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Les Cosaques
La Cosaquerie
Cosaque est un nom qui a été primitivement un sobriquet qui qualifiait des populations aventureuses, pillardes et guerrières. On a désigné ensuite ainsi certains corps de l'armée russe impériale. La cosaquerie (le kozatchesivo) constitue dans la Russie un phénomène complexe, militaire et social, très original, une des plus intéressantes parmi les multiples manifestations de la vie russe.
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Un cosaque de carte postale (1870).

La question des origines des cosaques n'est pas éclaircie dans tous ses détails. On a abandonné l'opinion des anciens historiens, selon laquelle les cosaques descendaient directement de peuples étrangers, qui habitaient primitivement quelques parties du sud de la Russie. On admet, aujourd'hui, que la cosaquerie est bien une manifestation autonome de la vie russe. Sans doute, l'influence extérieure n'est pas niable; elle est visible, dans la chose comme dans le nom. Le mot russe' kazak  ou polonais' kosak n'est pas slave; c'est un mot tatar, qui signifie « homme courageux » et qui désignait chez les Tatars une catégorie inférieure de l'armée, légèrement équipée. Quant au phénomène, il apparut chez ceux-ci, avant de se manifester chez les Russes. Le mot kosak se rencontre pour la première fois dans les chroniques russes sous le règne de Vassili l'Aveugle,mort en 1462. A cette époque  sont mentionnés des kosak tatars d'Azov, de Pérékop, de Belgorod.

En dépit de ces emprunts, la cosaquerie, en Russie, est un phénomène du terroir, un produit des conditions militaires et sociales des royaumes slaves aux XVe et XVIe siècles. Les premiers Cosaques étaient des réfugiés de la grande Russie moscovite qui, pour échapper aux impôts, au service militaire, s'enfuyaient vers la frontière incertaine du Sud-Est, vers les régions flottantes tour à tour disputées par les Russes, les Tatars et les Polonais, l'Oukraïna (ce mot, dont a fait fait Ukraine, veut dire frontière, marche). Là ils trouvaient de larges espaces, des plaines fertiles. Mais ce n'est pas l'agriculture qui allait les nourrir. Le danger des incursions des Tatars, toujours imminent, imposa à populations de l'Oukraïna un genre de vie spécial. Ils s'organisèrent militairement en voïskos, qui sont des analogues sédentaires des hordes turco-mongoles, pour vivre de pillage au détriment des voisins tatars, parfois aussi des Russes.

Parallèlement à cette génération inoitiale  de cosaques libres (volnye), des milices cosaques (gorodovye) ont été établies pour la garde de leurs frontières par les gouvernements moscovite, polonais et lituanien. Le gouvernement moscovite, en particulier, ne pouvait guère songer à les réduire à l'obéissance, mais il pouvait profiter de leur organisation, les employer pour coloniser les steppes, pour lui servir d'avant-garde contre les Turcs et les Tatars. II les prit sous sa protection, les invita à constituer des villes fortifiées et à monter la garde des frontières. Ils s'établirent sur le Don, puis peu à peu faisant reculer les Tatars devant eux, sur le cours inférieur du Dniepr; d'autres poussèrent vers la Volga. Pillards et indisciplinés, ils étaient la terreur des populations voisines. Sur le Don, certains détachements de Cosaques établirent des places fortes; au fur et à mesure que les Tatars reculaient, ils voyaient s'agrandir leurs domaines. La lutte des sédentaires slaves contre les populations nomades, a ainsi créé le cosaque. 

