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La
Russie ou sous la suzeraineté de la Horde d'Or.
La Russie
a été envahie par les Mongols,
héritiers de Gengis Khan .
A la mort de celui-ci, son vaste empire, avait été partagé
entres quatre fils. A Toutchi (Djoudji) revint
la partie la plus occidentale, le Kaptchak (ou Kiptchak), appelé
aussi Horde d'or ou Grande-Horde .
Batou,
fils de Touchi, lui succéda en 1227,
établit sa résidence Seraï (Saraï), dans une île
de l'Akhitouba, branche de la Volga, et, à la tête d'une nombreuse
armée, porta le ravage et la terreur en Hongrie ,
en Pologne ,
en Silésie
et en Moravie .,
mais ne put s'y installer. En revanche, quand il mourut en 1254,
il avait affermit sa puissance sur toute la Russie. Ses descendants régnèrent
pendant près de deux siècles sur l'empire qu'il avait fondé,
avant de se partager, vers le milieu du XVe
siècle, en cinq khanats particuliers, et passer, par
des conquêtes successives, sous la domination russe.
Cette invasion mongole,
identique dans ses causes et son développement aux grandes invasions
qui l'avaient précédée n'a ni fait disparaître
les populations vaincues, ni déterminé leur déplacement
en masse. Décimés, les Russes
vaincus sont restés dans l'Europe orientale - le temps était
passé où l'on pouvait émigrer vers l'Occident ou le
Sud - mais en s'y groupant dans de nouveaux Etats,
et dans les régions qui, par leur éloignement ou leurs difficultés
d'accès, échappaient, jusqu'à un certain point, aux
prises des Mongols.
Au Sud, les principautés de Kiev,
de Tchernigov
disparaissent. La population en a reflué vers l'Ouest ou le Nord,
et là, désorganisée politiquement par l'extermination
à peu près complète de ses chefs, elle est tombée
sous la protection des Etats voisins, de la Pologne ,
qui s'assujettit la plus grande part de la Russie-Rouge, de la Lituanie ,
qui prend Kiev et peu à peu s'annexera la Russie-Blanche (Mohilev,
Vitepsk ,
Smolensk ).
Lors de la réunion de la Pologne et de la Lituanie, toutes ces parties
de la Russie primitive - encore russes par leur religion, car elles sont
orthodoxes grecques, tandis que Polonais et Lituaniens sont
catholiques,
Russes également par leur langue, par les débris de leurs
familles princières, presque toutes issues de Rurik
- ces parties de la Russie primitive, disons-nous, seront entraînées
dans un courant de civilisation et de politique hostile au reste du monde
russe, et il en résultera le conflit séculaire des Polonais
et des Russes, et finalement le partage de la Pologne.
Au Nord, les principautés russes,
moins atteintes par l'invasion mongole,
conservèrent une sorte d'indépendance précaire. Pskov
et Novgorod,
les plus importantes de ces principautés, payaient tribut aux khans
mongols. D'autre part, elles avaient à lutter contre leurs voisins
de l'Est, Suédois venus par le golfe
de Finlande et la Néva; Chevaliers
Teutoniques, qui, maîtres déjà de l'Estonie ,
de la Livonie
et de la Courlande ,
essayaient de s'agrandir dans l'intérieur. La lutte était
d'autant plus difficile que Pskov et Novgorod, tout en ayant des princes
héréditaires ou à peu près, se gouvernaient
elles-mêmes; les citoyens, réunis au son de la cloche du beffroi,
décidaient souverainement de leurs affaires, choisissaient ou déposaient
eux-mêmes leurs princes, et cette liberté tumultueuse - comme
au temps de l'appel des Varègues - mit plus d'une fois leur indépendance
en péril. Néanmoins, le XIIIe
siècle est l'âge d'or des deux républiques,
de Novgorod surtout.
Un des princes de Novgorod, Alexandre,
maintient haut le flambeau de la Russie,
dans cette période si sombre de l'histoire nationale. Fidèle
vassal des Mongols, il tourne ses armes
vers le Nord-Ouest; en 1247, il écrase
les Suédois sur les bords de la Néva; en 1242,
les Teutoniques sur les bords du lac Ilmen, et ces victoires lui vaudront
de devenir, sous le nom de saint Alexandre Nevski, un des héros
légendaires et des patrons de la Russie.
