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On a longtemps considéré
que l'art
slave, et plus particulièrement l'art russe, n'était qu'une
suite et même une corruption de l'art
byzantin; on sait aujourd'hui, d'après des documents positifs
et les objets retrouvés dans les fouilles, qu'outre les éléments
byzantins, l'art russe est composé d'éléments empruntés
à l'Antiquité classique ,
à la Grèce, à l'Asie ,
à l'Inde, à la Perse
: l'influence touranienne et iranienne, spécialement cette dernière,
est très sensible dans l'art russe. L'originalité de celui-ci
consiste justement dans le mélange de tous ces éléments.
L'art des Steppes
et l'art des anciens Slaves.
La première période de l'art
russe est celle où les divers éléments qui l'ont constitué
commencent à se mélanger : depuis les produits de l'art des
Steppes (art surtout animalier des populations
nomades (turco-mongoles, scythes,
sarmates,
etc.) des steppes d'Asie centrale et de l'Europe orientale), jusqu'aux
productions variées des anciens
Slaves
qui jusqu'au IIe siècle subissent
l'influence de l'art étranger. C'est l'époque des kourganes
(tumuli) : car c'est presque exclusivement dans les tombeaux que l'on a
retrouvé les produits de l'art pendant toute cette période.
Les restes monumentaux de l'art slave le plus ancien sont répandus
dans la Sud de la Russie
dans un espace assez limité du Sud-Est du Caucase
jusqu'au Nord-Ouest, dans le voisinage de Tchernigov
et Kiev.
Les objets retrouvés en grand nombre dans les tombeaux comprennent
deux sortes principales : les uns témoignent d'une haute culture
artistique et sont en majorité d'origine grecque; les autres sont
l'oeuvre d'un art plus directement héritier de l'ancien art du pays,
tandis que les autres appartiennent à l'archéologie grecque,
mais présentent cet intérêt particulier qu'ils ont
pour objet la représentation des moeurs, de la vie, du costume,
de l'industrie de ces peuples barbares.
Les antiquités bosphoriennes ( Bosphore
cimmérien ),
retrouvées à partir de 1835 dans le voisinage de Kertch ,
sont très instructives à ce point de vue. On a retrouvé
dans la presqu'île de Taman, dans le plus grand des deux kourganes
désignés sous le nom de « jumeaux », lors des
fouilles de 1869, une sorte de diadème d'or, parure féminine
admirable, du plus beau style grec du IVe
siècle av. J. -C. : sur les minces plaques d'or qui le composent,
des figures sont représentées qui mettent en scène
un combat d'hommes contre des griffons. Le grand
kourgane de Tsehertomlizki, près de Nikopol, sur la rive droite
du Dniepr, comprenant un grand nombre de tombes, et consacré à
un prince barbare, contenait de même; au milieu de nombreux objets
d'un travail barbare, des pièces du travail grec le plus achevé.
On y a découvert des objets très nombreux donnant les renseignements
les plus directs sur la manière de vivre, le goût artistique
des anciens habitants de la Russie
: une des découverte les plus précieuses faites dans ces
tombeaux est celle d'un superbe vase d'argent
en forme d'amphore qui a servi sans doute à contenir le koumis
(petit lait de jument aigre et fermenté); cette belle pièce
est au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg
: ses ornements représentent une apothéose du cheval, et
figurent d'une manière très expressive l'admiration des anciens
artistes pour cet animal. On a trouvé
aussi pendant ces fouilles un grand nombre d'objets, tels qu'épées
aux poignées ciselées, poignards, harnais de chevaux, etc.,
qui témoignent en même temps de l'influence asiatique par
leurs formes orientales, spécialement persanes, et de l'influence
grecque.