D'autres causes ont favorisé et développé cette organisation. Car, ne voir dans les cosaques qu'une machine de guerre, une digue militaire, un instrument docile de conquête et de colonisation entre les mains des rois de Pologne et des tsars de Moscovie, c'est rétrécir l'histoire. Comment interpréter, de ce point de vue étroit, qui a été celui de nombreux historiens slaves, les luttes perpétuelles entre ces cosaques et ces gouvernements? On les passait sous silence, ou on les présentait comme des phénomènes exceptionnels. D'autres historiens, surtout polonais, mais russes aussi, et dans une certaine mesure S.-M. Soloviev lui-même, voulant tenir compte de ces luttes, les interprétèrent comme le conflit entre l'ordre et l'anarchie et ne virent dans
la cosaquerie qu'une force inférieure et grossière, composée d'éléments anarchiques. 

Le phénomène cosaque, si l'on veut rendre pleinement compte de l'histoire, est autre chose de plus qu'un phénomène purement militaire. Il n'a pas eu pour seule origine la défense des frontières. Il est aussi un phénomène politique et social. La cosaquerie, en même temps qu'elle constituait le rempart des frontières, satisfaisait la tendance des masses populaires à édifier leur vie sur les principes de l'égalité et de l'autonomie; elle attirait à elle tous les mécontents des régimes centralisateurs et despotiques, heureux de trouver une expression un peu grossière, mais toujours précise, dans la construction cosaque et de vivre plus libres à leurs risques et périls. L'intolérance religieuse, le développement rapide du servage, la puissance démesurée de classes privilégiées, d'autres motifs moins purs aussi accélérèrent encore cette fugue vers ce « lieu d'asile-» qu'était la cosaquerie.
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Cosaques de Khabarovsk.
Cosaques de Khabarovsk (Sibérie, vers 1900).

Tels sont, en gros, les causes et modes d'apparition des cosaques. C'étaient, et ce sont, des Russes, Grands et Petits-Russiens, encore qu'une petite composante étrangère (tatar, kirghiz, kalmouk) s'y soit soit mêlée, et généralement des orthodoxes très attachés à l'orthodoxie, même s'il y a eu aussi des cosaques musulmans et des cosaques juifs en petit nombre. Pour l'essentiel, donc, ils n'ont pas constitué, dans l'Empire russe, un élément ethnique ou religieux spécial.

Les Cosaques jusqu'à Pierre le Grand

Cosaques d'Ukraine et Zaporogues. 
Dès le XVe siècle, une puissante communauté cosaque s'était formée dans le sud-ouest de la Russie (cosaques d'Ukraine). Les rois de Pologne leur confièrent la garde de la frontière contre les Tatars. Leur avant-garde vers le Sud était constituée par une autre communauté, complètement indépendante, qui vivait sur le Dniepr, dans des îles couvertes de roseaux,  au delà de ses rapides (zaporogi), doit leur nom : zaporogues. L'île de Khortitsa devint le siège de leur commandement qui s'appelait la sietch. C'est à la sietch qu'on gardait le bâton de commandement, l'étendard et le sceau des Zaporogues.

Les membres, égaux entre eux devaient être célibataires, orthodoxes et dociles aux règlements. Ils n'admettaient parmi eux ni femmes ni enfants. Le chef (ataman) était élu par l'assemblée générale des cosaques, ou rada. Ils vivaient de la guerre, de la chasse et de la pêche; l'agriculture était interdite à cette époque. Ils entreprenaient des expéditions non seulement contre les Tatars, mais aussi contre les Turcs. Après avoir été les auxiliaires des Polonais, ils se révoltèrent contre eux quand ils se crurent menacés dans leur foi orthodoxe. Leur chef Nalivaiko fut exécuté à Varsovie en 1590.

Au XVIIe siècle ils parvinrent à s'affranchir complètement de la souveraineté polonaise. En 1654, ils reconnurent celle du tsar Alexis Mikhailovitch, formèrent le pays appelé la Petite-Russie et conservèrent leur organisation militaire et le droit de choisir leurs atamans. Leur chef était alors le célèbre ataman Bogdan Chmielnicki (Khmelnitski). 