Pourtant Alexandre Nevski n'osa pas engager la lutte contre les plus redoutables
de ses ennemis; devant les khans des Mongols, il se fit petit, en obtint
le titre de grand prince de Vladimir
(1152-1163),
leur paya tribut pour les principautés qu'il possédait dans
la Russie du Volga et pour Novgorod elle-même.
Cette politique de prudence eut du moins
pour résultat de favoriser le développement de Novgorod
: tranquille du côté du Sud et de l'Est, elle peut essaimer
ses colonies, le long de tous les fleuves du Nord, jusqu'à la mer
Blanche, jusqu'à l'Oural que les marchands et les trappeurs novgorodiens
atteignirent dès le XIVe
siècle.
Cette expansion commerciale et colonisatrice enrichit la métropole,
devenue ville associée de la Hanse
et grand marché des fourrures du Nord; elle lui procura la force
nécessaire pour résister à la pression des Occidentaux,
Teutoniques
ou Suédois; elle assura aux populations
russes les vastes régions du Nord qui jusqu'alors n'avaient été
parcourues que par les tribus finnoises
ou lapones.
Il restait une troisième Russie,
celle de la Volga, la future Grande-Russie. Moins éloignée
des Tatars (Mongols) que le pays des Novgorodiens,
elle avait eu à souffrir de leur invasion; mais, d'autre part, protégée
dans une certaine mesure par ses profondes forêts ,
elle avait conservé, beaucoup mieux que la Russie kiévienne,
sa population et son organisation politique. Après comme avant l'invasion,
les principautés de Smolensk ,
de Moscou,
de Vladimir ,
de Tver ,
de Rjazan ,
etc., continuèrent à se partager le sol, sous la suzeraineté
du grand khan de la Horde d'or
ou du Kiptchak qui, de sa résidence de Saraï, sur la basse
Volga, donnait l'investiture à leurs princes, intervenait dans leurs
querelles, percevait leur tribut sans toucher, du reste, ni à leurs
institutions, ni à leur religion. Pour les khans,
les principautés russes étaient simplement des fermes dont
ils devaient retirer un fermage déterminé, et recevoir, en
certaines occasions, un contingent d'auxiliaires.
La
Tatarchtchina.
Ce régime - la Tatarchtchina
- a duré cent cinquante ans, et a eu sur le développement
de la civilisation russe une influence réelle, bien que difficile
à déterminer. Il en est du temps des Mongols
comme du temps des Varègues; les historiens russes ont beaucoup
discuté sur les changements que les vainqueurs ont fait subir aux
vaincus. Pour Karamzine et Kostomarov, leur
influence fut considérable; pour Soloviov, elle est à peine
plus grande que celle des Petchenègues et des Polovtzy; Bestoujev-Rioumine
estime qu'elle s'est fait sentir surtout dans l'organisation militaire
et financière des pays russes, et cette opinion paraît la
plus probable. Il est certain, en effet, que c'est la domination tatare
qui a établi en Russie l'impôt
par tête ou capitation; que les armées russes prirent, au
XIIIe
et au XIVe siècle,
sur le modèle de leurs vainqueurs, un caractère nouveau.
Jadis les gardes d'un Vladimir ou d'un Iaroslav
devaient singulièrement ressembler - à en juger par les fresques
retrouvées dans la cathédrale
de Kiev
- aux Normands de la tapisserie de Bayeux ,
aux chevaliers des Croisades .
Maintenant avec leurs longs caftans, leurs bonnets ornés d'aigrettes,
leurs sabres recourbés, les princes russes seront la copie des sultans
et des beys d'Orient.
Mais l'influence mongole ne paraît
pas s'être fait sentir seulement dans dès détails de
costume ou d'administration. Elle est allée plus profondément.