La preuve de ces diverses sources de l'art
de cette époque est donnée surabondamment par les fouilles
opérées dans la vallée du Dniepr, dans les kourganes
d'Alexandropol, dans le district d'lékatérinoslav, à
60 verstes du Dniepr, de Heremesov, à 50 verstes au Sud-Est de Krasnokut,
entre Iékatérinoslav et Nikopol, et de Zimbalov, dans le
district de Melitopol, dans le voisinage de la mer d'Azov. La plus grande
partie des objets retrouvés dans les tombeaux princiers sont d'un
travail barbare brut, mais les ornements y représentent, à
côté de griffons stylisés d'influence persane, et près
dès représentations de l'arbre de vie et de la fleur du lotus,
des têtes de chevaux dont les corps contournés et serpentueux
s'entrelacent, ainsi que des corps d'hommes dont les jambes se terminent
en forme de serpents et d'animaux, premières
tentatives d'un art original. Quels que soient les peuples qui aient produit
et travaillé ces objets, il est certain que les Slaves
et les Russes se sont inspirés de
cet art et que, dans les objets trouvés dans les tombeaux de la
vallée du Dniepr; on peut relever les éléments primordiaux
de ce que sera plus tard l'art russe.
L'art russe jusqu'au
XVIIe siècle.
L'art russe proprement dit date des premières
manifestations d'existence de la Russie
dans la seconde moitié du IXe siècle;
lorsque la grande-duchesse Olga se fut fait baptiser à Constantinople
pour adopter le christianisme (955), ainsi
que son fils Vladimir
(988), l'art russe se manifesta par une série de grandes productions
nouvelles; ce sont des constructions imposantes, plus particulièrement
des églises, qui, tout en s'inspirant
des traditions de l'art byzantin et
des souvenirs du passé, montrent une originalité réelle
dans la répartition de ces différents éléments
et spécialement dans la disposition des ornements monumentaux.
L'architecture.
Le monument le plus ancien de cette période
(en partie conservé) est la cathédrale
de Sainte-Sophie que le grand-duc Iaroslav éleva en 1037 à
Kiev,
en mémoire de sa victoire sur les Petchenègues. Bâtie
probablement par des architectes byzantins sur le modèle de Sainte-Sophie
de Constantinople,
elle présente des mosaïques et
des fresques couvrant les murs de l'autel
et ses neuf absides; on ne peut, avec ce qui
en subsisté, déterminer nettement de nos jours à quel
art se rattachaient ses coupoles; la cathédrale actuelle qui a remplacé
la monument ancien, date du XVIIe siècle
et porte la marqué du style russe de cette époque; la plus
belle expression artistique de la cathédrale de Sainte-Sophie est
la mosaïque coossale de la mère de Dieu : le riche fond d'or
de là mosaïque, les formes allongées de l'image et du
vêtement; les bras et et les mains, la figure raide, mais pleine
d'expression et de sentiment, témoignent directement de l'influence
byzantine.
Au XIe siècle, d'autres grandes
constructions furent élevées à Kiev : le cloître
le plus ancien de la Russie ,
celui de Kiévo Pechtcherskaia Laura; le cloître
de Saint-Michel, etc.; mais tous ces édifices ont été
rebâtis et ne doutent plus dans leur forme actuelle aucuhé
idée de la tentative faite au XIe
siècle pour adapter l'art byzantin à un art russe personnel.
Les monuments de Novgorod
sont presque tous dans le même cas. En revanche, on trouve à
Vladimir
et dans les environs des églises de
la plus grande importance pour l'étude de l'adaptation dee l'art
byzantin à un style russe. Ces églises datent du XIIIe
siècle; elles ont été élevées pour la
plupart après que le grand-duc Andreas Bogolubski eût transféré
de Kiev à Vladimir le siège du gouvernement (1169); les métropolites
de Kiev se transportèrent peu après dans la nouvelle capitale.
En 1129, l'église de Saint-Georges fut construite à Vladimir
et, en 1160, l'église de la Transfiguration s'y éleva; mais
les constructions actuelles rappellent très peu le passé.
Au contraire, les édifices remarquables
pour l'étude de l'architecture
de cette époque sont celui de Pokrove (près de Bogoljubov),
élevé au milieu du XIIe siècle,
et la cathédrale de Saint-Démétrius
bâtie à Vladimir
à la fin du XIIe siècle.
Le plan fondamental est toujours emprunté à l'art
byzantin; mais ces églises, et
principalement la dernière nommée, se font remarquer par
une décoration originale et l'ornementation des murs extérieurs.
