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Boris Godounov.
- Grand prince et tsar de Russie ,
né vers 1551, mort en 1605. Sa famille était d'origine tatare;
elle descendait d'un mourza appelé Tcheta qui fut baptisé
dans la première moitié du XIVe
siècle. Son père, Fédor Ivanovitch, eut aussi une
fille, Irène, qui épousa le tsar Fédor Alexieevitch.
Dès sa jeunesse, Boris fut attaché à la personne d'Ivan
IV, dit le Terrible; il l'accompagna dans ses expéditions;
il avait épousé la fille d'un de ses favoris, Maliouta Skouratov.
En 1580, Ivan maria son fils Fédor à la soeur de Boris qui,
à cette occasion, fut promu boïar. Le tsar, par son testament,
le nomma membre de la douma ou conseil chargé d'assister le jeune
Fédor (1584). Fédor lui donna les titres de grand écuyer
et de lieutenant des tsarats de Kazan
et d'Astrakhan
et lui assigna des revenus considérables. Il était tellement
riche qu'il pouvait, dit-on, entretenir une armée de cent mille
hommes. Il réussit à éliminer les autres boïars
de la douma (elle ne comptait que cinq membres) et resta seul à
la tête du gouvernement; les contemporains le considéraient
comme le seul chef de l'Etat; les princes étrangers lui écrivaient
comme au véritable souverain. Il se montra, d'ailleurs, digne de
la haute situation qu'il s'était faite; il soumit les Tcheremisses
et fonda des villes dans leur pays, acheva la conquête de la Sibérie
et la colonisa. C'est à lui que les villes de Tioumen ,
Tobolsk ,
Berezov ,
etc., doivent leur origine.
A l'intérieur, Boris Godounov maintint
la paix avec la Pologne
et, après une guerre contre la Suède ,
conclut avec ce pays un traité qui laissait à la Russie
la Carélie
et les places d'Ivan-Gorod, Iam et Kopora. Il prit sous la protection de
la Russie le roi de Grouzie (Géorgie ),
soutint en Crimée
le parti hostile aux Turcs et repoussa une
invasion du Khan Kazy Gireï. Pour détendre
la Russie méridionale contre les invasions des Tatares, il fortifia
Koursk et construisit une série de places fortes (Livny, Voronej ,
etc.). Il émancipa définitivement l'église
russe de la tutelle du patriarcat de Constantinople
en créant celui de Moscou
qui dura jusqu'au règne de Pierre le Grand.
Il rendit vers 1597 le fameux ukaze qui attachait les paysans à
la terre et qui institua le servage en Russie. Cet ukaze, dont on
n'a pas le texte original, avait surtout pour objet d'assurer le recrutement
de l'armée russe eu obligeant les classes rurales à ne plus
quitter leur pays d'origine pour aller coloniser la Sibérie
ou les contrées méridionales.
En 1598 mourut le tsar Fédor; il
ne laissait pas d'enfants. Boris Godounov fut élu tsar et accepta
la couronne non sans s'être fait longtemps prier. Il entretint de
bonnes relations avec les puissances étrangères et s'efforça
de rapprocher la Russie
de l'Occident. Il négocia le mariage de sa fille Xénie avec
le fils du roi du Danemark ,
mais ce prince mourut avant la cérémonie. II envoya en Europe
dix-huit jeunes gens pour étudier les arts et les sciences, mais
ils ne revinrent pas en Russie. Il rêva même de fonder à
Moscou
une université. Il construisit en Sibérie
plusieurs villes, notamment Tomsk. Moscou lui dut d'importants édifices
(le fameux clocher d'Ivan
le Grand). Boris Godounov fut, en somme, un esprit éclairé,
libéral; à bien des points de vue, c'est un précurseur
de Pierre le Grand. Il se montra malheureusement
trop accessible aux dénonciations et souilla la fin de son règne
par des actes de cruauté. On l'accusait, non sans raison, d'avoir
fait tuer à Ouglitch, en 1591, le jeune Dimitri, fils d'Ivan
le Terrible, qui aurait fermé à l'ambition de Boris l'accès
du trône moscovite.
Au moment où il mourut, ses Etats
venaient d'être envahis par le faux Dimitri, qui devait bientôt
lui succéder après avoir fait massacrer la femme et le fils
de Godounov. Il fut enterré au célèbre monastère
de la Trinité. Il laissait un fils, Fédor, qui ne régna
qu'un instant, et une fille Xénie, qui eut de tragiques destinées.
Ce fut un esprit politique, mais un misérable caractère.
Il ne recula de vant rien pour acquérir le pouvoir ou pour la conserver.
Il s'efforça pendant tout son règne de réduire la
classe des boïars, Il rendit de grands services à la Russie
par la façon dont il organisa la colonisation des provinces du sud.
Il introduisit à sa cour les moeurs de l'Occident et comprit tout
le profit que la Russie pouvait tirer des étrangers.
(L. Léger). |
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