 |
Ivan
IV, ou le Terrible, tsar de Russie ,
né en 1530, mort en 1584. Il n'avait que trois ans à la mort
de son père Vasili III. La régence fut exercée par
la mère d'Ivan, Hélène Glinskaïa, et après
la mort de cette princesse par un conseil de boïars (de 1538 à
1547). Dès l'âge de treize ans, Ivan montra un comportement
sanguinaire; exaspéré par les querelles de ses tuteurs, il
en fit mettre à mort quelques-uns; il se plaisait à torturer
les animaux, à galoper par les rues de Moscou
avec une bande de jeunes débauchés, à écraser
les passants.
En 1547, il prit
solennellement le titre de tsar ( = césar) qui jusque-là
avait été réservé aux empereurs byzantins
et aux khans de la Horde d'or ;
il fit même répandre le bruit que le fondateur de la dynastie
nationale Rurik descendait directement de l'empereur
Auguste.
Il accorda une influence considérable à la famille Glinsky;
des révoltes éclatèrent. Sons l'influence du prêtre
Sylvestre et du boïar Adachev, les farouches passions du jeune tsar
semblèrent se calmer. De 1547 à 1560, il se montra relativement
sage et humain. En 1547, il convoqua le Zemsky sobor, c. -à-d. une
assemblée générale de délégués
du pays. Sur la place Rouge de Moscou, il fit pénitence devant tout
le peuple assemblé, réunit une commission chargée
d'améliorer les lois russes et un concile pour réformer l'Eglise .
En même temps, il s'occupait d'agrandir la Russie; en 1552, il vainquit
les Tatares ( Le monde turco-mongol ),
et s'empara de Kazan ,
en 1556 d'Astrakhan .
Il ouvrait ainsi à la Russie l'accès de la mer Caspienne.
Il essaya aussi de lui assurer un débouché sur la Baltique
et s'empara d'un certain nombre de villes de Livonie .
A la suite d'une
maladie et de la mort de la tsarine Anastasie, le caractère d'Ivan
changea tout à coup. Ses mauvais comportements reprirent le dessus.
Sylvestre, accusé d'avoir fait périr la princesse par ses
maléfices, fut interné dans un monastère.
Adachev, qui était allé combattre en Livonie ,
fut emprisonné à Dorpat (Tartu )
et mourut peu de temps après. Ivan épousa en seconde noces
une princesse tcherkesse, Marie. Il se livra à d'effroyables cruautés;
un grand nombre de boïars s'enfuirent en Pologne
et en Lituanie ;
à leur tète figurait le célèbre Kourbsky. Il
échangea avec Ivan une curieuse correspondance qui nous a été
conservée. Elle atteste chez le tsar un véritable talent
littéraire.
-
Ivan
IV le Terrible.
En 1564, Ivan le
Terrible se retira avec un certain nombre de favoris à la Sloboda
Alexandrovskaia (bourg d'Alexandrov, non loin de Vladimir ).
De là il écrivit au peuple pour se plaindre des boïars
qui perdaient l'empire et pour annoncer qu'il renonçait à
gouverner. Le peuple s'effraya à l'idée de tomber sous l'oligarchie
des boïars, supplia Ivan de garder le pouvoir et de châtier
les traîtres. Ivan y consentit à condition qu'on le laisserait
organiser l'opritchina, c.-à-d. un personnel étranger
au reste de la Russie
(opritch = en dehors de) et qui serait absolument dans sa main.
Alexandrov fut transformé en une redoutable forteresse; l'opritchina
fut commandée par des fanatiques uniquement dévoués
au tsar, Maliouta Skouratov, les Basmanov, Athanase Viazemsky. Ses membres
portaient une tête de chien et un balai suspendu à la tête
de leur cheval. Ils servaient leur maître comme des chiens, et ils
balayaient la Russie. Ils l'exploitaient surtout; ils pillaient sans scrupule
et égorgeaient sans merci. Ils formaient une sorte de communauté
tout ensemble militaire et monastique dont le tsar avait écrit les
statuts. Ils assistaient à de nombreux offices; Ivan sonnait lui-même
les cloches de cet étrange monastère, et lisait les vies
des saints au réfectoire. A ces pieux exercices succédaient
des orgies sans nom, des tortures et des supplices. On ne saura jamais
le nombre des victimes qui périrent à Alexandrov.
