, dont 859 officiers. L'impression de cette écrasante victoire fut immense en Europe; à la cour de Napoléon III, elle provoqua ce que l'on a appelé « les angoisses patriotiques de Sadowa ». (Ph. B.).

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