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On connaît
sous le nom de congrès de Berlin la conférence internationale
tenue à Berlin
du 13 juin au 13 juillet 1878, après la guerre russo-turque, qui
réunit les signataires du traité de Paris
(1856) et du traité de Londres
(1871), c.-à-d. la Russie ,
l'Allemagne ,
l'Angleterre ,
l'Autriche ,
la France ,
l'Italie
et la Turquie .
Destiné à régler la question
d'Orient et à poser les bases d'un ordre de choses nouveau,
le congrès se termina par le traité de Berlin le 13
juillet 1878.
Dans le courant de
l'année 1875, des troubles, causés en partie par la mauvaise
administration turque et soutenus par les comités slaves de Russie,
éclatèrent dans les provinces slaves de la Turquie d'Europe
: l'éternelle question d'Orient se trouvait posée de nouveau.
La triple alliance impériale signée sous les auspices de
Bismarck,
prévoyant cette éventualité, avait confisqué
à son profit la question d'Orient. L'Autriche
et la Russie
y semblaient particulièrement intéressées. L'Autriche,
qui avait perdu sa prépondérance en Allemagne
et en Italie ,
cherchait des compensations en Orient. La Russie, représentée
par le prince de Gortschakov, voulait relever son prestige, éclipsé
par les triomphes de Bismarck en 1866 et 1870, et trouver un dérivatif
aux embarras intérieurs du gouvernement dans une guerre extérieure.
Bismarck avait choisi la tâche de médiateur entre ces deux
puissances et voulait les contenir l'une par l'autre, décidé
alors à ne pas se mettre en travers des projets de la Russie. Après
l'avortement des conférences de Constantinople
(décembre 1876 ) et de Londres
(mars 1877), la Russie déclara la guerre à la Turquie.
La victoire, longtemps
incertaine, se décida en faveur des Russes , qui s'avancèrent
jusqu'aux portes de Constantinople. Devant l'attitude menaçante
de l'Angleterre ,
la Russie, renonçant à s'emparer du Bosphore
et des Dardanelles ,
conclut avec la Turquie le traité de San Stefano (3 mars 1878).
En Europe ,
c'était la dépossession du sultan et la prépondérance
de la Russie, grâce à la création d'une Bulgarie
indépendante, sous la suzeraineté nominative de la Porte,
et s'étendant entre le Danube
et la mer Egée .
Les troupes russes auraient le droit de séjourner en Bulgarie; le
Montenegro
était triplé. La Serbie s'y soudait presque, et séparait
la Bosnie
et l'Herzégovine
de la Turquie .
Ces provinces devenaient clientes de la Russie, qui étendait son
influence jusqu'à la Mer Egée et l'Adriatique ;
elle demandait en outre une indemnité de guerre de 1,400,000,000
de roubles représentée en partie par des territoires. Ce
traité fut jugé sévèrement par l'Europe : deux
puissances, l'Autriche et l'Angleterre, étaient atteintes dans leurs
intérêts et dans leur prestige. Aussi le comte Andrassy ayant,
par une circulaire en date du 3 février 1878, proposé aux
signataires des traités de 1856 et de 1871 la réunion d'un
congrès, cette démarche eut un succès complet et l'Angleterre
en particulier défendit chaudement la proposition.
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Carte
politique des Balkans avant la guerre russo-turque (1877-1778).
La Russie ne repoussait
pas l'idée d'un congrès. Avant la guerre elle avait cherché
à tenter l'Autriche, par l'appât de la Bosnie et de l'Herzégovine;
mais, selon le mot de Bismarck, la Russie ne pouvait offrir que des «
pourboires », s'étant réservé la part du lion.
Du reste, elle comptait sur l'appui de l'Allemagne : ce fut là sa
grande erreur. La Russie allait être dupe de l'Allemagne après
avoir été sa complice. L'Allemagne a de grands intérêts
en Orient; comme empereur germain, Guillaume Ier
devait être amené à soutenir l'Autriche. D'ailleurs,
comme roi de Prusse ,
Guillaume Ier avait intérêt
à ce que l'Autriche se fit une fortune en Orient. Or le traité
de San Stefano fermait l'Orient à l'Autriche, et pouvait même
mettre en péril son existence. Pour faire reculer la Russie, il
suffisait de ne pas la soutenir. Il n'y avait qu'à laisser agir
l'Angleterre et l'Autriche pour détruire l'oeuvre de San Stefano.