Les Cosaques du Don. 
Grands-Russiens d'origine, mentionnés dès 1380, puis en 1551, ils reconnaissaient la suzeraineté d'Ivan le Terrible en 1570. Pendant la période dite des troubles, au début du XVIIe siècle, ils se mirent aux services des usurpateurs, comme le brigand de Touchino, ravagèrent les environs de Moscou, proclamèrent un autre usurpateur à Pskov. Leur nom était devenu, dans la Grande-Russie, synonyme de brigands. 

Michel Romanov, proclamé tsar (1613), en fit périr un grand nombre. L'ataman du Don le reconnut, tout en gardant à peu près son indépendance. Au Sud-Ouest de la Russie, sur les confins de la république polonaise, les Cosaques avaient établi leur principal centre dans la ville de Tcherkasy ou Tcherkask (à 60 km d'Azov); les documents russes et polonais les appellent souvent Tcherkasy. Le gouvernement polonais les avait pris sous sa protection; ils formaient un certain nombre de régiments commandés par des asaouls

Ces cosaques vivaient en familles dans de petites villes (stanitsy). Un ataman élu par l'assemblée, ou kroug, commandait toute l'armée. La noyade dans le Don était la peine la plus habituelle. Chaque stanitsa avait son kroug et élisait ses chefs. Au sein de cette communauté égalitaire et démocratique, une hiérarchie tendait à se créer : d'une part, les starchines (« anciens ») de l'autre, les simples cosaques (domovity et golity), ceux-ci enclins au pillage et aux expéditions aventureuses. La situation des paysans ayant empiré au XVIIe siècle, ces derniers affluèrent vers les cosaques. 

Les querelles intestines entre starchines et simples cosaques se développèrent, les tsars soutenant les premiers. On connaît la terrible jacquerie du redoutable Stenka Razine; il commandait une véritable flotte. Pendant trois ans, il ravagea le pays, du Don au Iaïk, battant successivement les troupes du tsar et du shah de Perse, attirant à lui tous les mécontents et les tribus finnoises et mongoles. Finalement, réfugié dans une île du Don, il fut pris, envoyé à Moscou et écartelé (1671). La cosaquerie (voïsko) du Don, temporairement pacifié, prêta un nouveau serment au tsar. En 1707, l'ataman Boulavine provoqua une terrible insurrection. A dater de 1718, l'ataman, jusqu'alors électif, fut nommé par l'empereur.

Les Cosaques de la Volga, d'Astrakhan, du Caucase du laïk, de Sibérie.
Dès 1440, on cite des cosaques installés dans la région de Riazan. Au XVIe siècle, ils fondent Samara, Tsaritsin, Saratov. Quelques-unes de leurs bandes furent dispersées par Ivan le Terrible, en 1577. Ce sont ces fugitifs qui, avec des cosaques du Don, allèrent fonder les voïskos cosaques du Caucase, probablement du Iaïk, et conquérir la Sibérie avec Ermak. Dès la fin du XVe siècle, il y eut un mouvement d'émigration russe vers le Caucase et, au milieu du XVIe, un groupe cosaque, qui s'appelait grebenskie Kazaki « cosaques des crêtes »), était établi sur la rive droite du Térek. On mentionne, en 1591, des cosaques du laïk (Oural) dans l'armée du tsar, qui leur reconnut, en 1619, la propriété du Iaïk, des sources à l'embouchure.

Ainsi, au début du règne de Pierre le Grand, les cosaques forment un cercle autour de la partie sud et sud-est de la Russie et sont engagés en Asie. La scission causée dans l'Eglise russe par la réforme des livres religieux contribua à renforcer les communautés cosaques en y faisant affluer les vieux-croyants persécutés (raskolniki). Ils y restèrent durablement en nombre appréciable, L'ancienne indépendance et l'ancienne liberté ont déjà subi des atteintes, bien que leurs atamans soient encore élus.
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Hutte cosaque.
Hutte cosaque.

