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L'histoire de la Russie
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La Russie ou sous la suzeraineté de  la Horde d'Or. 
La Russie a été envahie par les Mongols, héritiers de Gengis Khan. A la mort de celui-ci, son vaste empire, avait été partagé entres quatre fils. A Toutchi (Djoudji) revint la partie la plus occidentale, le Kaptchak (ou Kiptchak), appelé aussi Horde d'or ou Grande-Horde. Batou, fils de Touchi, lui succéda en 1227, établit sa résidence Seraï (Saraï), dans une île de l'Akhitouba, branche de la Volga, et, à la tête d'une nombreuse armée, porta le ravage et la terreur en Hongrie, en Pologne, en Silésie et en Moravie., mais ne put s'y installer. En revanche, quand il mourut en 1254, il avait affermit sa puissance sur toute la Russie. Ses descendants régnèrent pendant près de deux siècles sur l'empire qu'il avait fondé, avant de se partager, vers le milieu du XVe siècle, en cinq khanats particuliers, et passer, par des conquêtes successives, sous la domination russe.

Cette invasion mongole, identique dans ses causes et son développement aux grandes invasions qui l'avaient précédée n'a ni fait disparaître les populations vaincues, ni déterminé leur déplacement en masse. Décimés, les Russes vaincus sont restés dans l'Europe orientale - le temps était passé où l'on pouvait émigrer vers l'Occident ou le Sud - mais en s'y groupant dans de nouveaux Etats, et dans les régions qui, par leur éloignement ou leurs difficultés d'accès, échappaient, jusqu'à un certain point, aux prises des Mongols.

Au Sud, les principautés de Kiev, de Tchernigov disparaissent. La population en a reflué vers l'Ouest ou le Nord, et là, désorganisée politiquement par l'extermination à peu près complète de ses chefs, elle est tombée sous la protection des Etats voisins, de la Pologne, qui s'assujettit la plus grande part de la Russie-Rouge, de la Lituanie, qui prend Kiev et peu à peu s'annexera la Russie-Blanche (Mohilev, Vitepsk, Smolensk). Lors de la réunion de la Pologne et de la Lituanie, toutes ces parties de la Russie primitive - encore russes par leur religion, car elles sont orthodoxes grecques, tandis que Polonais et Lituaniens sont catholiques, Russes également par leur langue, par les débris de leurs familles princières, presque toutes issues de Rurik - ces parties de la Russie primitive, disons-nous, seront entraînées dans un courant de civilisation et de politique hostile au reste du monde russe, et il en résultera le conflit séculaire des Polonais et des Russes, et finalement le partage de la Pologne.

Au Nord, les principautés russes, moins atteintes par l'invasion mongole, conservèrent une sorte d'indépendance précaire. Pskov et Novgorod, les plus importantes de ces principautés, payaient tribut aux khans mongols. D'autre part, elles avaient à lutter contre leurs voisins de l'Est, Suédois venus par le golfe de Finlande et la Néva; Chevaliers Teutoniques, qui, maîtres déjà de l'Estonie, de la Livonie et de la Courlande, essayaient de s'agrandir dans l'intérieur. La lutte était d'autant plus difficile que Pskov et Novgorod, tout en ayant des princes héréditaires ou à peu près, se gouvernaient elles-mêmes; les citoyens, réunis au son de la cloche du beffroi, décidaient souverainement de leurs affaires, choisissaient ou déposaient eux-mêmes leurs princes, et cette liberté tumultueuse - comme au temps de l'appel des Varègues - mit plus d'une fois leur indépendance en péril. Néanmoins, le XIIIe siècle est l'âge d'or des deux républiques, de Novgorod surtout. 

Un des princes de Novgorod, Alexandre, maintient haut le flambeau de la Russie, dans cette période si sombre de l'histoire nationale. Fidèle vassal des Mongols, il tourne ses armes vers le Nord-Ouest; en 1247, il écrase les Suédois sur les bords de la Néva; en 1242, les Teutoniques sur les bords du lac Ilmen, et ces victoires lui vaudront de devenir, sous le nom de saint Alexandre Nevski, un des héros légendaires et des patrons de la Russie. Pourtant Alexandre Nevski n'osa pas engager la lutte contre les plus redoutables de ses ennemis; devant les khans des Mongols, il se fit petit, en obtint le titre de grand prince de Vladimir (1152-1163), leur paya tribut pour les principautés qu'il possédait dans la Russie du Volga et pour Novgorod elle-même. 