Elle a modifié la nature du pouvoir des princes. Jadis ils ne gouvernaient
despotiquement ni leurs guerriers, ni le peuple de leurs villes : les droujinas
formaient une féodalité souvent
indocile; le peuple, dans ses assemblées, était turbulent,
comme nous l'avons vu à Novgorod
du temps d'Alexandre Nevski. Or, au XIIIe
siècle, dans les principautés de la Russie
centrale, les princes, investis par les khans, chargés de recueillir
l'impôt pour eux, appuyés par leurs armées, prennent
une autorité que leurs prédécesseurs n'avaient pas
eue. La Tatarchtchina crée ou tout au moins développe
ce qui s'est appelé plus tard le despotisme
moscovite. Du reste, on peut dire, d'une façon générale,
que la Russie est trop près de l'Asie
pour ne pas avoir subi l'influence de ses formes de gouvernement et de
ses moeurs. Même la partie de l'Europe ,
dont lui étaient venues la civilisation et la religion chrétienne,
l'empire byzantin, avait subi cette influence au point de devenir une espèce
de monarchie orientale. L'invasion mongole et la Tatarchtchina n'ont
été qu'un épisode dans le développement de
ces influences asiatiques.
Il faut tenir compte aussi, pour apprécier
le développement particulier que va prendre l'histoire
de Russie pendant la période moscovite, de ce fait que la population
russe ne nous y apparaît pas identique à ce qu'elle était
dans la période précédente. Les Russes de Iaroslav
étaient des Slaves légèrement
mâtinés de Germains; peut-être
aussi les guerres continuelles, les enlèvements de captives, les
mariages, les conversions au christianisme,
leur avaient-ils déjà apporté des éléments
pris aux nomades de la steppe. Aux XIIIe,
XIVe
et XVe siècles,
les Russes de la Russie nouvelle, séparés de l'Europe, ne
se renforcent plus guère que d'éléments mongols; beaucoup
de beys et de mourzas de la steppe, avec leurs bandes de pillards, entreront
au service des princes russes et se convertiront; encore à la fin
de l'époque impériale, nombre de familles de la noblesse
russe se vantaient de leur origine mongole (les Tourgueniev, par exemple).
Fait plus important, dans toute la Russie de la Volga, les premiers colons
slaves y ont trouvé des Finnois,
Mériens, Mordves ou Tchérémisses qui n'ont pas été
détruits, mais convertis et slavisés, non sans laisser leur
empreinte sur le peuple issu du mélange.
Voici pour la période de la division,
avant et pendant la domination mongole, la liste des grands princes à
partir de Vladimir II Monomaque, jusqu'au
moment où les Moscovites prirent le dessus et commencèrent
la reconstitution de l'unité russe
Mstislav
Ier Vladimirovitch 1125-1132
Iaropolk
Vladimirovitch 1132-1139
Vsevalod
Il Olgoviteh 1139-1146
Isiaslav
Mstislavitch 1146-1154
Viatcheslav
Vladimirovitch et Rostilav Mstislavitch 1154-1155
Isiaslav
III Davidovitch 1155
Youri
Ier Vladimirovitch Dolgorouki 1155-1159
Rostislav
Mstislavitch 1159-1167
Msitslav
II Isiaslavitch 1167-1169
Gleb
Iouriévitch 1169-1171
Anarchie
consécutive à la déchéance de Kiev. 1171-1194
Rurick
Rostilavitch 1195-1202
Vsevolod
III louriévitch 1202-1213
Youri
Il Vsevolodovitch 1213-1216
Constantin
Ier Vsevolodovitch 1216-1219
Youri
III Vsevolodovitch 1219-1238
Iaroslav
II Vsevolodovitch 1238-1247
Sviatoslav
Il Vsevolodovitch 1247-1249
André
Ier Iaroslavitch 1250-1252
Alexandre
Nevski 1252-1263
Iaroslav
III laroslavitch 1264-1271
Vassili
I Vladimirski 1271-1276
Dimitri
Ier Alexandrovitch 1276-1294
Michel
Iaroslavitch 1304-1319
Youri
IV Danilovitch 1319-1325
Alexandre
Michaïlovitch 1327-1328
D'ailleurs, à partir de 1240,
les vrais souverains sont les khans mongols.
Les princes slaves dont nous donnons les noms sont leurs humbles vassaux.
Iaroslav II Vsevolodovitch avait, par sa prompte soumission au vainqueur
mongol, obtenu de Batou l'investiture; sa famille, celle des Dolgorouki,
princes de Souzdalie, grâce à sa servilité vis-a-vis
des conquérants, réussit à acquérir une primauté
durable sur les autres princes russes et à conserver durablement
le titre de grand-prince attaché à la possession de Vladimir
depuis la déchéance de Kiev.