Les Cosaques sous Pierre le Grand et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle 

Pierre le Grand a fait sentir sa force aux cosaques, comme à ses autres sujets. Il les utilisa dans toutes ses guerres (Suède, Pologne, Tatars, Turquie). A la fin de son règne, la subordination définitive des atamans à la volonté du tsar est un fait accompli. La chose n'alla pas sans luttes. Mazeppa s'allia au roi de Suède Charles XII et fut défait avec celui-ci à Poltava (1709). La répression fut sans pitié et la sietch des Zaporogues détruite. Cependant, ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que disparurent le voïsko de l'Ukraine (1763-1765) et celui des Zaporogues (1775). Le souvenir de ces cosaques, prétendument chevaliers de la liberté, de l'honneur et de l'orthodoxie, est demeuré légendaire en Russie.

Si les cosaques du Don ne furent pas détruits, ils perdirent leur indépendance. Ils essayèrent aussi de résister à Pierre le Grand (1707-1708), mais en vain. Le parti des starchines, favorable à l'autorité centrale et soutenu par elle, sortit de la lutte fortifié, et leur ataman devint un ataman (nakasny) nommé. En 1719, le voïsko fut subordonné au collège de la guerre. Il prit part à toutes les luttes de la Russie au XVIIIe siècle (guerres de Sept ans, de Turquie, de Pologne). Catherine II hiérarchisa à la russe les grades supérieurs (1799). La période héroïque des cosaques du Don prenait fin.

Les cosaques du Iaïk furent obligés de soumettre la nomination de leur ataman à l'approbation du tsar (1723), La lutte intestine entre les starchines et le parti populaire y prit, au XVIIIe siècle, un caractère très aigu et dégénéra en une terrible jacquerie. Pougatchev, cosaque du Don, vint sur l'Oural, se faisant passer pour le tsar Pierre III, mort en 1762. Sur la promesse de partager les terres et de supprimer le servage, il souleva les serfs (raskolniki) cosaques et entraîna Bachkirs, Kirghiz, Kalmouks. Battu, il fut pris et écartelé à Moscou (1775). Le nom d'laïk fut remplacé par celui d' « Oural » (les cosaques l'ont repris après la chute du tsarisme en 1917); les vieilles coutumes furent supprimées, et le tsar nomma l'ataman. A dater de cette époque, ils furent militairement organisés par le gouvernement russe. A la fin du règne de Catherine II, on comptait déjà trente-sept régiments cosaques.

A la fin du XVIIIe siècle (rien à signaler sur les autres voïskos), les cosaques (150.000 hommes en état de porter les armes) sont absolument soumis au pouvoir central. Un long cordon de cosaques passant par le cours de l'Oural, Troïtsk, Omsk, Oust-Kamenogorsk, est tendu devant les Kirghiz; enfin, ils maintiennent le drapeau russe tout le long des frontières de Chine jusqu'à l'océan Pacifique.

Les Cosaques au XIXe siècle et au début du XXe

L'histoire des cosaques au XIXe siècle se confond avec l'histoire générale de la Russie. Des voïskos nouveaux apparaissent, d'autres se transforment. Au temps d'Alexandre Ier, les cosaques formèrent jusqu'à 100,000 hommes de troupes. Les cosaques du Don jouèrent un rôle important dans les guerres du Premier Empire, conduits par leur célèbre ataman, Platov. Celui-ci, poursuivant les Français de Leipzig au Rhin, pénétra en France (1814), où il produisit, à la tête de ses cosaques, une profonde impression. Une chanson de Béranger en a perpétué le souvenir :
Hennis d'orgueil, ô mon coursier fidèle,
Et foule aux pieds les peuples et les rois.
L'ataman de tous les cosaques est le grand-duc héritier (1827). A la tête de chaque voïsko, se trouve seulement un nakasny. La suppression du servage, en 1861, introduisit dans les voïskos un élément libre non cosaque; la loi de 1868 permit aux cosaques de changer d'état et aux non-cosaques de le devenir. Par ces lois, par la concurrence économique, par l'augmentation de la population non cosaque, par le jeu de nécessités géographiques, militaires, différentes, la physionomie des cosaqueries tend à s'altérer et à prendre au milieu de l'Empire russe comme un air anachronique.