Cette politique de prudence eut du moins pour résultat de favoriser le développement de Novgorod : tranquille du côté du Sud et de l'Est, elle peut essaimer ses colonies, le long de tous les fleuves du Nord, jusqu'à la mer Blanche, jusqu'à l'Oural que les marchands et les trappeurs novgorodiens atteignirent dès le XIVe siècle. Cette expansion commerciale et colonisatrice enrichit la métropole, devenue ville associée de la Hanse et grand marché des fourrures du Nord; elle lui procura la force nécessaire pour résister à la pression des Occidentaux, Teutoniques ou Suédois; elle assura aux populations russes les vastes régions du Nord qui jusqu'alors n'avaient été parcourues que par les tribus finnoises ou lapones.

Il restait une troisième Russie, celle de la Volga, la future Grande-Russie. Moins éloignée des Tatars (Mongols) que le pays des Novgorodiens, elle avait eu à souffrir de leur invasion; mais, d'autre part, protégée dans une certaine mesure par ses profondes forêts, elle avait conservé, beaucoup mieux que la Russie kiévienne, sa population et son organisation politique. Après comme avant l'invasion, les principautés de Smolensk, de Moscou, de Vladimir, de Tver, de Rjazan, etc., continuèrent à se partager le sol, sous la suzeraineté du grand khan de la Horde d'or ou du Kiptchak qui, de sa résidence de Saraï, sur la basse Volga, donnait l'investiture à leurs princes, intervenait dans leurs querelles, percevait leur tribut sans toucher, du reste, ni à leurs institutions, ni à leur religion. Pour les khans, les principautés russes étaient simplement des fermes dont ils devaient retirer un fermage déterminé, et recevoir, en certaines occasions, un contingent d'auxiliaires.

La Tatarchtchina.
Ce régime - la Tatarchtchina - a duré cent cinquante ans, et a eu sur le développement de la civilisation russe une influence réelle, bien que difficile à déterminer. Il en est du temps des Mongols comme du temps des Varègues; les historiens russes ont beaucoup discuté sur les changements que les vainqueurs ont fait subir aux vaincus. Pour Karamzine et Kostomarov, leur influence fut considérable; pour Soloviov, elle est à peine plus grande que celle des Petchenègues et des Polovtzy; Bestoujev-Rioumine estime qu'elle s'est fait sentir surtout dans l'organisation militaire et financière des pays russes, et cette opinion paraît la plus probable. Il est certain, en effet, que c'est la domination tatare qui a établi en Russie l'impôt par tête ou capitation; que les armées russes prirent, au XIIIe et au XIVe siècle, sur le modèle de leurs vainqueurs, un caractère nouveau. Jadis les gardes d'un Vladimir ou d'un Iaroslav devaient singulièrement ressembler - à en juger par les fresques retrouvées dans la cathédrale de Kiev - aux Normands de la tapisserie de Bayeux, aux chevaliers des Croisades. Maintenant avec leurs longs caftans, leurs bonnets ornés d'aigrettes, leurs sabres recourbés, les princes russes seront la copie des sultans et des beys d'Orient.