La crise se déclara à l'état aigu au sujet des attributions
du futur congrès. La Russie voulait mettre certaines clauses en
dehors du congrès; l'Angleterre voulait pouvoir remanier entièrement
le traité. Bientôt lord Beaconsfield fit signer la mobilisation
des milices, appela les troupes de l'Inde
dans la Méditerranée ;
la Russie prit de son côté des mesures menaçantes,
acheta des croiseurs aux Etats-Unis
: la lutte semblait imminente; mais Bismarck allait entrer en scène
pour ménager une médiation à la Russie.
En mai 1878, le comte
Schouvalov
fut appelé à Pétersbourg
et envoyé à Londres;
il passa par Berlin,
et là furent concertées les bases de l'arrangement futur;
sur le fond du débat il y eut une entente entre l'Angleterre
et la Russie
consacrée par le memorandum de Londres du 30 mai. La tâche
du congrès y était indiquée et préparée.
Le congrès eut lieu à Berlin. Les plénipotentiaires
étaient le prince de Bismarck, le ministre
d'Etat von Bulow, et le prince de Hohenlohe, ambassadeur à Paris,
pour l'Allemagne ;
le comte Andrassy, le comte Carolyi, ambassadeur à Berlin, et le
baron Haymerlé, ambassadeur à Rome,
pour l'Autriche-Hongrie ;
le comte Gortschakov, le comte de Schouvalov, ambassadeur à Londres,
et le baron Dubril, ambassadeur à Berlin, pour la Russie; lord Beaconsfield,
le marquis de Salisbury et lord Odo Russell, ambassadeur à Berlin,
pour l'Angleterre; Waddington, le comte de Saint-Vallier, ambassadeur à
Berlin, pour la France ;
le comte Corti et le comte de Launay, ambassadeur à Berlin, pour
l'Italie ;
Karatheodori-Pacha, Mehemet-Ali et Sadullah-Bey, ambassadeur à Berlin,
pour la Porte. En dehors de ces sept puissances, les petits Etats se firent
représenter : la Grèce ,
par le ministre Delijannis; la Roumanie ,
par les ministres Bratiano et Cogalniceano; la Serbie ,
par le ministre Ristitsch; le Montenegro ,
par le président du Sénat, Bozzo Petrowitsch; l'Arménie
et la Perse ,
par des envoyés spéciaux. Ces représentants ne prirent
part aux délibérations que lorsqu'elles traitaient directement
du sort des Etats qui les envoyaient. Le traité de Berlin (13 juillet
1878) allait devenir la règle du droit pour l'Orient. Mais il faut
ajouter un traité anglo-turc du 4 juin et des actes entre la France
et l'Angleterre dont nous parlerons tout à l'heure. Tout cela compose
l'oeuvre du congrès de Berlin.
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Le
congrès de Berlin (peinture de Werner, Hôtel de Ville
de Berlin).
Le congrès
devait primitivement se tenir à Vienne;
au cours des pourparlers, Andrassy proposa de substituer Baden à
Vienne; mais le 7 mars 1878 le secrétaire d'Etat pour les affaires
étrangères de l'empire allemand annonçait que, sur
la demande des cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg,
Berlin
était choisi comme siège du congrès.
Bismarck
convoqua donc le 13 juillet 1878 les signataires des traités de
1856 et de 1874 à se rendre à Vienne pour examiner et modifier
les décisions des préliminaires de paix de San Stefano. Le
congrès remplit sa tâche avec une rapidité sans exemple
dans les annales diplomatiques. Il siégea au palais de la chancellerie
impériale un mois exactement (du 13 juin au 13 juillet), sous la
présidence de Bismarck. Celui-ci avait eu soin de définir
préalablement, dans son discours du 19 février 1878, l'attitude
qu'il entendait prendre. L'Allemagne ,
avait-il dit, ne voulait imposer aucune opinion : elle se bornerait à
jouer le rôle « de l'honnête courtier » désireux
de faire aboutir l'affaire. Quelques mois auparavant il avait déjà
déclaré que la question
d'Orient était de celles qui ne valaient pas que l'on y risquât
« les os d'un grenadier poméranien ». « Nous n'assumerons
pas, ajoutait-il, la responsabilité de sacrifier, à la tentation
de jouer le rôle d'arbitre en Europe ,
l'amitié éprouvée de la Russie .