Au début du XXe siècle, on compte douze voïskos (corps d'armée) : voïsko du Don, le plus compact et le plus important, de provenance grande-russienne (Novo-Tcherkask, Rostov, Taganrog); voïko du Kuban, de provenance petite-russienne, en majorité, avec une population non cosaque qui dépasse la population cosaque (Iékatérinodar); voïsko du Térek, de provenance plutôt grande-russienne, avec une population de montagnards musulmans formant 80% de la population totale (Mosdok, sur le Térek); voïsko d'Astrakhan, ne composant pas un tout compact, mais des îlots des deux côtés de la Volga, avec une forte proportion de Tatars (Astrakhan); voïsko de l'Oural, de provenance grande-russienne surtout (forte proportion de Kalmouks et Kirghiz [Ouralsk]); voïsko d'Orenburg, sans caractère ethnique dominant (Orenburg); voïsko de Sibérie, formant une large bande jusqu'à la frontière de Dzoungarie et des îlots de Semipalatinsk à Biisk et dans le gouvernement de Tomsk et la province d'Akmolinsk; voïsko de Semirétchinsk (1817), formant des îlots dans le gouvernement du même nom (Verny); voïsko de l'Iénisséi; voïsko de Transbaïkalie (1851), tout le long de la frontière de Chine, jusqu'au confluent de l'Argoun et de la Chilka (Tchita, Kiakhta, Nertchinsk); voïskco de l'Amour (1860), longue bande tout le long du fleuve (Blagovechtchensk); voïsko de l'Oussouri (1889) [Nikolskoé].
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Bataillon cosaque pendant le Première Guerre mondiale.
Bataillon de cosaques russes pendant le Première Guerre mondiale.

Organisation des voïskos cosaques. 
A la fin de l'époque impériale, l'ataman général est le grand-duc héritier; l'organe supérieur administratif commun est l'Administralion supérieure des voïskos cosaques, qui forme une direction du ministère de la guerre, sous l'autorité immédiate du ministre, A la tête de chaque voïsko, il y a un nakasny, qui n'est pas nécessairement un cosaque. L'ataman du Don est subordonné directement au ministre de la guerre; les atamans des autres voïskos dépendent du chef de la circonscription militaire dont ils font partie. Le territoire de chaque voïsko est divisé en oidêl ou en okroug (« section » ou « cercle »), à la tête desquels un ataman remplit les fonctions civiles et militaires. 

Le voïsko est divisé territorialement en stanitsy, avec un ataman de la stanitsa, qui est élu par l'assemblée des cosaques de la stanitsa et doit être approuvé par le nakasny du voïsko. Vient ensuite le village de trente feux au moins (pociolok), avec un ataman nommé par l'assemblée des cosaques du village et agréé par le nakasny.

Vie économique.
Le cosaque, en échange de l'exemption d'impôts directs fonciers, est obligé de s'habiller, de s'équiper à ses frais. Le voïsko et la stanitsa ont un capital, dont la terre est le principal élément. Initialement, le territoire de chaque voïsko était tout entier la propriété collective de tous ses membres. A la fin de l'Empire tsariste, il y a trois sortes de propriétés en pays cosaque : la propriété collective du voïsko (forêts, routes, etc.), la propriété collective de chaque stanitsa (allouée périodiquement en lots ou paï entre tous les mâles, en proportion très variable selon les voïskos : 10 déciatines pour le Don, plus de 124 pour l'Oussouri), enfin, la propriété privée (surtout terres données en pleine propriété aux officiers et aux tchinovniki [« fonctionnaires »], au lieu de traitements).