Mais l'influence mongole ne paraît pas s'être fait sentir seulement dans dès détails de costume ou d'administration. Elle est allée plus profondément. Elle a modifié la nature du pouvoir des princes. Jadis ils ne gouvernaient despotiquement ni leurs guerriers, ni le peuple de leurs villes : les droujinas formaient une féodalité souvent indocile; le peuple, dans ses assemblées, était turbulent, comme nous l'avons vu à Novgorod du temps d'Alexandre Nevski. Or, au XIIIe siècle, dans les principautés de la Russie centrale, les princes, investis par les khans, chargés de recueillir l'impôt pour eux, appuyés par leurs armées, prennent une autorité que leurs prédécesseurs n'avaient pas eue. La Tatarchtchina crée ou tout au moins développe ce qui s'est appelé plus tard le despotisme moscovite. Du reste, on peut dire, d'une façon générale, que la Russie est trop près de l'Asie pour ne pas avoir subi l'influence de ses formes de gouvernement et de ses moeurs. Même la partie de l'Europe, dont lui étaient venues la civilisation et la religion chrétienne, l'empire byzantin, avait subi cette influence au point de devenir une espèce de monarchie orientale. L'invasion mongole et la Tatarchtchina n'ont été qu'un épisode dans le développement de ces influences asiatiques.

Il faut tenir compte aussi, pour apprécier le développement particulier que va prendre l'histoire de Russie pendant la période moscovite, de ce fait que la population russe ne nous y apparaît pas identique à ce qu'elle était dans la période précédente. Les Russes de Iaroslav étaient des Slaves légèrement mâtinés de Germains; peut-être aussi les guerres continuelles, les enlèvements de captives, les mariages, les conversions au christianisme, leur avaient-ils déjà apporté des éléments pris aux nomades de la steppe. Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, les Russes de la Russie nouvelle, séparés de l'Europe, ne se renforcent plus guère que d'éléments mongols; beaucoup de beys et de mourzas de la steppe, avec leurs bandes de pillards, entreront au service des princes russes et se convertiront; encore à la fin de l'époque impériale,  nombre de familles de la noblesse russe se vantaient de leur origine mongole (les Tourgueniev, par exemple). Fait plus important, dans toute la Russie de la Volga, les premiers colons slaves y ont trouvé des Finnois, Mériens, Mordves ou Tchérémisses qui n'ont pas été détruits, mais convertis et slavisés, non sans laisser leur empreinte sur le peuple issu du mélange. 

Voici pour la période de la division, avant et pendant la domination mongole, la liste des grands princes à partir de Vladimir II Monomaque, jusqu'au moment où les Moscovites prirent le dessus et commencèrent la reconstitution de l'unité russe

Mstislav Ier Vladimirovitch  1125-1132
Iaropolk Vladimirovitch  1132-1139
Vsevalod Il Olgoviteh  1139-1146
Isiaslav Mstislavitch  1146-1154 
Viatcheslav Vladimirovitch et Rostilav Mstislavitch 1154-1155
Isiaslav III Davidovitch 1155 
Youri Ier Vladimirovitch Dolgorouki 1155-1159
Rostislav Mstislavitch 1159-1167
Msitslav II Isiaslavitch 1167-1169
Gleb Iouriévitch 1169-1171 

Anarchie consécutive à la déchéance de Kiev. 1171-1194

Rurick Rostilavitch 1195-1202
Vsevolod III louriévitch  1202-1213
Youri Il Vsevolodovitch 1213-1216
Constantin Ier Vsevolodovitch 1216-1219
Youri III Vsevolodovitch  1219-1238
Iaroslav II Vsevolodovitch 1238-1247
Sviatoslav Il Vsevolodovitch  1247-1249
André Ier Iaroslavitch 1250-1252
Alexandre Nevski 1252-1263
Iaroslav III laroslavitch 1264-1271
Vassili  I Vladimirski 1271-1276 
Dimitri Ier Alexandrovitch  1276-1294
Michel Iaroslavitch 1304-1319
Youri IV Danilovitch 1319-1325
Alexandre Michaïlovitch 1327-1328

D'ailleurs, à partir de 1240, les vrais souverains sont les khans mongols. Les princes slaves dont nous donnons les noms sont leurs humbles vassaux. Iaroslav II Vsevolodovitch avait, par sa prompte soumission au vainqueur mongol, obtenu de Batou l'investiture; sa famille, celle des Dolgorouki, princes de Souzdalie, grâce à sa servilité vis-a-vis des conquérants, réussit à acquérir une primauté durable sur les autres princes russes et à conserver durablement le titre de grand-prince attaché à la possession de Vladimir depuis la déchéance de Kiev. Un frère de Iaroslav lui succède, puis quatre de ses fils, dont le plus illustre est Alexandre Nevski (1252-1263); d'atroces querelles de famille les divisent;, ils s'entre-égorgent, se dénoncent au khan qui en fait supplicier plusieurs, Michel en 1319, son fils aîné Dimitri, puis son second fils Alexandre, prince de Tver. La faveur des Mongols consolide sur le trône d'autres petits-fils d'Alexandre Nevski, les princes de Moscou, Georges (1319-1325), puis son frère, Ivan Kalita (1328-1340). C'est le commencement d'une ère nouvelle, celle de la Moscovie.