Un frère de Iaroslav lui succède, puis quatre de ses fils,
dont le plus illustre est Alexandre Nevski
(1252-1263); d'atroces querelles de
famille les divisent;, ils s'entre-égorgent, se dénoncent
au khan qui en fait supplicier plusieurs, Michel en 1319,
son fils aîné Dimitri, puis son second fils Alexandre, prince
de Tver .
La faveur des Mongols consolide sur le trône d'autres petits-fils
d'Alexandre Nevski, les princes de Moscou,
Georges (1319-1325),
puis son frère, Ivan Kalita (1328-1340).
C'est le commencement d'une ère nouvelle, celle de la Moscovie.
Formation politique
de la Moscovie.
A la fin du XIIIe
siècle, la Russie de l'Est
est donc partagée en une dizaine de principautés; de force
à peu près, équivalente le titre de grand-prince,
lié à la possession de la ville de Vladimir
et réservé par l'usage à l'aîné des familles
princières (toutes issues de Rurik), confère
à son détenteur une vague suprématie. Entre les princes,
les querelles saut continuelles, au grand profit des Mongols.
Pour mettre fin à leur domination, il fallait que l'unité
nationale fut rétablie, que la terre russe fût réunie.
Ça a été l'oeuvre des princes de Moscou.
Il est question pour la première
fois de Moscou
en 1147. C'est à cette date
que le grand prince de Souzdalie, Georges Dolgorouki,
aurait bâti une ville, c.-à-d. un enclos fortifié,
sur la colline où s'élève aujourd'hui le Kremlin .
En 1237, cette ville fut brûlée
par les Mongols. Son fondateur fut, en réalité, un fils cadet
d'Alexandre Nevski, Daniel, qui l'avait
reçue en apanage, et sut agrandir son domaine par des héritages
et des conquêtes. Son fils, Georges (Youri IV) Danilovitch et tous
ses successeurs continuèrent à s'agrandir aux dépens
de Rjazan ,
au Sud, de Tver
au Nord, grâce à l'appui des Mongols,
qu'ils avaient habitués à les considérer comme les
plus fermes soutiens de leur domination; c'est avec une armée mongole
que Georges Danilovitch s'empara une première fois de Vladimir
et du titre de grand-prince qui, dès lors, reste à peu près
fixé dans sa maison. Après une courte interruption, il lui
revient avec Ivan Danilovitch Kalita (1328-1340).
Il paie scrupuleusement le tribut au khan du Kiptchak ,
s'agrandit avec son aveu, embellit Moscou et lui donne l'aspect d'une vraie
capitale, si bien que le métropolite y vient résider. Le
khan
octroie la succession de ce fidèle serviteur à son fils Siméon
le Superbe (1340-1353),
qui meurt de la peste noire ,
puis au frère de celui-ci, Ivan Il (1353-1359),
et même, après le court gouvernement de Dimitri
III Constantinavitch (1359-1362),
au fils mineur d'Ivan, Dimitri IV Ivanavitch
(1362-1389).
Celui-ci se rend redoutable par ses propres forces; il écrase le
prince de Tver malgré l'alliance polonaise et soumet le prince de
Rjazan. A ce moment, la dynastie des khans de la Horde, issue de Batou,
s'est éteinte (1359). En vingt-six
années se succèdent dix-huit khans; le Kiptchak s'émiette
entre les deux khanats de Seraï et du Don, d'autres se rendent indépendants
; les peuples subjugués, Mordves, Bulgares, s'affranchissent.
Le grand-prince de Moscou
se décide à tenter l'aventure. Il groupe autour de son étendard
tous les princes russes, excepté Oleg de Rjazan, et livre dans la
plaine de Koulikovro, sur le Don supérieur, une sanglante bataille
à Manaï, l'administrateur du khanat de Seraï, les Russes
sortent vainqueurs de ce premier choc entre les protégés
devenus puissants et leurs protecteurs de la veille, et cette victoire,
qui vaudra au grand-prince le nom de Dmitri Donskoï,
est pour la Russie à peu près
l'équivalent de las Navas de Tolosa
pour l'Espagne .
Elle ne marque pas l'affranchissement définitif, car presque aussitôt
les Mongols du Kiptchak
se groupent autour de la famille d'Orda; Toktamich défait à
son tour Mamaï, qui meurt à Kaffa
et refait l'unité, avec l'appui de Timour.