» Au cours du congrès, le chancelier se borna, ainsi qu'il
l'avait annoncé au Reichstag, à laisser discuter entre eux
les plénipotentiaires russes, anglais et autrichiens. Il n'intervint
guère que pour faire prévaloir en quelques circonstances
les désirs de la Russie contre l'Angleterre
et pour forcer les Turcs à se soumettre. Les questions qui furent
le plus difficile à résoudre furent celle de la Bulgarie
et celle de l'Arménie .
L'oeuvre du congrès
de Berlin est la mise en pratique de quatre principes importants :
1° Le
congrès a voulu limiter les résultats excessifs du traité
de San Stefano et rendre à la Turquie
des conditions d'existence normales. La Grande Bulgarie fut diminuée,
d'abord de la Macédoine et des districts proches de Constantinople;
ces parties furent rendues à la Turquie. Cette Bulgarie
fut amputée et divisée en deux parties : la partie Nord et
la partie Sud (au Sud des Balkans ),
qui reçut le nom de Roumélie
orientale; la partie Nord ou Bulgarie garda l'organisation du traité
de San Stefano : un prince élu, confirmé par la Porte avec
l'autorisation des puissances ; une constitution; en un mot, elle devint
autonome et tributaire. La Roumélie orientale devenait province
turque, mais autonome : un gouverneur délégué du sultan,
chrétien, nommé avec l'assentiment des puissances; une constitution
rédigée par une commission européenne; les troupes
turques ne pourraient que la traverser sans y séjourner. Enfin les
Turcs peuvent fortifier les Balkans. Le traité de Berlin tolère
la reprise de la Bessarabie
par la Russie ;
mais les forteresses du bas Danube
doivent être rasées. En Asie ,
la Russie conserve Batoum comme port franc; elle conserve Ardahan et Kars
et restitue Bayazil. Dans un protocole il fut décidé en outre
que la Russie ne deviendrait créancière de la Porte qu'après
les autres créanciers et ne pourrait exiger de compensations en
territoire.
2° Le congrès
de Berlin a voulu donner de meilleures conditions aux Etats chrétiens
: la Roumanie ,
la Serbie ,
le Montenegro
et la Grèce .
Pour la Roumanie et la Serbie, l'indépendance est proclamée;
pour le Montenegro, elle est reconnue. Mais la reconnaissance de cette
indépendance est subordonnée à ceci : la distinction
des croyances religieuses ne pourra être opposée à
personne ; cela visait la question juive de Roumanie. La Roumanie reçut
la Dobrudja
et une bande de territoire. La Serbie reçut des territoires au Sud-Est
Le Montenegro reçut Antivari, sans le droit d'y avoir des navires
de guerre; et l'Autriche
se fit accorder Spizza pour surveiller Antivari. La Grèce réclamait
sa part : sur l'invitation de la France ,
le congrès de Berlin posa le principe d'une rectification de frontières
à prendre en Thessalie
et en Epire .
3° Le congrès
de Berlin a voulu améliorer le sort des chrétiens qui se
trouvaient sous la domination ottomane. On établit trois catégories
: la première s'appliquait à certaines populations nominativement
désignées, la Crète
et l'Arménie .
En Crète, le sultan s'engage à appliquer le statut de 1868.
Pour les Arméniens, c'est la garantie européenne qui se substitue
à la garantie exclusive que la Russie
se réservait dans le traité de San Stefano. La deuxième
catégorie s'applique aux provinces turques, à qui on promet
un statut comme celui de la Crète. La troisième catégorie
s'applique à l'ensemble des habitants de l'empire, à qui
l'on promet l'égalité devant la loi, l'impôt et la
justice. Il ne s'agit plus d'engagements pris spontanément par la
Porte comme en 1856; l'Europe
est maintenant armée d'un texte positif.
4° Le congrès
de Berlin organise une série de compensations. Il a voulu attribuer
des dédommagements aux puissances européennes en face des
avantages, accordés à la Russie. L'Autriche
est autorisée à administrer la Bosnie
et l'Herzégovine ;
c'est une annexion déguisée; elle est autorisée à
occuper Novi-Bazar. L'importance de ces concessions est énorme ;
l'Autriche pourra surveiller toutes les manoeuvres de la Russie .