Le métropolitain
Philippe essaya en vain d'intervenir; il fut dépouillé de
sa dignité, battu dans les rues de Moscou ,
enfin mis à mort par Maliouta Skouratov. Ivan finit par tourner
sa fureur contre ses favoris; Basmanov et Viazemsky furent décapités.
En 1570, le tsar entreprit une expédition contre Tver ,
Pskov
et Novgovod
pour punir ces villes d'avoir autrefois résisté à
Moscou. Novgorod fut effroyablement ravagée; d'innombrables victimes
furent jetées dans le Volkhov. Après avoir fait massacrer
la population, il fit ensuite venir devant lui tous les animaux, qu'il
fit tuer sous ses yeux. La prospérité commerciale de Novgorod
fut à jamais anéantie; la province resta pendant de longues
années en proie à la famine; Tver fut traité comme
Novgorod; Pskov échappa par miracle. Un vieux mendiant s'avisa un
jour maigre d'offrir de la viande au tsar :
«
Je suis chrétien, je ne mange pas de viande un jour de jeûne,
dit Ivan. - Tu fais pire, répliqua le mendiant, tu manges de la
chair humaine. »
Ivan s'éloigna.
De retour à Moscou ,
il eut une idée singulière : il proclama grand-prince de
toute la Russie
un khan tatare baptisé, Siméon
Bekboulatov, et prit le titre de prince de Moscou. Un jour, dans un accès
de fureur, il frappa d'un bâton ferré son fils Ivan qui mourut
peu de temps après. Le tsar affecta un grand repentir et annonça
l'intention de se faire moine.
Ce règne si
lamentable fut cependant marqué par d'heureux événements.
En 1550 fut promulgué le nouveau Soudebnik ou code qui remplaça
celui d'Ivan III. Ivan limita le miestnitchestvo,
c.-à-d. les prétentions abusives des boïars aux préséances
et aux commandements militaires. Il organisa un noyau d'armée permanente
en créant le corps des mousquetaires ou Strieltsy (= la milice
des Strelitz). Le concile de 1551 publia le Stoglav ou livre des
cent chapitres qui améliora la condition de l'Eglise .
Les Strogonov et le cosaque Ermak
conquirent la Sibérie
dont ils firent hommage au souverain. Ivan le Terrible n'avait pas réussi
à conquérir la Livonie ;
le roi de Pologne ,
Etienne
Bathori, marcha contre lui et s'avança sous les murs de Pskov
(1581).
Ivan le Terrible,
qui, malgré ses brutalités, était par moments un grand
politique, imagina d'invoquer l'intervention du pape Grégoire
XIII. Le jésuite Antoine Possevin
fut envoyé comme médiateur et fit conclure la trêve
de lam Zapolsky. Ivan savait fort bien se servir des étrangers;
c'est sous son règne que la Russie
fut ouverte aux négociants anglais. Non seulement il rechercha en
mariage Elisabeth d'Angleterre ,
mais il avait même demandé à cette princesse si elle
voulait lui offrir un asile dans ses Etats au cas où il serait obligé
de quitter la Russie. Il n'avait pas été marié moins
de cinq fois. La physionomie d'Ivan le Terrible est l'une des plus extraordinaires
de l'histoire russe. Ses excès, ses cruautés s'expliquent
en partie par les épreuves de son enfance et par la barbarie du
temps. Certains historiens modernes inclinent à croire que les contemporains
ont exagéré les horreurs dont la Russie fut alors le théâtre;
d'autres plaident les circonstances atténuantes en alléguant
des périodes de folie furieuse, ou en invoquant le souvenir des
services qu'Ivan rendit à la Russie. L'historien russe
Karamzine
range, quant à lui, le règne d'Ivan le Terrible parmi les
cruelles épreuves accumulées par le destin sur la Russie,
qui conserva cependant, ajoute-t-il, l'amour de l'autocratie, persuadée
que Dieu lui-même envoie parmi les humains la peste, les tremblements
de terre et les tyrans. Son règne a inspiré des poètes
et des romanciers, notamment Alexis Tolstoï
qui a fait du Terrible le héros d'un roman
et d'un drame remarquables. (L. Léger). |
|