Chacune des quatre faces de la cathédrale de Saint-Démétrius
est partagée du haut en bas en trois parties par de fines colonnettes
qui se raccordent les unes aux autres au sommet par d'élégants
demi-cercles; à son tour, chacune des trois parties ainsi formées
par les colonnes est divisée en deux,
au milieu, par une corniche qui repose sur de minces petites colonnes arrêtées
à mi-hauteur et reliées entre elles par des arcs
pleins de goût; au milieu et en bas de la façade,
reposant sur, d'élégantes colonnes; s'ouvre la porte d'entrée,
flanquée à droite et à gauche d'étroites fenêtres;
dans la partie supérieure de chaque façade, les trois parties
formées par les colonnettes au-dessus de la corniche sont percées
de longues et étroites fenêtres. Un peu plus tard, l'ornementation
des murs extérieurs se compliqua de bas-reliefs
qui, couvrant tout le tour des fenêtres. dans la partie plane, formèrent
une décoration, originale et légère, de plantes, feuillages
et fleurs entrelacés, de figures d'humains et d'animaux
(lions, centaures, cerfs, oiseaux, griffons, etc.).
Si l'on rapproche cette ornementation des
objets travaillés d'une manière barbare retrouvés
dans les tombeaux du Sud de la Russie ;
on constate aussitôt la filiation directe qui les marque. Mais ce
style original russe est presque aussitôt étouffé par
les constructions élevées à Moscou
et formant une adaptation très spéciale de l'art
byzantin. Les plus anciens monuments de Moscou datent du XIVe
siècle, de l'époque où Moscou remplaça Vladimir
comme capitale (1328), par l'ordre du grand-duc Ivan
Danilovitch, et devint le siège d'un métropolite. Malheureusement,
il ne subsiste aujourd'hui que peu de traces de ces premières constructions.
D'une manière générale, c'est de cette époque
que date l'habitude d'entourer, dans les églises,
la coupole centrale de quatre plus petites coupoles représentant
les quatre évangélistes. La cathédrale
de Romanov-Borissogliebsk est un type magnifique du genre, bien que postérieure
(1652). Un peu plus tard, mais toujours au XIVe
siècle, on commença à donner aux coupoles une forme
bulbeuse et renflée, rappelant l'oignon, en même temps qu'elles
reposaient sur une fondation de forme cylindrique. Le style moscovite se
répandit à dater du XVe siècle
et envahit la plupart des villes russes, y compris Kiev
et Novgorod;
au milieu du XVIIe siècle, il devint
même le modèle de la Russie entière, après avoir
été en décroissance pendant le XVIe
siècle.
Les églises principales de Moscou
sont construites dans le style moscovite aux XIVe
et XVe siècles, en particulier celles
comprises dans l'enceinte du Kremlin
: l'église de la Dormition de la Vierge
(ou les empereurs de Russie
étaient couronnés), la cathédrale
de l'Archange Michel, etc. Au style moscovite vint s'appliquer l'influence
orientale qui permit à la fantaisie des architectes de s'exercer
librement on augmenta beaucoup le nombre des coupoles, on modifia et exagéra
leur forme légumineuse, on les flanqua de bâtiments annexes,
clochers
et vestibules, ornés et bâtis en forme de temples indiens.
Le plus parfait modèle de ces fantaisies architecturales est la
célèbre cathédrale de Saint Basile à Moscou
(Vassili Blajenoï) élevée sur l'ordre d'Ivan
IV le Terrible, au milieu du XVIe siècle,
en souvenir de la prise de Kazan
(1552) : elle présente un mélange étonnant des motifs
les plus divers de l'architecture
et de l'ornementation de l'Orient et de l'Occident (indiens, persans, byzantins,
romans); aucune des treize coupoles et tours ne ressemble aux autres; elles
s'élèvent dans leur architecture originale à côté
les unes des autres, sans se nuire et sans que cet édifice singulier
manque d'un grand aspect d'ensemble : cet édifice unique forme un
tout, malgré la variété et l'incohérence apparente
des éléments qui le composent.
On retrouve ce style bizarre dans l'église
grousienne de la Mère de Dieu, construite en 1628 à Moscou,
ainsi que dans la cathédrale Blagovjechtchenski
de Kazan .