L'agriculture est une des principales occupations des cosaques. Les autres ressources sont : culture du lin, chanvre, jardinage, arbres fruitiers, tabac, vigne, fourrage, apiculture, élevage du bétail, pécheries et chasse. Un autre élément du capital cosaque réside dans les minéraux du sol (charbon, minerais de fer, cuivre, pétrole, sel). L'industrie et le commerce, prospères dans certains voïskos cosaques, ne sont pas entre leurs mains; ils afferment leurs mines. Il n'y a qu'un tout petit prolétariat cosaque ouvrier dans le voïsko du Don. 

La situation économique des cosaques n'est plus, au commencement du XXe siècle, aussi brillante qu'elle le fut jadis; les causes en sont multiples accroissement de la population cosaque diminuant d'autant le capital, renchérissement de toutes choses, développement rapide d'une population non cosaque, mieux armée pour la lutte économique.

Service militaire.
Tous les cosaques, on l'a dit, sont astreints à servir, en fournissant eux-mêmes l'armement et l'équipement. Aucun règlement écrit avant 1835. La charte militaire des cosaques, jusqu'à la révolution de 1917, est celle de 1875 (Loi sur le service militaire des cosaques du Don), successivement appliquée aux centres voïskos.

D'après la Ioi de 1875 , ils doivent le service militaire, sans possibilité de rachat, ni de remplacement, de dix-huit à trente-huit ans; de dix-huit à vingt et un, ils appartiennent à la classe dite de préparation; de vingt et un à trente-trois, ils sont dans l'armée active; de trente-trois à trente-huit, dans la réserve. Durant les douze années d'activité réelle, ils sont tenus à quatre ans de présence sous les drapeaux; ils s'habillent, s'équipent et se remontent à leurs frais; ils sont entretenus par les revenus des terres qui leur sont assignées. Chaque Cosaque a droit à 30 desiatines (environ 27 hectares). 

Sont exempts : les membres du clergé des communions chrétiennes, les lecteurs et chantres orthodoxes, les docteurs en médecine et officiers de santé, les pensionnaires de l'Académie des beaux-arts, les professeurs d'instruction supérieure. L'escorte personnelle de l'empereur était formée par deux cosaques du Kuban et deux du Térek.

Les termes officiels en usage dans l'armée impériale reprennent ceux que les Cosaques ont employé traditionnellement. Leurs villages s'appellent stations. Leurs officiers ont des noms particuliers qui rappellent l'ancienne organisation. Le prince impérial porte le titre d'hetman ou ataman des Cosaques. Ils sont divisés en corps d'armée (voïsko), désignés par le nom des régions où ils sont cantonnés : Cosaques du Don, du Kouban, du Terek, d'Azov, d'Astrakhan, d'Orenbourg, de l'Oural, de la Sibérie, du Transbaïkal et de l'Amour. Ils sont armés d'une lance, d'un sabre et d'une carabine sans baïonnette. 
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Cosaques russes en 1914.
Cosaques russes en 1914.

A la fin de l'Empire tsariste, les Cosaques forment un des éléments les plus redoutables de l'armée russe. En temps de guerre, leur effectif est de 198,000 hommes; en temps de paix, il est de 50,000 hommes, 2269 officiers et 100 canons. 

Quoique foncièrement Russes et bien que sensiblement transformés, les cosaques constituent alors en Russie, un groupe de population particulier, avec ses traditions et son esprit d'honneur et de discipline militaires, avec l'attitude fière, quelque peu arrogante, d'hommes n'ayant jamais connu le servage, se sentant et se disant supérieurs par leur aisance relative, leur instruction plus développée, leurs institutions plus démocratiques, à la masse paysanne russe.