Il vient demander le tribut à la tête d'une armée formidable
et Dimitri obéit; la Moscovie n'en est pas moins ravagée
par le fer et le feu (1382). La victoire
du Don demeure donc sans lendemain, mais elle vaut aux princes de Moscou
le prestige moral que leurs débuts n'étaient guère
faits pour leur donner. Les Russes reprennent confiance; le prestige mongol
est atteint. Les princes Iocaux s'inclinent devant la prééminence
moscovite; Dimitri Donskoï l'impose par la force à Novgorod
qui doit lui payer tribut. Enfin il établit un ordre de succession
régulier par ordre de primogéniture; il décide son
cousin Vladimir, le héros de Koulikovo, qui, à titre d'aîné
de la famille, avait le plus de titres à la succession, selon l'usage
asiatique, à y renoncer au profit de Vassili
Dimitriévitch (1389-1425).
Celui-ci assiste à l'effondrement du Kiptchak sous les coups de
Timour (Tamerlan); les Russes eurent d'abord à en souffrir, car
les bandes turques ravagèrent effroyablement le pays, et non seulement
les cités mongoles, mais Kazan ,
Nijni-Novgorod
et les rives de l'Oka. Toutefois, le mal ne fut que passager, tandis que
la puissance de leurs suzerains du Kiptchak fut définitivement brisée.
Les grands princes de Moscou
en hériteront. A la fin du XIVe
siècle, leur suprématie sur le centre de la Russie
n'est plus contestée. Vassili a réussi à éviter
un choc dangereux avec les Lituaniens
en leur abandonnant Smolensk .
Il a réalisé quelques progrès : adoption du calendrier
Julien, des noms de famille, de la monnaie métallique; il a
fortifié méthodiquement les principales places, propagé
l'usage de la poudre de guerre. Une tentative d'union avec l'Eglise romaine
fut repoussée par le peuple, et le patriarche Isidore, qui s'en
était rendu coupable, fut déposé. A la mort de Vassili
II Vassiliévitch l'Aveugle (1425-1462),
il y avait encore quatre principautes distinctes de la grande principauté
de Moscou : celles de Tver ,
Rjazan ,
Novgorod
et Pskov ;
mais toutes étaient vassales, payaient tribut et fournissaient des
contingents. Le khanat mongol du Kiptchak
était décomposé; en Crimée ,
à Kazan ,
il s'est élevé des khanats rivaux qui s'allient volontiers
aux Russes contre leurs suzerains nominaux de Séraï. Tout est
préparé; le règne d'Ivan III
le Grand, le Rassembleur de la terre russe (1469-1503),
marque enfin l'épanouissement complet de la puissance moscovite
et la fin de la Tatarchtchina.
Ivan
III.
La première oeuvre d'Ivan III fut
l'assujettissement de Novgorod.
Ses prédécesseurs y avaient porté le titre de princes
sans y avoir l'ombre de pouvoir; en 1471,
Ivan y entre après avoir battu l'armée novgorodienne. En
1478,
à la suite d'une révolte cruellement comprimée, il
supprime le beffroi, l'assemblée populaire, transporte à
Moscou
les chefs des principales familles. En 1495,
enfin, il détruisit le commerce de Novgorod en faisant piller les
magasins qu'y possédait la ville hanséatique .
Entre temps, il avait réuni à la Moscovie les immenses possessions
des Novgorodiens dans la Russie du Nord, et, en 1499,
ses voiévodes (généraux) franchirent l'Oural et envahirent
la Sibérie .
Dans la Russie centrale, il enleva à ses frères leurs apanages
et conquit sans coup férir la principauté de Tver en 1482.
Des grandes principautés jadis rivales de Moscou, il ne restait
que Rjazan, déchue et vassale, et destinée à être
annexée par le successeur d'Ivan.