La plupart des édifices russes de ces époques ont été
construits par des architectes étrangers, byzantins, italiens,
allemands;
mais on ne peut douter qu'il ait existé d'excellents architectes
russes dès les temps les plus reculés : la preuve en est
donnée par ce fait que l'envoyé de saint
Louis à la cour du khan des Mongols
au XIIIe siècle y trouva des architectes
que l'on avait fait venir de Russie ;
les chroniques nous apprennent aussi qu'un grand nombre de constructions,
en particulier celles de Vladimir ,
sont dues à des architectes indigènes.
Les
autres arts.
L'originalité de l'art russe et
son existence même sont attestées encore par d'innombrables
miniatures
et lettres ornées dans les manuscrits
du XIe et du XIIe
siècle. Enfin les vases sacrés, les croix, les calices, les
ostensoirs en témoignent de même. La peinture
seule manque totalement d'un caractère original dans les premiers
temps et pendant les temps périodes de l'art russe : elle est renfermée
dans la décoration des églises
et la reproduction des images des saints et garde la raideur byzantine;
cela tient à ce que les types traditionnels des saints étaient
devenus canoniques, et que'à partir du XVe
siècle la moindre modification dans les caractères a été
interdite. On peut d'ailleurs observer que les iconostases à trois
portes
devant l'autel, richement décorées
d'images de saints, présentent un développement
progressif du style original russe.
L'art russe sous
les Romanov.
Une nouvelle période de l'histoire
des arts
en Russie
commence à l'époque de l'élévation an trône
des Romanov (1613); la Russie entre en relations de plus en plus régulières
avec la civilisation de l'Europe
occidentale et devient un des grands Etats européens sous la domination
de Pierre le Grand à la fin du XVIIe
siècle. L'influence de l'Occident remplace dès lors celle
de l'art byzantin et asiatique et s'y
substitue presque complètement pendant une longue période.
L'architecture.
L'architecture manifeste cette modification
pendant deux siècles de la manière la plus frappante. C'est
ainsi que l'église de Saint-Nicolas
ou de la Grande-Croix, élevée en 1680 par Pierre ler
à Moscou,
allie d'une manière extravagante l'art de la Renaissance
et le goût extérieur du rococo aux cinq coupoles bulbeuses
de l'art moscovite qui surmontent sans aucune raison le toit plat de l'édifice
italien. Une autre construction de style rococo
est l'église vladimirienne de la Mère de Dieu édifiée
près de la porte de Nicolas, à Moscou. A la suite de l'établissement
de la capitale à Saint-Pétersbourg
(1703) au lieu de Moscou, l'architecture
se manifeste par une série de monuments innombrables élevés
dans la nouvelle ville et dont la suite s'étend jusqu'en 1858, date
de l'achèvement de la cathédrale
de Saint-Isaac. Pierre le Grand et ses successeurs,
Elisabeth,
Catherine
lI, Alexandre Ier
et Nicolas Ier
s'efforcent de faire de Saint-Pétersbourg une ville européenne
de style moderne : les traditions anciennes sont abandonnées pour
faire place au goût occidental. Tresani construit en 1713 le cloître
d'Alexandre Nevski; Starov élève l'église de la Trinité,
sous Catherine II, en 1790; la cathédrale de Saint-Pierre et Saint-Paul
est bâtie de 1714 à 1733 avec les élégantes
tours élancées de Schuravski; Tresin construit la cathédrale
de Preobrajenski (1742-1754); la cathédrale de Saint-André
est rebâtie en 1761; Woronichin élève de 1801 à
1811 la cathédrale de la Mère de Dieu de Kazan; enfin, la
grande et imposante cathédrale de Saint-Isaac est bâtie de
1818 à 1858 sur les plans de R. de Monferrand.