L'Angleterre
prit aussi sa compensation : avant de se rendre à Berlin
elle avait signé secrètement, le 4 juin, avec la Porte un
traité conditionnel si la Russie gardait Kars, Batoum et Ardahan;
les clauses étaient les suivantes : l'Angleterre s'engage à
défendre les possessions asiatiques de la Porte et administrera
Chypre
(8 juillet); c'était une très précieuse conquête
pour l'Angleterre; de Chypre elle surveillait l'Egypte ,
la Syrie et l'Asie Mineure. Waddington n'avait rien demandé pour
la France ;
la France ne s'était rendue à Berlin que sous la condition
qu'on ne parlerait ni de l'Egypte ni de la Syrie. Il fit cependant allusion
à la nécessité pour la France d'occuper la régence
de Tunis
le gouvernement britannique nous fit l'abandon de la Régence et
une lettre fut écrite dans ce sens par lord Salisbury à Waddington.
Il n'est donc pas exact de dire que la France n'ait rien rapporté
de Berlin.
Le traité de
Berlin maintenait les traités de 1856 pour celles de leurs clauses
non abrogées; c'était la garantie de l'intégrité
de la Porte. Mais, à l'inverse du traité de Paris,
c'était une oeuvre de partage et de compensation; il établit
l'équilibre de convoitise; mais il conduisit à de nouvelles
difficultés, en poussant à l'état aigu la rivalité
latente depuis un siècle entre l'Autriche et
la Russie .
Beaucoup de points
n'avaient pas été réglés par le traité
de Berlin, et l'antagonisme de la Russie
et de l'Autriche allait se marquer de plus en plus. En outre, il fallait
faire accepter le traité aux Orientaux; aussi son exécution
fut-elle hérissée de difficultés. Divers incidents
se produisirent relativement à la Bosnie
et à l'Herzégovine ,
à la Bulgarie ,
à la Roumanie ,
aux frontières du Montenegro
et de la Grèce .
L'article relatif à l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine
reçut le premier son exécution , mais pour cela il fallut
que l'Autriche conquît ces deux provinces; en septembre 1879 elle
poussa jusqu'à Novi-Bazar. La Serbie ,
enserrée au Nord et à l'Ouest par l'Autriche ,
se laissa entraîner par elle: le ministère Ristitsch, favorable
à la Russie, tomba du pouvoir pour laisser la place à un
ministère à tendances autrichiennes. Au contraire, ce fut
la Russie qui présida à l'organisation de la Bulgarie; on
lui donna une constitution libérale, puis Alexandre de Battenberg,
neveu de la tsarine, fut élu au printemps de 1879; ce choix fut
ratifié par l'Europe ,
et les Russes furent contents de leur succès.
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Les
Balkans après les traités de San Stefano et de Berlin
(mars-juillet 1878).
En Roumélie
orientale l'Europe avait nommé une commission internationale; on
fit une charte constitutionnelle, un statut organique, et les Russes évacuèrent;
mais la Porte n'occupa pas tout de suite les places des Balkans
afin de ne pas irriter les esprits. En Roumanie on avait stipulé
l'égalité des droits pour les juifs,
mais on ne naturalisa pas les juifs en bloc : ils purent simplement arriver
à la naturalité; on craignait que les juifs ne dépossédassent
les Roumains de leurs biens; les puissances reconnurent la Roumanie en
février 1880 ; un an plus tard, le prince Charles se faisait reconnaître
roi ; un an après, le prince de Serbie en faisait autant. La question
dés frontières du Monténégro se posa aussi
: les Albanais, musulmans pour la plupart, occupèrent avant les
Monténégrins les territoires autour de Dulcigno, que l'on
cédait à ces derniers : les puissances envoyèrent
des navires devant Dulcigno pour intimider la Porte, mais cette démonstration
resta sans effet et dégoûta l'Europe de faire deconcert dés
interventions coercitives. Dans la question hellénique, la Porte
triompha de l'Europe. La Grèce réclamait toute une partie
de la Thessalie
(Larissa )
et l'Epire
(Janina ).
L'Europe, dans un accès de philhellénisme, voulut donner
à la Grèce plus que le traité dé Berlin ne
lui accordait; mais la Porte se refusa à accepter ces conclusions
et les Grecs se préparèrent à entrer en campagne;
les puissances reculèrent alors et se décidèrent à
rester spectatrices. Enfin, en 1881, une conférence d'ambassadeurs,
réunie à Constantinople,
établit un tracé peu différent de celui que voulait
la Porte : la part était assez forte en Thessalie, mais en Epire
la Grèce n'avait pas Janina. La Grèce accepta et le débat
fut clos par deux actes : une convention du 24 mai 1881 entre la Porte
et les puissances, et une convention du 4 juillet entre la Porte et la
Grèce. La réunion des territoires eut lieu dans l'automne
de 1881; mais ce fut une déception pour la Grèce.