Au cours de ces siècles de combats
et de razzias, il s'était constitué au Sud de la Moscovie
et à l'Est de la Pologne
de véritables marches militaires; dans la steppe se forma la population
semi-nomade et guerrière des Cosaques, de moeurs analogues à
celles des Mongols : Cosaques du Dniepr
dans l'Oukraïne (Ukraine) et sur les rapides du fleuve (Zaporogues),
Cosaques du Don, puis Cosaques de la Volga, de l'Oural, d'Orenbourg . Derrière
ces Confins militaires, les agriculteurs du Nord et de l'Est furent relativement
à l'abri, n'ayant plus à redouter que les grandes expéditions,
que la disparition de l'empire mongol et l'émiettement de leur Horde
rendirent de plus en plus rares et inefficaces. En effet, pendant que la
Russie s'unifiait, les Mongols s'usaient en guerres intestines. Dans la
seconde moitié du XVe
siècle, leur empire s'était démembré,
et la « grande Horde », maîtresse de la basse Volga,
restait seule en face des Moscovites.
En 1476,
son khan, Ahmed, envoya des ambassadeurs à Moscou
pour réclamer le tribut : la légende veut qu'Ivan
les ait fait périr. Quoi qu'il en soit, la guerre éclata,
et, en 1480, le grand-prince, avec
une armée de 150 000 hommes et une puissante artillerie, dirigée
par des officiers venus d'Occident, rencontra l'armée d'Ahmed sur
les bords de l'Oka. Pendant quinze jours on s'observa, puis, de part et
d'autre, on battit en retraite précipitamment. C'est de cette façon
peu glorieuse qu'aurait fini la Tatarchtchina. Dans sa retraite,
l'armée du khan se dispersa; en son absence, ses ennemis avaient
détruit sa capitale; surpris par eux à son retour, il fut
tué à l'embouchure du Don, Les derniers chefs du Kiptchak,
refoulés vers le Caucase
par le khan de Crimée ,
disparurent obscurément. L'empire de la basse Volga finit ainsi,
laissant la place libre aux Moscovites. Le grand-duc de Moscou
fut plus spectateur qu'auteur de cette révolution historique. En
réalité, la puissance des Mongols
s'était écroulée d'elle-même. Divisés,
ils ne disposaient plus des masses énormes de cavalerie qui avaient
submergé la Russie kiévienne : les armées, les forteresses
moscovites, grâce en grande partie aux armes nouvelles importées
d'Occident, étaient à peu près inattaquables par eux.
Ils ne pouvaient plus que dévaster le plat pays dans de rapides
incursions, mais sans l'assujettir.
Maître chez lui, débarrassé
des Mongols, Ivan
pouvait avoir une politique étrangère. Deux Etats étaient
dangereux pour la Russie de ce temps; l'un, à l'Est, le royaume
musulman
des Tataro-Bulgares de Kazan ;
l'autre, à l'Ouest, la Lituanie .
En 1487, les Bulgares furent vaincus
et Kazan prise; mais, hors d'état de la garder, Ivan se contenta
d'y introniser une de ses créatures. Contre la Lituanie, la lutte
fut plus difficile, d'autant plus que la rivalité politique s'y
compliquait d'une guerre religieuse. Les Lituaniens devenus catholiques
sous l'influence des Polonais, et les Polonais
eux-mêmes, se considéraient comme investis de la mission de
propager le « vrai » christianisme
parmi les « schismatiques » de Russie.
Ceux-ci, de leur côté, luttaient pour leur foi, pour leur
nationalité aussi, Ils ne pouvaient oublier que la Lituanie s'était
agrandie à Kiev,
à Mohilev, à Smolensk ,
à Vitebsk ,
aux dépens des principautés russes. Entre les Russes redevenus
libres de leurs mouvements, et les Lituaniens, la paix ne pouvait jamais
être qu'une trêve, jusqu'à complet assujettissement
des uns ou des autres.
Nous ne suivrons pas la lutte dans tous
ses épisodes. Notons seulement que peu à peu toute l'Europe
orientale y est entraînée. Tandis que les Moscovites envahissaient
la Lituanie
et s'y laissaient arrêter par les fortes places de Smolensk
et de Vitebsk ,
les Porte-Glaives,
à l'instigation des Polonais, entraient dans le pays de Pskov ,
les Mongols de la grande Horde
dans les provinces du Sud et de l'Est. Par contre, Ivan
avait pour alliés les Tatars de Crimée
qui écrasèrent la grande Horde et ravagèrent les anciens
pays russes devenus, sur le Dniepr, des possessions lituaniennes. En 1503,
le traité de la Soja laissa à Ivan les villes et territoires
russes qui, en Lituanie, s'étaient plus ou moins volontairement
donnés à lui. (Haumant). |
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