En dehors des églises,
d'innombrables monuments s'élèvent : l'Amirauté (1718,
sur les plans de Pierre le Grand), le Palais
impérial d'hiver (sur les plans du comte Rastrelli, de 1754 à
1764, brûlé en 1837 et rebâti identique), les palais
de Tsarkoé Sélo
et de Peterhof, le palais d'Antichkov, les palais des comtes Voronzov et
Stroganov (bâti sur les plans de Rastrelli). l'Académie des
beaux-arts (1764, due à Kokorin), le Vieil Ermitage (1765, dû
à Delamotte), le Palais de marbre (de Delamotte, élevé
de 1770 à 1883), le château
de Tauri (1783, de Starov, sur le modèle du Panthéon ),
la Bourse (de Thomon, 1804 à 1810), le palais Michel (1819-24, de
Rossi), le Nouvel Ermitage (de Klenze, 1840-1852). Ces différents
monuments suivent le goût de l'Europe occidentale et sont bâtis
selon le temps, les uns dans le style de la Renaissance ,
d'autres dans le goût baroque et rococo,
d'autres dans le style classique restauré. Après ce long
tribut payé à l'influence étrangère, on voit
reparaître une renaissance des traditions de l'art russe ancien;
c'est encore de Moscou
que vient la direction de ce mouvement d'art dans tous les ordres. Le tsar
Nicolas I était déjà revenu au goût national
dans les édifices de l'enceinte du Kremlin .
Mais la renaissance russe est marquée avec magnificence, surtout
dans l'église du Sauveur à Moscou, bâtie de 1839 à
1883 sur les plans de Thon et Resanov, ainsi que dans l'église du
Souvenir de Borki (1891-1894).
La
sculpture.
En dehors de l'architecture ,
l'influence occidentale s'est exercée très fortement pendant
le XVIIIe et le XIXe
siècle sur la sculpture
et la peinture
en Russie .
Étroitement en fermés. dans la représentation des
types conventionnels des saints, ces arts ne prennent une personnalité
et une expression que depuis deux siècles. Ce n'est qu'au XVIIIe
siècle que l'on commença à élever des statues
au souvenir des grands hommes russes : l'un des premiers monuments fut,
comme il était juste, consacré à Pierre
Ier, le
grand réformateur de la Russie; de son vivant, le comte Bartolomeo
Rastrelli, sculpteur, père de l'architecte, exécuta un Pierre
le Grand à cheval, qui fut, en 1847, coulé en bronze;
mais les successeurs de Pierre le Grand ne goûtèrent pas ce
groupe qu'ils trouvaient trop peu animé et ne le firent pas élever
sur une place publique. Catherine Il fit
exécuter par Falconet un Pierre le
Grand monté sur un cheval fougueux qui gravit un rocher; ce
groupe, en bronze, est placé au centre de la place de Pierre-le-Grand,
sur la Néva, à Saint-Pétersbourg.
Parmi les oeuvres les plus célèbres
de la sculpture russe, on peut citer le monument en bronze élevé
à la mémoire du prince Poyarski et du boucher Minine, sur
la place Rouge, à Moscou
(de Martoss, 1888, recteur de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg),
le monument de Lomonossov (de Martoss), celui
des généraux Barclay de Tolly
et Koutousov (1818-1836, d'après le
projet de B. Orlovski, placé devant la cathédrale
de Kazan à Saint-Pétersbourg), le buste colossal d'Alexandre
Ier (de
Orlovski), le monument commémoratif d'Alexandre ler
(1832, de Montferrand), avec une statue de l'Ange
de la paix, due à Orloski; la statue du fabuliste Krylov
(1855, du baron Clodt, dans le Jardin d'été de Saint-Pétersbourg);
une statue équestre de l'empereur Nicolas Ier(de
Clodt, 1859, sur la place de Sainte-Marie); le monument de Novgorod,
élevé en souvenir, de l'occupation millénaire de la
Russie
(1862), en forme de cloche géante portant des scènes de l'histoire
de Russie, dues à Mikiechin; le monument de Catherine
II, de Mikiechin elle est représentée entourée
de ses généraux et hommes d'Etat (1874);
le monument de Pouchkine à Moscou
(1830, de Objekuchin et Bogomolev); le monument de Bohdan-Chmelnizki,
à Kiev
(1873, de Mikiechin et autres sculpteurs). Les principaux sculpteurs russes
sont Popov, Antokolski (statue d'Ivan le Terrible
(1871, à Saint-Pétershourg), Tchichov, E. Lancera. Ils sont
caractérisé par un réalisme très accentué
qui leur est commun à tous.