On s'occupa encore
au traité de Berlin de la question du Danube ,
de la question des chemins de fer orientaux : la Turquie
avait entrepris deux voies ferrées : le traité de Berlin
établit que les conventions seraient décidées entre
l'Autriche ,
la Porte, la Serbie ,
et la Bulgarie ;
le 9 mai 1883, une convention signée à Vienne
détermina le tracé des deux lignes de chemin de fer de Constantinople
à Philipopoli et à Salonique : ce sera un fait des plus importants
au point de vue économique que l'ouverture de ces deux lignes à
la circulation.
Le congrès
de Berlin modifia le système financier de la Turquie; il avait constitué
une commission pour aviser aux moyens de désintéresser les
créanciers de la Porte; mais la Turquie éluda cette surveillance
et eut un comité de délégués des créanciers
(1882).
Enfin, il y a une
série d'articles du traité de Berlin qui n'ont pas été
appliqués : les uns contiennent les obligations imposées
à la Porte ,
les autres conféraient à la Turquie certains avantages. L'Arménie
est divisée entre la Russie ,
la Perse
et la Turquie, et dans le traité de San Stefano les Russes avaient
fait insérer une clause demandant des réformés en
Arménie sous la garantie russe; le traité dé Berlin
y substitua la garantie européenne, et la convention du 4 juin au
sujet de Chypre ,
entre l'Angleterre
et le Sultan, y ajouta la garantie de l'Angleterre; cette puissance s'efforça
en 1879, en 1880, en 1883 et en 1885, mais toujours vainement, de faire
exécuter au Sultan les réformes demandées : la Porte
compromit de la sorte sa domination en Asie, car les Arméniens cherchent
à se rendre indépendants et préparent leur régénération
politique. La question des réformes se posa encore en Macédoine
d'une manière urgente, mais le pouvoir ottoman ne cherche
qu'à s'en faire un instrument d'oppression. En revanche, un certain
nombre de clauses favorables à la Porte sont restées inexécutées
: c'est ainsi qu'elle n'a pu occuper les Balkans en 1879; que le tribut
de la Bulgarie
n'a pas été versé; que les forteresses de cette province
sont restées debout; que la Bulgarie, la Serbie
et le Monténégro
n'ont pas, comme il était convenu, supporté leur part de
la dette turque : l'Europe
n'a pas osé pousser le traité de Berlin jusqu'au bout.
Si maintenant l'on
veut se rendre compté de la politique générale inaugurée
par le traité de Berlin, au sujet de la question
d'Orient, on voit qu'après 1878 deux éléments
modifient le groupement des puissances : l'alliance austro-allémande
et le changement du ministère anglais en 1882. L'Allemagne
se détachait de la Russie
pour se rapprocher de l'Autriche ;
la Russie fut irritée et déçue; l'éventualité
d'une guerre russo-allemande apparut à l'horizon; aussi le 7 octobre
1879 Bismarck signait-il avec l'Autriche un
traité (publié le 3 février 1888) : l'Autriche et
l'Allemagne s'engagent à s'assister en cas d'attaque de la Russie,
et si une autre puissance (la France )
attaque l'Allemagne, l'Autriche restera neutre, excepté si la Russie
vient au secours de la France. L'Allemagne s'assurait une grande alliance
continentale, celle de l'Autriche, par ce traité; mais en revanche,
elle devait favoriser l'évolution de cette puissance vers l'Orient;
ainsi après 1879, dans la lutte d'influence qui s'établit
entre l'Autriche et la Prusse
en Orient, les puissances germaniques soutiennent la Turquie .
Au printemps de 1880, Gladstone arriva au pouvoir après lord Beaconsfield;
sa politique s'inspirant de considérations d'humanité, il
devint le champion des nationalités chrétiennes : l'Angleterre
et la Russie se trouvent d'accord. Ces deux puissances cherchent à
interpréter le traité dé Berlin dans un sens large,
au profit des populations chrétiennes, tandis que l'Allemagne et
l'Autriche suivent une politique contraire. (Ph. B.). |
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