Les Cosaques depuis la Révolution de 1917

L'attitude des cosaques, qui avait été celle de la fidélité au tsar à la première révolution de 1905, fut une attitude de loyalisme révolutionnaire en mars 1917. Ils n'esquissèrent aucun geste pour défendre l'ancien régime. Ils précisérent leur attitude dans le « Congrès général des troupes Cosaques », tenu en juin à Novo-Tcherkask. Ils se déclarent pour le gouvernement provisoire. Ils ne vont « ni à droite, ni à gauche ». Ils ne sont ni pour la contre-révolution, ni en faveur du socialisme, « pour lequel le pays n'est pas prêt ». Ils feront la guerre jusqu'à une fin victorieuse, aux côtés des Alliés. Ils lutteront pour leur salut, celui de toute la Russie (hostiles aux tendances centrifuges) et celui des petits pays slaves. Ils veulent garder leurs terres et restituer à leurs propriétaires primitifs celles que le vieux régime a attribuées à des particuliers, à l'Etat ou aux églises. A la conférence de Moscou (9/22 août), leur ataman, le général Kaledine, apporte un vrai programme de gouvernement fort, ennemi des luttes de partis et de classes. En résumé, politique de guerre jusqu'à la victoire à l'extérieur, basée sur une armée disciplinée, politique de sage évolution sociale à l'intérieur. Aussi défendirent-ils Kerensky les armes à la main contre la première tentative des bolcheviki (bolcheviks) [3/16 juillet]. Mais Kerensky ne sut pas garder la confiance des Cosaques. Il ne fit rien pour satisfaire leurs revendications légitimes; il laissa se développer l'anarchie; il défendit mollement les Cosaques (déjà peu populaires pour le rôle odieux que leur avait fait jouer le tsarisme) contre les soupçons ou les calomnies colportés contre eux par les bolcheviks.

Malgré leur loyalisme révolutionnaire, malgré leur abstention dans l'affaire Kornilof, lequel avait, pourtant, toutes leurs sympathies, ils se virent accusés de menées contre-révolutionnaires. Leur ataman, Kaledine, qui faillit même être arrêté, dut se justifier, et il le fit pleinement, les larmes aux yeux, devant tous ses Cosaques. L'heure des cosaques sonna en novembre, quand les bolcheviks renversèrent Kerensky. Mais les cosaques (il y avait à Petrograd le 1er, le 3e et le 14e régiment) ne bougèrent pas de leurs casernes. Ils refusèrent de verser leur sang pour Kerensky, en qui ils n'avaient plus confiance. 

Par la suite, les Cosaques ont souvent rejoint les forces des Russes blancs, opposés au régime soviétique. A leurs débuts, les Cosaques pouvaient rappeler les Grandes Compagnies du Moyen âge, voilà qu'ils mirent à ressembler à une version orthodoxe de la Chouannerie pendant la Révolution française. Ils furent l'objet d'une répression sévère sous Staline. Beaucoup ont émigré, notamment aux Etats-Unis, et leurs descendants constituent aujourd'hui une population bien plus nombreuse à l'étranger que la population d'origine cosaque dans les pays issus de l'Union soviétique. De nos jours, la Fédération de Russie reconnaît les Cosaques, au nombre d'environ 200 000 dans le pays, en tant que groupe ethnique. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, nationalisme russe et anti-communisme, jouant dans des sens contraires, ont conduits certains éléments cosaques à s'illustrer dans l'Armée rouge contre les Allemands, tandis que d'autres se sont alliés aux Nazis contre la Russie et ont intégré la Wehrmacht. On a vu encore, plus près de nous, des mercenaires cosaques, sans autre idéologie véritable que la brutalité, aller combattre dans l'Ex-Yougoslavie, en Tchétchénie etc.

Les Cosaques ont produit en ukrainien toute une série de chants nationaux fort intéressants. On les appelle dumki ou dumy. Leurs aventures et leur caractère ont inspiré un grand nombre d'écrivains russes et polonais parmi lesquels il suffit de citer Gogol et Tolstoï (La littérature russe),  Malezewski, Czajkowski, Bohdan Zaleski (La littérature polonaise), etc. (S. Reizler / L. Léger).

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