La
peinture.
La peinture
russe s'est développée depuis le XVIIIe
siècle dans des directions diverses sous l'influence de l'Europe
occidentale; jusqu'à la moitié du XIVe
siècle, l'imitation de la peinture
italienne, des classiques français,
et l'exécution de la peinture strictement académique étaient
les trois voies principales tentées par les artistes russes. Mais
depuis un demi-siècle, l'art s'est créé une expression
nationale en Russie .
Au XVIIIe siècle et au début
du XIXe siècle, les principaux représentants
de la peinture religieuse et de la peinture d'histoire ont été
Losenko (mort en 1773), Antropov (mort en 1792), Akimov (mort en 1814),
Ugriumov (mort en 1823), Levizki (mort en 1822), lvanôv (mort en
1823), Moschov (mort en 1839). Les paysagistes
et peintres de marine les plus réputés
se nomment Sim, et Sil. Schtchedrin (le premier mort en 1804, le second
en 1830), Pritchetnikov (mort en 1809), F. Alekseiev (mort en 1824). La
peinture académique a été cultivée principalement
par Tropinin (mort en 1827), Warnek (mort en 1843), Lebediev (mort en 1837),
Worobiev (mort en 1855), K. Rabus (mort en 1857), Bruni (mort en 1875),
Markôv (mort en 1878), A. Beideinanu (mort en 1869) et Willewalde.
Le peintre chef de l'école romantique est K. Brullpv qui a fait
école et a eu de nombreux élèves. Les autres peintres
romantiques réputés sont Bronnikov, et divers paysagistes
et peintres de marine, tels que Aivasovski, Bogolnibov, L. Lagorio et A.
Mechtcherski. La peinture religieuse et populaire a pour représentant
A. Ivanov. Les principaux peintres réalistes, dans la peinture
de genre et d'histoire, sont
Fedotov, Makovski, Perov, Polenor, Weresschagin, etc.
Les
arts décoratifs et industriels.
La sculpture ornementale paraît
supérieure à la statuaire en Russie
: elle s'exerce abondamment dans la décoration des églises;
les innombrables chapelles, ouvertes aux
encoignures des rues en l'honneur d'un saint,
possèdent des icônes, des lampes de bronze
et d'argent; les iconostases des cathédrales
sont extrêmement riches; l'or, le vermeil,
l'argent, le lapis, le jaspe, la malachite, les émaux, y sont employés
à foison. Dans les églises de Saint, Isaac, et du Sauveur,
on en trouve d'admirables, véritables chefs-d'oeuvre d'originalité
et d'éclat. L'industrie du bronze et de l'orfèvrerie
religieuse est très florissante et occupe des ouvriers et des artistes
très nombreux à Moscou
et Saint-Pétersbourg.
Une manufacture impériale produisait des mosaïques
qui occupent une si grande place dans la décoration des églises.
Les arts industriels de la Russie ont été
très prospères et en grand progrès à partir
du début du XIXe siècle :
les étoffes de soie ne sont plus importées de Lyon;
et les ébénistes russes produisent de beaux meubles, non
seulement dans leur style national, mais dans les plus pures formes de
l'art français de Louis XV et Louis
XVI. L'orfèvrerie civile et
la bijouterie ont aussi bénéficié
de la renaissance nationale : le tsar Alexandre III a remis en honneur
les costumes nationaux féminins dans les bals
officiels et commandé des oeuvres d'art d'après les modèles
du style moscovite, et même d'après les merveilles retrouvées
dans les fouilles du Bosphore cimmérien .
L'imagerie religieuse, fabriquée surtout à Moscou
et Kazan ,
touche de très près à l'art. De nombreuses manufactures
fabriquent des icônes peints sur bois ou sur cuivre, ornés
de reliefs en cuivre, chrysocale, argent, vermeil et or. Les ouvriers sont
des moines et des paysans : chaque partie de l'icône, yeux, nez,
bouche, cheveux, mains, pieds, est exécutée par des spécialistes
qui font toujours la même besogne, d'après les types immuables
que les couvents moscovites ont recueillis du mont Athos .
(Ph.
B.). |
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