Formation politique de la Moscovie.
A la fin du XIIIe siècle, la Russie de l'Est est donc partagée en une dizaine de principautés; de force à peu près, équivalente le titre de grand-prince, lié à la possession de la ville de Vladimir et réservé par l'usage à l'aîné des familles princières (toutes issues de Rurik), confère à son détenteur une vague suprématie. Entre les princes, les querelles saut continuelles, au grand profit des Mongols. Pour mettre fin à leur domination, il fallait que l'unité nationale fut rétablie, que la terre russe fût réunie. Ça a été l'oeuvre des princes de Moscou.

Il est question pour la première fois de Moscou en 1147. C'est à cette date que le grand prince de Souzdalie, Georges Dolgorouki, aurait bâti une ville, c.-à-d. un enclos fortifié, sur la colline où s'élève aujourd'hui le Kremlin. En 1237, cette ville fut brûlée par les Mongols. Son fondateur fut, en réalité, un fils cadet d'Alexandre Nevski, Daniel, qui l'avait reçue en apanage, et sut agrandir son domaine par des héritages et des conquêtes. Son fils, Georges (Youri IV) Danilovitch et tous ses successeurs continuèrent à s'agrandir aux dépens de Rjazan, au Sud, de Tver au Nord, grâce à l'appui des Mongols, qu'ils avaient habitués à les considérer comme les plus fermes soutiens de leur domination; c'est avec une armée mongole que Georges Danilovitch s'empara une première fois de Vladimir et du titre de grand-prince qui, dès lors, reste à peu près fixé dans sa maison. Après une courte interruption, il lui revient avec Ivan Danilovitch Kalita (1328-1340). Il paie scrupuleusement le tribut au khan du Kiptchak, s'agrandit avec son aveu, embellit Moscou et lui donne l'aspect d'une vraie capitale, si bien que le métropolite y vient résider. Le khan octroie la succession de ce fidèle serviteur à son fils Siméon le Superbe (1340-1353), qui meurt de la peste noire, puis au frère de celui-ci, Ivan Il (1353-1359), et même, après le court gouvernement de Dimitri III Constantinavitch (1359-1362), au fils mineur d'Ivan, Dimitri IV Ivanavitch (1362-1389). Celui-ci se rend redoutable par ses propres forces; il écrase le prince de Tver malgré l'alliance polonaise et soumet le prince de Rjazan. A ce moment, la dynastie des khans de la Horde, issue de Batou, s'est éteinte (1359). En vingt-six années se succèdent dix-huit khans; le Kiptchak s'émiette entre les deux khanats de Seraï et du Don, d'autres se rendent indépendants ; les peuples subjugués, Mordves, Bulgares, s'affranchissent. 

Le grand-prince de Moscou se décide à tenter l'aventure. Il groupe autour de son étendard tous les princes russes, excepté Oleg de Rjazan, et livre dans la plaine de Koulikovro, sur le Don supérieur, une sanglante bataille à Manaï, l'administrateur du khanat de Seraï, les Russes sortent vainqueurs de ce premier choc entre les protégés devenus puissants et leurs protecteurs de la veille, et cette victoire, qui vaudra au grand-prince le nom de Dmitri Donskoï, est pour la Russie à peu près l'équivalent de las Navas de Tolosa pour l'Espagne. Elle ne marque pas l'affranchissement définitif, car presque aussitôt les Mongols du Kiptchak se groupent autour de la famille d'Orda; Toktamich défait à son tour Mamaï, qui meurt à Kaffa et refait l'unité, avec l'appui de Timour. Il vient demander le tribut à la tête d'une armée formidable et Dimitri obéit; la Moscovie n'en est pas moins ravagée par le fer et le feu (1382). La victoire du Don demeure donc sans lendemain, mais elle vaut aux princes de Moscou le prestige moral que leurs débuts n'étaient guère faits pour leur donner. Les Russes reprennent confiance; le prestige mongol est atteint. Les princes Iocaux s'inclinent devant la prééminence moscovite; Dimitri Donskoï l'impose par la force à Novgorod qui doit lui payer tribut. Enfin il établit un ordre de succession régulier par ordre de primogéniture; il décide son cousin Vladimir, le héros de Koulikovo, qui, à titre d'aîné de la famille, avait le plus de titres à la succession, selon l'usage asiatique, à y renoncer au profit de Vassili  Dimitriévitch (1389-1425). Celui-ci assiste à l'effondrement du Kiptchak sous les coups de Timour (Tamerlan); les Russes eurent d'abord à en souffrir, car les bandes turques ravagèrent effroyablement le pays, et non seulement les cités mongoles, mais Kazan, Nijni-Novgorod et les rives de l'Oka. Toutefois, le mal ne fut que passager, tandis que la puissance de leurs suzerains du Kiptchak fut définitivement brisée.

Les grands princes de Moscou en hériteront. A la fin du XIVe siècle, leur suprématie sur le centre de la Russie n'est plus contestée. Vassili a réussi à éviter un choc dangereux avec les Lituaniens en leur abandonnant Smolensk. Il a réalisé quelques progrès : adoption du calendrier Julien, des noms de famille, de la monnaie métallique; il a fortifié méthodiquement les principales places, propagé l'usage de la poudre de guerre. Une tentative d'union avec l'Eglise romaine fut repoussée par le peuple, et le patriarche Isidore, qui s'en était rendu coupable, fut déposé. A la mort de Vassili II Vassiliévitch l'Aveugle (1425-1462), il y avait encore quatre principautes distinctes de la grande principauté de Moscou : celles de Tver, Rjazan, Novgorod et Pskov; mais toutes étaient vassales, payaient tribut et fournissaient des contingents. Le khanat mongol du Kiptchak était décomposé; en Crimée, à Kazan, il s'est élevé des khanats rivaux qui s'allient volontiers aux Russes contre leurs suzerains nominaux de Séraï. Tout est préparé; le règne d'Ivan III le Grand, le Rassembleur de la terre russe (1469-1503), marque enfin l'épanouissement complet de la puissance moscovite et la fin de la Tatarchtchina.

Ivan III.
La première oeuvre d'Ivan III fut l'assujettissement de Novgorod. Ses prédécesseurs y avaient porté le titre de princes sans y avoir l'ombre de pouvoir; en 1471, Ivan y entre après avoir battu l'armée novgorodienne. En 1478, à la suite d'une révolte cruellement comprimée, il supprime le beffroi, l'assemblée populaire, transporte à Moscou les chefs des principales familles. En 1495, enfin, il détruisit le commerce de Novgorod en faisant piller les magasins qu'y possédait la ville hanséatique. Entre temps, il avait réuni à la Moscovie les immenses possessions des Novgorodiens dans la Russie du Nord, et, en 1499, ses voiévodes (généraux) franchirent l'Oural et envahirent la Sibérie. Dans la Russie centrale, il enleva à ses frères leurs apanages et conquit sans coup férir la principauté de Tver en 1482. Des grandes principautés jadis rivales de Moscou, il ne restait que Rjazan, déchue et vassale, et destinée à être annexée par le successeur d'Ivan.

Au cours de ces siècles de combats et de razzias, il s'était constitué au Sud de la Moscovie et à l'Est de la Pologne de véritables marches militaires; dans la steppe se forma la population semi-nomade et guerrière des Cosaques, de moeurs analogues à celles des Mongols : Cosaques du Dniepr dans l'Oukraïne (Ukraine) et sur les rapides du fleuve (Zaporogues), Cosaques du Don, puis Cosaques de la Volga, de l'Oural, d'Orenbourg . Derrière ces Confins militaires, les agriculteurs du Nord et de l'Est furent relativement à l'abri, n'ayant plus à redouter que les grandes expéditions, que la disparition de l'empire mongol et l'émiettement de leur Horde rendirent de plus en plus rares et inefficaces. En effet, pendant que la Russie s'unifiait, les Mongols s'usaient en guerres intestines. Dans la seconde moitié du XVe siècle, leur empire s'était démembré, et la « grande Horde », maîtresse de la basse Volga, restait seule en face des Moscovites. 

En 1476, son khan, Ahmed, envoya des ambassadeurs à Moscou pour réclamer le tribut : la légende veut qu'Ivan les ait fait périr. Quoi qu'il en soit, la guerre éclata, et, en 1480, le grand-prince, avec une armée de 150 000 hommes et une puissante artillerie, dirigée par des officiers venus d'Occident, rencontra l'armée d'Ahmed sur les bords de l'Oka. Pendant quinze jours on s'observa, puis, de part et d'autre, on battit en retraite précipitamment. C'est de cette façon peu glorieuse qu'aurait fini la Tatarchtchina. Dans sa retraite, l'armée du khan se dispersa; en son absence, ses ennemis avaient détruit sa capitale; surpris par eux à son retour, il fut tué à l'embouchure du Don, Les derniers chefs du Kiptchak, refoulés vers le Caucase par le khan de Crimée, disparurent obscurément. L'empire de la basse Volga finit ainsi, laissant la place libre aux Moscovites. Le grand-duc de Moscou fut plus spectateur qu'auteur de cette révolution historique. En réalité, la puissance des Mongols s'était écroulée d'elle-même. Divisés, ils ne disposaient plus des masses énormes de cavalerie qui avaient submergé la Russie kiévienne : les armées, les forteresses moscovites, grâce en grande partie aux armes nouvelles importées d'Occident, étaient à peu près inattaquables par eux. Ils ne pouvaient plus que dévaster le plat pays dans de rapides incursions, mais sans l'assujettir.

Maître chez lui, débarrassé des Mongols, Ivan pouvait avoir une politique étrangère. Deux Etats étaient dangereux pour la Russie de ce temps; l'un, à l'Est, le royaume musulman des Tataro-Bulgares de Kazan; l'autre, à l'Ouest, la Lituanie. En 1487, les Bulgares furent vaincus et Kazan prise; mais, hors d'état de la garder, Ivan se contenta d'y introniser une de ses créatures. Contre la Lituanie, la lutte fut plus difficile, d'autant plus que la rivalité politique s'y compliquait d'une guerre religieuse. Les Lituaniens devenus catholiques sous l'influence des Polonais, et les Polonais eux-mêmes, se considéraient comme investis de la mission de propager le « vrai  » christianisme parmi les « schismatiques » de Russie. Ceux-ci, de leur côté, luttaient pour leur foi, pour leur nationalité aussi, Ils ne pouvaient oublier que la Lituanie s'était agrandie à Kiev, à Mohilev, à Smolensk, à Vitebsk, aux dépens des principautés russes. Entre les Russes redevenus libres de leurs mouvements, et les Lituaniens, la paix ne pouvait jamais être qu'une trêve, jusqu'à complet assujettissement des uns ou des autres.

Nous ne suivrons pas la lutte dans tous ses épisodes. Notons seulement que peu à peu toute l'Europe orientale y est entraînée. Tandis que les Moscovites envahissaient la Lituanie et s'y laissaient arrêter par les fortes places de Smolensk et de Vitebsk, les Porte-Glaives, à l'instigation des Polonais, entraient dans le pays de Pskov, les Mongols de la grande Horde dans les provinces du Sud et de l'Est. Par contre, Ivan avait pour alliés les Tatars de Crimée qui écrasèrent la grande Horde et ravagèrent les anciens pays russes devenus, sur le Dniepr, des possessions lituaniennes. En 1503, le traité de la Soja laissa à Ivan les villes et territoires russes qui, en Lituanie, s'étaient plus ou moins volontairement donnés à lui. (Haumant).

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